Atlas mondial sur la pauvreté et les inégalités à l'échelle infranationale (Banque mondiale)


La Banque mondiale a mis à jour son Atlas mondial de la pauvreté à l'échelle infranationale (GSAP). Il comprend des seuils de pauvreté révisés, de nouvelles enquêtes auprès des ménages ainsi que de nouveaux indicateurs pour mesurer les progrès vers la prospérité. Il en résulte une cartographie du développement plus précise (les données restent malgré tout des estimations). Certaines régions ont connu des progrès rapides, tandis que d'autres restent touchées par une pauvreté persistante, y compris au sein d'un même pays. Le portail géospatial de la pauvreté de la Banque mondiale permet de comparer en fonction du seuil de pauvreté choisi (ratio de 3 $, 4,2 $ ou 8,3 $ par habitant).

Part de la population avec un seuil de pauvreté inférieur à 3 dollars (source : GSAP)

Cette version est basée sur les données d'octobre 2025 avec les seuils de pauvreté les plus récents en PPA 2021. L'application en ligne permet de comparer avec des données antérieures.

En 2013, la Banque mondiale a annoncé son objectif de lutter contre la pauvreté sous toutes ses formes d'ici à 2030 et de promouvoir une prospérité partagée. Malgré les progrès remarquables accomplis ces dernières années en matière de réduction de la pauvreté, atteindre ces objectifs demeure un défi. Le recul de la pauvreté est inégal. Ces dernières années, la réduction de la pauvreté a été principalement observée en Asie de l'Est et dans le Pacifique (notamment en Chine et en Indonésie) et en Asie du Sud (notamment en Inde). Malgré ces progrès, le nombre de personnes vivant dans l'extrême pauvreté reste élevé, en particulier en Afrique subsaharienne. Dans de nombreux pays, de fortes disparités persistent en matière de pauvreté au niveau infranational. Par ailleurs, des problèmes mondiaux tels que le changement climatique, la fragilité des systèmes de gouvernement local, les crises économiques et l'insécurité alimentaire constituent des risques importants pour la réduction de la pauvreté et sont souvent des enjeux transfrontaliers qui génèrent d'importantes externalités, positives ou négatives, entre pays voisins.

Le Portail géospatial de la pauvreté est le référentiel de données sur le développement de la Banque mondiale à l'échelle infranationale. La collecte de données précises sur les principaux indicateurs de bien-être est un enjeu de plus en plus crucial concernant l'étude du développement à l'échelle mondiale. Conformément aux Objectifs de développement durable (ODD) à l'horizon 2030, qui appellent à une « révolution des données » pour combler les lacunes en matière de données dans les pays à revenu faible et intermédiaire, ce portail vise à répondre à la demande croissante de données décisionnelles plus pertinentes et mieux ciblées. La possibilité de désagréger les indicateurs de pauvreté et d'inégalité par région et au fil du temps est un atout considérable, décuplant le volume d'informations disponibles. Les données infranationales peuvent servir à mieux cibler les interventions de développement, à produire des estimations de la pauvreté plus précises et à être combinées à d'autres sources pour générer de nouvelles formes d'analyse.

Dans 53 pays, les inégalités ont augmenté, certaines régions ayant réduit leur pauvreté tandis que d'autres l'ont vue augmenter. Les régions qui demeurent pauvres sont souvent confrontées aux risques climatiques, à la fragilité de leur économie ou à un accès très limité aux marchés.

L'ensemble de données ne se limite pas aux statistiques sur la pauvreté. Il introduit également un autre indicateur utile : l'écart de prospérité, qui mesure l'écart de niveau de vie par rapport à la classe moyenne, estimé à environ 28 dollars par jour. Une région peut avoir un faible taux de pauvreté tout en restant bien en deçà du niveau de vie de la classe moyenne. De nombreux ménages ne sont plus considérés comme pauvres, mais demeurent vulnérables aux chocs économiques. C’est pourquoi il convient d’analyser conjointement les taux de pauvreté et les inégalités de prospérité : les taux de pauvreté révèlent les difficultés immédiates, tandis que les inégalités de prospérité montrent à quel point les populations sont éloignées de la résilience et de la sécurité.

Déficit moyen par rapport à un écart de prospérité de 28 dollars par jour (source : GSAP)



Les données sont à télécharger à partir de la Base de données infranationales sur la pauvreté et les inégalités. Il est possible d'étudier les évolutions depuis 2010.

Le Portail géospatial de la pauvreté fait partie de la Plateforme sur la pauvreté et les inégalités de la Banque mondiale. Il contribue à combler le manque de connaissances en fournissant des indicateurs de pauvreté, d'inégalité et de pauvreté multidimensionnelle à l'échelle infranationale. La pauvreté multidimensionnelle peut être beaucoup plus élevée que l'extrême pauvreté. Dans la plupart des régions, les enfants sont plus susceptibles de vivre dans des ménages pauvres. Pour en savoir plus, consulter l'article Cartographie de la pauvreté au niveau infranational : enseignements tirés de la base de données mise à jour de la Banque mondiale publié sur le blog de la Banque mondiale.

Les données fournies par la Banque mondiale peuvent être complétées et compararées à d'autres estimations sur la pauvreté, telles que celles proposées par le Laboratoire d'intelligence artificielle de Stanford qui cartographie la richesse à partir d'images satellites (estimations).

Liens ajoutés le 3 décembre 2025

« Le Kerala devient le premier État indien à éradiquer l'extrême pauvreté » (Channel New Asia).

Le programme de lutte contre la pauvreté du Kerala a débuté en 2021 en identifiant plus de 64 000 familles vivant dans l'extrême pauvreté. Au lieu de se baser uniquement sur le revenu, les responsables se sont concentrés sur les ménages laissés pour compte – ceux qui n'ont pas de revenu stable, de logement, de nourriture ou d'accès aux soins de santé. Des données gouvernementales récentes montrent qu'au cours de l'exercice financier 2023, 75 millions d'Indiens vivaient sous le seuil international de pauvreté de 3 dollars américains par personne et par jour, contre 205 millions une décennie plus tôt, lorsque ce seuil était fixé à 2,15 dollars américains. Bien que divers programmes gouvernementaux, allant des dispositifs d'emploi aux initiatives de logement, aient été mis en place, on constate qu'ils n'ont pas touché tout le monde. Les inégalités n'ont cessé de se creuser, des pans entiers de la population étant clairement laissés pour compte dans un contexte de mutations sociales et économiques plus vastes. Des études indiquent que les 1 % des ménages indiens les plus riches contrôlent environ 40 % de la richesse du pays, tandis que pour les 5 % les plus pauvres, la survie quotidienne reste un combat. Les analystes s'accordent à dire que l'accès, notamment à l'éducation et à de meilleurs emplois, est essentiel au changement à long terme. Mais pour l'instant, de nombreuses familles restent concentrées sur leurs besoins immédiats, notamment veiller à ce que leurs enfants aient de quoi se nourrir et un toit au-dessus de leur tête.  « Même si les gens ont du travail, leur situation reste précaire », a déclaré Sujata Sawant, présidente de l'organisation non gouvernementale Adarsh Foundation. « La pauvreté persiste ici. »

« Le gouvernement de l'Etat du Kerala en Inde revendique l’éradication de la pauvreté extrême » (RTS.ch)
 
Comment l'État indien du Kerala prétend avoir éliminé la pauvreté extrême ? Le gouvernement du Kerala, dans le sud-ouest de l’Inde, a indiqué avoir atteint son objectif fixé en 1997, de faire disparaître l’extrême pauvreté grâce à sa politique de santé et d'éducation. Mais sur le terrain, certains jugent l'annonce prématurée. « Avant d’affirmer que la pauvreté a disparu, le gouvernement doit publier ses données, sa méthodologie et les experts qui ont encadré ces statistiques ». Si la Banque mondiale se base sur le revenu quotidien, le Kerala, lui, combine des critères économiques, sanitaires et alimentaires. Prakash Kannan, directeur du département Economie stratégie d'investissement du fonds souverain singapourien GIC, déplore un manque de transparence. Nusrat Jahan, élue de l’opposition à Wayanad, estime que certains habitants restent ignorés par les programmes du gouvernement.

