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L’affaissement des sols fait plus que doubler l’élévation du niveau marin

 

Source : Oelsmann, J., Nicholls, RJ, Lincke, D. et al. « Subsidence more than doubles sea-level rise today along densely populated coasts » [L’affaissement des sols fait aujourd’hui plus que doubler l’élévation du niveau de la mer le long des côtes densément peuplées]. Nature Communications 17, 4382 (2026), https://doi.org/10.1038/s41467-026-72293-z

L'étude montre que l’affaissement des sols double la montée relative de la mer sur les côtes peuplées. Le risque littoral naît donc autant du sol qui descend que de l’océan qui monte. L’étude distingue la montée absolue de la mer et la montée relative, celle que vivent les habitants. Quand le sol s’affaisse sous les villes, les deltas ou les plaines côtières, la mer gagne plus vite sur les territoires, les infrastructures et les quartiers exposés. Les chercheurs croisent GNSS, marégraphes, altimétrie satellite, InSAR et modèles géophysiques. Ces données couvrent près de 65% de la population côtière mondiale et rendent enfin visibles les affaissements très locaux des métropoles et des deltas. Le résultat est saisissant. Entre 1995 et 2020, les populations côtières ont vécu en moyenne 6 mm/an de montée relative du niveau marin. Ce rythme dépasse d’environ deux fois la seule montée climatique absolue, car les sols s’enfoncent là où les densités sont fortes. La subsidence touche d’abord les espaces densément habités. 71% de la population côtière mondiale vit dans des régions qui s’affaissent. 55% subissent au moins 1 mm/an de subsidence et 43% au moins 2 mm/an, ce qui accélère concrètement l’exposition. Les points chauds se concentrent dans les grandes villes et les deltas d’Asie et d’Afrique. Jakarta s’affaisse en moyenne de 13,7 mm/an, Tianjin de 13,5 mm/an, Bangkok de 8,5 mm/an, Lagos de 6,7 mm/an et Alexandrie de 4 mm/an. Les deltas confirment cette géographie du risque. Le Gange-Brahmapoutre s’affaisse de 5,4 mm/an, le Nil de 7,8 mm/an, le Yangzi de 2,7 mm/an et le Mékong de 5,6 mm/an. Ces basses terres concentrent populations, cultures, ports, routes et vulnérabilités. On retiendra que le risque littoral n’est pas seulement produit par le climat, mais aussi par les usages du sous-sol, comme le pompage d’eau, de pétrole ou de gaz. Mesurer et réduire la subsidence devient donc essentiel pour adapter les côtes. 

Changement relatif du niveau de la mer et distribution de la population côtière (source : Oelsmann et al., 2026)


Données complémentaires à l'article : « La reconstruction des mouvements verticaux du sol révèle des effets non linéaires sur les variations relatives du niveau de la mer de 1900 à 2150 »
https://zenodo.org/records/8308347

Les données GNSS VLM sont disponibles à cette adresse. Les estimations InSAR du VLM pour l'Europe peuvent être téléchargées depuis l'explorateur de données EGMS. Les données InSAR VLM pour les États-Unissont fournies pour différentes régions. Les données d'affaissement urbain induit par InSAR sont disponibles à cette adresse. Les données d'affaissement deltaïque sont disponibles par ici et sur Zenodo. Les données d'affaissement pour les villes chinoises peuvent être obtenues à cette adresse. Les estimations GIA contenues dans les données VLM sont disponibles à l'adresse suivante. Les données ASLC proviennent de Copernicus. Les informations relatives aux segments côtiers du modèle DIVA (localisation, population, longueur) et les estimations VLM de NI21b sont disponibles dans les fichiers sources fournis dans cet article. Les figures sont réalisées à partir des données de Natural Earth (données cartographiques vectorielles et données rasters disponibles gratuitement) sur naturalearthdata.com. Différentes données sur l'affaissement des deltas et des villes, ainsi que les estimations VLM globales de cette étude, sont disponibles à cette adresse.

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L'histoire par les cartes : l'histoire sociale de Londres au XVIIIe siècle à travers la répartition des crimes


Source : Tim Hitchcock, Robert Shoemaker, « The geography of Old Bailey crime prosecutions, 1720–1820 : the impact of institutional change and proactive policing » [La géographie des poursuites criminelles à Old Bailey, 1720-1820 : l'impact du changement institutionnel et du maintien de l'ordre proactif], Social History, 2026, vol. 51, n°2, 141–164, https://doi.org/10.1080/03071022.2026.2629165

Résumé

Cet article examine l'évolution de la répartition géographique des crimes poursuivis à la cour criminelle Old Bailey entre 1720 et 1820, à l'aide des outils cartographiques du site web Locating London’s Past. En évaluant l'impact de la réforme de la garde de nuit, de la création de nouveaux "bureaux de rotation" et du développement de formes de police proactive, il démontre que l'évolution des poursuites reflète davantage les transformations des pratiques policières et de l'accès à la justice que la fréquence des crimes. Les données présentées suggèrent, premièrement, que les améliorations apportées à la garde de nuit ont eu peu d'incidence sur les poursuites ; deuxièmement, que les bureaux de rotation ont eu un impact limité mais mesurable ; et troisièmement, que le développement de la police d'enquête a transformé le niveau et la répartition géographique des poursuites durant la seconde moitié de la période étudiée. Une répartition fortement concentrée dans le West End au début du XVIIIe siècle a laissé place à une répartition plus homogène (à l'exception de la City), correspondant étroitement à l'évolution des pratiques policières. 

