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L'histoire par les cartes. Les peuples d'Amérique du Nord en 1776


Dans le cadre des célébrations du 250e anniversaire de l'indépendance américaine, la Société historique de l'Utah publie une carte intitulée « Les peuples d'Amérique du Nord en 1776 ». Il s'agit d'une ressource utile pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire des peuples autochtones en Amérique du Nord. Le principal intérêt de la carte est de mettre en évidence l'implantation des communautés amerindiennes au moment de l'indépendance des États-Unis et de l'expédition Domínguez-Escalante qui eut lieu à la même date.

Les peuples d'Amérique du Nord en 1776 (source : America250 Utah)

En 1776, au moment même où les colons américains proclamaient leur indépendance de la Grande-Bretagne, un groupe d'explorateurs entreprit un voyage à travers les terres inconnues de l'Ouest américain. Leur objectif était de trouver une route terrestre reliant Santa Fe (Nouveau-Mexique) à Monterey (Californie). Menés par deux prêtres franciscains, les membres de l'expédition espéraient relier les colonies espagnoles d'Amérique du Nord, rechercher des opportunités économiques et convertir les populations autochtones au catholicisme. Bien qu'ils n'aient pas réussi à atteindre la Californie, c'était la première fois que des Européens foulaient le sol de ce qui allait devenir l'Utah, et la première rencontre entre les Paiutes et les Utes de l'Ouest et ces nouveaux arrivants. L'expédition Domínguez-Escalante comprenait des personnes originaires d'Espagne, du Mexique, du Nouveau-Mexique et de l'Utah. Chacun apporta des compétences différentes à la mission, et ensemble, ils accomplirent un remarquable périple de cinq mois et de 2 700 kilomètres (1 700 miles) entre Santa Fe et le lac Utah, puis un retour au Nouveau-Mexique. Les ressources et activités mises à disposition sont l'occasion de s'interroger sur les contacts entre populations autochtones et premiers arrivants européens. Sous-titré « le pouvoir des lieux », la page du site entend « se concentrer sur l'histoire particulière des habitants et des lieux de l'Utah en 1776 et au-delà ».

Les activités pédagogiques sont proposées à partir de diverses sources documentaires (textes, cartes, graphiques, storymap...) et selon différents niveaux de classe. Ces activités ont été conçues par la Société historique de l’Utah, en partenariat avec BYU ARTS, le Bureau de la préservation historique de l’État de l’Utah, UEN et America250 Utah. Ce dossier pédagogique ainsi que la carte des peuples autochtones qui l'accompagne ne sont pas sans interroger la vision des "premières nations" des États-Unis aujourd'hui. Frédéric Giraut fait remarquer que « le traitement par entités territoriales à limites fixes (sauf pour les French settlements) sans recouvrements, aires partagées, ni zones buffer, ni emboitements ni saisonnalité, relève de l'application des principes de la modernité territoriale à des réalités spatio-politiques, économiques et culturelles bien plus riches qui n'en relevaient pas, mais qui doivent aujourd'hui jouer ce mode de représentations pour être reconnues historiquement ».

L'expédition Dominguez et Escalante de 1776

Activités
Leçons
Nations autochtones de l'Utah : cadres de référence

« Initier les élèves aux nations tribales amérindiennes de l'Utah et à leurs liens continus avec leurs terres ancestrales et leur patrimoine culturel ».
Devenir l'Utah : le parcours d'un peuple

Cette vidéo d'animation, ce guide pédagogique et ces trois fiches de leçon explorent le « long parcours de l'Utah vers le statut d'État et les nombreuses communautés qui y vivent » (Société historique de l'Utah). Niveaux 4 à 6, 11 à 12.
« Notre passé, leur présent » : enseigner avec des sources primaires


Ces sources primaires permettent d' « explorer des périodes où les habitants de l'Utah étaient confrontés à de grands bouleversements ou à des crises, et de voir comment ils ont surmonté les difficultés et cherché à trouver des solutions » (Société historique de l'Utah). Niveaux 4e, 7e, 11e et 12e années.
Ressources complémentaires

Territoires traditionnels
Un recensement et une cartographie qui permettent d'explorer les territoires autochtones ancestraux à travers le monde (notamment les réserves indiennes en Amérique du Nord).
http://territoire-traditionnel.ca/
 
Cessions de terres amerindiennes
Ces cartes de cessions des peuples autochtones ont été établies par l'Administration américaine entre 1890 et 1900 afin d'établir les transferts de territoires par lesquels les peuples autochtones des États-Unis ont perdu leurs terres. La carte Invasion of America permet de voir comment les États-Unis se sont développés vers l'ouest en saisissant des terres amérindiennes par le biais de traités et de décrets.
http://digitreaties.org/

Terres autochtones
Une cartographie interactive des peuples indigènes en Amérique et en Australie avec possibilité de faire des recherches par territoire, langue ou traité de cessions territoriales. Une API permet d'intégrer ces données dans son jeu de données SIG.
http://native-land.ca/

La carte des traités
Le Yellowhead Institute propose une carte des traités fonciers « négociés » entre les nations autochtones et le gouvernement fédéral canadien. L'Institut souhaite utiliser cette carte pour favoriser une meilleure compréhension des droits fonciers des autochtones et des conflits en cours entourant ces traités.
https://treatymap.yellowheadinstitute.org/

Native American History of Washington, D.C
Dans cet ouvrage de 2023, Armand Lione montre que, bien avant de devenir District of Columbia, les terres de Washington D.C abritaient des peuples autochtones. Des artefacts amérindiens ont été retrouvés un peu partout notamment à Rock Creek Park, à Anacostia, à l'Arboretum, à Van Ness, aux Palisades, au Capitole et même à la Maison-Blanche.

