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America transformed : une exposition cartographique organisée par le Leventhal Map & Education Center


America Transformed : Mapping the 19th Century (Leventhal Map & Education Center)
https://collections.leventhalmap.org/exhibits/25


Cette exposition visible sous forme interactive est organisée par le centre cartographique et pédagogique Norman B. Leventhal (@bplmaps) de la bibliothèque publique de Boston. Créé en 2004, le centre Leventhal est un organisme à but non lucratif mis en place dans le cadre d'un partenariat public-privé entre la bibliothèque et le philanthrope Norman Leventhal (1917-2015). La mission de ce centre est de valoriser le fonds cartographique (une collection de 200 000 cartes et 5 000 atlas) sous la forme d'expositions, de programmes éducatifs et d'un site web comprenant plus de 11 000 cartes numérisées :
http://collections.leventhalmap.org/collections

La collection de cartes et d'atlas couvre le monde entier du XVe siècle à nos jours, avec des collections portant plus particulièrement sur la Nouvelle-Angleterre, la période de la guerre d'indépendance américaine, les cartes marines, les grandes villes dans le monde. Une grande partie de ces cartes ont été géoréférencées et sont disponibles en téléchargement.

"L’Amérique transformée : Cartographie du XIXe siècle" raconte l’épopée d’un siècle de bouleversements brutaux aux Etats-Unis. Trois années de recherche, d’écriture et de conception ont été nécessaires pour concevoir cette exposition qui souhaite, à travers des programmes éducatifs, atteindre 400 000 étudiants de manière à mieux les sensibiliser aux déplacements forcés des populations autochtones. Cette exposition vise à dépasser les mythes traditionnels du « Far West » et à utiliser plus de 120 cartes, photographies, livres, objets et expositions interactives pour explorer la dynamique complexe qui a façonné les États-Unis.

L’exposition comprend deux parties : 
  • La poussée des États-Unis vers l’ouest de 1800 à 1862
    Cette première expo part de 1800, au moment où les colons anglo-américains ainsi que les colons français et espagnols explorent et arpentent des terres peuplées par les Amérindiens. Il s'agit de "rendre hommage à ces populations autochtones qui ont été dépossédées de leurs terres afin de faire progresser l’éducation concernant le colonialisme et les déplacements".
  • D'Homestead aux villes modernes : de 1862 à 1900
    Cette deuxième expo se concentre sur le développement moderne, notamment l'essor des villes en accordant une attention particulière aux moyens de transport (bateaux à vapeur, chemins de fer) et à la main-d'œuvre immigrée. Par la même occasion sont abordés l'expansion des terres agricoles et la découverte de métaux tels que le fer, l'or et l'argent.  


A cette occasion, le centre Leventhal met à disposition une application cartographique en ligne qui permet d'avoir accès à une série de cartes anciennes concernant :
- l'implantation des 13 colonies anglaises d'origine
- l'expansion vers l'ouest et l'acquisition de nouveaux territoires
- la question des états libres et des états esclavagistes
- les déplacements des populations autochtones et la création de réserves

http://apps.bpl.org/nblmc/at-1/

Cette exposition est également l'occasion de découvrir une carte très originale mise au point par James T.B. Ives (1839-1915). Cette carte ancienne montre les acquisitions territoriales successives au profit des États-Unis. Il s'agit d'une carte mécanique fabriquée en 1896 dont le but était de permettre à des étudiants de visualiser les acquisitions territoriales et les changements de frontières. La carte indique les tribus qui occupaient les différentes régions, tandis que les couches inférieures représentent la croissance territoriale des États-Unis. Les pièces mécanisées de ce "puzzle cartographique" comprennent les colonies de 1776, les achats de la Louisiane en 1803 et de Gadsden en 1853. La carte raconte "l'histoire d'un processus d'expansion inévitable et met l'accent sur l'édification de la nation par des traités plutôt que par la violence".

Le cartographe James Ives a eu l'idée de créer une carte mécanique pour aider les gens, en particulier ses étudiants, à visualiser les changements aux Etats-Unis : Ives, James T.B. Historical Map Showing the Successive Acquisitions of Territory by the United States of America. New York, 1896.

La coupure entre états esclavagistes et états libres aux Etats-Unis est très nette sur cette carte de 1856 établie juste après le Kansas-Nebraska Act de 1854, avec la question de savoir si les états devaient être esclavagistes ou non.


L'expédition de John Wesley Powell qui a exploré le fleuve Colorado en 1869 est l'occasion de s'interroger sur le mythe de la découverte de "terres inconnues" et les limites morales et environnementales à l'exploitation des terres des populations autochtones.


Articles connexes

 
 

L'histoire par les cartes : la rénovation urbaine de Boston depuis les années 1920


Source : A new view into urban renewal in Boston (Leventhal Map & Education Center at the Boston Public Library) 

« L'histoire des plans urbains, c'est l'histoire des futurs passés - dont certains sont devenus de vrais futurs, et d'autres ne se sont jamais réalisés ». Le Leventhal Map & Education Center met à disposition 124 plans et cartes historiques de la ville de Boston numérisés à partir des archives de la Boston Redevelopment Authority Collection. Ces matériaux, allant des années 1920 au début des années 1990, offrent un nouveau regard sur la manière dont les urbanistes ont façonné non seulement la physionomie de la ville de Boston, mais aussi sa vie sociale, ses modèles économiques et ses caractéristiques communautaires. Ces cartes s'inscrivent dans l'histoire de la cartographie et permettent de documenter l'émergence de méthodes socio-scientifiques pour cartographier la ville au milieu du XXe siècle. En tant que témoignages de l’histoire urbaine de Boston, elles montrent comment certains projets d'aménagement, comme par exemple la construction du Government Center, ont vu le jour.


Fondée en 1957 au plus fort du boom de la rénovation urbaine d'après-guerre, la Boston Redevelopment Authority (BRA) est devenue la principale autorité de planification de la ville en 1960 et a supervisé des projets allant de l'aménagement de quartiers entiers à l'étude de bâtiments individuels. Renommée Boston Planning & Development Agency en 2016, l'ancienne BRA reste une institution extrêmement importante dans la cartographie de Boston à l'heure actuelle.

