Les aires d'accueil des gens du voyage en France : des territoires marginalisés


« Où sont les “gens du voyage” ? Notre place est désignée, choisie, séparée. Nos places sont celles qui restent. »

Le livre de William Acker publié par les Éditions du Commun est le premier inventaire (critique) des aires d’accueil en France. Les données collectées par l’auteur sont mises à disposition sur le site Visionscarto : http://visionscarto.net/aires-d-accueil-les-donnees


Les aires d'accueil des gens du voyage en France (source : William Acker, Visionscarto)

1) Pour un inventaire critique des "aires d'accueil"


Partout en France, les lieux « d’accueil » attribués aux personnes relevant de cette dénomination administrative se trouvent à l’extérieur des villes, loin de tout service, ou dans des zones industrielles à proximité de diverses sources de nuisances. Constatant l’absence de chiffres opposables aux pouvoirs publics sur l’isolement de ces zones et leur rôle dans les inégalités environnementales, William Acker a décidé de les recenser, département par département.

L'auteur est juriste et issu des communautés dites des « gens du voyage ». Depuis 2019, il mène et participe à plusieurs projets de recherche en lien avec les politiques publiques d’accueil des gens du voyage, la lutte contre l’antitsiganisme (la voix des Rroms et ERGO Network) et la documentation des pratiques professionnelles des femmes d’origine romani (Mucem).

William Acker vient de publier le 16 avril 2021 un ouvrage Où sont les « gens du voyage » ? Inventaire critique des aires d’accueil, Éditions du Commun, 2021 (en téléchargement libre).




La première partie de cet ouvrage analyse le contexte historique, sociologique et politique de ces communautés et du rapport que l’État entretient avec elles. La seconde partie est l’inventaire exhaustif et cartographié des aires d’accueil. Cet inventaire s’appuie sur des critères précis et factuels comme la distance et la durée de trajet de la mairie à l’aire, la proximité immédiate de zones habitables ou de zones à risque sanitaire ou écologique (centrale nucléaire, déchèterie, usine, station d’épuration, etc.).  C’est un travail inédit qui permet de mettre en lumière, d’une part, l’antitsiganisme diffus dans toutes les strates de notre société et, d’autre part, l’encampement moderne de toute une partie de la population invisibilisée de l’espace et du débat publics. Les « gens du voyage » sont en première ligne d’un des grands enjeux de lutte du XXIe siècle : le racisme environnemental.


2) Pistes d'utilisation des données mises à disposition

William Acker a fait un énorme travail pendant près de deux ans pour rassembler toute cette information géographique. L'utilisateur a le choix entre deux usages possibles et complémentaires de la base de données :

  • Sur le site Visionscarto

    La carte interactive permet d'accéder à chaque aire d'accueil et à son contexte géographique (distance à la mairie en temps et en km, nuisances proches, type d'aire...). Le code couleur sur la carte permet de mettre en évidence les niveaux d'isolement et/ou de pollution :
  0. Aire non isolée, non polluée (verte)
  1. Aire isolée ou polluée (orange)
  2. Aire isolée et polluée (rouge)
  3. Proximité d’un site SEVESO (noir)

 

Le moteur de recherche mis à disposition sur le site Visionscarto permet de faire des recherches en fonction des lieux ou en fonction du type de nuisance (par exemple ici 151 aires d'accueil proches d'une autoroute).

  • Téléchargement des données au format CSV

    Le téléchargement de la base permet une réutilisation des données géolocalisées dans un globe virtuel  ou dans un SIG. La liste des 1358 aires disponibles peut être croisée avec d'autres bases de données relatives aux zones inondables, aux sols pollués, aux services publics...

    Les données au format CSV sont mises à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International (CC-BY-NC-SA).