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Les évolutions de l'Indice de Développement Humain (IDH) : vers un indicateur infranational ?

Une cartographie très précise des densités à l'échelle mondiale pour améliorer l'aide humanitaire

Cartes et données. D'où viennent les milliardaires et où vivent-ils dans le monde ?


Wesley Stubenbord (Université Cornell à New York) propose une carte interactive Migration des milliardaires. Elle représente les flux migratoires de 3106 milliardaires, avec leur lieu de naissance et leur lieu de résidence. Les points rouges sur la carte indiquent les lieux de naissance ; les points bleus les lieux de résidence actuelle (sachant que les lieux de résidence secondaire ne sont pas pris en compte). Les arcs en bleu clair représentent les flux migratoires entre les lieux.

D'où viennent les milliardaires et où vivent-ils ? (source : Migration des milliardaires)



Cette datavisualisation représente les migrations de plus de 3 100 milliardaires à partir de la Base de données internationale sur les élites économiques et leur patrimoine (IDEE Wealth), un nouvel ensemble de données qui suit le patrimoine et les caractéristiques sociales de l'élite économique mondiale à partir de sources publiques. En reliant les données de résidence de Forbes sur la période 2010 à 2025 aux données démographiques issues des médias, des administrations et d'autres sources, la visualisation illustre les flux migratoires des individus les plus riches du monde. Le résultat décrit les origines variées et la concentration spatiale d'une élite possédant environ 2,5 % de la richesse mondiale en 2024. Cette application s'avère utile pour l'étude des élites, des inégalités de richesse et pour les débats contemporains sur la politique fiscale. La carte met bien en évidence les flux migratoires de l'élite économique à l'échelle mondiale.

Chemins de migration des milliardaires sur la période 2010-2025 (source : Migration des milliardaires)



L'application permet de filtrer les résultats par pays en distinguant par lieu de naissance et/ou par lieu de résidence. En cliquant sur une ville au choix, on peut afficher plus spécifiquement les flux migratoires à partir d'elle. On peut aussi faire apparaître le nombre de milliardaires et la part qui en est originaire. 

Sans surprise, les milliardaires sont plus nombreux à être originaires et à vivre dans les pays du Nord en particulier aux États-Unis et en Europe, mais aussi au Japon et en Chine. Beaucoup de milliardaires sont attirés par les Etats-Unis, alors que ceux originaires de Chine ont tendance à y rester. Au delà de l'appartenance nationale, la carte permet de mettre en évidence le degré d'attractivité des grandes métropoles à travers les flux migratoires de l'élite économique. Paris compte 42 milliardaires dont 14% en sont originaires. A Moscou, on dénombre pas moins de 129 milliardaires dont 25% originaires de la ville. On peut comparer New York (118 milliardaires dont 44% originaires) avec San Francisco (70 milliardaires dont 14% originaires) ou Los Angelès (51 milliardaires dont 16% originaires), la Californie attirant plus de grandes fortunes qu'elle n'en produit. 

Lieux d'origine des milliardaires résidant à Paris (source : Migration des milliardaires)


Lieux d'origine des milliardaires résidant à New York (source : Migration des milliardaires)


Lieux d'origine des milliardaires résidant en Chine (source : Migration des milliardaires)


Lieux d'origine des milliardaires résidant à Singapour (source : Migration des milliardaires)


En raison du biais de sélection introduit par l'exclusion des cas où le lieu de naissance ou de résidence est indisponible, les tendances et les statistiques présentées ne doivent pas être considérées comme représentatives de l'ensemble des milliardaires ou d'une élite économique plus large. Elles décrivent plutôt une élite restreinte, significative en soi compte tenu de l'immense richesse qu'elle contrôle. Les 64,2 % de milliardaires représentés ici détiennent 2,5 % de la richesse nette privée mondiale et 84,1 % de la richesse totale des milliardaires. 

La carte interactive reproduit les caractéristiques de la carte statique, avec des fonctionnalités supplémentaires telles que des statistiques au niveau de la ville sur le nombre de milliardaires nés et résidant dans la même ville, la possibilité d'isoler les flux migratoires vers une ville, un pays ou un État et un affichage textuel au survol de la souris indiquant l'origine, la destination et le nombre de milliardaires pour un flux migratoire donné. La version interactive a été développée avec d3.js (une bibliothèque JavaScript) et utilise les mêmes données géocodées projetées sur une projection Natural Earth. 

Le code de réplication des cartes statique et interactive est disponible sur Github sous licence CC BY-NC-ND 4.0 avec le jeu de données au format csv (les données sont géolocalisées par lieu de naissance et de résidence avec l'indication du pays d'origine et de résidence actuelle).

Wesley Stubenbord est doctorant au département de sociologie de l’université Cornell, spécialisé dans les domaines de la stratification sociale et de la sociologie économique. Ses travaux actuels portent sur la description et l’explication des tendances liées à la concentration des richesses et à la composition de l’élite économique aux États-Unis et à l’échelle internationale. 

Références

Wesley Stubenbord (2025). Mapping the Migration Patterns of the Global Economic Elit [Cartographie des migrations de l'élite économique mondiale], Département de sociologie, Université Cornell, https://osf.io/preprints/socarxiv/6a93z_v1

Felix Bühlmann, Caroline Ahler Christesen, Bruno Cousin & al. (2025). Varieties of Economic Elites? Preliminary Results From the World Elite Database (WED) [Diversité des élites économiques ? Résultats préliminaires de la base de données mondiale sur les élites (WED)], The British Journal of Sociology, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/1468-4446.13203

Bases de données 

World Elite Database (WED)
https://worldelitedatabase.org/
La base de données mondiale sur les élites (WED) est un projet coopératif de données et d'analyse mené par un consortium international de chercheurs, qui collaborent à l'élaboration d'un système de données standardisé pour étudier et partager des données sur les élites. L'objectif est de résoudre le problème de la comparabilité et de l'hétérogénéité dans l'étude des structures de pouvoir nationales. La WED combine trois critères de sélection interdépendants pour définir les positions de pouvoir économique. Le critère 1 concerne les présidents et directeurs généraux des sociétés cotées en bourse ainsi que les présidents et directeurs généraux des plus grandes sociétés non cotées, notamment les entreprises privées ou publiques. Le critère 2 identifie les individus qui figurent sur les listes nationales des personnes les plus riches. Le critère 3 concerne les dirigeants des organisations qui exercent un pouvoir réglementaire. Il sélectionne les élus, les hauts fonctionnaires, les dirigeants de groupes d'intérêt (organisations patronales, groupes de pression, syndicats), les principaux intermédiaires (par exemple, les consultants en gestion, les banquiers d'affaires et les avocats) et les investisseurs institutionnels.