Accès aux 124 plans et cartes de la BRA :
http://collections.leventhalmap.org/collections/commonwealth:7h14cv132

Dans son exposition Bending the lines, le Leventhal Map & Education Center de la Bibliothèque de Boston a déjà pu mettre en évidence les différentes façons dont les cartes pouvaient exercer leur autorité narrative. La capacité de la BRA à décider comment et où les gens vivraient et travailleraient était (et est encore aujourd'hui) intimement liée à sa capacité à produire des cartes, non seulement des cartes officielles diffusées par les aménageurs, mais aussi des cartes grand public destinées à assurer la publicité et la promotion de ces projets de (ré)aménagement. Ce pouvoir cartographique, par la représentation symbolique de l'autorité « descendante », a entraîné la BRA dans des conflits politiques du fait que des militants et des organisations avaient l'impression que l'image qu'elle donnait de Boston était trop éloignée de leur propre vision, une histoire racontée par l'historienne Lizabeth Cohen dans la conférence Saving America's Cities : Ed Logue and the Struggle to Renew Urban America.

La collection de cartes et plans urbains de la BRA offre de nouveaux objets historiques sur des problèmes toujours d'actualité, comme par exemple la ségrégation raciale dans les logements, les crises financières qui ont frappé les villes industrielles à l'ère des banlieues, la lutte pour fournir un accès équitable aux droits urbains, à un environnement sain et à des transports fiables et abordables. Ces problèmes, bien sûr, ont leurs racines bien avant les années 1920. Mais ils sont de toute évidence liés aux crises et aux opportunités auxquelles les villes en voie de désindustrialisation ont été confrontées à partir des années 1950.


En complément

Explorer le passé des villes américaines avec les cartes de la Sanborn Map Company :
http://blogs.loc.gov/thesignal/2021/01/sanborn-navigator/

À partir des années 1860, la Sanborn Map Company a créé des atlas remplis de cartes destinées aux compagnies d'assurance. Les cartes représentent des villes des États-Unis - dont certaines du Canada, de Cuba et du Mexique - avec leurs rues, leurs bâtiments et leurs infrastructures. Les cartes contiennent un niveau de détail incroyable sur les matériaux de construction, la taille et la forme des bâtiments, leur construction avec d'autres éléments sur les quartiers nécessaires aux compagnies d'assurance, mais rarement consignés ailleurs de manière aussi complète. Ce travail d'inventaire cartographique a duré des décennies. La Bibliothèque du Congrès américain détient aujourd'hui plus de 50 000 de ces atlas historiques, dont environ 35 000 sont mis à disposition en ligne (pour un total de 438 313 planches cartographiques).

Accès direct au Sanborn Maps Navigator :
http://selenaqian.github.io/sanborn-maps-navigator/

The master highway plan for the Boston metropolitan area (1948) :
https://archive.org/details/masterhighwaypla00char

Boston before and after the "Big Dig" (comparaison d'images au sol montrant les transformations du paysage urbain après le réaménagement de l'autoroute intra-urbaine en coulée verte) :
https://www.reddit.com/r/boston/comments/6so8p0/before_and_after_the_big_dig_xpost/
https://www.reddit.com/r/urbanplanning/comments/czp2iy/the_big_dig_before_and_after/

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Itinéraires piétons et aménités urbaines à Boston. Le projet Desirable Streets du MIT

Se déplacer en ville : quatre siècles de cartographie des transports en commun à Boston

Bouger les lignes de la carte. Une exposition du Leventhal Map & Education Center de Boston

America transformed : une exposition cartographique organisée par le Leventhal Map & Education Center





Comment les ordinateurs et les cartographes ont redessiné notre monde (Leventhal Map & Education Center)


« Processing Place. How computers and cartographers redrew our world » : une exposition virtuelle du Leventhal Map & Education Center.

Aujourd’hui, les cartes que nous utilisons le plus souvent dans notre vie quotidienne sont réalisées par ordinateur. Même les plus simples d’entre elles s’appuient sur de vastes bases de données d’informations géographiques et sur des systèmes complexes d’analyse et de visualisation. L'exposition Processing Place invite à découvrir comment les ordinateurs et la cartographie ont fusionné et ont redessiné notre monde au cours du XXe siècle.


Le « traitement des lieux » est à prendre ici dans un sens historique non seulement en termes de calcul numérique, mais comme une partie d’un processus cartographique dynamique et en constante évolution. Faire des observations, transformer ces observations en idées et utiliser ces idées pour argumenter sur des objectifs individuels ou collectifs est une activité humaine essentielle. En confiant une grande partie de notre réflexion et de notre analyse spatiales dans la mémoire des disques durs et des serveurs informatiques, nous avons en quelque sorte rendu la cartographie moins humaine. 

Si les cartes informatiques en sont venues à dominer notre imagination géographique, le processus de création de données numériques ouvre la voie à la création de nvelles cartes qui répondent à de nouveaux types de questions spatiales (cf cartes avec zones tampons). La fameuse carte de William Bunge sur la Nouvelle-Angleterre après la guerre nucléaire (1988) repose sur des zones tampons circulaires et montre que la carte peut servir à envisager (éviter) des futurs possibles (ou redoutés).

Les exemples sont souvent empruntés dans l'espace proche : il s'agit principalement de plans et de cartes de l'État du Massachussets, issus des archives du Leventhal Map & Center Education. L'occasion de découvrir par exemple l'histoire de l'île Nomans Land, base militaire de la Deuxième Guerre mondiale transformée en réserve écologique et désormais fermée à tout usage public. Mais les réflexions se situent à un niveau beaucoup plus large. L'exposition donne à réfléchir à la capacité d'anticipation des cartes à travers par exemple la carte des déplacements à Chicago pour éclairer les décisions des urbanistes. Les "lignes de désir" sur cette carte de 1951 sont des modèles du futur tout autant que des cartes du présent.

Les cartes peuvent être zoomées (penser à faire défiler les flèches car certaines rubriques présentent plusieurs cartes). Avec les commentaires disponibles juste à côté, le visiteur est invité à apprécié chaque carte avec tous ses détails.