Cet article permet d'approfondir notre compréhension de l'importance des nouvelles formes de justice et de maintien de l'ordre professionnels, et souligne leur rôle dans la perturbation des relations sociales à Londres en soustrayant les accusations criminelles à la communauté. Les chercheurs ont également cherché à démontrer les possibilités offertes par ce type de ressource cartographique pour étudier l'histoire sociale, économique, politique et culturelle de la première ville d'Europe à avoir atteint le million d'habitants. De la répartition des richesses et de la pauvreté aux comportements électoraux aux élections de Westminster, en passant par les vestiges archéologiques et la musique de rue, le site Locating London's Past ouvre la voie à une gamme quasi illimitée de sujets d'histoire sociale, couvrant un large éventail de thèmes.

La carte de Londres de John Rocque (1746)

L'article et le site web s'appuient sur la remarquable carte de Londres de John Rocque de 1746 – une vue d'ensemble de Londres, comprenant non seulement ses rues et ses ruelles, mais aussi de nombreux bâtiments individuels, ainsi que des représentations de navires et de personnages. Numérisée selon les normes les plus exigeantes, géoréférencée pour être compatible avec des SIG, puis indexée avec les contours des 173 paroisses, 98 quartiers et 5 898 rues et bâtiments de la ville, la carte devient un environnement interactif permettant d'explorer les données de localisation issues de dix-huit ensembles de données et de générer des statistiques par habitant à partir d'estimations détaillées de la population des paroisses pour les années 1690, 1740 et le début du XIXe siècle. Parmi ces ensembles de données figurent les comptes rendus d'Old Bailey, contenant des dizaines de milliers de procès pour crimes graves devant la cour criminelle centrale de Londres, annotés pour identifier les lieux géographiques, les types de crimes et d'autres aspects clés des procès.

Analyse des lieux de crimes à Londres au XVIIIe siècle

La carte montre qu'entre 1720 et 1750, les poursuites étaient concentrées dans le West End, et dans une moindre mesure dans l'East End, tandis que la City et le nord de la City étaient caractérisés par de faibles taux de poursuites (les zones situées au sud de la Tamise ne sont pas incluses car elles relevaient de la juridiction d'Old Bailey). Bien entendu, les taux de poursuites entretiennent une relation complexe – voire inexistante – avec le niveau de criminalité sous-jacent. Pour analyser les facteurs à l'origine de ces poursuites, les chercheurs ont commencé par étudier la répartition des meurtres. Mais lorsqu'ils ont examiné les vols (beaucoup plus fréquents), un tableau différent s'est dessiné. Ni la richesse ni la pauvreté n'influençaient systématiquement les taux de poursuites. C'est davantage le maintien de l'ordre et l'accès régulier à un magistrat facilitant les poursuites qui étaient à l'origine de la répartition des crimes poursuivis.

Toutes les poursuites d'Old Bailey, 1793-1819 (en bleu), avec les « bureaux de police » de 1792 et 1798 Bow Street (en rouge). Source : Hitchcock & Shoemaker, 2026.


« En définitive, l'exploration des ensembles de données à l'aide de Locating London's Past peut soulever plus de questions qu'elle n'apporte de réponses, mais nous pensons que la cartographie de ces données historiques permet de mieux comprendre la vie londonienne au XVIIIe siècle."

Tim Hitchcock est professeur émérite d'histoire numérique à l'université du Sussex. Bob Shoemaker est professeur émérite d'histoire britannique à l'université de Sheffield. Ils codirigent les projets numériques Old Bailey Proceedings Online, Locating London's Past, London Lives, et d'autres projets connexes.

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Plus de la moitié des écosystèmes de mangroves risquent de s'effondrer d'ici 2050


Source : « Plus de la moitié des écosystèmes de mangroves risquent de s'effondrer d'ici 2050 » (UICN).

Plus de la moitié des écosystèmes de mangroves du monde sont menacés d’effondrement, selon la première évaluation mondiale des mangroves pour la Liste rouge des écosystèmes de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). C’est la première fois qu’un groupe d’écosystèmes est évalué à l’échelle planétaire à l’aide de la Liste rouge des écosystèmes de l’UICN – une norme mondiale pour mesurer la santé des écosystèmes. 

Publiées à l’occasion de la Journée internationale de la biodiversité, les conclusions montrent que 50 % des écosystèmes de mangroves évalués sont menacés d’effondrement (classés comme vulnérables, en danger ou en danger critique d’extinction). Selon l’évaluation, près de 20 % (19,6 %) des mangroves évaluées sont à haut risque, classées comme étant en danger ou en danger critique d’extinction, ce qui reflète le risque grave d’effondrement de ces zones.

Les degrés de risque d'effondrement fixés par l'UICN (source : UICN)


(CO) :  les écosystèmes se sont effondrés sur l'ensemble de la zone de distribution évaluée.
(CR), (EN),  (VU) :   des écosystèmes menacés d'effondrement
(NE) :  écosystèmes proches du seuil de menace ou menacés sans mesures de conservation continues à l'avenir
(LC) : écosystèmes considérés comme présentant un faible risque d'effondrement
(DD) : écosystèmes pour lesquels il existe trop peu de données 
(NE) : écosystèmes qui n'ont pas encore été évalués

Les mangroves rendent de nombreux services à la nature et aux populations. Elles sont menacées par la déforestation, l'aménagement du territoire, la pollution et la construction de barrages, mais les risques qui pèsent sur ces écosystèmes s'accroissent en raison de la montée du niveau de la mer et de la fréquence accrue des tempêtes violentes liées aux changements climatiques. Ces derniers menacent un tiers (33 %) des écosystèmes de mangroves évalués. 