World Inequality Database (WID)
https://wid.world/fr/accueil/
La Base de données sur les inégalités mondiales a pour objectif de proposer un accès ouvert et pratique à la plus vaste base de données actuellement disponible sur l’évolution historique de la répartition mondiale des richesses, à la fois au sein d’un pays donné et entre les pays. Les 1 % les plus riches détiennent aujourd’hui 24 % du patrimoine national, contre 16 % en 1984. Et l’héritage joue un rôle croissant dans la constitution des fortunes puisqu’il représente aujourd’hui environ 60 % du patrimoine total, contre 35 % dans les années 1970.

Pour compléter

« Inégalités : la sidérante envolée des revenus des ultrariches » (Le Monde).
Les 0,1 % de Français les plus aisés gagnent en moyenne 167 fois plus que le quart des foyers les plus modestes, selon l’Insee. L’écart s’est beaucoup creusé en vingt ans. Les réformes d’Emmanuel Macron ont fait baisser le taux d’imposition des plus riches.

« Entre 2003 et 2022, le revenu des plus aisés augmente plus vite que celui des autres foyers mais avec une forte volatilité » (Insee).
Les foyers fiscaux à très hauts revenus, soit les 0,1 % des foyers les plus aisés, sont plus urbains, pour moitié franciliens, et plus âgés que la moyenne. En 2022, leur revenu annuel moyen s’établit à 1 million d’euros, contre 31 000 euros pour les autres foyers. Les revenus des foyers à très hauts revenus sont plus diversifiés que ceux du reste de la population. Ainsi, les revenus des autres foyers fiscaux sont composés à 90 % de traitements, salaires, pensions et retraites, contre seulement 38 % pour les foyers à très hauts revenus. En 2022, les revenus de capitaux mobiliers représentent 47 % des revenus de ces derniers, les bénéfices professionnels 11 %, et les revenus fonciers 3 %. Entre 2003 et 2022, le revenu moyen des foyers à très hauts revenus a davantage augmenté que celui des autres foyers fiscaux, bénéficiant de l’augmentation des revenus financiers et fonciers. Il a aussi été plus volatil, du fait de chocs conjoncturels et de changements législatifs, comme par exemple la crise des dettes souveraines ou la mise en place du prélèvement forfaitaire unique. Parmi les foyers à très hauts revenus de 2022, la majorité sont des foyers fiscaux qui se sont formés au cours de la période 2003‑2022. En revanche, 9 % de ces foyers étaient déjà des foyers à très hauts revenus en 2003. Enfin, la forte croissance des revenus des plus aisés et la progressivité du barème font que la part de l’impôt sur le revenu payé par les foyers fiscaux à très hauts revenus s’est accrue en vingt ans, malgré une diminution de leur taux d’imposition moyen.

« Les ménages à haut patrimoine et haut niveau de vie : plus souvent cadres ou indépendants, quinquagénaires ou sexagénaires, avec un patrimoine diversifié ». Par Aliette Cheptitski et Louis Le Clainche (Insee).

Début 2021, en France, 1,6 million de ménages, soit 5,3 % des ménages, font partie à la fois des 10 % des ménages au niveau de vie le plus élevé et des 10 % les mieux dotés en patrimoine. Ils détiennent chacun plus de 716 300 euros de patrimoine brut et ont un niveau de vie supérieur à 39 100 euros par an. 51 % de ces ménages ont une personne de référence âgée de 50 à 69 ans et 58 % cadre ou indépendante. Par ailleurs, 47 % sont des couples sans enfant. Ces profils sont nettement plus fréquents que parmi l’ensemble des ménages. Leur patrimoine est plus diversifié que celui de l’ensemble des ménages : en particulier, 73 % possèdent des biens immobiliers autres que leur résidence principale, 57 % des valeurs mobilières et 37 % du patrimoine professionnel. Un tiers de leur niveau de vie est constitué de revenus du patrimoine. Le profil sociodémographique de ces ménages cumulant haut patrimoine et haut niveau de vie est assez proche de celui des ménages ayant uniquement un haut patrimoine. Ils se distinguent plus nettement des ménages ayant uniquement un haut niveau de vie, souvent plus jeunes et dont la personne de référence exerce moins fréquemment un emploi d’indépendant. 62 % des ménages à haut patrimoine et haut niveau de vie déclarent avoir hérité au cours de leur vie, contre 39 % pour l’ensemble des ménages. En outre, 43 % ont reçu une donation, contre 18 % de l’ensemble des ménages. Ces deux écarts persistent même parmi les plus âgés.

Lien ajouté le 6 décembre 2025

« Les milliardaires les plus aimés et les plus détestés en fonction des pays (en cartes) » (Businessfinancing.co.uk).

Le site BusinessFinancing.co.uk a collecté des milliers de tweets géolocalisés mentionnant des entrepreneurs milliardaires, en limitant la recherche à ceux qui sont connus principalement pour leur richesse et leur esprit d'entreprise (en excluant donc les athlètes, les artistes, etc.). Les tweets ont été triés par localisation, puis analysés par un « détecteur de sentiments » basé sur l'IA qui calcule le pourcentage de tweets positifs ou négatifs concernant chaque milliardaire. Donald Trump est le milliardaire le plus détesté dans plus de pays (84) et d'États américains (43). Bill Gates est le plus aimé dans le plus grand nombre de pays (37), bien qu'il soit le plus détesté dans trois autres. Elon Musk est le milliardaire le plus apprécié aux États-Unis, recevant plus d'éloges sur Twitter que les autres dans 12 États des États-Unis.  

Lien ajouté le 16 février 2026

« Les 10 % les plus riches de la planète possèdent trois quarts du patrimoine mondial » (Observatoire des inégalités).

Le patrimoine est ainsi extrêmement concentré entre les mains des plus riches. Les 50 % les moins fortunés ne possèdent à eux tous que 2 % du patrimoine mondial. De leur côté, les 10 % les plus fortunés, qui sont cinq fois moins nombreux, détiennent les trois quarts de la propriété privée. Parmi eux, le seul 1 % du haut en possède 37 %. L’Europe se distingue, avec l’existence d’une classe aisée assez large, qui a accumulé un certain patrimoine souvent immobilier. Ainsi, les Européens situés entre les 50 % et les 10 % les plus fortunés possèdent 37 % de l’ensemble du patrimoine du vieux continent. Ailleurs dans le monde, les 10 % les plus fortunés détiennent aux alentours de 70 % de la propriété privée de leurs territoires respectifs. La moitié de cette part appartient même à seulement 1 % de la population. Sauf en Asie centrale et Russie, où la privatisation de l’économie après la chute de l’Union soviétique s’est traduite par une accaparement du patrimoine par une poignée d’oligarques. À lui seul, le centième le plus fortuné y possède près de la moitié du patrimoine, une concentration encore plus extrême que dans les autres grandes régions du monde. Ces estimations sont à considérer avec prudence. De nombreux pays ne disposent pas d’un système statistique fiable et d’enquêtes détaillées sur le sujet.

Lien ajouté le 10 mars 2026

« La Chine repasse devant les Etats-Unis en nombre de milliardaires grâce à la tech et à l’IA » (Le Monde).