Processing Place est exposé au Leventhal Map & Education Center de la Bibliothèque publique de Boston de septembre 2024 à mars 2025. L'entrée est gratuite. Planifiez votre visite ou explorez le catalogue numérique ci-dessous :

1. Expériences spatiales

  • De l'imprimé au pixel
  • Atlas informatique du Kenya
  • Scène de salle informatique
  • Atlas du Bangladesh

2. Superposition de données

  • Carte de la forêt
  • Lac Istokpoga
  • Visualisation des ressources
  • Inventaire des terres du Canada

3. Faire une différence : l'inventaire des terres du Canada

  • Ressources sur le banc Georges et les hauts-fonds de Nantucket
  • Carte des baleines
  • Nantucket, Massachusetts : utilisation du sol en 1985
  • Comté de Nantucket : photographie aérienne (4-710), 20 septembre 1984

4. Outils de transformation

  • Outils de dessin variés
  • Film de Scribe
  • Plan d'implantation illustratif : zone de renouvellement urbain du Government Center, Massachusetts R-35
  • TM 5-230 Dessin topographique
  • Pays du Suffolk : photographies aériennes, 1952 et 1971
  • Bloc de codage FORTRAN
  • Numérisation du palet
  • Évaluation linéaire à 16 niveaux du lac Bullfrog
  • Symboles de nuances pour traceur électrostatique - shadeset P1

5. Analyser la nature

  • Zones tampons autour des affluents
  • Contamination de l'approvisionnement en eau du DEP
  • Zones du Massachusetts présentant un risque environnemental critique

6. Pixellisation des lieux

  • Portrait spatial des États-Unis
  • Première image du Texas prise par Landsat 1
  • Carte de la mission de la navette spatiale STS-7

7. Quantifier les personnes

  • Atlas urbain, données sur les secteurs pour les zones statistiques métropolitaines standard (Boston, Massachusetts)
  • Compter les enfants
  • Atlas de la métropole d'Atlanta : les années 1970
  • Hexagone
  • Programme d'amélioration des quartiers de la ville de Milwaukee

8. La guerre informatique

  • Cahier d'exercices III
  • ENIAC
  • Terre de Noman
  • Sécurité intérieure et protection des infrastructures critiques : Projet pilote de préparation de Boston
  • Exercice d'essai national – Opération Ivy
  • Le sud de la Nouvelle-Angleterre après une attaque nucléaire

9. Calcul des itinéraires

  • Étude sur les transports dans la région de Chicago : rapport final (en trois parties), volume I
  • Lumières et enseignes de la ville
  • Kiosque de localisation des distances de marche
  • Sélection de matériel et de brochures Etak

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Bouger les lignes de la carte. Une exposition du Leventhal Map & Education Center de Boston


Bouger les lignes de la carte. Une exposition du Leventhal Map & Education Center de Boston


Bending Lines : Maps and Data from Distortion to Deception
http://www.leventhalmap.org/digital-exhibitions/bending-lines/

Le Centre Norman B. Leventhal n'en est pas à sa première exposition pédagogique sur les cartes. L'une des ses précédentes expositions America Transformed concernait les transformations des Etats-Unis au cours du XIXe siècle. Ce centre éducatif lié à la Bibliothèque publique de Boston (BPL) propose une nouvelle exposition en ligne consacrée aux manières dont les cartes ont tendance à déformer la réalité et créer une image du monde, parfois plus réelle que la réalité elle-même.

Conçue par Garrett Dash Nelson, le nouveau conservateur de cartes de la BPL, l'exposition était prévue pour se dérouler en présentiel. Mais avec la crise sanitaire liée au coronavirus, elle est devenue une expérience en ligne immersive accessible sur Internet. Au départ, il s'agissait de monter une exposition sur les biais de la carte, en recourant notamment aux cartes de propagande (persuasive maps) disponibles parmi les 250 000 cartes, atlas, globes et autres documents cartographiques de la BPL. Le titre de l'exposition a été choisi en réaction à la façon dont Donald Trump avait utilisé une carte du Service météorologique national en prolongeant et détournant la trajectoire du cyclone Dorian (lire ce billet) :

"Nous avons décidé, en lien avec ce qui se passe actuellement, de traiter de manière plus large la façon dont les cartes et les données visuelles présentées dans les médias produisent la vérité et interrogent quant au degré de confiance que l'on peut leur accorder. Donc, plutôt que de penser à des cartes forcément fausses, déformantes ou trompeuses, nous avons voulu réfléchir à la façon dont les cartes présentent le monde, chacune à leur manière, et comment elles peuvent comporter des biais, des absences ou des traitements incorrects. Nous voulions également que ce soit un moyen de promouvoir une éducation à la maîtrise des données (data literacy), qui est une attitude critique envers les médias et leurs data visualisations" (interview pour Citylab du 28 mai 2020).




1) Une exposition en ligne très pédagogique qui propose plusieurs parcours de visite

L'exposition s'adresse à un public très large, du public scolaire au grand public, avec l'idée de donner accès à des connaissances de haut niveau à partir d'exemples éclairants. On a le choix entre plusieurs parcours de découverte : par étapes successives en utilisant le bouton "suivant" au bas de chaque page, par accès à une table des matières disponible dans le menu déroulant en haut à droite de l'écran ou encore par mots-clés en utilisant le moteur de recherche interne accessible en haut à gauche.

L'exposition débute par une découverte de Boston à travers une vue déformée à vol d'oiseau (introduction). Puis l'itinéraire se décompose en 3 étapes :
  • Pourquoi vouloir convaincre ? (Why Persuade ?) examine les raisons pour lesquelles les cartes en viennent à devenir des outils de communication ou de propagande. Chaque entrée au choix propose une explication : pour des raisons de spéculation foncière, de concurrence commerciale, de marketing publicitaire, de nationalisme ou d'impérialisme, d'incitation à la guerre et de manière de la conduire à ses propres fins, de campagnes électorales, de batailles idéologiques, d'opposition ou de dissidence.
  • Comment repousser les lignes (How The Lines Get Bent) traite des techniques de visualisation de cartes et de données. Comment projeter le globe sur un plan ? Quelles techniques pour élaborer une carte ? Quel rôle important des données ? Comment à partir des mêmes données, on peut raconter différentes histoires ? Quels usages des cartes dans les médias ?
  • Le pouvoir de faire croire (The Power To Make Belief) lie la représentation visuelle au pouvoir de connaissance que nous confère la carte et au degré de confiance que l'on est susceptible de lui accorder. Avec comme sous-thèmes d'étude : La vérité en tant que système social ; Pouvoir et autorité ; Race et Empire ; Inventer un langage de symboles ; Frontières, nations et territoire ; Se cartographier. 