Ecosystèmes de mangrove inscrits sur la liste rouge de l'UICN (source : UICN, 2024)

Lien pour télécharger les données spatiales de la liste rouge de l'UICN (après inscription sur le site).

« La Liste rouge des écosystèmes de l’UICN est essentielle pour suivre les progrès accomplis vers l’objectif d’enrayer et d’inverser le déclin de la biodiversité, conformément au Cadre mondial de Kunming-Montréal pour la biodiversité. La première évaluation mondiale des écosystèmes de mangroves fournit des orientations cruciales qui soulignent l’urgence d’une conservation coordonnée des mangroves – habitats essentiels pour des millions de personnes dans des communautés vulnérables à travers le monde. Les conclusions de cette évaluation nous aideront à œuvrer ensemble pour restaurer les forêts de mangroves disparues et protéger celles qui subsistent », a déclaré la Dre Grethel Aguilar, Directrice générale de l’UICN.

Cette étude a classé les écosystèmes de mangroves du monde selon 36 régions distinctes, appelées provinces (zones délimitées où les mangroves sont présentes, indiquées sur la carte ci-dessus), et a évalué les menaces et les risques d'effondrement dans chaque région. Ce travail a été mené par l'UICN, avec la participation active de plus de 250 experts issus de 44 pays et provenant de diverses institutions de recherche, notamment la Commission de la gestion des écosystèmes de l'UICN, la Commission de la sauvegarde des espèces de l'UICN et l'Alliance mondiale pour les mangroves.

« Les écosystèmes de mangroves sont exceptionnels par leur capacité à fournir des services essentiels aux populations, notamment la réduction des risques de catastrophes côtières, le stockage et la séquestration du carbone, et le soutien à la pêche. Leur disparition aurait des conséquences désastreuses pour la nature et les populations du monde entier. C’est pourquoi cette évaluation est si importante. La Liste rouge des écosystèmes propose des pistes claires pour enrayer le déclin des mangroves et protéger ces écosystèmes fragiles pour l’avenir, contribuant ainsi à préserver la biodiversité, à lutter contre les effets du changement climatique et à soutenir la mise en œuvre du Cadre mondial pour la biodiversité », a déclaré Angela Andrade, présidente de la Commission de la gestion des écosystèmes de l’UICN.

Selon cette évaluation, en l’absence de changements significatifs d’ici à 2050, le changement climatique et l’élévation du niveau de la mer entraîneront la perte de : 

  • 1,8 milliard de tonnes de carbone stockées (17 % du carbone total actuellement stocké dans les mangroves), actuellement évaluées à un minimum de 13 milliards de dollars aux prix du marché sur les marchés volontaires du carbone et représentant un coût pour la société égal à 336 milliards de dollars sur la base du coût social du carbone. 
  • protection de 2,1 millions de vies exposées aux inondations côtières (14,5 % des vies actuellement exposées) et protection de biens d'une valeur de 36 milliards de dollars (35,7 % de la valeur actuelle des biens protégés). 
  • 17 millions de jours d'effort de pêche par an (14 % de l'effort de pêche actuel est soutenu par les mangroves). 

L'évaluation conclut que le maintien des écosystèmes de mangroves à travers le monde sera essentiel pour atténuer les impacts du changement climatique, les mangroves saines étant capables de mieux faire face à la montée du niveau de la mer et d'offrir une protection intérieure contre les impacts des ouragans, des typhons et des cyclones. 

Indicateur clé du Cadre mondial de Kunming-Montréal pour la biodiversité, la Liste rouge des écosystèmes est un outil précieux pour lutter contre l'érosion de la biodiversité mondiale. Les résultats de cette étude, qui identifient les principaux facteurs contribuant à la dégradation des mangroves, peuvent orienter les futures évaluations nationales et les actions visant à protéger et à restaurer ces écosystèmes fragiles. Cette évaluation jouera également un rôle essentiel dans la concrétisation d'engagements internationaux tels que l'Initiative pour la préservation des mangroves, qui vise à garantir l'avenir de 150 000 km² de mangroves.

L'évaluation conclut que le maintien de l'intégrité des écosystèmes aidera les mangroves à résister aux impacts du changement climatique. La préservation des forêts de mangroves existantes et la restauration des zones disparues, par exemple, renforceront leur résilience. Le maintien des flux de sédiments et la création d'espaces permettant l'expansion des mangroves vers l'intérieur des terres les aideront à faire face à la montée du niveau de la mer. Les parties prenantes peuvent consulter les informations contenues dans l'évaluation de la Liste rouge des écosystèmes pour identifier les menaces les plus urgentes dans leur région et choisir les meilleures options de restauration.