En 2026, la Chine compte 1110 milliardaires sur 4020 dans le monde, soit 287 de plus qu’en 2025. Cette progression reflète la montée en puissance de l’économie numérique chinoise et la valorisation rapide des entreprises liées aux technologies avancées. Les grandes fortunes viennent désormais surtout de la technologie. Zhang Yiming, fondateur de ByteDance, possède environ 68 milliards d’euros. Il devance Zhong Shanshan, magnat de l’eau en bouteille, symbole du passage d’une économie industrielle à une économie numérique. La géographie des fortunes se transforme aussi à l’échelle urbaine. New York reste la première ville mondiale avec 146 milliardaires, mais Shenzhen devient la deuxième avec 132. Shanghaï, Pékin et Hong Kong figurent également parmi les principaux pôles. Hong Kong attire les grandes fortunes grâce à des avantages fiscaux. Depuis 2023, l’exonération des plus-values financières y favorise le retour des capitaux chinois. Le nombre de family offices y a augmenté de 25% en 2 ans, illustrant la financiarisation croissante des élites. 

Lien ajouté le 12 mars 2026

« Combien pèsent vraiment dans l’économie les femmes milliardaires ? » (Le Point).

Avec une richesse cumulée de 2 400 milliards de dollars selon le classement de Forbes de février 2026, ces figures de proue pilotent des entreprises influentes et des groupes stratégiques capables de dicter le tempo de pans entiers de l’économie. Si elles restent largement minoritaires, les femmes gagnent du terrain année après année et représentent 13 % des ultra-riches à travers le monde. Qui sont-elles et comment ont-elles bâti leur capital ? De quels secteurs tirent-elles leur fortune ? Sont-elles des héritières ou des selft-made women ? Qui sont les nouvelles entrées dans le classement ? 

Articles connexes

Rapport sur les inégalités mondiales 2022 (World Inequality Lab)

Où sont les grands propriétaires terriens aux États-Unis ?



Cartographier les inégalités en France à partir des données carroyées de l'INSEE

Utiliser l'Atlas statistique du canton de Genève et de la région transfrontalière


L'Office cantonal de la statistique (OCSTAT) met à disposition un Atlas statistique du canton de Genève et de la région transfrontalière. L'application cartographique (Géoclip) comprend de nombreux indicateurs concernant la population, l'espace et l'environnement, le travail, les entreprises et l'emploi, l'agriculture, la construction et le logement, la mobilité et les transports, l'administration et les finances publiques. L'Atlas transfrontalier réunit des statistiques qui sont d'habitude disjointes du fait qu'elles relèvent de deux pays différents. Si l'on se refère uniquement au territoire genevois, le nombre d'indicateurs est d'ailleurs plus important.

Atlas statistique du canton de Genève et de la région transfrontalière  (source : statistique.ge.ch)


Le principal intérêt de cet Atlas est de couvrir plus de 1000 communes à cheval sur la Suisse et la France dans une région transfrontalière qui est aujourd'hui en pleine expansion. Le Grand Genève comprend plus d'un million d'habitants sur près de 2000 km² avec une densité assez forte qui dépasse les 500 hab/km². La volonté des autorités est de favoriser la mobilité en transport public afin de diminuer la dépendance des véhicules motorisés individuels, notamment en favorisant le développement de réseaux de transports publics à l'échelle de l'agglomération. L'Atlas couvre aussi le canton de Vaud qui entretient des liens étroits avec Genève et où la polarisation est également assez forte.

Plusieurs indicateurs permettent de saisir les liens qui unissent les espaces situés de part et d'autre de la frontière. Si l'on prend par exemple la part des résidents étrangers, on s'aperçoit qu'elle est assez forte des deux côtés. En raison du coût élevé de l'immobilier côté suisse, beaucoup de résidents suisse préfèrent s'installer en France. Inversement de nombreux actifs côté français vont travailler dans le canton de Genève où les salaires sont plus élevés qu'en France.

Part des résidents étrangers de part et d'autre de la frontière (source : statistique.ge.ch)


Part des actifs transfrontaliers travaillant dans le canton de Genève (source : statistique.ge.ch)


Pour obtenir davantage de données et les importer dans l'application cartographique, il est possible de se reporter au Statistiques du canton de Genève ainsi qu'au Portail de données ouvertes de la Suisse. Pour accéder à des cartes à différentes échelles, voir le Géoportail de la Confédération qui fournit un grand nombre de ressources cartographiques.

Pour compléter

« La Côte : et si l’accès à la propriété révélait une fracture profonde de notre société ? » (Le Temps). L’accès à la propriété échappe désormais à toute une génération. Ce qui était autrefois un projet naturel pour les familles de la région est devenu un parcours du combattant.

Lucas Michalet montre que La Côte, entre Genève et Lausanne, concentre un marché résidentiel parmi les plus chers du pays. Avec plus de 12 960 €/m² et des maisons dépassant 1,6 million €, l’accession à la propriété devient hors de portée pour des ménages au revenu médian de 7 560 €.  L’auteur insiste sur la fracture territoriale. Les 20% d’apport exigés impliquent 324 000 € de capital. Sans héritage même les jeunes biactifs peinent. Le marché se referme entre propriétaires et héritiers, renforçant les inégalités patrimoniales évoquées par Piketty. Ce verrouillage immobilier interroge l’égalité des chances. L’accès au logement conditionne trajectoires sociales et stabilité résidentielle. Sur La Côte, la rareté devient structurelle et la méritocratie s’efface derrière la transmission familiale du capital. Cette pression foncière pèse aussi sur la démographie. Avec 1,29 enfant par femme en 2024, la Suisse est loin du seuil de renouvellement. Le manque d’espaces adaptés ralentit les projets familiaux. Même un quatre pièces devient inaccessible pour nombre d’habitants. L’auteur décrit une captation générationnelle. Les baby boomers détiennent une majorité de logements peu occupés. Le marché se fige, l’offre n’évolue plus. Adapter, partager ou diviser ces maisons permettrait d’augmenter l’offre sans étendre l’urbanisation. La Côte doit agir localement. Coopératives, foncier public, logements modulables et innovation architecturale peuvent rouvrir le marché. 

Lien ajouté le 29 janvier 2026

Jennifer Barella (2025). Géodonnées et gouvernance territoriale : la trajectoire institutionnelle du Système d’Information du Territoire Genevois (SITG), Netcom, 39-3/4 | 2025, "Données et territoires : Quelle(s) place(s) pour les collectivités locales ?", https://journals.openedition.org/netcom/10042

Cet article explore l’émergence d’un acteur clé de la géoinformation dans la région genevoise. Il retrace la trajectoire du Système d’Information du Territoire Genevois (SITG) – initié par un réseau informel de passionnés de SIG – devenu, au fil du temps, un acteur central de la gouvernance des données spatiales à l’échelle régionale. À travers une analyse longitudinale de documents officiels internes, l’étude montre comment le SITG a progressivement accumulé une autorité institutionnelle, non pas à partir d’une feuille de route politique formelle, mais grâce à des collaborations techniques « par le bas », fondées sur des besoins opérationnels et une coordination pragmatique. Son influence s’est ensuite étendue au-delà du mandat cantonal, contribuant indirectement à la construction territoriale de l’agglomération du Grand Genève. Cette trajectoire illustre comment les acteurs et les infrastructures de données ne se contentent pas de soutenir la gouvernance territoriale : ils la constituent activement. En produisant des géodonnées interopérables, en coordonnant les standards techniques et en rendant visibles les contours d’un territoire commun, le SITG participe à la fabrication d’une entité territoriale. Cette étude empirique s’inscrit dans les débats en géographie numérique, gouvernance des données spatiales et aménagement territorial. Elle met en lumière le travail sociotechnique qui sous-tend la construction des acteurs et infrastructures de géo-données. Elle soutient que pour comprendre comment les outils numériques façonnent la gouvernance territoriale, il faut analyser les trajectoires institutionnelles, les pratiques informelles et les rapports de pouvoir dans lesquels ils s’inscrivent. Loin d’être neutres, ces infrastructures orientent les représentations, les pratiques et les cadres décisionnels. Le cas du SITG permet ainsi de réfléchir aux formes discrètes mais structurantes par lesquelles les systèmes d’information spatiale influencent la gouvernance territoriale contemporaine.