En outre l'exposition propose un parcours éducatif spécialement dédié au public scolaire (mais aussi  pour les curieux ou les néophytes) avec des activités pédagogiques liées à chacune des 3 étapes précédentes :
  • Une activité à partir d'une carte de Richard Edes Harrison (The World Divided) parue en 1941 dans le magazine Fortune permet de s'initier à la technique et à la compréhension des projections azimutales (voir l'article sur la géographie à l'ère aérienne).
  • Une activité à partir de la carte de la population de Tokyo basée sur les données du recensement de 1926 (Color by numbers, number by colors) permet de comprendre l'intérêt et les limites des cartes choroplèthes par aplats de couleurs.
  • Une activité à partir des élections présidentielles aux Etats-Unis en 1888 (Counting up votes) : permet de s'initier à la cartographie électorale et à la construction de cartes avec histogrammes.
  • Une activité à partir d'un Guide touristique de la République d'Afrique du Sud de 1978 (Selective inattention) montre à quel point la politique officielle d'apartheid imprégnait les cartes. Elle permet de réfléchir au processus de choix et de généralisation de l'information géographique.
  • Une activité à partir d'une carte de la Première Guerre mondiale issue du Daily Mail (1914) utilisant des icônes pour représenter des soldats, des avions et des sacs d'or (Big blimps and little lieutenants) : l'occasion d'aborder la différence entre icone et symbole cartographique et de montrer la difficulté à hiérarchiser l'information à partir de simples icones figuratives.
  • Une activité à partir d'une carte commerciale publiée par l'American Radiator Company et probablement distribuée à l'Exposition universelle de Chicago de 1893 (Global Business) montre l'importance du choix de la taille et de la couleur des symboles.
  • Une activité à partir d'un planisphère de John Bartholomew montre l'étendue de l'empire colonial britannique dans les années 1890 (An empire once, twice around the world) : une manière d'utiliser la projection Mercator pour augmenter la taille des possessions britanniques.
  • Une activité à partir d'une carte humoristique de Frederick W. Rose dans laquelle les nations et les empires sont composées de figures allégoriques illustrant les tensions politiques en 1877 (The ever-threatening octopus) : l'occasion de comprendre l'intérêt et les limites des cartes "sério-comiques" pour traiter des relations internationales
  • Une activité à partir d'une carte du futur réseau autoroutier des Etats-Unis (Patriotic pavement) tel que le voyaient les lobbies de l'automobile en 1918 permet de travailler sur les noms et le titre de la carte qui contribuent à lui donner une orientation patriotique (cf combat pour la route assimilé à l'engagement pendant la guerre).
  • Une activité à partir de deux cartes représentant les transports publics (train et métro) à Boston au XIXe siècle, l'une pour montrer un réseau dense et étendu et l'autre pour faire ressortir dans un SIG le désert des transports en commun en banlieue (Data story. A golden era of trains or a transit wasteland). On peut ainsi travailler sur les intentions du cartographe lorsqu'il analyse et interprète des données.
  • Une activité à partir d'une carte des revenus des enseignants dans le Massachussets (Data story. Where are the highest paid Massachusetts teachers ?) montre l'importance du mode de calcul à partir d'une moyenne ou d'une médiane.
  • Une activité interactive (Do you trust this map ?) permet de tester le degré de confiance ou de méfiance que l'on peut avoir envers certaines cartes utilisées dans l'actualité. Comment le titre, les étiquettes et autres noms orientent la lecture de la carte ? Comment les données sont-elles symbolisées ? De quelles informations dispose-t-on concernant la source des données, la manière dont elles ont été recueillies et comment elles ont été traitées ? Quelles autres techniques le cartographe a-t-il utilisées pour simplifier et visualiser les informations ?

Chaque activité pédagogique est agrémentée de liens et de références pour approfondir l'analyse et pour retrouver les documents sources utilisés, de sorte qu'il est assez aisé de récupérer les ressources cartographiques pour bâtir ses propres activités (notamment si l'on bute sur les pages en anglais).

2) "En matière de cartes, la vérité et la croyance entretiennent des relations complexes"

"Même lorsqu'une carte n'essaie pas délibérément de tromper ses lecteurs, elle doit tout de même réduire la complexité du monde réel en mettant l'accent sur certains éléments et en en masquant d'autres. La réduction du globe en trois dimensions sur une feuille de papier en deux dimensions ainsi que la conversion de lieux, de personnes et de statistiques en symboles, lignes et couleurs relèvent d'opérations nombreuses qui sont en elles-mêmes sources d'importantes distorsions".

"Certaines des cartes de cette exposition sont délibérément fausses, créées par des personnes ou des institutions qui tentent de vous induire en erreur ou de vous influencer. Mais dans beaucoup d'autres cas, la relation entre la carte et la vérité est plus ambiguë. Certaines cartes cachent en partie la vérité afin de laisser transparaître un autre type d'interprétation, tandis que d'autres classent et catégorisent le monde de manière à entretenir notre scepticisme. Et pour certaines des cartes présentées dans cette exposition, le pouvoir de conviction ne passe pas par la ruse mais par la libération, car elles cherchent à faire prendre conscience de vérités qui étaient auparavant cachées ou réprouvées."