Établie en 2014, la Liste rouge des écosystèmes (LRE) est une norme mondiale d'évaluation de l'état de conservation des environnements, applicable aux niveaux local, national, régional et mondial. Elle sert d'outil pour évaluer et suivre l'état de santé des écosystèmes mondiaux, les menaces qui pèsent sur eux et les moyens de réduire les risques d'érosion et de perte de biodiversité.  Elle complète d'autres outils sur la biodiversité proposés par l'UICN, tels que la Liste rouge des espèces menacées, la Base de données mondiale sur les aires protégées et la Base de données mondiale sur les zones clés pour la biodiversité.  

Liens ajoutés le 2 mai 2026

« Les mangroves de Mayotte inscrites sur la Liste rouge des écosystèmes en France » (UICN). 

Le lagon de Mayotte fournit un contexte favorable aux mangroves. Les menaces pesant sur les mangroves mahoraises sont de différente nature. Les plus importantes destructions et dégradations des mangroves mahoraises sont liées aux travaux d’aménagements entrepris sur l’île. En effet, la construction de routes, comme l’expansion urbaine, se sont principalement effectuées sur les zones les plus planes du territoire correspondant bien souvent aux secteurs littoraux propices au développement de la mangrove. L’activité agricole mahoraise participe également à l’intensification de l’érosion. Le flux de sédiments d’origine terrestre et arrivant au lagon se trouve largement intensifié. Les rejets d’eaux usées affectent aussi l'équilibre des mangroves. L’augmentation très rapide de la population mahoraise et les effets émergents des changements climatiques constituent des facteurs aggravants.

« "Parfois, on a de l’eau jusqu’aux genoux" : à Mayotte, des demandeurs d’asile survivent dans la mangrove » (Reporterre).

À Mayotte, faute d’hébergements, des centaines de demandeurs d’asile ont installé leurs abris dans la mangrove. Ils n’ont d’autre choix que de subir le rythme des marées, et des conditions sanitaires très dégradées. Dans le 101e département français, le nombre d’exilés ayant fui la région des Grands Lacs augmente d’année en année. En 2021, les ressortissants de la RDC, du Burundi et du Rwanda étaient à l’origine de 10 % des demandes d’asile à Mayotte. Depuis 2024, cette part dépasse 50 % selon l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). « On leur explique le rôle protecteur de la mangrove, qui nous sert de bouclier face aux cyclones », explique Alain Tshipanga, président de l’association et lui-même réfugié de la RDC, qui profite de ces moments pour donner quelques conseils administratifs aux demandeurs d’asile. Bottes aux pieds et sacs poubelles à la main, lui et près de 200 habitants du camp profitent de la marée basse pour débarrasser la mangrove des tas de détritus accumulés au fil des semaines.

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Les facteurs qui déterminent les décès liés aux glissements de terrain en montagne


Source : Fidan, S. et al. (2026). « Wealth and land-cover change govern landslide fatalities on world’s mountains »  [Le niveau de richesse et les changements de couverture terrestre déterminent les décès dus aux glissements de terrain dans les montagnes au niveau mondial]. Science Advances, volume 12, issue 15, https://doi.org/10.1126/sciadv.aec2739 (article en accès libre).

Contrairement à une idée répandue, la plupart des glissements de terrain mortels surviennent dans des environnements transformés par l'homme. Même sur des terrains escarpés, les perturbations anthropiques peuvent profondément influencer les glissements de terrain. Les connaissances sur l'interaction entre les glissements de terrain et les activités humaines se limitent généralement à des modèles locaux ou à des évaluations heuristiques régionales fondées sur des données empiriques. Dans cette étude, les chercheurs ont utilisé les changements d'occupation et d'utilisation des sols comme indicateur pour déterminer le rôle de la pression humaine comme facteur favorisant les glissements de terrain mortels et ainsi dresser un panorama global. Ils ont pris en compte le niveau de revenu, la population, l'exposition et un ensemble de données portant sur environ 60 ans de changements d'occupation et d'utilisation des sols dans les zones montagneuses afin de comparer les glissements de terrain et les décès dans 46 pays. Leurs analyses statistiques montrent que les changements d'occupation et d'utilisation des sols ont une influence nettement plus importante sur la densité des glissements de terrain mortels et le nombre de décès liés à ces glissements que les facteurs physiques tels que la topographie ou les précipitations, en particulier dans les pays à faible revenu. Ils observent un impact marginal sur les glissements de terrain lorsque les changements d'occupation et d'utilisation des sols sont faibles, quel que soit le niveau de revenu. Les résultats soulignent que la planification efficace de l’utilisation et de la couverture des sols est essentielle pour réduire le nombre de décès dus aux glissements de terrain, en particulier dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire inférieur.

Répartition mondiale des glissements de terrain mortels dans les zones montagneuses K1.

Le panneau (A) illustre la répartition des glissements de terrain mortels dans les zones montagneuses K1 des différents pays. La couche K1 définit les terrains montagneux en fonction de l'altitude, de la pente et du relief topographique, avec une résolution de 1 km. Les panneaux (B) à (D) présentent des vues rapprochées des glissements de terrain mortels survenus respectivement en Amérique centrale et dans le nord des Andes, en Afrique de l'Est et en Asie du Sud-Est. Les pays ayant enregistré au moins six glissements de terrain mortels sont mis en évidence en gris. La taille des points représentant chaque glissement de terrain est proportionnelle au nombre de victimes.