Liens ajoutés le 29 janvier 2026

« Pas de Suisse à 10 millions » : la Suisse doit-elle plafonner sa population ? (Swissinfo.ch).

Le 14 juin 2026, la population suisse est appelée à se prononcer sur l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions! », qui vise à limiter l'immigration. Quelles seraient ses implications ? L’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ! » émane de l’UDC. Le parti affirme que l’immigration a augmenté de manière « incontrôlée » depuis 2007 et fait valoir que la population pourrait bientôt dépasser la barre des 10 millions d’habitants. Pour l’UDC, la Suisse doit désormais tirer le frein d’urgence. Les opposants estiment que l’initiative met en danger la prospérité de la Suisse. Ils la qualifient aussi d’« initiative de résiliation », parce qu’elle pourrait conduire à la dénonciation des accords entre la Suisse et l’UE, ou encore d’« initiative du chaos » en raison des incertitudes qu’elle engendrerait. Les adversaires du texte affirment en outre que la Suisse a jusqu’ici bien absorbé l’immigration et que le « stress de densité » n’existe pas. Pour eux, l’intégration et la croissance font partie de la recette du succès suisse.

« En Haute-Savoie, les frontaliers triment et craignent l’appel d’air » (24heures.ch).

À Thonon-les-Bains, Douvaine et Annemasse, l’initiative de l’UDC pourrait compliquer le quotidien des frontaliers en faisant exploser leur nombre. La dynamique frontalière actuelle n'est pas seulement le fruit de résidents français venus chercher des hauts salaires, mais aussi la conséquence directe d’une politique d’aménagement du territoire suisse très restrictive.

Articles connexes




Atlas collaboratif de la mégarégion parisienne




Méridiens. Mesurer, partager, dominer le monde


Fabrice Argounès (2025). Méridiens. Mesurer, partager, dominer le monde, CNR éditions (site de l'éditeur).

Tout le monde dépend du méridien de Greenwich. Le moindre coup d’œil sur nos smartphones en révèle l’importance. Il est essentiel à la cartographie numérique qui nous guide, à pied ou en voiture, et à l’origine de notre organisation du temps : notre heure et nos fuseaux horaires. Reliant le pôle Nord au pôle Sud, comme tous les méridiens, il sert d’abord de référence, de méridien 0°, pour la mesure des longitudes. Mais avant Greenwich, des dizaines d’autres ont émergé au cours du temps, à Alexandrie, Bagdad, Paris, Pékin, Madras, Washington ou au cœur de l’Atlantique. Partout, ces lignes imaginaires ont été projetées sur la Terre pour mieux la mesurer, l’explorer et la cartographier, mais aussi pour la dominer, la partager et l’annexer. Partout, des méridiens ont structuré nos représentations, centré nos mappemondes, inventé nos modernités politiques et tracé des milliers de kilomètres de frontières à travers la planète.

D’Ératosthène à Christophe Colomb, de Louis XIV à l’empereur Kangxi, d’Inô Tadataka à Jules Verne, des académiciens français aux pandits indiens, de l’invention du mètre à celle des fuseaux horaires, de la mainmise sur le Far West au partage de l’Antarctique, ces lignes de référence dessinent une autre histoire du monde, géographique, politique, décentrée et plurielle, qui nous raconte aussi comment nous sommes devenus globaux. Ce livre présente une histoire globale de la géographie autant qu’une histoire de la géographie globale, en interrogeant également ce qui fut oublié ou écarté, hommes comme méridiens, les silences des cartes, ou encore la puissance et la violence des nationalismes et des impérialismes. «  Ce livre répond à une question majeure : comment nous sommes devenus globaux ». L'ouvrage peut être appréhendé comme une géohistoire décentrée des centralités car tracer des méridiens ce n'est pas que tracer des lignes imaginaires. C'est aussi partager et dominer le monde. De vraies lignes de pouvoir en quelque sorte... 

Fabrice Argounès, enseignant à l'Université de Rouen (INSPÉ), est spécialiste dans le domaine de la géopolitique, des relations internationales et de l'histoire des savoirs. Il est l'auteur de l'ouvrage Théories de la puissance publié en 2018, qui analyse les différents usages et différents statuts d'une notion protéiforme, plus complexe et mystérieuse aujourd’hui que par le passé. Il a été l’un des commissaires de l’exposition « Une autre histoire du monde » présentée au MuCEM de Marseille en 2023-2024. Il a publié avec Pierre Singaravélou Le Monde vu d’Asie. Une histoire cartographique, paru en 2018 et qui a donné lieu à une exposition au musée Guimet.

Pour en savoir plus

« Fabrice Argounès : Les méridiens ont servi à se situer dans le monde et contrôler des territoires » (France 24). Derrière leur apparente neutralité scientifique se cache un projet : celui de mesurer des territoires pour mieux les contrôler (voir l'interview sur le site de France 24).

« Lignes imaginaires

À propos de : Fabrice Argounès, Méridiens. Mesurer, partager, dominer le monde, CNRS Éditions » (La vie des idées). On a découpé l’espace en méridiens non seulement pour s’y orienter, mais aussi pour délimiter les frontières ou répartir les ressources. Une manière très occidentale de mettre la main sur le monde.

« Comment les cartes ont-elles mis l'Europe au centre du monde ? Les idées larges avec Fabrice Argounès » (Arte.tv).
Les planisphères nous présentent toujours le même monde, le Nord en haut, l'Europe au centre. Mais on pourrait imaginer l'Australie au milieu ou l'Ouest en bas. Si l'Europe est au centre, c'est parce que notre monde actuel est défini par un point zéro de l'espace qu'est le méridien de Greenwich. Mais si ce centre était placé ailleurs, notre représentation du monde aurait été complètement bouleversée. Dans son ouvrage “Méridiens”, le géo-historien Fabrice Argounès montre comment les cartes ont permis à l'Europe de dominer les imaginaires. 

« Pour un roi, tracer un méridien de référence, c'était placer sa capitale au centre de l'univers » (Le Monde). De l'Antiquité à la colonisation et jusqu'à la fixation des fuseaux horaires au XIXe siècle, ces repères longitudinaux ont été imposés et contestés, jouant un rôle clé dans notre perception du monde... En questionnant l'apparente neutralité de la standardisation des normes, l'ouvrage met aussi en lumière les tracés concurrents et les systèmes géographiques écartés. Il montre comment les ambitions scientifiques de la cartographie moderne ne sont pas toujours aussi rationnelles qu'on l'imagine, mais disent notre rapport au monde, et la nécessité de l'interroger.