"Au lieu de classer les cartes sur une échelle linéaire avec d'un côté les cartes « vraies et objectives » et de l'autre les cartes « fausses et biaisées », l'exposition Bending Lines (littéralement infléchir, courber les lignes) encourage plutôt à prêter attention au contexte social, culturel et politique de communication dans lequel se situent ces cartes. Ce n'est pas parce que chaque carte est déformée d'une manière ou d'une autre qu'il n'est pas possible de parler de fidélité et de pertinence. Réfléchir soigneusement aux motivations, au sens, au pouvoir de persuasion de chaque carte nous aide à bâtir un rapport de confiance éclairé et critique envers elle. Le langage visuel de la cartographie a sa propre grammaire et son propre vocabulaire. Apprendre à interpréter ce langage constitue une forme d'alphabétisation essentielle dans un monde saturé d'informations visuelles. Chaque carte propose une perspective, mais toutes les perspectives ne se valent pas. Il peut parfois s'avérer impossible de "bouger les lignes", mais nous pouvons au moins essayer d'examiner pourquoi et comment elles ont été bougées." Il s'agit de "remettre en question la croyance sans détruire la confiance" (lire cet article sur le site Cartographic Perspective qui explique en détail la manière dont a été pensée l'exposition).


3) Croire (au moins en partie) ce que l'on voit de manière à dépasser l'idée que la carte serait en soi mensonge ou trahison

Depuis les travaux critiques de Mark Monmonier, nous savons que les cartes peuvent mentir et qu'il est nécessaire de les déconstruire. L'un des principaux apports de cette exposition est de dépasser l'idée que la carte serait en soi mensonge ou trahison. Ne peut-on affirmer qu'elle exprime en même temps une certaine vérité, relative à un point de vue qu'il convient d'abord de comprendre pour pouvoir la décrypter ? C'est là un élément essentiel qui permet de sortir du doute et du reproche dans lequel on enferme souvent la cartographie et les cartographes eux-mêmes. En postulant que la carte constitue une forme de réel, il devient possible de lui accorder une part de vérité, certes partielle mais indispensable si l'on veut pouvoir comprendre son pouvoir d'influence aujourd'hui comme hier. Les concepteurs de l'exposition ont à cet effet proposé à des cartographes professionnels de réaliser leurs propres cartes à partir d'une même source de données. Il n'avaient aucune consigne précise si ce n'est qu'ils pouvaient jouer librement avec ces données brutes, y compris en les manipulant à leur guise. L'expérience a montré que les méthodes utilisées par ces cartographes étaient les mêmes que celles que l'on pouvait trouver dans les cartes les plus honnêtes. La différence réside donc dans l'intention initiale qui préside à l'élaboration de la carte, pas dans les méthodes en elles-mêmes.

Même si la carte participe d'un processus d'objectivation, elle est aussi en mesure de refléter et d'assumer une grande part de subjectivité. A une époque où chacun peut fabriquer ses propres cartes avec des outils grand public, on peut voir la carte comme un moyen pour les citoyens de raconter des histoires sur eux-mêmes, sur leur vie personnelle et leur vie sociale. Les cartes jouent un rôle primordial en nous disant où nous sommes et qui nous sommes. Nous devons donc « cartographier ou être cartographiés » pour reprendre les termes de M. Stone (Map or be mapped, Whole Earth, 94, 1998).

L'intérêt de cette exposition virtuelle est également de fournir de très nombreux exemples de cartes à l'appui de la démonstration : des plans de villes, des cartes administratives (anciennes ou actuelles), des cartes publicitaires ou touristiques, des cartes électorales ou politiques, des mappemondes, des globes...

Le Leventhal Map & Education Center propose des cartes historiques non seulement sur Boston (voir son Atlascope) et le nord-est des Etats-Unis, mais aussi sur beaucoup d'autres régions et pays du monde. Ces cartes sont géoréférencées et disponibles dans différents formats (voir également le guide QGIS pour les intégrer dans un SIG) :
http://collections.leventhalmap.org/

En complément, le centre Leventhal propose des vidéos détaillant les analyses cartographiques conduites dans le cadre de cette exposition : https://www.leventhalmap.org/exhibitions/

Vous pouvez suivre les informations et les cartes diffusées par le Centre cartographique et pédagogique Leventhal à travers le compte Twitter @bplmaps.

De nombreuses institutions culturelles proposent des visites virtuelles de leurs collections et des conférences accessibles en ligne (cf Les musées de chez soi, une sélection de liens sur le site Eduscol).


Lien ajouté le 5 août 2021

Lien ajouté le 3 septembre 2021

Lien ajouté le 12 octobre 2021

Lien ajouté le 9 février 2023

En jouant avec des lignes tracées au sol pour délimiter l’espace, le spectacle Bouger les lignes utilise la carte pour s’orienter, faire ses courses, faire la guerre ou rêver. À travers des itinéraires géographiques ou poétiques, les comédiens de la Cie de l’Oiseau-Mouche nous émerveillent et nous égarent, jusqu’à l’invention d’un monde surgi de nulle part



Articles connexes

America transformed : une exposition cartographique organisée par le Leventhal Map & Education Center 

 

Mapping a World of Cities : un parcours dans l'histoire urbaine en cartes


Où, comment et pourquoi les villes se développent-elles ? De la ville de Tenochtitlán au début du XVIe siècle au Chicago des années 1920, les cartes présentées dans cette exposition virtuelle couvrent plusieurs siècles d'histoire urbaine. Ces cartes et ces plans montrent comment les villes du monde se sont transformées parallèlement à l'évolution de l'art et de la cartographie. Une frise chronologique associée au site permet de se repérer dans le temps et de naviguer à son gré. Les reproductions sont d'une excellente qualité. On peut filtrer les informations par régions ou par collections.

Le site Mapping a World of Cities est le fruit d'une collaboration numérique entre dix bibliothèques et cartothèques des États-Unis. Ce qui explique que les villes américaines et européennes soient davantage traitées. Le site permet d'explorer et comparer les plans de 85 villes (certaines grandes métropoles comme par exemple New York, Londres, Mexico sont étudiées à différentes époques).
 

Sponsors

Contributeurs

La bibliothèque de Harvard consacre également toute une collection à la transformation des villes et de leur environnement à travers plus de 700 plans et cartes historiques du XVIe siècle à nos jours :

City Maps and Urban Environments (Harvard Library) :
http://curiosity.lib.harvard.edu/city-maps-and-urban-environments


 


Articles annexes

Bouger les lignes de la carte. Une exposition du Leventhal Map & Education Center de Boston

America transformed : une exposition cartographique organisée par le Leventhal Map & Education Center

Les cartes d'assurance-incendie, une source d'information précieuse pour l'histoire et la géographie urbaines

Cartographies actuelles. Enjeux esthétiques, épistémologiques et méthodologiques

Rubrique Cartes et atlas historiques de ce blog


Se déplacer en ville : quatre siècles de cartographie des transports en commun à Boston


Le Leventhal Map & Education Center propose une très belle exposition en ligne sur la cartographie des transports en commun à Boston : Getting around Town. Four Centuries of Mapping Boston in Transit. L'exposition est organisée par Steven Beaucher, auteur du livre Boston in Transit  (MIT Press). Elle associe les propres collections de Beaucher aux vastes fonds du Leventhal Center et de la Boston Public Library. 