La base de données mondiale sur les glissements de terrain mortels (GFLD) est disponible gratuitement sur le blog consacré aux glissements de terrain. La couche sur les chaînes de montagnes K1 est accessible à cette adresse. La couche mondiale sur les établissements humains (GHSL) est accessible par ici. Le jeu de données HILDA+ (HIstoric Land Dynamics Assessment+) est disponible à cette adresse. Les codes d'analyse utilisés sont librement accessibles. Toutes les données et tous les codes nécessaires à l'évaluation et à la reproduction des résultats présentés dans l'article sont disponibles dans l'article et/ou dans les documents complémentaires. 

Autre article abordant le même sujet à partir de l'exemple de la Chine : 

Yuli Wang, Yibo Ling,Ting On Chan, Alex Hay-Man Ng, Joseph Awange, Christian Larouche, Danesh Shokri, Yeran Sun & Jing Xie (2026). Landslide susceptibility under two decades of land use change (2000–2020) [Susceptibilité aux glissements de terrain suite à deux décennies de changements d'utilisation des terres (2000-2020)]. https://doi.org/10.1080/17445647.2026.2633880

Afin de pallier la prise en compte insuffisante des facteurs dynamiques dans la cartographie de la susceptibilité aux glissements de terrain (CSGT), cette étude examine la contribution des changements d'occupation et d'utilisation des sols (COUS) à la distribution spatiale des glissements de terrain dans la province du Sichuan, en Chine, une région fortement exposée aux risques géologiques. Un modèle XGBoost a été utilisé pour intégrer des données spatiales multi-sources au sein d'une grille unifiée de 30 m afin de produire une carte de susceptibilité à l'échelle de la province. Une analyse d'attribution basée sur SHAP a été employée pour évaluer quantitativement l'importance relative des facteurs prédisposants. Les résultats indiquent que les COUS dynamiques exercent une influence explicative plus importante sur la susceptibilité aux glissements de terrain que plusieurs facteurs géologiques et environnementaux statiques. Une susceptibilité élevée est concentrée dans les zones de basse altitude (< 1 500 m) où les précipitations annuelles dépassent 1 100 mm, et où l'expansion des terres cultivées et l'urbanisation intensifient l'instabilité des pentes. Ces résultats soulignent l'importance d'intégrer des informations dynamiques sur l'occupation des sols dans l'évaluation des risques de glissements de terrain et soutiennent des stratégies de planification spatiale et de prévention des catastrophes plus ciblées.

Pour compléter

Les glissements de terrain se réfèrent à une gamme de dangers qui impliquent un mouvement du sol, des coulées de boue ou des éboulements. Ils se produisent souvent en même temps que d'autres dangers, tels que les inondations, et sont plus fréquents dans les zones montagneuses. Les glissements de terrain peuvent avoir diverses répercussions sur la santé, y compris des décès, des blessures et un stress mental grave en cas de destruction et de décès. La gravité de l’impact dépend au moins en partie de la vitesse du glissement de terrain, ce qui prend les gens par surprise et laisse peu de temps pour l’alerte et l’activation des procédures d’urgence. Au cours de la période 1995-2014, 27 pays de la région européenne ont enregistré 1 370 décès et 784 blessés dans 476 glissements de terrain mortels. Lorsque la cause du glissement de terrain a été identifiée, elle était le plus souvent due à des événements météorologiques extrêmes, tels que de fortes pluies et des inondations. Dans certains autres cas, des glissements de terrain ont été déclenchés par des activités minières, industrielles ou des tremblements de terre. En général, les personnes vivant dans des zones montagneuses, telles que les Alpes ou dans des zones montagneuses en Turquie, sont les plus touchées par les glissements de terrain, mais d’autres facteurs, tels que la propriété du sol, la couverture terrestre et le débit d’eau, influencent également la probabilité de glissements de terrain (source : Climate Adapt).

Depuis 2009, la susceptibilité des versants aux mouvements de terrain a été cartographiée à l’échelle du territoire métropolitain à l’initiative d’un groupe d’experts européens, piloté par la Commission européenne. La méthode combine trois facteurs : la pente et la topographie, la lithologie et l’occupation du sol. Plus de 40 % du territoire national présenterait une susceptibilité forte et 30 % une susceptibilité modérée. Ces valeurs sont élevées car elles ne représentent que la probabilité d’occurrence spatiale sans intégrer la probabilité d’occurrence temporelle ou l’intensité des phénomènes. Les cartes d’aléa identifient les terrains susceptibles aux mouvements de terrain, tandis que l’estimation du risque doit intégrer une évaluation économique des dommages directs (destructions) et indirects sur les activités. De plus, si les enjeux justifient des actions préventives à l’égard des voies de communication ou des zones urbanisées par exemple, l’analyse de leur vulnérabilité peut constituer des références utiles pour une prise de décisions adaptées (source : Gis Sol).

Une carte de sensibilité aux glissements de terrain a pu être élaborée en 2018 au niveau européen en combinant la topographie, la nature des roches et l'occupation du sol : Wilde, M. et al., Pan-European landslide susceptibility mapping: ELSUS Version 2, Journal of Maps, vol 14, 2018. La carte ELSUS V2 illustre la zonation de la susceptibilité aux glissements de terrain pour chaque zone climatique et physiographique d'Europe (données SIG à télécharger par ici). Elle couvre une superficie plus étendue que l'ELSUS 1000 et offre une résolution spatiale plus fine (200 × 200 m). Cette carte actualisée a été élaborée selon la même méthode semi-quantitative que l'ELSUS 1000, combinant les ratios de fréquence des glissements de terrain avec un modèle d'évaluation multicritères spatial basé sur trois prédicteurs thématiques : la pente, la lithologie du sous-sol superficiel et l'occupation du sol. 