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La géographie et les cartes : des outils pour faire la guerre ? (France Culture)

Latitudes et longitudes géographiques dans l’Encyclopédie de Diderot et d'Alembert

La carte, objet éminemment politique. Les terres agricoles aux États-Unis sont-elles aux mains des capitaux chinois et étrangers ?


Le 8 juillet 2025, la secrétaire d'État à l'Agriculture Brooke Rawlings a tenu une conférence de presse devant le siège du ministère de l'Agriculture, mettant l'accent sur la protection de la sécurité foncière américaine. Elle a annoncé la mise en place d'un « Plan d’action national pour la sécurité agricole ». Il s’agit d’une série de mesures prises pour protéger l’approvisionnement alimentaire des États-Unis, directement reliée ici à la question de la défense nationale. Selon ce plan, le gouvernement fédéral devra collaborer avec les États afin d'empêcher les capitaux chinois et étrangers d'acquérir de nouvelles terres aux États-Unis et de renforcer la surveillance des terres agricoles appartenant déjà à des étrangers. La prise de position et la carte qui l'accompagne s'inscrivent dans le cadre de l'affirmation d'un véritable nationalisme économique face à la Chine et au reste du monde :

« L’agriculture américaine ne se résume pas à nourrir nos familles, mais vise également à protéger notre pays contre les adversaires étrangers qui achètent nos terres agricoles, volent nos recherches et créent de dangereuses vulnérabilités dans le système qui assure nos moyens de subsistance... Interdisons (au PCC) d'acheter des terres agricoles américaines. » (Brooke Rawlings, secrétaire d'État à l'Agriculture, 8 juillet 2025).

Comtés des États-Unis avec des terres agricoles détenues par des Chinois (source : USDA)

La carte publiée par le ministère américain de l'Agriculture montre en jaune les terres déjà acquises par des entreprises chinoises et en rouge les bases militaires situées à proximité. Les entreprises chinoises possèdent 265 000 acres de terres, dont une grande partie serait située à proximité d'installations militaires sensibles. En réalité, la carte est trompeuse car elle indique non pas les terres agricoles appartenant à des Chinois mais les comtés où des Chinois possèdent des terres (ce qui n'est pas tout-à-fait la même chose en termes de superficie réelle). De fait, la Chine possède moins de 1% des terres agricoles détenues par des étrangers.

D'après le New York Post, la Chine possèderait des terres agricoles à proximité de 19 bases militaires américaines à travers le pays, ce qui ferait craindre des actes d'espionnage et de sabotage de la part d'agents communistes. Les bases adjacentes aux terres appartenant à la Chine comprennent certaines des installations les plus importantes sur le plan stratégique, notamment Fort Liberty à Fayetteville en Caroline du Nord, Fort Cavazos à Killeen au Texas, la base du Corps des Marines de Camp Pendleton à San Diego en Californie ou encore la base aérienne de MacDill à Tampa en Floride. « La proximité de sites stratégiques est préoccupante », a déclaré au Washington Post le général de brigade Robert S. Spalding spécialiste des relations sino-américaines. « Ces lieux peuvent servir à installer des centres de collecte de renseignements et leurs propriétaires peuvent exercer une influence considérable sur la politique locale, comme nous l'avons constaté par le passé... Il est alarmant de constater l'absence de lois empêchant les Chinois d'acquérir des biens immobiliers aux États-Unis. » Selon les sources du Washington Post, les propriétaires terriens chinois pourraient utiliser l'agriculture comme couverture pour repérer les bases, installer des technologies de suivi, effectuer des reconnaissances et tenter de faire voler des drones au-dessus des installations.

La propriété étrangère des terres agricoles américaines est recensée en vertu de l'Agricultural Foreign Investment Disclosure Act (AFIDA), qui oblige depuis 1978 les entités étrangères à déclarer leurs propriétés foncières au Département de l'Agriculture des États-Unis (USDA). Si les agriculteurs américains restent les principaux propriétaires, la propriété étrangère des terres agricoles n’a cessé d’augmenter soulevant des questions complexes concernant l’utilisation des terres, la sécurité nationale et la production alimentaire. Le site Landvalues note à cet égard trois éléments importants :

1. Les énergies renouvelables et le bois sont le moteur des acquisitions foncières
La principale motivation derrière les acquisitions foncières étrangères réside dans les énergies renouvelables. Entre 2018 et 2023, 76 % de la croissance des terres agricoles détenues par des étrangers était liée à des projets éoliens ou solaires. Parallèlement, les terres forestières détenues par des étrangers aux États-Unis gagnent en popularité en raison de leur valeur sur les marchés du carbone et pour la diversification des portefeuilles. Ces actifs jouent un rôle stratégique dans les tendances d'investissement liées au climat et sur les marchés fonciers ruraux.

2. La Chine n'est pas le seul pays à investir dans les terres agricoles américaines
Si les gros titres se concentrent souvent sur les terres agricoles appartenant à des Chinois, la Chine possède moins de 1 % des terres agricoles détenues par des étrangers aux États-Unis. Les principaux investisseurs étrangers sont en réalité originaires du Canada, des Pays-Bas, d'Italie et d'autres pays d'Europe occidentale.

3. La propriété foncière agricole étrangère répond à une stratégie d'investissement étranger
Les investisseurs étrangers considèrent généralement les terres agricoles américaines comme un actif stratégique à long terme. Bien que certains acheteurs paient jusqu'à 13,7 % de plus que les acheteurs nationaux, leur part totale reste trop faible pour pouvoir influencer la valeur des terres à l'échelle nationale. Néanmoins, les préoccupations liées à la sécurité nationale et à la propriété foncière étrangère ont alimenté le débat et conduisent à un examen plus approfondi des exigences de déclaration de l'AFIDA.

Dans le cadre de son Plan d’action national pour la sécurité agricole, le ministère de l'Agriculture des États-Unis (USDA) a publié une carte des acquisitions de terres agricoles par des étrangers. La carte montre la répartition des acquisitions foncières par des entités étrangères dans les 50 États, "ce que de nombreux élus considèrent en soi comme une menace pour la sécurité nationale". La carte indique quels pays possèdent des terres aux États-Unis et précise le comté où elles se situent. La carte réalisée à l'échelle des comtés ne permet cependant pas de conduire une analyse à l'échelle des parcelles agricoles. Le ministère de l'Agriculture des États-Unis (USDA) indique qu'il travaillera à l'amélioration continue des données afin de les rendre plus précises et en temps réel au cours des prochains mois.

Les acquisitions de terres agricoles par des étrangers aux États-Unis (source : USDA)


D'après le rapport de l'AFIDA du Département de l'Agriculture des États-Unis, 45,85 millions d'acres de terres agricoles étaient détenues par des investisseurs étrangers en 2023, soit 3,61 % de la superficie totale des terres agricoles privées aux États-Unis. Cela représente une augmentation de 1,58 million d'acres (3,6 %) par rapport à 2022 et de 5 millions d'acres (12,2 %) par rapport à 2021. Les investisseurs canadiens possèdent la plus grande part des terres agricoles américaines détenues par des étrangers, avec 33,5 % (15,35 millions d'acres) du total et 1,21 % de l'ensemble des terres agricoles américaines. Viennent ensuite les investisseurs néerlandais, italiens, britanniques et allemands, qui détiennent respectivement 0,41 % (5,2 millions d'acres), 0,22 % (2,7 millions d'acres), 0,11 % (2,6 millions d'acres) et 0,20 % (2,5 millions d'acres) des terres agricoles américaines.