Les documents présentés permettent de suivre l'évolution des systèmes de transport en commun qui ont transporté les gens autour de Boston, relié les quartiers et façonné les géographies vécues par des générations de Bostoniens. Les cartes documentent les changements de ces réseaux de transport en commun et montrent également comment ces systèmes ont influencé la croissance de la ville. L'occasion de découvrir de très belles "transit maps" et de suivre toute l'histoire ayant conduit à la réalisation de la MBTA (Massachusetts Bay Transportation Authority) du Grand Boston, y compris à travers des projets non réalisés.

Les étapes de l'exposition :

Découvrir un plan des transports en commun de Boston datant de 1927 à travers une collection d'affiches.

Les éducateurs du Leventhal Center K-12, en collaboration avec le Boston Private Industry Council, ont embauché des élèves des écoles publiques de Boston pour créer le contenu de cette exposition. Les étudiants ont appris comment l'information devient géospatiale en la reliant à des lieux géographiques, et comment elle est utilisée pour créer des visualisations basées sur des cartes à l'aide d'un système d'information géographique (SIG). Les étudiants se sont entraînés à interpréter et à évaluer des cartes basées sur des données. Ils ont rencontré des professionnels qui utilisent des cartes SIG dans leur travail. Enfin, ils ont utilisé la plateforme numérique ArcGIS Online pour créer leurs propres cartes des transports en commun à Boston.

Michael Chowdhury a produit une carte des zones adaptées aux piétons. Benjamin Bouchat a cherché à réaliser une carte du trajet le plus joli et le plus sûr de Boston. Makaya Vicks a réalisé une carte des lieux où de nombreuses agressions ont eu lieu de janvier à mi-mars 2023. 

Les zones de danger sur les itinéraires de transport en commun à Boston (source : Boston Public Library)


Une carte réalisée par Gideon Neave, étudiant à la Boston Latin School, prend en compte le temps de trajet (en bleu) et le revenu du ménage (en rouge), et montre que les personnes ayant moins de revenus sont souvent soumises à des temps de trajet plus longs.

Temps de trajet et revenu des ménages (source : Boston Public Library)


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L'histoire par les cartes : l'histoire de la rénovation urbaine de Boston depuis les années 1920

Environnement et justice dans les paysages anthropisés. Une exposition virtuelle du Leventhal Center

Bouger les lignes de la carte. Une exposition du Leventhal Map & Education Center de Boston

America transformed : une exposition cartographique organisée par le Leventhal Map & Education Center

Environnement et justice dans les paysages anthropisés. Une expo virtuelle du Leventhal Center


« More or Less in Common : Environment and Justice in the Human Landscape »  (Leventhal Center) 

L'exposition  « Plus ou moins en commun : Environnement et justice dans les paysages anthropisés » aborde les questions de la justice sociale et de l'injustice tels qu'on peut les analyser dans le paysage. « Ces questions doivent être au centre de notre attention du fait que nous nous mettons au défi de construire des environnements meilleurs et plus sains à l'avenir. A travers de cartes, de photographies, d'images et de visualisations de données, cette exposition nous invite à nous confronter à des histoires sur la façon dont les conditions environnementales ont parfois servi à aggraver les inégalités selon des lignes de fracture sociale. Dans le même temps, notre environnement commun offre la possibilité de rassembler les gens au-delà des différences et fournit l'inspiration pour forger de nouveaux types d'actions communes. »



Alors que le quartier de Back Bay était destiné à créer de nouveaux terrains, les habitants de Boston au XIXe siècle ont été contraints de prendre en compte les données de la géographie physique qui reliaient la terre et l'eau. Le bassin versant du Stony Brook, représenté en bleu sur cette carte des années 1860, traversait plusieurs quartiers urbains alors indépendants, soulevant des questions sur ce qui se passe lorsque les frontières sociales et écologiques se chevauchent.

L'environnement est-il une chose que nous avons tous en commun ? Quels types d'images vous viennent à l'esprit lorsque vous pensez à l'environnement ? Des arbres, de l'eau, des paysages verts et des vues panoramiques ? Mais qu'en est-il des personnes, des communautés, des logements, des routes, des quartiers, des villes, des écoles et des usines ? Tous ces éléments font également partie de l'environnement. Et les questions environnementales ne peuvent être placées dans une catégorie distincte des questions sociales. Les êtres humains et le monde naturel sont profondément liés, par le passé, le présent et l'avenir.

L'exposition visible sur place ou de manière virtuelle s'organise autour de plusieurs entrées thématiques :

En outre sont proposées trois études de cas témoignant du croisement entre questions sociales et environnementales : 


Exploration des cartes et des images présentées dans l'exposition.

On peut parcourir l'exposition à travers ses galeries physiques et numériques. On peut choisir de commencer par le début ou explorer les différents thèmes. On peut également aller voir tous les objets exposés.

Une animation cartographique pour reconstituer les dynamiques de peuplement aux Etats-Unis sur la période 1790-2010


Cette carte animée est accessible sur Youtube et sur le forum Map Porn où elle fait l'objet de commentaires :
http://www.reddit.com/r/MapPorn/

L'animation reconstitue l'évolution des densités aux Etats-Unis année par année sur la période 1790-2010. Les densités sont cartographiées à l'échelle des comtés, ce qui permet d'étudier les dynamiques de peuplement et la densification progressive du territoire sur deux siècles.


Utiliser le bouton lecture-pause pour faire des arrêts sur image ou des retours en arrière

Les données sont issues de l'US Census Bureau qui est l'administration publique chargée du recensement aux Etats-Unis. Ce site est une mine d'informations pour trouver des statistiques, des graphiques et des cartes sur les Etats-Unis. Le Census Bureau a mis en ligne l'ensemble des recensements effectués depuis 1790, ce qui permet d'intégrer des données anciennes sur un temps long.