Sensibilité aux glissements de terrain en France (source : Ministère de la transition écologique)

En France métropolitaine, environ 20 % du territoire a une sensibilité élevée ou très élevée aux glissements de terrain. La sensibilité est estimée faible ou très faible pour deux tiers du territoire et moyenne pour environ 14 %. Les zones de montagne (Alpes, Corse, Massif central, Pyrénées, Vosges) sont particulièrement sensibles. En Corse, Provence-Alpes-Côte d'Azur et Auvergne-Rhône-Alpes, la sensibilité élevée aux glissements de terrain concerne plus de 45 % du territoire (source : Chiffres clés des risques naturels).

La base de données Mouvements de terrain (BD-Mvt) recense les mouvements de terrain répertoriés en France métropolitaine et dans les départements des Antilles, de la Guyane et de La Réunion. Cette base nationale, qui regroupe environ 6000 références, est gérée depuis 1994 par le BRGM, avec le soutien du Ministère en charge de l'écologie, du Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la recherche. Les données sont téléchargeables au format csv par département.

Glissements de terrain et écoulements majeurs historiques en France (liste non exhaustive)
(source : Gis Sol. L’état des sols de France, 2011)

Année

Localisation

Phénomène

Victimes

1962

St-Jean-de-Maurienne (Savoie)

Lave torrentielle

75 victimes

 

1970

Plateau d’Assy (Haute-Savoie)

Coulée de boue

70 morts, destruction d’un sanatorium

1980

Grand-Ilet, Cirque de Salazie (Réunion)

Glissement

10 morts

1981

La Ravoire (Savoie)

Lave torrentielle

Dégâts estimés à
2 millions d’euros

1987

Le Grand-Bornand (Savoie)

Coulée de boue

29 victimes

 

1987

St-Antoine,Modane (Savoie)

Coulée de boue

Dégâts estimés à
3 millions d’euros

1994

La Salle-en-Beaumont (Isère)

Glissement

4 morts, plusieurs bâtiments détruits

2000

Cabassou, Remire-Montjoly (Guyane)

Glissement

10 morts

2000

Petit Bourg (Guadeloupe)

Glissement

20 bâtiments endommagés ou détruits

2001

Féterne (Haute-Savoie)

Glissement

50 bâtiments endommagés ou détruits

2003

Faucon (Alpes-de-Haute-Provence)

Lave torrentielle

Dégâts estimés à
3 millions d’euros

2004

Le Villard (Alpes-de-Haute-Provence)

Glissement

20 bâtiments endommagés ou détruits

Aux Antilles et à La Réunion, les terrains argileux sur fortes pentes et les pluies tropicales abondantes favorisent l'évolution des glissements de terrain en coulées de boue ou en laves torrentielles. Lors du cyclone Hyacinthe à La Réunion en 1980, pas moins de 3 mètres de précipitations sont tombées dans le cirque de Salazie. Un glissement de terrain de grande ampleur a eu lieu à Grand Ilet faisant 10 victimes. Du fait de sa taille exceptionnelle (plus de 350 Mm3) et du nombre d'habitants exposés (plus de 1000), le glissement de terrain de Salazie est l'un des plus grands glissements de terrain habités dans le monde. À la Réunion, le BRGM surveille ce glissement depuis 20 ans. En l’espace de 10 ans (2003-2013), le BRGM a pu mesurer sur certaines maisons des déplacements de l’ordre de 10 mètres (voir cette vidéo). 

À La Réunion, le croisement entre l’aléa et les enjeux indique que près de 100 000 personnes sont exposées à des mouvements de terrain. Ces études d’aléa, sous la maîtrise d’ouvrage de l’État, peuvent notamment conduire à la prescription de Plans de Prévention du Risque Mouvement de Terrain (PPR-MT) dans les secteurs les plus sensibles.

Carte de l’aléa mouvement de terrain à La Réunion (source : DDRM - Préfet de la Réunion).
Données SIG à télécharger sur Peigeo


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Intensification de la déforestation en Indonésie


Source
: « État de la déforestation en Indonésie en 2025 » (Auriga Nusantara).

Selon les chiffres publiés par l'ONG Auriga Nusantara dans le cadre du rapport Indonesia Deforestation Status 2025 (STADI 2025), la déforestation en Indonésie a atteint un total de 433 751 hectares en 2025, soit une augmentation de 66 % par rapport aux 261 575 hectares enregistrés en 2024. Depuis 2023, Auriga Nusantara publie des données annuelles sur la déforestation en Indonésie. Son objectif est de démocratiser l'accès à ces données et de prévenir les monopoles qui pourraient masquer les réalités du terrain et éloigner les politiques et pratiques publiques de la nécessité concrète d'enrayer la déforestation en Indonésie. Toutes les grandes îles d’Indonésie voient leur couvert forestier reculer, avec des pertes particulièrement marquées à Kalimantan, Sumatra et en Papouasie. Depuis 2013, Kalimantan, la partie indonésienne de Bornéo, reste le principal moteur de la déforestation.