Native People & Settler Colonialism : A Story of Land and Maps
« Peuples autochtones et colonialisme de peuplement : une histoire de territoire et de cartes ». Le Norman Leventhal Map & Education Center met à disposition des ressources pédagogiques. La première partie de l'activité présente aux élèves une carte de 1837 créée par des membres de la communauté tribale Báxoje/loway et leur demande de la comparer à une carte réalisée en 1902 par un cartographe euro-américain afin de discuter de la signification de la terre et de la façon dont elle est comprise et visualisée par les deux. Les élèves poursuivent la leçon en examinant une carte des réserves indiennes et en réfléchissant à l'héritage de la dépossession des terres et du génocide culturel. La deuxième partie amène les élèves à travailler en petits groupes avec une série de cartes euro-américaines du XIXe siècle pour répondre à des questions qui révèlent comment les communautés autochtones sont représentées sur le territoire. Niveau scolaire : 4e à Terminale

Articles connexes

Une animation cartographique pour reconstituer les dynamiques de peuplement aux Etats-Unis sur la période 1790-2010


La carte, objet éminemment politique : la Société des Nations en 1927


Les Archives des Nations Unies à Genève possèdent une importante collection de cartes du monde qui portent principalement sur l'Entre-deux-guerres et la Deuxième Guerre mondiale. On y trouve des cartes de la SDN, des cartes des empires coloniaux, des cartes des grandes voies de communication terrestres et maritimes ainsi qu'un important matériel cartographique issu de différents pays.

Au sein de cette collection figure une très belle carte concernant La Société des Nations en 1927. La SDN, créée en 1919 en réponse au traumatisme de la Première Guerre mondiale, a été la première organisation internationale dédiée à la préservation de la paix. Sa charte engageait ses membres à la réduction des armements, à la sécurité collective et à un ensemble de procédures pour le règlement pacifique des différends à l'échelle internationale. Bien qu'elle se soit révélée incapable d'empêcher le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, la Société des Nations a joué un rôle important et précurseur en matière d'éducation à la paix. Cette carte participe de cet idéal pacifiste et irénique propre à l'entre-deux-guerres.

Carte de la Société des Nations en 1927 par Laura H. Martin
(crédit : Archives des Nations Unies, licence CC BY-NC-ND 3.0 IGO)


La carte de la SDN en 1927 a été réalisée à partir d'une projection homolosine de Goode qui coupe les océans mais permet de représenter les pays à parts égales. La projection venait d'être inventée en 1923 par John Paul Goode, professeur de géographie à l'université de Chicago, afin de fournir une alternative à la projection de Mercator jugée trop déformante. La carte a été imprimée par les Presses universitaires de Chicago, alors que les Etats-Unis ne faisaient pas partie de la SDN. Sa conceptrice, la cartographe Laura H. Martin (1884-1956), était notamment spécialisée dans les questions juridiques liées à la souveraineté en Antarctique, à une époque où l'Europe, les États-Unis et le Japon commençaient à convoiter ce continent. Elle était mariée au lieutenant-colonel Lawrence Martin (1880-1955), chef du Département de géographie et cartographie de la Bibliothèque du Congrès et président de l'Association américaine des géographes.

La carte de Laura H. Martin se présente comme une grande carte murale montrant l'importance de la Société des Nations en 1927. Bien que tout de rouge colorée pour montrer l'apparente unité des nations, on y distingue cinq catégories de pays en fonction du dégradé de couleurs et de la trame ajoutée discrètement par dessus : les nations membres de la SDN, les territoires sous mandat (anciennes colonies allemandes et anciennes provinces de l'empire ottoman), les nations non membres, celles non membres mais coopérant officieusement, ainsi que celles qui ont signé mais n'ont pas ratifié le traité fondant la SDN (notamment les Etats-Unis). La carte est complétée par trois tableaux statistiques qui occupent une place importante venant combler le vide laissé par les océans. Ces grands tableaux regroupent les états membres, les non membres et les territoires sous mandats, dans le but de comparer leur poids démographique respectif. Des cercles proportionnels permettent de comparer leur population directement sur la carte. Au bas, un graphique montre que, nonobstant l'absence de grands Etats comme les Etats-Unis ou la Russie, le poids démographique des nations membres de la SDN (55 pays en 1927, soit plus d'1,4 milliards d'habitants) l'emporte sur les nations non membres (340 millions d'habitants).



Détail intéressant : la grande carte murale de la SDN de 1927 (64 x 89 cm) a été précédée d'une carte en plus petit format La  Société des Nations en 1925. La carte est ainsi présentée dans l'International Journal of Ethics (vol. 35, n° 4, juillet 1925). : « une nouvelle carte en couleurs qui rendra bien des services à tous ceux qui s'intéressent à l'actualité… Cette carte est dessinée selon la projection homolosine ou à surface égale du Dr J. Paul Goode. Elle mesure 20 ½ pouces x 10 ½ pouces, elle est adaptée à une utilisation au bureau… Un format plus grand pour les conférences (8 x 4 pieds, à vendre à environ 3 $ l'exemplaire) est envisagé pour une publication ultérieure ».

Pour comprendre le pacifisme qui anime cette carte de la SDN, on peut la comparer à une autre carte du monde "rouge sang" montrant tous les pays touchés par la Grande Guerre en 1914. Simple ressemblance ou réminiscence cartographique entre les deux cartes ? Bien que différente par leur projection, les deux cartes restent centrées sur l'Europe qui reste la référence (cf siège de la SDN implanté à Genève).

The Blood-Red World. Map Showing Territory of the Earth Directly Affected by the Great War 
(crédit : Wikimedia, carte dans le domaine public)



La belle unité affichée par la carte de la Société des Nations en 1927 reste assez fictive quand on la compare à la réalité. La carte rassemeble des territoires aux statut très différents, notamment les possessions coloniales de l'Europe, ce qui augmente d'autant la superficie des membres de la SDN (58 pays à son apogée). Une particularité est cependant à souligner : certaines colonies de l'Empire britannique avaient un siège à la SDN. Dans sa thèse de doctorat en histoire internationale, Thomas Gidney a étudié l'adhésion de trois États coloniaux britanniques à la Société des Nations : l'Inde en 1919, l'Irlande en 1923 et l'Égypte en 1937. Il retrace ainsi l'évolution de la représentation coloniale depuis ses débuts lors de la création de la SDN juqu'au déclin de son autorité dans la seconde moitié des années 1930. Bien que l’admission des colonies dans les organisations internationales n’ait été pratiquée que par l’Empire britannique, l’inclusion des régimes coloniaux  dans les organisations internationales révèle de nouvelles pratiques de politique impériale visant à légitimer l’empire face à la résistance nationaliste croissante à la domination coloniale. 