Base de tous les recensements du Census Bureau de 1790 à 2010 :


Quelques pistes pour interpréter la carte :

- L'animation permet de mettre en évidence la lente conquête de l'Ouest au cours du XIXe siècle, à partir du foyer d'origine des 13 colonies anglaises au nord-est des Etats-Unis (voir la carte des densités en 1775 ou encore la carte de 1765 localisant les nations indiennes). Cette carte animée vient illustrer le mythe d’une nation conquise par de valeureux pionniers, d’une terre promise arrachée aux sauvages ("Go west, young man" même si on sait aujourd'hui que l'expression est un mythe). Il faut tout de même attendre 1850 (début de la "ruée vers l'or") pour que le mouvement s'accélère véritablement. La "ruée vers l'Oklahoma", avant d'être le titre d'un album de Lucky Luke, est une course aux lopins de terres attribués aux colons avides de nouvelles contrées (cf le Land run de l'Oklahoma bien observable sur la carte à partir de 1889).

- Au début du XXe, la Californie et la Floride ont encore de faibles densités (contrairement à la Louisiane peuplée depuis plus longtemps), mais elles deviennent plus attractives par la suite. Le Vieux Sud suit un schéma différent avec un peuplement plus précoce (plantations de canne à sucre), mais tout de même décalé par rapport aux comtés plus urbanisés des états du nord. A partir des années 1970-80, la densification s'opère surtout autour des grands centres urbains. Malgré tout, l'intérieur des Etats-Unis reste relativement moins peuplé. Certains comtés ruraux perdent même de la population dans la période récente, ainsi que certains comtés urbains de la Rust Belt.

- Les données sont issues des recensements officiels qui, jusqu'en 1900, ne prenaient en compte que les citoyens, à l'exclusion des populations autochtones (amerindiens) et des esclaves noirs (inclus dans la clause des trois cinquièmes demandée par les états du Sud). Cela ne veut donc pas dire que le centre et l'ouest des Etats-Unis étaient vides de populations. Leur densité étant probablement assez faible (on estime qu'il y avait environ 600 000 Amerindiens sur le territoire actuel des États-Unis en 1800), elle peut éventuellement être comprise dans la catégorie 0-2 hab / km2 indiquée en légende.

- La carte traduirait-elle un certain ethnocentrisme ? D'aucuns y voient une "animation politiquement correcte qui rassure les Américains mais qui occulte complètement les Amérindiens". Le titre n'est pas tout-à-fait juste. Plus que les densités de population, la carte représente l'implantation et l'essor de la population d'origine européenne au sein d'un continent déjà peuplé d'autochtones. Ce que met en lumière Roxanne Dunbar-Ortiz dans son histoire des États-Unis racontée du point de vue des peuples autochtones (An Indigenous Peoples' History of the United, University of Minnesota Press, 2014), également auteure en 2019 d'une Contre-histoire des Etats-Unis.

- Le seuillage de la légende mérite d'être discuté (mode de discrétisation par égal effectif ?). Le seuil maximum de 90 habitants par km2 est assez bas (à rapporter à des densités moins fortes dans le Nouveau Monde qu'en Europe). Il ne rend pas compte de l'urbanisation, mais plutôt de la colonisation progressive du territoire américain. Malgré tout, une analyse détaillée de la carte permet de voir le développement chaotique avec des "hauts" et des "bas" dans certains comtés liés aux cycles de conjoncture économique (arrivée du chemin de fer, fin de la ruée vers l'or, effets de la crise de 1929...)

- Les recensements ayant lieu tous les dix ans, les données non décennales correspondent donc à des estimations (il n'est pas précisé si des données complémentaires ont été utilisées en plus des recensements officiels).

- Les frontières des Etats-Unis ont changé (voir cet atlas historique des comtés américains qui fournit les données en téléchargement). Il faut donc recouper la carte d'évolution des densités avec la carte animée ci-dessous qui montre la construction progressive du territoire américain sur 170 ans (1789-1959) :




Ce gif animé est issu du site Smithsonian.com. Cette animation est également disponible sur Youtube sous forme de vidéo (avec possibilité de faire des arrêts sur image) et sur le site Visual Capitalist (en comparaison d'une carte ancienne). Cette carte animée résume 170 ans d'évolution du territoire des Etats-Unis, de l'application de la Constitution américaine en 1789 jusqu'au rattachement de Hawaï en 1959. Une autre vidéo permet également de montrer l'évolution des frontières sur le site Business Insider.

Les changements sont considérables, en particulier pour la Géorgie ou le Texas qui constituent d'abord de gigantesques territoires indépendants avant de se réduire progressivement. On peut voir également les divisions de la Nouvelle Espagne et les rétractions successives de l'état du Mexique, de son origine en 1821 à sa disparition en 1854. Par le traité de Guadeloupe Hidalgo signé le 2 février 1848, le Mexique cède aux États-Unis le Texas, la Californie, l'Utah, le Nevada, le Colorado, le Wyoming, le Nouveau-Mexique et l'Arizona, soit la moitié de son territoire (voir cette carte d'Ephraim Gilman montrant les surfaces impressionnantes de territoires récupérés par les Etats-Unis). D'autres gif animés sont disponibles sur le site Vividmaps.com en ce qui concerne par exemple l'évolution de l'appartenance religieuse.

La carte ci-dessous issue du forum Map Porn résume les acquisitions territoriales des Etats-Unis sur la période 1783-1853 (voir le détail par année sur Wikipedia).
 

Une autre carte animée peut être utilisée pour compléter l'analyse. Il s'agit d'une cartographie en mode point donnant à voir une représentation différente de la densité. Le pas de temps de 10 ans est moins précis, mais correspond davantage à la réalité des données disponibles à partir des recensements décennaux. Chaque point équivaut à 5 000 habitants, ce qui est relativement précis. Cette représentation des densités humaines par une densité de points permet de s'affranchir de la maille administrative et de prendre en compte les populations autochtones déjà implantées au moment de l'arrivée des populations d'origine européenne. Les foyers isolés apparaissent mieux sur cette carte que sur une carte choroplèthe. Il est plus difficile cependant de localiser les territoires concernés.