Déforestation sur les principales îles d'Indonésie (en hectares) entre 2021-2025 (source : Auriga Nusantara)


La déforestation en Indonésie est en augmentation depuis plusieurs décennies. La déforestation est due pour une grande part à l'exploitation de palmiers à huile destinée pour l'essentiel à l'exportation d'huile de palme en vue de la fabrication d'agrocarburants, mais aussi à la multiplication des mines à ciel ouvert de charbon, dont l'Indonésie est l'un des premiers producteurs mondiaux, et à l'exploitation de bois tropicaux en vue de l'exportation. Entre 2000 et 2012, l’archipel a perdu plus de 6 millions d’hectares de forêts vierges, avec un record dans les années 2010 à 2015 et une baisse tendancielle depuis lors, en raison de la mise en place d'un moratoire forestier en  2011 et d'un moratoire sur l'huile de palme en 2018. L'arrivée au pouvoir du président Prabowo Subianto en 2024 semble marquer une nouvelle accélération de la déforestation à travers l’archipel. De quoi raviver les critiques sur la responsabilité de l’État dans la gestion des zones protégées.

Évolution de la déforestation en Indonésie entre 2001 et 2024  (source : Auriga Nusantara)


Dans un souci de transparence, ces cartes et analyses de la déforestation sont mises à disposition du public via la plateforme Simontini (Système indonésien d'information sur l'occupation et les usages des sols). Les données et cartes de déforestation pour 2025 ont été élaborées grâce à une combinaison de modélisation spatiale (à partir d'images satellites Sentinel-2 d'une résolution de 10 mètres), d'inspections visuelles et de vérifications sur le terrain. Les zones déboisées ont été détectées à partir des alertes mensuelles de déforestation générées par l'Université du Maryland, lesquelles ont été traitées afin de couvrir des superficies beaucoup plus vastes et ainsi minimiser le risque d'omission de zones déboisées. Pour ce faire, Auriga Nusantara a utilisé comme références les cartes de couverture forestière naturelle produites par MapBiomas Indonesia, le ministère des Forêts, le Centre commun de recherche de la Commission européenne et la base de données Forest Persistence de Google. L'organisation a mené des visites de terrain couvrant 49 321 hectares de sites déboisés dans 38 villages répartis dans 28 districts et 16 provinces de Sumatra, Kalimantan, Sulawesi, Nusa Tenggara, l'archipel des Moluques et la Papouasie.

Cartes et données sur la couverture et l'utilisation des sols en Indonésie pour la période de 1990-2024
(source : MapBiomas Indonesia)


Pour remédier aux problèmes de déforestation, Auriga Nusantara avance les recommandations suivantes :
  1. promulguer des réglementations garantissant la protection de toutes les forêts naturelles restantes en Indonésie ;
  2. se procurer et appliquer des instruments de contrôle des révisions de la planification spatiale ;
  3. accélérer l’expansion des aires de conservation, en particulier en dehors des domaines forestiers ;
  4. redistribuer les responsabilités institutionnelles et le personnel de gestion forestière afin que l’ensemble du couvert forestier soit supervisé et protégé ;
  5. veiller à ce que les entreprises gérant des zones forestières s’engagent à respecter les principes environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ;
  6. offrir des incitations aux gouvernements régionaux, aux communautés et aux entreprises qui protègent les forêts naturelles.
Une analyse complète est disponible sous forme de diaporama. Les données SIG de la déforestation en Indonésie en 2025 sont accessibles en téléchargement ou en consultation sur la plateforme Simontini.

Déforestation en Indonésie - comparaison 2023, 2024 et 2025 (source : Simontini)


L'Atlas de Nutansara s'adresse à tous ceux qui s'intéressent au suivi de la déforestation, des incendies, de la dégradation des tourbières et de la régénération forestière en Asie équatoriale. Cette plateforme suit les actions des producteurs d'huile de palme, de pâte à papier, d'exploitation minière et de bois, principaux responsables de la déforestation, afin de garantir que ce qui se passe sur le terrain soit juste, transparent et démocratique. Il rassemble en un seul espace des images satellites (Planet/NICFI, Sentinel-2, Landsat, NOAA-20, S-NPP, Aqua et Terra), des alertes de déforestation quasi en temps réel (RADD ; GLAD), des zones à risque d'incendie (VIIRS et MODIS) et des informations cadastrales. Ce site propose également des reportages et des articles sur la déforestation et les incendies destinés à la société civile et aux journalistes qui analysent les entreprises impliquées, soumettent leurs conclusions aux autorités compétentes et informent le public. Il géoréférence les articles de presse sur la conservation en les associant à des lieux précis afin d'enrichir le contexte.


L'atlas recense quotidiennement les zones à risque d'incendie, l'expansion du réseau routier et ses impacts sur les forêts. Il suit la déforestation à proximité des usines d'huile de palme afin d'améliorer la traçabilité des produits dérivés, dans les aires protégées pour évaluer les résultats des efforts de conservation, et dans les différentes juridictions pour mesurer l'efficacité des politiques gouvernementales de lutte contre la déforestation. 

Pour compléter

On se souvient du film "Green" montrant une femelle orang-outan victime de la déforestation en Indonésie. A  travers les yeux de ce grand singe, Patrick Rouxel a filmé en 2009 un documentaire poignant sur l'impact dévastateur de la déforestation. Ce film de 48 minutes sur l'extinction des orangs-outans est disponible sur ImagoTV.