La SDN a connu des changements fréquents dans sa composition avec des pays qui ont pu entrer, sortir ou rester complètement en dehors de l'organisation. Alors que le président Woodrow Wilson avait largement promu sa création, les États-Unis n'en ont jamais fait partie du fait que le Sénat refusa d'en ratifier le traité. L'Égypte fut le dernier pays membre en 1937. L'Union soviétique fut exclue de la SDN le 14 décembre 1939, cinq ans après son adhésion le 18 septembre 1934. Il faudra attendre la création de l'ONU en 1945 pour que les Nations Unies ne soit plus "un club limité à certains" (Moreau Defarges, 2004). La carte de reconstitution historique ci-dessous permet d'appréhender ces fragilités internes qui contrastent avec la belle unité affichée par le document source.

Carte du monde montrant les adhésions à la Société des Nations de 1920 à 1945 (source : Wikipédia)



Au sein des Archives des Nations Unies à Genève, on trouve d'autres cartes représentant la Société des Nations, mais celles-ci sont en général plus classiques avec des découpages coloniaux ou des drapeaux représentant chaque pays. On n'y retrouve pas le pacifisme et l'universalisme qui animent la carte de Laura H. Martin. Il faut aller chercher dans l'oeuvre cartographique d'Otto Neurath pour retrouver ce même type d'inspiration. Celui-ci représente la Société des Nations en 1930 sous la forme d'isotype montrant l'importance numérique de la SDN par rapport à la population mondiale. On peut admirer le minimalisme et en même temps le modernisme de  ce type de représentation schématique (1 pictogramme pour 100 millions d'êtres humains)

Der Völkerbund - Völkerbundstaaten übrige Staaten - Otto Neurath, 1930 (crédit : David Rumsey Map Collection)


La sobriété et la modernité des isotypes utilisés par Otto Neurath contrastent avec la carte surchargée de détails publiée par l'éditeur Philip en 1929 "sous les auspices de la SDN". Une carte jugée incohérente et sémiologiquement incorrecte déjà à l'époque comme le montre cette critique publiée dans la revue Geographische Zeitschrift.

Extrait de la carte du monde publiée "sous les auspices de la SDN" par George Philip & Son en 1929
(crédit : Archives des Nations Unies, licence CC BY-NC-ND 3.0 IGO)


En complément

Pour comparer avec d'autres cartes du monde issues des Archives des Nations Unies à Genève :
Accès à l'ensemble de la collection des cartes de la Société des Nations (15 000 cartes) sur le site des Archives des Nations Unies.

La collection de cartes numériques de la bibliothèque de l'American Geographical Society (Université du Wisconsin) contient plus de 19 000 cartes, allant des premières cartes de l'Asie aux cartes historiques du Wisconsin et de Milwaukee, ainsi que d'autres villes, États et parcs nationaux américains. 

« Le mensonge genevois d’Hitler » (Le Temps). Un document inédit trouvé en 2012 dans les archives de la Société des Nations révèle comment le chancelier allemand avait trompé le président de la Conférence du désarmement de Genève sur sa vraie intention: réarmer massivement l’Allemagne

Lien ajouté le 16 septembre 2024

Cette série de caricatures parues dans des journaux américains montre les conditions dans lesquelles l'URSS a été admise à entrer dans la SDN en 1934 et comment elle en a été expulsée en 1939 suite à l'invasion de la Finlande.
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La projection Equal Earth, un bon compromis ?

Étudier l'expansion de la Chine en Asie du Sud-Est à travers des cartes-caricatures


Les cartes humoristiques sont devenues assez courantes dans les médias et sur Internet. Le fil twitter ci-dessous donne des pistes de lecture concernant ces cartes-caricatures, que l'on retrouve souvent en illustrations dans les manuels scolaires. L'objectif est d'en décrypter les symboles et d'en donner une approche critique en confrontant les visions. A l'ère d'Internet et des réseaux sociaux, ces dessins humoristiques circulent de plus en plus. Ils renvoient souvent les uns aux autres dans un jeu de miroir complexe, de sorte qu'il n'est plus possible de les prendre isolément comme on le ferait dans un commentaire classique de document. L'expansion de la Chine en Asie du Sud-Est fournit un bon exemple pour étudier ces représentations et en dégager des visions géopolitiques.









Lien ajouté le 13 avril 2026

« Le soft power chinois illustré par les caricatures de China Daily : une esquisse de nouvel ordre mondial » (The Conversation).

Stéphane Aymard (Université de La Rochelle) analyse le soft power chinois à travers les caricatures du journal China Daily, organe lié au PC. Il montre comment ces images construisent une représentation du monde favorable à Pékin et participent à un projet d’influence globale. Diffusé à 900.000 exemplaires dont 600.000 à l’étranger, China Daily s’adresse à un public international. Les caricatures, environ 300 sur un an, constituent un outil visuel efficace pour toucher diplomates, expatriés et opinions publiques hors de Chine. Les dessins valorisent une Chine bienveillante, moderne et ouverte. Ils mettent en avant sécurité, innovations technologiques, tourisme et culture. Cette mise en scène construit une image attractive destinée à renforcer l’influence culturelle et politique du pays. À l’inverse, les États-Unis sont systématiquement dépeints négativement. Ils apparaissent comme brutaux, unilatéraux et en déclin. Cette opposition structure un récit géopolitique où la puissance américaine perd sa centralité au profit de la Chine. L’Europe et le Japon sont également critiqués. L’Europe est souvent représentée comme affaiblie, tandis que le Japon devient une cible récurrente. Cette hiérarchisation visuelle traduit une recomposition symbolique des rapports de puissance. Le commerce international occupe une place centrale. La Chine se présente comme garante du libre-échange face au protectionnisme. Elle apparaît comme un acteur stabilisateur dans une économie mondiale présentée comme menacée par d’autres puissances. Les enjeux environnementaux et éthiques sont mobilisés. Les caricatures évoquent climat, technologies ou société, en montrant une Chine responsable et soucieuse du bien commun. Ces thèmes universels renforcent la crédibilité du discours à l’échelle mondiale. L’ensemble dessine un nouvel ordre mondial centré sur la Chine. Cette stratégie de communication, à la frontière entre information et propagande, vise à influencer les perceptions globales et à affirmer la place de Pékin dans la mondialisation. 