Des entreprises et des investisseurs chinois possèdent plus de 277 000 acres de terres agricoles réparties dans 30 États. D'autres pays adversaires des États-Unis ont également acquis des terres agricoles et forestières américaines. Le Venezuela possède plus de 90 000 acres de terres dans 17 États, l'Iran en a acheté plus de 3 000 dans 10 États et le Pakistan possède 2 100 acres dans trois États. Sous l'administration Biden, une nouvelle réglementation a déja été mise en place afin d'obliger les ressortissants ou entreprises étrangères à obtenir l'autorisation du gouvernement américain avant de pouvoir acheter des terrains situés à proximité de huit bases militaires américaines. Il semble que sous l'administration Trump, le protectionnisme se soit largement renforcé. 

Pour Jason Lewris, le problème est beaucoup plus large et touche les investissements étrangers qui disposent d'un réseau sophistiqué de prospecteurs fonciers aux États-Unis, chargés d'acquérir des terrains avant leur prise de contrôle. L'auteur, qui étudie depuis cinq ans comment les gouvernements russe, chinois et iranien acquièrent des terres et des logements résidentiels aux Etats-Unis, a créé Parcl Labs, dont la mission est de rendre les données immobilières en temps réel, transparentes et accessibles.  Le site propose un jeu de simulation "Propriétés étrangères et menaces de drones". Le joueur choisit une plateforme de drones pour simuler des frappes tactiques contre des installations militaires sensibles situées à moins de 15 mn. Dans ce scénario de simulation de guerre, 36 % des 743 institutions militaires et de recherche américaines les plus sensibles se trouveraient à une distance de frappe de 15 minutes si elles sont lancées depuis des lieux ayant des liens potentiels avec des entités gouvernementales chinoises, russes ou iraniennes. "Cette simulation de jeu de guerre est basée sur des données et des renseignements matériels accessibles au public. Les résultats sont fournis à des fins éducatives, de recherche et de planification stratégique uniquement". Ce type de jeu de simulation entend favoriser une prise de conscience. Il contribue en même temps à alimenter la peur de la menace étrangère.

Propriétés étrangères et menaces de drones (source : Parcl Labs, une simulation de jeu de guerre)


Sources utilisées
  • Plan d’action national pour la sécurité agricole (USDA). Le plan fait de la sécurité alimentaire une question de sécurité nationale. Il fixe sept priorités : 1) sécuriser et protéger les terres agricoles américaines 2) renforcer la résilience de la chaîne d'approvisionnement agricole 3) Protéger le filet de sécurité alimentaire américain contre la fraude, les abus et les ingérences étrangères 4) renforcer la sécurité de la recherche 5) évaluer les programmes de l'USDA afin de garantir le respect des priorités américaines 6) préserver la santé des végétaux et des animaux 7) protéger les infrastructures critiques.
  • Les États-Unis interdisent les achats de terres agricoles par des entreprises chinoises, invoquant des raisons de sécurité nationale (The Washington Post).
  • Une nouvelle carte révèle la superficie des terres appartenant à des entités étrangères dans chaque comté (Nothernag).
  • Point saillant de la carte : la cartographie des terres agricoles appartenant à des étrangers (Landvalues).
  • Empreintes étrangères : Tendances en matière de propriété foncière agricole aux États-Unis (Fédération américaine des bureaux agricoles).
  • Rapport de l'AFIDA sur les propriétés étrangères de terres agricoles américaines au 31 décembre 2023 (USDA). Le rapport permet d'analyser les données d'acquisitions agricoles par comtés et par pays investisseurs étrangers.
  • Rapport : la Chine possède des terres agricoles à proximité de 19 bases militaires (Newsmax).
  • Démocrates et Républicains s'allient pour limiter les achats de terres agricoles américaines par les Chinois (NBCNews).
  • Simulation de jeu de guerre : propriétés étrangères et menaces de drones (Parcl Labs).

Articles connexes









Itiner-e : un nouvel ensemble de données sur les routes de l'Empire romain


Source :  Pau de Soto, Adam Pažout, Tom Brughmans & al. (2025). Itiner-e: A high-resolution dataset of roads of the Roman Empire, Nature Scientific Data, 12, 1731, https://www.nature.com/articles/s41597-025-06140-z (article en accès libre).

Une équipe de recherche internationale a créé une nouvelle cartographie des routes de l'Empire romain. La carte qui en résulte comprend près de 300 000 km de routes, soit près de deux fois plus que ce que l'on trouve d'habitude sur des cartes historiques. Cet immense réseau routier témoigne de la puissance de cet empire. Le site Itiner-e a pour objectif de proposer la base de données numériques ouverte la plus détaillée possible sur les routes de l'Empire romain. La création de ces données est un projet collaboratif de la communauté scientifique. Itiner-e permet de visualiser, d'interroger et de télécharger l'ensemble des données sur les voies romaines.

Le réseau routier de l'Empire romain en 150 après J.-C. (source : © Itiner-e)


Contexte

L'étude des routes de l'Empire romain est une quête séculaire. On dispose d'une abondante documentation sur les routes identifiées lors de fouilles et de prospections archéologiques, sur les bornes milliaires placées à intervalles réguliers le long des voies romaines, et sur des sources historiques telles que l' Itinéraire d'Antonin ou la Table de Peutinger, qui décrivent les principaux axes de communication entre les agglomérations, ainsi que des synthèses régionales détaillées sur les routes romaines. Cependant, la recherche et la localisation de cette diversité de travaux, ainsi que la localisation précise des routes elles-mêmes, restent entravées par l'absence d'une synthèse et d'une numérisation à l'échelle de l'Empire.

Il existait jusqu'à présent très peu de représentations numériques ouvertes du réseau routier de l'Empire romain. L' Atlas Barrington du monde grec et romain est l'atlas de référence principal pour le monde antique, et les routes qui y sont recensées sont accessibles gratuitement en ligne auprès de l'Ancient World Mapping Center et de Mapping Past Societies (anciennement l'Atlas numérique des civilisations romaines et médiévales). Ces deux numérisations sont très similaires et ne diffèrent que sur quelques points, la seconde incluant également des routes issues de la Tabula Imperii Byzantini pour la Grèce et l'Asie Mineure. Elles se sont révélées des ressources inestimables pour des études informatiques spatialement explicites du commerce et de la mobilité antiques, ainsi que comme références pour la compréhension de la structure globale du système de transport romain. Cependant, ces deux cartes présentent un niveau de détail spatial limité, car elles reflètent la résolution spatiale de l'Atlas Barrington (de 1/500000 à 1/1000000), ce qui a pour conséquence de négliger les corridors et les barrières naturelles. De plus, les sources utilisées pour créer les routes incluses dans l'Atlas Barrington ne sont disponibles que sous forme d'une courte liste de références pour l'ensemble des informations figurant sur la feuille cartographique, et non route par route. Les sources et les méthodes utilisées pour inclure les routes dans l'Atlas Barrington et tracer leurs itinéraires précis ne sont pas documentées, et une évaluation quantitative de la représentativité et de la fiabilité de cette ressource est impossible.

