Infrastructures numériques : un accès encore inégal selon les pays


Comme le souligne un article paru en novembre 2019 sur le blog de la Banque mondiale, il faudra encore du temps pour que l'Afrique comble son retard en matière d'accès aux infrastructures numériques. 45 % environ des Africains vivent à plus de 10 kilomètres d’une infrastructure réseau en fibre optique — soit plus que n’importe où ailleurs dans le monde. Par ailleurs, la pénétration d’Internet en Afrique concerne essentiellement les connexions mobiles, et la qualité du débit 3G ou 4G dépend de l’endroit où l’on se trouve.

Roku Fukui, Christopher James Arderne, Tim Kelly, Combler le fossé numérique de l’Afrique : le pouvoir des cartes, 7 novembre 2019.



Les auteurs de cette carte s'appuient sur un rapport publié en octobre 2019 par l'International Telecommunication Union (ITU) et l'UNESCO : Connecting Africa Through Broadband. A strategy for doubling connectivity by 2021 and reaching universal access by 2030.

Selon ce rapport, il faudra investir cent milliards de dollars pour garantir un accès universel à l’internet en Afrique d’ici 2030. Un défi redoutable quand on sait qu’un tiers environ des habitants d’Afrique subsaharienne sont encore hors de portée des signaux mobiles à large bande. Pour atteindre cet objectif, le rapport estime qu’il faudrait déployer au bas mot 250 000 kilomètres de fibre optique et créer près de 250 000 nouvelles stations de base 4G. Il faudra également faire preuve d’inventivité pour les zones rurales isolées où les réseaux mobiles traditionnels restent inaccessibles. 

Plusieurs outils et bases de données peuvent être utilisés pour étudier l'inégal accès aux infrastructures numériques à l'échelle mondiale. 

Tout d'abord, l'International Telecommunication Union (ITU) propose une cartographie en ligne, qui reprend les principales données de Telegeography sur les câbles sous-marins et y ajoutent des données sur les infrastructures numériques terrestres  :
http://www.itu.int/itu-d/tnd-map-public/

Répartition des infrastructures numériques dans le monde (source : Interactive Transmission Map)



L'outil en ligne de l'ITU permet d'ajouter des couches d'information telles par exemple les densités de population, la couverture en 2, 3 ou 4G, les noeuds de connexion Internet, etc..

 Densités de population et couverture 3G dans le monde (source : Interactive Transmission Map)



Pour étudier plus en détail l'accessibilité, on peut se reporter également aux données concernant le Global Connectivity Index (GCI) qui comprend 40 indicateurs. Destiné aux décideurs et aux leaders de l'industrie pour développer l'économie numérique, le GCI a évolué depuis sa création en 2014. Il intègre plus de pays dans son classement et est renforcé dans sa méthodologie. Il constitue un indice de connectivité mondiale publié par Huawei (géant chinois de la téléphonie et d'internet).

Powering Intelligent Connectivity with Global Collaboration. Mapping your transformation into a digital economy with GCI 2019 (Huawei)

En 2019, le GCI donne lieu à un classement de 79 pays en fonction de leur investissement dans les TIC, de leur maturité numérique, de leurs performances économiques dans ce domaine. Le graphique ci-dessous fait apparaître une courbe en S qui regroupe trois type de pays : ceux qui débutent (starters), ceux qui sont en cours d'adoption (adopters) et ceux qui sont à la pointe du numérique (frontrunners). L'intérêt est de pouvoir faire des comparaisons entre 2015 et 2019 et de voir certains pays changer de catégories.

Classement de 79 pays en termes de connectivité numérique (source : GCI, 2019)



Typologie des pays en termes de connectivité numérique (source : GCI, 2018)


Sans surprises, les pays développés sont ceux qui bénéficient d'un meilleur accès et d'un meilleur développement numérique. La France est passée entre 2018 et 2019 de la catégorie adopter à frontrunner. La Chine est également à la pointe comparativement à l'Inde moins bien équipée. L'Amérique du Sud est globalement plus en avance que l'Afrique ou même l'Asie du Sud.

L'indicateur GCI, comme beaucoup d'indicateurs économiques, a une valeur surtout pour les entreprises qui souhaitent ouvrir de nouveaux marchés et investir dans le développement d'infrastructures numériques. La typologie proposée mérite d'être analysée, discutée et si possible confrontée avec d'autres indicateurs économiques et financiers concernant l'économie numérique. Le Forum économique mondial propose par exemple un indice de compétitivité mondiale qui intègre des éléments macroéconomiques et microéconomiques. L'Union européenne fournit, quant à elle, un indice de l'économie et de la société numériques (DESI) qui résume les indicateurs de performances numériques de l'UE et suit l'évolution des États membres.

Pour la France, consulter les cartes du CGET sur le numérique (couverture 3G et 4G, haut débit, cartographie des tiers-lieux...)

Ces régions de France où avoir une bonne connexion Internet n’est pas possible, Le Monde, 2019.

La France des zones blanches en 2019, Agence France Presse.

La Gazette des communes montre, à travers cartes et graphiques, que la couverture progresse rapidement depuis 2017, y compris dans les zones rurales (avec des différences cependant selon les opérateurs).

Les technologies sont en train de remodeler le monde : quelle forme donneront-elles aux inégalités de développement humain ? En ce qui concerne l’accès aux technologies, les pays en développement comptent 67 abonnements de téléphonie mobile pour 100 habitants, soit la moitié du nombre enregistré dans les pays à développement humain très élevé. Si l’on s’intéresse à l’accès au haut débit — une technologie plus sophistiquée — on constate une différence de l’ordre de 1 abonnement pour 100 habitants dans les pays à développement humain faible contre 28 dans les pays à développement humain très élevé.

Face à ces inégalités, le Rapport sur le Développement Humain publié par le PNUD en décembre 2019 souligne qu’une « nouvelle grande divergence », sous l’effet de l’intelligence artificielle et des technologies numériques, n’est pas inévitable. Il appelle à faire de l’économie numérique « une force de convergence, non pas de divergence », du développement humain et met en avant une série de recommandations allant des politiques de protection sociale qui garantiraient une juste rémunération du « crowdworking », à l’investissement dans l’apprentissage tout au long de la vie pour aider les travailleurs à s’adapter ou à se recycler dans de nouveaux métiers, au consensus international sur la taxation des activités numériques.


Lien ajouté le 5 juin 2020

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