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Cartes et caricatures. Recension de cartes satiriques et de cartes de propagande


Vous cherchez des images de propagande à base de cartes ? Cette page vous propose une recension de ressources sur Internet qui peuvent vous intéresser.  

Le compte twitter @propagandopolis sélectionne et commente chaque semaine des images et des cartes historiques. Voir le site de l'auteur qui propose des cartes de propagande américaine et du monde entier : Propagandopolis



Le site commercial Barron Maps propose une impressionnante série de cartes satiriques et de cartes de propagande. Roderick Barron (@barronmaps) est spécialisé dans le domaine des cartes de propagande et des cartes imaginaires. Il alimente un blog associé au site qui contient des articles de fond. Il y explore notamment le phénomène des cartes « sério-comiques » de la fin du XIXe et du début du XXe siècle (voir cette présentation vidéo en anglais). On y trouve les oeuvres de Fred W. Rose qui s'est rendu célèbre par ses cartes caricaturales de l’époque victorienne (avec des pieuvres).


La British Library propose également une belle recension de cartes satiriques du monde entier. La page d'accueil retrace la longue histoire des cartes satiriques depuis le XVIIe siècle jusqu'à nos jours, avec de nombreux exemples empruntés à différents pays et différentes époques.


Le site de la célèbre collection David Rumsey constitue une source de premier ordre. On peut y trouver toutes sortes de cartes satiriques, en utilisant son moteur de recherche interne (par exemple avec les mot-clés "propaganda" ou "satirical").



Le site Vividmaps a sélectionné des cartes satiriques de l'Europe, principalement du XIXe et du début XXe siècle (l'âge d'or des nationalismes ayant donné lieu à beaucoup de cartes de propagande). « L’Europe était le siège d’États puissants souvent en concurrence. Ils ont pris part à des guerres sanglantes et ont tissé des intrigues diplomatiques en coulisses. Dans cette confrontation, la satire était non seulement une forme d'art mais aussi une arme dangereuse, dont le but était de montrer à la population et à celle des autres pays qui est qui dans l'arène politique.»




Last but not the least. La formidable série de "cartes persuasives" de l'Université Cornell«  Plus de 800 ​cartes destinées avant tout à influer sur des opinions ou des croyances - à faire passer un message - plutôt qu'à communiquer une information géographique. La collection contient une grande variété de "cartes pour convaincre" : qu'il s'agisse de la cartographie allégorique, satirique ou picturale, de choix sélectifs de l'information, de l'utilisation inhabituelle de projections, de couleurs, de graphiques et de textes, ou encore d'images ou d'affiches de propagande destinées à tromper intentionnellement, ces cartes véhiculent un large éventail de messages religieux, politiques, militaires, commerciaux, moraux et sociaux. »




En complément

Un fil twitter de @GoncharenkoUA sur "la propagande douce" véhiculée par les cartes qui représentent la Crimée comme séparée de l'Ukraine et comme une partie de la Russie.

Un fil twitter de @mirbole01 sur les cartes et dessins humoristiques concernant l'expansion de la Chine en mer de Chine méridionale.

Série d'images et de cartes utilisant la pieuvre comme élément de caricature. Cette sélection de @WryCritic permet de mettre en évidence des points communs et des spécificités d'une caricature à l'autre.

Des cartes pour dénoncer l’impérialisme par Gilles Palsky (Visionscarto).

Cartes utilisées dans les tracts de propagande aéroportés pendant la Seconde Guerre (A Cartographer's Tale).

Propagande graphique et informative de l'Allemagne nazie dans les années 1940 à partir d'exemples tirés du magazine Signal (Chartography). Toutes les illustrations proviennent de l'édition française de Signal disponible sur le site de la BNF.

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Qu'est-ce que le Listenbourg, ce nouveau pays fictif qui enflamme Twitter ? (fake map)

Derrière chaque carte, une histoire :  découvrir les récits de la bibliothèque Bodleian d'Oxford

Utiliser le lion pour politiser la géographie (blog de la Bibliothèque du Congrès)

Bouger les lignes de la carte. Une exposition du Leventhal Map & Education Center de Boston

La carte, objet éminemment politique


Cartes et données sur le séisme au Maroc (septembre 2023)


Le Maroc a été touché dans la nuit du 8 au 9 septembre 2023 par un séisme d'une magnitude de 6,8 à 7 sur l'échelle de Richter dans la province d'Al-Haouz, au sud-ouest de la ville de Marrakech. Près de 3 000 personnes ont perdu la vie et on dénombre plus de 5 500 blessés. L’épicentre a été localisé dans la chaîne du haut Atlas, à une quarantaine de kilomètres du Djebel Toubkal, le point culminant du Maroc. L’épicentre est proche d’Amizmiz et à environ 70 km au sud-ouest de Marrakech et 140 km au nord-ouest de Ouarzazate. La profondeur du foyer a été estimée à 25 km. La secousse a été ressentie à Rabat, à Casablanca, à Agadir et à Essaouira, semant la panique parmi la population. Le séisme a été aussi ressenti dans le sud du Portugal et de l’Espagne, en Algérie et dans les îles de Lanzarote, de Fuerteventura et à Madère. Mais c'est dans le Haut-Atlas que les dégâts sont les plus importants. La province d'Al-Haouz, rurale et assez difficile d'accès, par ailleurs destination de prédilection pour les amoureux de la nature et du tourisme de montagne, déplore plus de la moitié des victimes.