Résumé

La plateforme en ligne Itiner-e comble le manque de ressources concernant l’étude du monde antique. Ce projet présente une numérisation ouverte et à haute résolution spatiale des voies romaines, s’appuyant sur des informations historiques et archéologiques publiées, des cartes topographiques et des données de télédétection. Les sources utilisées pour la création de chaque segment de route sont citées, et chaque segment est identifiable de manière unique grâce à un URI (Uniform Resource Identifier) ​​lié aux URI de sites antiques voisins répertoriés dans le répertoire géographique Pléiades. Itiner-e couvre la zone de l’Empire romain à son apogée, vers 150 apr. J.-C., et inclut toute voie terrestre dont la localisation est avérée, conjecturée ou hypothétique dans les sources utilisées pour l’étude. Cela inclut toute route antérieure à la conquête romaine et qui a continué d’être utilisée à l’époque romaine.

La carte résultante comprend au total 299 171 km de routes sur une superficie de près de 4 000 000 de km², soit près du double de la longueur des autres ressources (l’Atlas numérique des civilisations romaines et médiévales couvre 188 555 km). Cette augmentation s’explique par une meilleure couverture routière (notamment pour la péninsule Ibérique, la Grèce et l’Afrique du Nord), mais aussi par le choix d’un jeu de données spatialement explicite qui adapte les itinéraires à la réalité géographique (c’est-à-dire que pour traverser une montagne, nos routes suivent un col sinueux plutôt qu’une ligne droite), ce qui se traduit par un plus grand nombre de sommets pour les lignes de route et une longueur totale plus importante. Le jeu de données comprend 14 769 segments de route et se compose de 14 composantes connexes, reflétant les masses terrestres contiguës (notamment l’Europe continentale, la Grande-Bretagne, l’Asie-Afrique du Nord et diverses îles méditerranéennes). Le réseau de transport terrestre romain était principalement constitué des routes principales, documentées par des bornes milliaires ou des sources historiques. Les données révèlent que ces routes couvraient 103 477,9 km (34,58 %), et ce chiffre ne devrait pas augmenter significativement, car il s'agit des routes romaines les mieux documentées et étudiées. Ces données permettent d'étudier comment ces routes principales ont structuré et facilité des phénomènes tels que la conquête et l'administration romaines. Elles incluent également 195 693,3 km (65,42 %) de routes secondaires, qui peuvent être étudiées pour comprendre la structure de la mobilité locale. De futures collectes de données, axées sur des zones sous-étudiées, pourraient accroître considérablement ce nombre. Less données révèlent pour la première fois que seulement 2,737 % de la localisation spatiale du réseau routier total est certaine, tandis que 89,818 % est conjecturée et 7,445 % hypothétique. Ceci révèle une divergence entre nos connaissances sur l'existence et la localisation des voies romaines : nous savons que toutes les voies répertoriées ont été utilisées à un moment ou un autre de la période romaine, mais leur emplacement précis demeure incertain. Nos cartes de confiance visualisent cette incertitude et la précisent en illustrant les différences, au sein de l'ensemble de données, de densité du réseau routier, de précision spatiale de la numérisation des voies et de fiabilité des sources.

Qualifié abusivement de « Google Maps des routes romaines » par certains médias (voir par exemple RTS, Le Courrier International, Libération), il convient de rappeler qu'Itiner-e comporte beaucoup de voies hypothétiques. La fiabilité et l'exhaustivité de la couverture des routes de l'Empire romain varient selon les régions. Cette variabilité en termes de fiabilité et d'exhaustivité est illustrée par cette "carte de confiance". Plus on va vers les marges de l'Empire, plus les voies sont hypothétiques. De même, les calculs d'itinéraire donnés par certains médias (voir par exemple Le Figaro) ne tiennent pas compte des réalités de l'époque comme le fait remarquer @Lucius_Gellius (Google Maps considère qu'on se déplace 24h par jour, alors que c'est en moyenne 6h/jour lorsqu'on se déplace à pied, ce qui est déjà pas mal).

Carte de confiance (source : De Soto et al., 2025)


Accès aux données

Les données routières ont été collectées par divers contributeurs et sont éditées par une communauté scientifique. La méthode de création des données varie selon la région et le contributeur, mais comprend généralement trois étapes : (1) l’identification des routes à partir des publications existantes, notamment les atlas, les synthèses régionales, les rapports d’arpentage, les rapports de fouilles, les répertoires géographiques et les bornes kilométriques ; (2) la localisation des routes à l’aide de photographies aériennes et satellitaires moderne et anciennes, ainsi que de cartes topographiques ; (3) la numérisation des routes et de leurs métadonnées, et le nettoyage des données. La méthode vise à numériser la position exacte de chaque segment de route en s'appuyant sur une grande variété de données historiques et archéologiques disponibles.

L'ensemble des données des routes de l'Empire romain est à télécharger en haute résolution sur Zenodo au format shp, geojson ou gpkg (au choix). Cet ensemble de données représente la version 2024 décrite dans la publication de de Soto, Pažout, Brughmans et al. publiée dans Nature Scientific Data (2025). Une version évolutive est hébergée sur le site Itiner-e. La plateforme Itiner-e permet à la communauté scientifique d'ajouter de nouvelles données routières dès leur disponibilité, ou de recommander des corrections et des interprétations alternatives des données existantes.

Données SIG affichées dans QGIS avec distinction entre voies principales et voies secondaires (source : Itiner-e)


Pour compléter

Données du Centre de cartographie du monde antique (AWMC)
L'un des objectifs du Centre de cartographie du monde antique (AWMC) est de fournir des données géospatiales gratuites très précises sur le monde antique. Les données culturelles contiennent des informations sur les aqueducs, les routes, les noms de régions. Les données physiques contiennent des informations sur les côtes, les eaux intérieures, les cours d'eau et autres caractéristiques physiques.

Omnes Viae
L'application Omnes Viae permet de calculer des itinéraires à partir du réseau de voies romaines. On peut dire que c'est un peu le "Google Maps de l'Empire Romain". Ce planificateurs d'itinéraires permet d'avoir une idée des distances-temps dans l'Antiquité. Il s'agit d'une cartographie reconstituée sur la base des informations fournies par la Table de Peutinger. Découverte à Worms au XVe siècle, la carte de Peutinger représente les principales routes jalonnées de cités sous la forme d'un rouleau de 6,8m x 0,34m. Les données SIG sont téléchargeables sur le Harvard dataverse. Thomas Gratier a fourni un code pour l'obtenir sous forme de fichier geojson.
http://omnesviae.org

Le modèle de réseau géospatial de Standford
L'Université de Standford a modélisé les réseaux de transport qui existaient dans l'empire romain de manière à donner une idée des temps de transport et des contraintes environnementales dans l'Antiquité.
http://orbis.stanford.edu/

Projet Al-Ṯurayyā
Al-Ṯurayyā Project est un répertoire géographique numérique du monde islamique pré-moderne. Il comprend plus de 2 000 localités avec leurs itinéraires géographiques allant de l'Andalousie et du Maghreb à l'ouest, à Samarcande et au Sind à l'est (lire ce billet). Le site est un peu l'équivalent du site Omnes Viae mais pour le monde islamique du début du Moyen-Age. 
http://althurayya.github.io/#home

Articles connexes

La route maritime de la soie. Connectivités mondiales, nœuds régionaux, localités (ouvrage en open edition)

L'histoire par les cartes : les routes commerciales au Moyen Age (déjà une route de la soie)

L'histoire par les cartes : comparer les cartes des empires coloniaux et des routes commerciales du XIVe au XVIIIe siècle