 A titre de comparaison, Robert Williams a cherché à reconstituer la carte des densités du territoire américain en 1492 avant l'arrivée des Européens. Voir ce fil Twitter et sa carte commentée sur le site Map Porn. Cette carte pose évidemment des questions de sources et de pertinence à représenter la population par comtés à une époque où ceux-ci n'existaient pas. Les sources reposent principalement sur les fouilles archéologiques et les premières chroniques des explorateurs espagnols.


 
Même en utilisant les comtés comme unités de base, on peut encore aujourd'hui distinguer les contours de cinq nations iroquoises :


 
On peut également avoir une autre vision de la frontière américano-mexicaine : historiquement les Mexicains n’ont pas franchi la frontière américaine, "c'est la frontière qui les a traversés" (slogan des minorités hispaniques installées au sud des Etats-Unis). La carte représente non pas la nationalité d'origine, mais les citoyens américains qui s’identifient ou sont identifiés comme étant d’origine ethnique mexicaine. Ce ne sont pas des personnes qui ont immigré aux États-Unis, ce sont des personnes qui vivent dans les mêmes régions depuis des générations. Le débat porte sur le fait de considérer ou non ces populations d'origine mexicaine comme faisant partie des "autochtones" installés préalablement à la colonisation d'origine européenne.


Une carte montrant les origines dont se réclament les Américains à l'échelle des comtés.

A compléter par cette carte des origines ethniques des ancêtres par état (enquête du Census Bureau en 2000). Source : Wikipedia


La construction du territoire des Etats-Unis en 141 cartes interactives (1789-1959) avec une typologie intéressante qui permet de distinguer entre territoire américain, état constitué ou en sécession, territoires en litige, autres territoires...  : http://michaelporath.com/projects/manifest-destiny/#overview

 
 
En comparaison de la carte de la colonisation, on peut utiliser la carte montrant la rétraction des territoires amerindiens. Le contraste est saisissant : les terres des Indiens se réduisent comme une peau de chagrin entre 1776 et 1930 : 


 
La carte de répartition des tribus amerindiennes vers 1500 :
http://paulmirocha.com/project/corns-journey/
http://www.themaparchive.com/indian-culture-areas-in-north-america-c-1500.html

A compléter par une carte plus détaillée sur Wikipedia :
http://en.wikipedia.org/wiki/Native_American_cultures_in_the_United_States

L'atlas d'Emma Willard publié en 1829 comprend une série de 12 cartes sur l'histoire de la nation américaine :
http://bostonraremaps.com/inventory/1829-emma-willard-historical-atlas/

La première carte de l'atlas Willard localise les lieux de vie et de déplacement des tribus indiennes au nord-est des Etats-Unis. Pour Susan Schulten, Emma Willard était une patriote très fière de l'histoire de son pays. Pour lui, la présence d’indiens autochtones sur cette « carte d’introduction » non datée a pour effet de les soustraire du cours de l’histoire (il s'agit de « traduire le chaos en ordre »). Les neuf cartes datées fournissent en revanche un récit linéaire et cohérent sur l'exploration, la colonisation, le peuplement, le développement politique et l'expansion d'un territoire qui est devenu celui des États-Unis (Schulten, Mapping the Nation: History and Cartography in Nineteenth-Century America).

Une sélection de cartes anciennes proposée par la Bibliothèque du Congrès montrant le rôle des réseaux de chemin de fer dans la conquête de l'Ouest : http://www.loc.gov/collections/railroad-maps-1828-to-1900/

Un graphique évolutif montrant la croissance démographique des 10 plus grandes villes américaines depuis 1790 : http://www.vividmaps.com/wp-content/uploads/2019/04/10-most-populous-cities-every-decade-since-1790-10.png

Une carte statistique de l'Amérique du Nord en 1835 indiquant la date de fondation de chaque état, sa population et la répartition entre Blancs et Noirs : http://www.reddit.com/comments/b0yzzf

Le cartographe James Ives a eu l'idée de créer une carte mécanique pour aider les gens, en particulier ses étudiants, à visualiser les changements aux Etats-Unis : Ives, James T.B. Historical Map Showing the Successive Acquisitions of Territory by the United States of America. New York, 1896.

La coupure entre états esclavagistes et états libres aux Etats-Unis est très nette sur cette carte de 1856 établie juste après le Kansas-Nebraska Act de 1854 avec la question de savoir si les états devaient être esclavagistes ou non.

Le déplacement progressif du centre de gravité de la population américaine vers l'ouest de 1790 à 2010.


Une carte publiée à Baltimore en 1904 montrant la formation territoriale des Etats-Unis :


Cette carte témoigne des extensions territoriales à partir des 13 colonies d'origine : l'achat de la Louisiane (1803), les terres cédées par l'Espagne en Floride (1819), l'annexion du Texas (1845), la Californie cédée par le Mexique (1848), l'Alaska cédée par la Russie (1867) et les divers moyens pour revendiquer le territoire de l’Oregon (par la découverte en 1792 ou par l'installation à Astoria en 1811) ainsi que la cession de la Floride par l'Espagne (1819). Les limites de cession, les réserves militaires, les réserves indiennes, les réserves forestières et les parcs nationaux sont indiquées en couleur.

Les comtés des États-Unis (ou territoires équivalents) qui portent le nom de propriétaires d'esclaves :

Une animation montrant les terres perdues par les Amerindiens entre 1776 à 1931 (Vox) :
http://www.vox.com/2019/10/14/20913408/us-stole-thousands-of-native-american-children


La formation du territoire américain à travers le développement du chemin de fer :


Ce gif animé est issu du projet Invasion of America. Il est également visible sous forme de vidéo sur Youtube.

Carte des territoires indiens établis juridiquement par l'USGS en 1978 :
http://pubs.er.usgs.gov/publication/70114965

















La conquête des terres indiennes aux États-Unis. Cartographies, carte interactive sur les lieux de mémoire et corpus documentaire pour les terminales #HGGSP www.cartolycee.net/spip.php?art...

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— Jean-Christophe Fichet (@cartolycee.bsky.social) 2 mars 2025 à 15:41


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