Carte d'intensité du séisme au Maroc en septembre 2023 (Source : USGS, Wikipédia)


1) Traitement médiatique de la catastrophe

« Les images du séisme qui a fait plus de 2000 morts » (Le Parisien). Nombreux sont les Marocains à avoir passé la nuit dans la rue, par crainte de répliques. « Séisme au Maroc : une tragédie nationale en images » (Slate).

« Toulia, rescapée devenue le visage de la souffrance » (BFM-TV). Au lendemain du drame, son visage a fait la Une de nombreux médias français et étrangers. Elle est désormais sans domicile à Marrakech. Elle n'est "pas très heureuse d'être le symbole de tout ça". Toulia, une mère de famille âgée de 55 ans, est devenue sans le savoir l'un des visages horrifié de la catastrophe qui a frappé le Maroc. La même image médiatique a été reprise par Libération, BBC News, Washington Post, The Telegraph...

« Cartes : là où le tremblement de terre a frappé le Maroc » (New York Times) avec carte des séismes majeurs au Maroc depuis 1900. Des informations diffusées sur les réseaux sociaux ont indiqué que certains villages n'avaient toujours pas reçu d'assistance plus d'un jour après le séisme. La région compte de nombreuses maisons en briques crues et peu d’infrastructures parasismiques. En raison des routes coupées, de nombreux villages du haut Atlas restent isolés. Des dégâts ont aussi été signalés dans la vieille ville historique de Marrakech. La Médina, site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO datant de plusieurs siècles et entourée de murs en grès rouge, a été endommagée et certains bâtiments se sont entièrement effondrés.

« Séisme au Maroc : pourquoi la catastrophe était imprévisible » (TV5 Monde). 
Le Maroc se trouve à la frontière de la plaque tectonique africaine, qui s’étend de l’océan Atlantique jusqu’à la Syrie en traversant la mer Méditerranée. Cette situation géographique expose régulièrement le royaume à des séismes dévastateurs, comme celui d'Agadir en 1960, qui a fait plus de 12 000 morts et détruit 75% de la ville ; ou encore à Al Hoceïma en 2004, qui a causé la mort la mort de 628 personnes et des dégâts matériels considérables. Florent Brenguier, de l’Institut des Sciences de la Terre de l’Université de Grenoble, précise cependant que la puissance du séisme de vendredi est inhabituelle : “les zones les plus concernées par les secousses sismiques sont situées à 25 kilomètres plus au Nord, vers les côtes et le Détroit de Gibraltar. Là, l’épicentre ne se situe pas à l'interface entre deux plaques tectoniques. 

« Le tremblement de terre a pris les scientifiques de court par sa violence dans cette zone  » (20 Minutes). 
Le Maroc est exposé aux séismes, mais ils surviennent plutôt habituellement 500 km plus au nord, vers Gibraltar, dans une région frontière entre les plaques tectoniques africaine et européenne. On parle d’une bande de 50 à 100 km où l’activité sismique est soutenue, avec des mouvements d’un côté et de l’autre de cette frontière très rapides à l’échelle de la sismologie. De l’ordre de plusieurs millimètres par an. Certes, le Haut Atlas n’est pas très loin de cette zone frontière. Mais l’activité sismique y est considérée jusque-là comme modérée, avec historiquement des séismes de magnitude 4, mais pas plus.

« Séisme historique au Maroc avec une magnitude surprenante pour les experts ! » (Futura Science). Avec une magnitude de 6,8 à 6,9, il s’agirait là du plus puissant tremblement de terre enregistré jusqu’à présent dans le pays.

« Le tremblement de terre a pris les scientifiques de court par sa violence dans cette zone  » (20 Minutes). 
Le Maroc est exposé aux séismes, mais ils surviennent plutôt habituellement 500 km plus au nord, vers Gibraltar, dans une région frontière entre les plaques tectoniques africaine et européenne. On parle d’une bande de 50 à 100 km où l’activité sismique est soutenue, avec des mouvements d’un côté et de l’autre de cette frontière très rapides à l’échelle de la sismologie. De l’ordre de plusieurs millimètres par an. Certes, le Haut Atlas n’est pas très loin de cette zone frontière. Mais l’activité sismique y est considérée jusque-là comme modérée, avec historiquement des séismes de magnitude 4, mais pas plus.

« Les séismes de cette ampleur sont “rares mais pas inattendus” au Maroc » (Courrier international). Le séisme qui a secoué le Maroc vendredi serait le résultat de la rupture d’une faille inverse, le type de faille qui engendre les montagnes. La faible profondeur de son foyer et sa proximité avec une zone densément peuplée aux constructions fragiles expliquent l’ampleur des dégâts.

«  Séisme au Maroc : Mohammed VI en première ligne  » (Le Point). 
Mohammed VI a décrété un deuil national de trois jours, « avec mise en berne des drapeaux sur tous les bâtiments publics » ainsi que « l'accomplissement de la prière de l'absent dans l'ensemble des mosquées du royaume ». Face à l'ampleur des dégâts, la plus haute autorité de l'État a décidé de mettre en place immédiatement une commission interministérielle. Elle sera chargée du déploiement d'un programme d'urgence de réhabilitation et d'aide à la reconstruction des logements détruits dans les zones sinistrées dans les meilleurs délais. Mohammed VI se montre aussi soucieux de contrôler son image dans les médias qu'il semble se méfier de l'aide internationale. «  Séisme au Maroc : le silence gênant de Mohammed VI » (France-Info). 