« Le géant de l'huile de palme Korindo accusé à nouveau d'avoir brûlé illégalement la forêt tropicale de Papouasie » (Mongabay). Une enquête indépendante basée sur des images satellitaires a conclu que le géant de l’huile de palme Korindo a délibérément mis le feu en 2020 pour dégager la forêt tropicale dans sa concession de la province indonésienne de Papouasie.

Jean-Benoît Bouron, « Étudier les relations environnement-sociétés à partir du cas de l'huile de palme à Bornéo », Géoconfluences, décembre 2018. L'étude des liens entre production d'huile de palme et déforestation à Bornéo invite à démêler l'imbrication des acteurs à différentes échelles autour de questions environnementales, sociales, économiques, ou encore de santé publique.

Forêts tropicales défrichées pour des concessions forestières : carte-infographie de l’AFP retraçant le transport du bois à pâte provenant de concessions forestières indonésiennes vers une usine d’emballage chinoise (source : @AFP et Atlas de Nutansara).


« Dans la forêt tropicale indonésienne, un projet de méga-ferme est en cours de développement » (Yale Environment 360). 

Le gouvernement indonésien accélère un vaste projet agricole qui transforme 7 millions d'acres de forêt tropicale en rizières et plantations de canne à sucre. Ses détracteurs affirment qu'il s'agit du plus grand projet de déforestation au monde et qu'il bouleversera la vie de milliers d'autochtones. Situé dans la régence de Merauke, en Papouasie du Sud, sur l'île de Nouvelle-Guinée, ce projet, connu sous le nom de Pôle agroalimentaire, est un objectif de longue date du gouvernement indonésien. En 2023, il a été relancé par Joko Widodo, prédécesseur de Prabowo, en tant que projet stratégique national, ce qui a permis d'accélérer les procédures administratives. Sous l'égide de Prabowo, le projet s'étend désormais sur plus de 7 millions d'acres et son développement s'accélère considérablement. Il prévoit également la création d'une autre exploitation, plus modeste, sur l'île de Bornéo. L'objectif est de produire suffisamment de riz pour mettre fin à la dépendance du pays aux importations et de fournir des millions de tonnes de canne à sucre pour la production d'éthanol, un biocarburant qui contribuera à la réalisation de l'engagement parallèle de Prabowo en faveur de l'autosuffisance énergétique nationale. Cependant, les dommages collatéraux seront importants, préviennent les défenseurs de l'environnement et des droits humains. 

Liens ajoutés le 22 mai 2026

« Pourquoi la profusion de cartes ne nous aide pas forcément à être mieux informés » (The Conversation).

Carl Bethuel (docteur en géographie, Rennes 2) souligne un des paradoxes de notre époque. Satellites, avions, drones et intelligences artificielles nous permettent de cartographier le monde avec une précision inédite. Pourtant, de nombreuses cartes d’un même endroit montrent des réalités différentes. Comment l’expliquer, et comment faire pour ne pas tomber dans du « map-washing » où chacun prendrait la carte qui l’arrange ? L'exemple qui est donné est celui des palmiers à huile : trop de cartes, pas assez de clarté. De nombreux produits cartographiques ont ainsi été développés afin de localiser les plantations et d’en suivre l’évolution, en mobilisant des données et des méthodes variées. Cette diversité offre une pluralité de regards sur un même objet d’étude, constituant une richesse scientifique. Cependant, elle s’accompagne de résultats parfois difficilement comparables. Ainsi quatre cartes de plantations de palmiers à huile sur l’île de Sumatra ont donné quatre mesures différentes de l’étendue de ces plantations, avec une différence de parfois presque 2 millions d’hectares, soit plus que la superficie de la Bretagne. Par exemple, la précision des images utilisées ou la période d’observation peuvent varier, influençant les surfaces estimées. Des divergences dans la définition de ce que l’on cartographie peuvent également générer des résultats différents. Dans le cas des plantations de palmier à huile, une question apparemment simple se révèle en réalité complexe : qu’inclut-on exactement ? Selon les approches, il peut s’agir uniquement de plantations industrielles ou bien comprendre également de petites exploitations paysannes. À cela s’ajoute la question de la temporalité : une plantation mature, immature ou une parcelle en transition ne seront pas toujours représentées de la même manière. Pour les utilisateurs finaux (décideurs publics, ONG ou acteurs privés) cette diversité de méthodes et de définitions peut alors devenir difficile à interpréter.

R. Padfield, S. Math, A. Tyson, C. Wong, P. Gemma, A. Dales, « Transparency or Map-Washing ? Digital Geospatial Visualisation Tools in the Palm Oil Industry » [Transparence ou manipulation de la carte ? Les outils de visualisation géospatiale numérique dans l’industrie de l’huile de palme], https://doi.org/10.1002/bse.4280

C. Bethuel, D. Arvor, T. Corpetti et al., « Applying the Dempster–Shafer Fusion Theory to Combine Independent Land-Use Maps: A Case Study on the Mapping of Oil Palm Plantations in Sumatra, Indonesia » [Application de la théorie de fusion de Dempster-Shafer à la combinaison de cartes d'occupation des sols indépendantes : une étude de cas sur la cartographie des plantations de palmiers à huile à Sumatra, en Indonésie], Teledetection 2025, 17 (2), 234, https://doi.org/10.3390/rs17020234.


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