«  Un premier bilan du séisme au Maroc en 10 points et 5 cartes et graphiques inédits » (Le Grand Continent). L’efficacité de la réponse politique au séisme et à ses conséquences sociales pourrait se transformer en enjeu clef de politique intérieure. Le président turc Erdogan qui a remporté les élections de mai dernier, avait par exemple vu sa campagne mise en difficulté par les critiques de sa réponse au séisme et du défaut d’anticipation attribué à son gouvernement. Au Maroc, le séisme de 2004 à Al-Hoceima dans la région du Rif, qui avait fait le plus grand nombre de victimes depuis le séisme d’Agadir de 1960, a été suivi de séquences de protestation des populations de cette région qui compte parmi les plus pauvres du Maroc, dénonçant l’arrivée tardive des secours et la mauvaise gestion du gouvernement — région où devait naître 12 ans plus tard, en 2016, l’important mouvement populaire du Rif.

«  À Marrakech, la peur des répliques, mais aussi celle de voir fuir les touristes » (Le Monde). Marrakech, qui compte un peu moins d'un million d'habitants, a été lourdement frappée par ce tremblement de terre, puisqu'elle n'est située qu'à quelques dizaines de kilomètres au nord de l'épicentre. Les Français sont nombreux à détenir des riads qu’ils louent sur place aux touristes. Ils tentent de rassurer leur clientèle et d’éviter que suite au séisme les voyageurs ne se détournent d’une destination qui retrouvait des niveaux de fréquentation d’avant le Covid. « Un moment de panique: au Maroc, un Français, propriétaire d'un hôtel près de Marrakech, a tout perdu » (BFM-TV). 

«  Pourquoi certains villages n'ont-ils pas été immédiatement secourus ? » (BFM-TV). Difficilement accessibles par les routes, qui ont été endommagées ou obstruées par des blocs de pierre, des villages isolés du Maroc sont toujours dans l'attente des secouristes, plus de 48 heures après le tremblement de terre.

«  Une ONG française accuse Marrakech de bloquer l'aide humanitaire » (BFM-TV). Le président de l'association Secouristes sans frontières assure que ses équipes sur place n'ont "toujours pas" reçu l'accord du gouvernement marocain pour intervenir et être "bloquées" par Marrakech. Le Maroc a accepté l'aide officielle de quatre pays, l’Espagne, le Royaume-Uni, le Qatar et les Emirats arabes unis. La France n'est pour l'instant pas dans le lot. Plus de 830 000 Marocains vivent en France tandis que plus de 30 000 Français vivent au Maroc, selon les données des autorités françaises.  

« Rabat ne veut pas se comporter en pays meurtri que le monde viendrait charitablement secourir » (Le Figaro). Sylvie Brunel, ancienne présidente d'Action contre la Faim, estime que face aux offres d’aide humanitaire aux arrière-pensées géopolitiques, il est légitime que le Maroc se positionne en État souverain. « Les Marocains ont l'expérience des séismes... Il faut faire très attention car l'expérience des séismes montre que le grand risque, c'est l'afflux de bonnes volontés qui provoque un engorgement de l'aide et une impossibilité à agir efficacement... Le Maroc ne veut pas se retrouver dans la situation du proverbe qui dit que "la main qui donne est au dessus de la main qui reçoit" » (interview pour BFM-TV). Géopolitique et gestion des risques : « Pourquoi le Maroc n'accepte pas l'aide de la France ? » (Europe 1). « Maroc : La diplomatie du séisme » (débat sur Public Sénat).

« Maroc : géopolitique d'une catastrophe » (Le Dessous des cartes). Comment expliquer que la France ne fait pas partie des premiers pays sélectionnés pour apporter de l’aide ?

« Tremblement de terre au Maroc : le difficile acheminement de l’aide internationale humanitaire » (Libération). » Les premières vingt-quatre à quarante-huit heures sont cruciales pour sauver des vies. Des voix s'élèvent pour faire remarquer qu'en cas de séisme les premières heures sont déterminantes et qu'il peut être dommageable d'attendre une réponse officielle pour décider si le pays a besoin d'aide.

« L'UNICEF estime qu'environ 300 000 personnes n'ont plus de maisons. Parmi elles, il y aurait environ 100 000 enfants » (BFM-TV). « 530 écoles et 55 internats endommagés selon le ministère marocain de l'Education nationale » (France-Info).

« Séisme au Maroc : la technologie peut-elle aider à prévoir ou à prévenir les séismes ?  (France-Info). Il faut savoir qu’aujourd’hui, presque tous les mobiles ont un capteur de mouvements suffisamment sensible pour détecter des ondes sismiques. En analysant les vibrations d’un seul téléphone, il y aurait pas mal de fausses alertes. Mais comme cette détection est désormais intégrée d’usine à tous les mobiles Android, cela permet de s’appuyer sur des milliers de téléphones. Notamment, les plus proches de l’épicentre pour prévenir tous les autres. Encore une fois, ce n’est pas une prédiction, mais une alerte.

« Le séisme au Maroc a aussi dévasté le patrimoine historique, endommageant palais, mosquées et minarets » (Le Monde). Au moins vingt-sept monuments emblématiques de la région de Marrakech ont été détruits ou endommagés par le tremblement de terre qui a tué plus de 2 900 personnes. « Séisme au Maroc : l'Unesco dresse un premier bilan des monuments touchés » (LeMatin.ma).

« Comment se relever ? Le défi maintenant, c’est que tout ne soit pas reconstruit en béton » (Libération). L’entrepreneur Oussama Moukmir, fondateur d’une coopérative dédiée à la bioconstruction, promeut un bâti conforme aux normes sismiques, mais confectionné à partir de matériaux locaux et durables, en usant de méthodes anciennes. « Séisme au Maroc : les maisons en terre crue critiquées à tort » (Reporterre). 

« Le phénomène controversé des "lumières sismiques" intrigue internautes et scientifiques » (France-Info). Depuis le séisme du 8 septembre au Maroc, des vidéos amateurs montrant des phénomènes lumineux présentés comme liés au tremblement de terre circulent sur les réseaux sociaux. Ils sont parfois décrits comme des "lumières sismiques", un phénomène que la science peine à expliquer.

« Séisme au Maroc : raconter un événement exceptionnel à l’étranger, le défi de la presse régionale » (La rvue des médias). Sans bénéficier des mêmes moyens que la presse nationale, les quotidiens régionaux déploient des techniques pour articuler ces actualités à l'échelle locale. Aussi exceptionnel soit-il, un événement survenu à l’étranger n’est pas forcément traité en une. Pour les inondations survenues en Libye quelques jours après le séisme au Maroc, par exemple, la couverture médiatique de la PQR est moindre. 


2) Pistes d'analyse scientifique en termes d'aléa/risque/vulnérabilité et enjeux

Séisme au Maroc : "C'est une rareté d'avoir de si gros séismes dans cette zone" (France24)
Le Centre national pour la recherche scientifique et technique (CNRST) basé à Rabat a indiqué que le séisme était d'une magnitude de 6,8 degrés sur l'échelle de Richter et que son épicentre se situait dans la province d'Al-Haouz, au sud-ouest de la ville de Marrakech. Il s'agit du plus puissant séisme à frapper le royaume à ce jour. Un phénomène "surprenant", selon Florent Brenguier, sismologue à l’Institut des Sciences de la Terre de l’Université de Grenoble, car la zone où se trouve l'épicentre ne se situe pas "à l'interface entre deux plaques tectoniques". 

« Séisme au Maroc. "Marrakech n’est pourtant pas la zone la plus active du pays" » (Challenge.ma).
En Turquie, on était sur un mouvement horizontal, puisque la Turquie s’échappe en gros vers l’ouest, elle « part » vers la Grèce. Il y a un coulissement horizontal des plaques. Là, on est plutôt sur une convergence entre l’Afrique et l’Eurasie ou l’Ibérie, la partie espagnole, et sur des failles chevauchantes : le relief du Haut-Atlas est en train de monter sur l’avant-pays au nord. Mais on est toujours dans un contexte de limite de plaques. Il faut voir à quelle magnitude le séisme va se fixer. On est autour de 6,8 ou 6,9, ce qui est une intensité assez forte. Cela correspond en gros à un déplacement moyen sur la faille de l’ordre d’un mètre, en quelques secondes, sur plusieurs kilomètres. Forcément, ça secoue énormément la région (Philippe Vernant, enseignant-chercheur à l’université de Montpellier (sud) et spécialiste en tectonique active, notamment au Maroc).

En 2011, un nouveau règlement de construction parasismique (RPS 2000) a été mis en place, et est appliqué dans la majorité des nouvelles constructions des zones urbaines marocaines. Mais selon Philippe Guéguen, directeur de recherche à l’Institut des Sciences de la Terre de l’Université de Grenoble, de nombreux bâtiments plus anciens et monuments historiques échappent à ces nouvelles normes : “la réglementation n’est pas faite pour ce type de bâtiment, il n’y a pas de règle particulière. Il faudrait les renforcer, ou les remplacer par des bâtiments plus récents, plus modernes. Mais personne ne fait ça. Et la mise en application des normes demande du temps.”

Michel Sébrier, Lionel Siame, El Mostafa Zouine, Thierry Winter, Yves Missenard, Pascale Leturmy (2006). Tectonique active dans le Haut Atlas marocain. Comptes Rendus Geoscience, Vol. 338, 1–2, January 2006, Pages 65-79. La révision critique des données sismologiques et structurales, associée à l'acquisition de nouvelles données topographiques, géomorphologiques et sur la géologie du Quaternaire permet de situer les failles actives majeures du Haut Atlas aux niveaux des failles bordières nord et sud. La segmentation de ces failles suggère qu'elles ont le potentiel pour générer des séismes de magnitude 6,1 à 6,4.

Taj-Eddine Cherkaoui & Ahmed El Hassani, Seismicity and Seismic Hazard in Morocco 1901-2010Bulletin de l’Institut Scientifique de Rabat, section Sciences de la Terre, 2012, n° 34, p. 45-55. Voir également le site personnel de Taj-Eddine Cherkaoui sur la sismicité et l'aléa sismique au Maroc.

B. Theilen-Willige, R. Löwner, F. El Bchari, H. Wenzel (2013). Remote Sensing and GIS Contribution to the Detection of Areas Susceptible to Local Site Effects during Earthquakes and to Tsunami Waves in W-MoroccoVienna Congress on Recent Advances in Earthquake Engineering and Structural Dynamics 2013 (VEESD 2013). Lorsque des tremblements de terre ou des tsunamis se produisent, des actions immédiates et efficaces sont nécessaires pour réduire les dommages matériels et les pertes humaines. Les techniques de télédétection et SIG sont étudiées dans le cadre du projet W-Maroc afin de contribuer à l'inventaire systématique et standardisé des zones les plus sensibles aux mouvements du sol.

Abdelouahad Birouk, Aomar Ibenbrahim, Azelarab El Mouraouah & Mohamed Kasmi (2020). New Integrated Networks for Monitoring Seismic and Tsunami Activity in MoroccoAnnals of Geophysics, 63, 2, SE220, 2020. Un certain nombre de réseaux ont été déployés pour mesurer le niveau de la mer et surveiller l'activité sismique en temps réel au Maroc, qui a connu plusieurs tremblements de terre destructeurs au cours de son histoire. Ce nouveau réseau sismique consiste en un hub pour la gestion des données satellites et les 48 stations sismiques au sol, toutes reliées à une Unité centrale d’acquisition, de traitement et de stockage des données à Rabat. Par rapport au réseau précédent, le nouveau réseau a permis d'enregistrer cinq fois plus d'événements par an et a contribué à abaisser le seuil des magnitudes détectées. Une surveillance 24h/24 et 7j/7 a été mise en place pour cette surveillance et pour fournir une alerte sismique rapide aux autorités nationales compétentes dans le cadre de la gestion des risques sismiques.

Pour comprendre l'origine du séisme, l'Observatoire éducatif méditerranéen (EdumedObs) met à la disposition des enseignants un dossier à ouvrir dans Tectoglob3D. L'outil se présente comme un globe virtuel en 3D. Le logiciel Tectoglob3D permet d'étudier des sismogrammes, de réaliser des coupes, d'ajouter des foyers et de faire de la tomographie sismique. L'application peut être utilisée directement en ligne sur le site SVT de l'académie de Nice (voir cette vidéo de présentation).

« Maroc, Lybie, Grèce : plus la société est inégalitaire, plus la catastrophe est meurtrière » (Futura Sciences). L’investissement dans les biens communs, la répartition des richesses et celle du pouvoir déterminent la vulnérabilité des populations aux catastrophes naturelles, explique Jean-Paul Vanderlinden qui est professeur en économie écologique à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines et membre du laboratoire CEARC (cultures, environnements, Arctique, représentations, climat) de l’Observatoire de Versailles Saint-Quentin. Ses travaux portent sur l’analyse du risque existentiel au niveau local et son articulation avec le changement climatique.

« Pour une analyse géographique des catastrophes : le cas du séisme du 8 septembre au Maroc » (Le Grand Continent). David Goeury rappelle la nécessité de procéder à une analyse géographique des catastrophes pour comprendre comment peut se déployer une aide d’urgence. La polémique stérile sur l’aide internationale est venue masquer la réalité du territoire touché et les spécificités du déploiement des secours d’urgence en zone de haute montagne. L’émotion, les élans de générosité et l’incompréhension de réalités territoriales complexes ont nourri des discours particulièrement confus.

« Séisme : géopolitique du désastre marocain » (Blast). Aboubakr Jamaï, Professeur des relations internationales à Aix-en Provence, décrypte et analyse ce que cet évènement tragique révèle de la situation politique et sociale du royaume chérifien ainsi que de ses relations diplomatiques, plus que tendues, avec la France.


3) Cartes et données SIG à visualiser en ligne ou à télécharger

Cartographie du tremblement de terre par l'United States Geological Survey (USGS) avec l'intensité sismique, les failles tectoniques, la densité de population, etc...

Cartographie du séisme et de la zone impactée par l'United Nations Satellite Centre (UNOSAT-UNITAR) avec analyse de la population exposée.

Ressources fournies par le Global Disaster Alert and Coordination System (GDACS).

Ressources mises à disposition par le Centre Sismologique Euro-Méditerranée (CSEM).

Données SIG sur le Maroc mises à disposition sur Humanitarian Data Exchange (HDX), site dédié au partage de données humanitaires.

Cartographie des villages en attente d'aide (fichier kml sur Google Maps).

Tous les villages et douars situés à moins de 50 km de l’épicentre du séisme (fichier kml sur Google Maps).

Cartes et données SIG élaborées par le Service de gestion des urgences Copernicus EMS (dégâts estimés à partir de l'observation d'images satellites).

Images Maxar en haute résolution diffusées en données ouvertes avec possibilité de comparer les images avant et après la catastrophe sur le visualisateur en ligne. Inscription sur le site nécessaire pour pouvoir télécharger des images prêtes à l'analyse. Voir ce tutoriel pour optimiser le téléchargement et faciliter la réutilisation des images Maxar dans Q-Gis.

Fichiers des plaques tectoniques à télécharger au format shp ou geojson. Carte des séismes dans le monde sur la période 1900-2018 disponible en pdf.

Base de données des tremblements de terre dans le monde (NCEI - NOAA) avec la géolocalisation, la magnitude, la distance du foyer par rapport à l'épicentre, les pertes humaines, les dégâts matériels.

Séisme au Maroc : la déformation du sol vue par satellite (Futura Sciences). Les secours ont eu accès rapidement aux images satellitaires de la zone dévastée par le séisme au Maroc grâce à la Charte internationale « Espace et catastrophes majeures ». Mais les satellites sont également capables d’observer très finement la déformation du sol. Des données essentielles pour mieux comprendre ce qui s’est passé dans la nuit du 8 au 9 septembre.2

Des images et des analyses à partir d'images satellites Pléiades (CNES) sont mises à disposition dans le cadre de la Charte internationale « Espace et catastrophes majeures ». Cartes réalisées par UNITAR / UNOSAT. Certaines images permettent d'étudier la déformation au sol vue depuis les satellites.


4) Utilisation de la cartographie pour organiser l'aide humanitaire

La communauté OpenStreetMap s'est mobilisée en urgence pour mettre à jour la cartographie de la zone touchée par le séisme, faciliter les secours et organiser la logistique. L'équipe humanitaire HOT Osm (@hotosm) a appellé tous les volontaires à une grande opération de cartographie collaborative dans le cadre de la procédure « Disaster Response » qu'elle a mise en place pour couvrir ce type de catastrophe. Pour participer à cette cartographie à distance : https://tasks.hotosm.org/projects/15468

Données SIG déjà mises à disposition sur le site HOT Osm. Les données concernant les bâtiments sont régulièrement mises à jour.

« Dans la province d’El Haouz, dans les zones rurales, les maisons sont construites en terre, les unes à coté des autres ce qui rend parfois difficile de séparer les bâtiments de leur entourage, surtout si il y des arbres à côté. Je propose de cartographier la bâtiment selon leur contour extérieur, indépendamment de la forme intérieur du bâtiment » (témoignage de Fatima Eddaoudi responsable Tasking Manager de HOT). Les discussions portent également sur le périmètre à prendre en compte (disponible en geosjson) et l'avancée du travail de saisie cartographique qui nécessite des processus réguliers de validation (voir la grille de tâches en geojson).


Rapport d'impact 2022-23 sur les opérations conduites par HOT Osm « Cartographions notre monde ensemble »

« Qualité des données : un voyage sur la plateforme humanitaire d'OpenStreetMap » (Geotribu). Delphine Montagne parle de son travail bénévole et solidaire de validation au sein des campagnes d'HOT OSM, le volet humanitaire d'OpenStreetMap.

Réponse au tremblement de terre en Turquie et en Syrie (février 2023) : les ressources mises à disposition permettent de mettre en évidence l'intérêt de la cartographie humanitaire et l'expérience déjà acquise par HOT Osm lors du séisme en Turquie et Syrie.
 

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