La carte dite de « Christophe Colomb » (1491) réexaminée à l'aide de l'imagerie multispectrale

https://www.academia.edu/108778146/URBANO_MONTES_WORLD_MAPS_SOURCES_AND_DEVELOPMENT?email_work_card=title

Cette carte marine du XVe siècle, anonyme et non précisément datée, a été attribuée en 1924 à Christophe Colomb par Charles de La Roncière, attribution toujours débattue aujourd’hui. Dessinée sur parchemin à l'encre rouge et noire, elle se divise en deux parties, séparées par un trait rehaussé d’or, représentant deux espaces distincts. A droite, figure une carte marine de la Méditerranée, qui inclut les découvertes portugaises en Afrique jusqu’au golfe de Guinée comme des terres hypothétiques dans l’océan Atlantique Nord. Sur la gauche est représentée une petite mappemonde, qui synthétise les connaissances géographiques européennes à la veille de la découverte de l’Amérique ; elle est inscrite dans neuf cercles célestes, selon la conception géocentrique de l’univers qui prévalait encore à l’époque.

La carte dite de « Christophe Colomb » (source : © Bibliothèque Nationale de France)


La carte est conservée au département des Cartes et plans de la BNF sous la cote Rés. Ge AA 562. On peut la retrouver sur Gallica. Elle fait l'objet d'une présentation vidéo de la BNF accessible sur Youtube dans le cadre de sa série « Au coeur des cartes ».

La carte dite de « Christophe Colomb » (1488-1492) | Au cœur des cartes (source : BNF)


« Cette carte utilisée par Christophe Colomb révèle ses secrets 500 ans plus tard  » (The National Geographic).

Des inscriptions récemment mises au jour sur un planisphère utilisé par Christophe Colomb lors de sa traversée de l’Atlantique révèlent les sources du cartographe qui l’a établie et son influence sur les cartes ultérieures. Cette carte de 1491 est le témoin le plus fidèle de ce que Christophe Colomb savait du monde lorsqu’il a entrepris sa traversée de l’Atlantique. Pour être parfaitement sincère, il en a probablement utilisé une copie pour organiser son voyage. La carte, établie à l’origine par le cartographe allemand Henricus Martellus, était recouverte de dizaines de légendes et de petites descriptions, le tout en latin. Mais la plupart se sont estompées au fil des siècles. Des chercheurs se sont servis de technologies actuelles pour révéler ces inscriptions demeurées jusque-là illisibles. Ils ont découvert de nouveaux indices quant aux sources dont Martellus s’est inspiré pour établir sa carte, qui a d’ailleurs eu une influence importante sur des cartes ultérieures, notamment le planisphère de 1507 établi par Martin Waldseemuller, le tout premier à avoir figuré le nom d'« Amérique ».


Chet Van Duzer (2018). Henricus Martellus’s World Map at Yale (c. 1491). Multispectral Imaging, Sources, and Influence [Carte du monde d'Henricus Martellus à Yale (vers 1491). Imagerie multispectrale, sources et influence], Springer International Publishing.


Cet ouvrage présente des recherches inédites sur la carte du monde réalisée par Henricus Martellus vers 1491 et conservée à la bibliothèque de l'université de Yale (à découvrir en haute résolution). L'importance de cette carte était pressentie depuis longtemps, mais son étude restait impossible en raison de l'illisibilité des textes. L'imagerie multispectrale, réalisée avec le soutien du National Endowment for the Humanities en 2014, a permis de rendre les textes lisibles pour la première fois, incitant Chet Van Duzer à en reprendre l'étude. L’auteur affirme qu’il est raisonnable de supposer qu’en voguant le long des littoraux d’Amérique Centrale et du Sud lors de voyages ultérieurs, Christophe Colomb s’imaginait en fait longer les côtes asiatiques représentées sur la carte de Martellus. L'ouvrage propose des transcriptions, des traductions et des commentaires sur les textes latins de la carte, notamment leurs sources, ainsi que sur la toponymie de plusieurs régions. Il en ressort une relation étroite entre la carte de Martellus et la célèbre carte de Martin Waldseemüller de 1507. L'une des découvertes les plus passionnantes concerne l'arrière-pays de l'Afrique australe. Les informations qu'elle contient proviennent de sources africaines ; la carte constitue ainsi un document unique et d'une importance capitale pour la cartographie africaine du XVe siècle. Henricus Martellus a rempli les océans d’îles imaginaires. Comme bon nombre de ses collègues cartographes, il détestait vraisemblablement lui aussi les espaces laissés vides sur la carte. Cet ouvrage constitue une lecture essentielle pour les spécialistes des humanités numériques et les historiens de la cartographie.

Chet Van Duzer est chercheur en résidence à la bibliothèque John Carter Brown et membre du conseil d'administration du projet Lazarus à l'Université de Rochester, qui fournit de l'imagerie multispectrale aux institutions culturelles du monde entier. Il a publié de nombreux ouvrages sur les cartes du Moyen Age et de la Renaissance. Outre son ouvrage sur la carte d'Henricus Martellus publié en 2018, il est l'auteur d'un ouvrage sur la carte de Waldseemüller, Martin Waldseemüller's Carta marina of 1516 (disponible en accès libre)Il a récemment terminé une bourse de recherche David Rumsey à Stanford et à la bibliothèque John Carter Brown pour étudier la carte du monde manuscrite d'Urbano Monte de 1587. Il a publié en 2023 Frames that Speak. Cartouches on Early Modern Maps [Des cadres qui parlent. Les cartouches des cartes du début de l'époque moderne]. Mapping the past (disponible en accès libre), qui fait l'objet d'une présentation dans ce billet.

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Terres cultivées et évaluation mondiale des émissions de gaz à effet de serre


Source : Pei Yu Cao, Franco Bilotto, Carlos Gonzalez Fischer et al (2026). « Spatially explicit global assessment of cropland greenhouse gas emissions circa 2020 » [Évaluation mondiale spatialement explicite des émissions de gaz à effet de serre des terres cultivées vers 2020]. Nature Climate Change, https://www.nature.com/articles/s41558-026-02558-4 (article en open access).

Des chercheurs de l’Université Cornell publient dans la revue Nature Climate Change une carte très précise des émissions agricoles mondiales. Ils cartographient en 2020 les émissions de GES des cultures à 10 km de résolution pour cibler les points de fortes ou faibles émissions. Les terres cultivées occupent 12% des surfaces mondiales, soit 1 570 Mha, et génèrent 25% des émissions du secteur agricole et usages des terres. En 2020, elles émettent 2,5 GtCO2e par an. Les auteurs intègrent dans leurs calculs les engrais azotés, le fumier, les résidus, les brûlis, les rizières et tourbières drainées. Entre 2000 et 2020, l’usage d’azote passe de 81 à 111 TgN. Les rizières s’étendent de 154 à 165 Mha. Les tourbières cultivées atteignent 17 Mha. Quatre cultures concentrent 67% des émissions : riz, maïs, palmier à huile et blé. Le riz représente 43% à lui seul. Les principales sources sont les tourbières drainées (35%), les rizières inondées (35%) et les engrais synthétiques (23%). Les intensités moyennes atteignent 2 MgCO2e par hectare. Les plus fortes se situent en Asie et en Europe, où la productivité calorique est élevée. Les régions qui produisent beaucoup émettent aussi beaucoup. Un lien spatial apparaît entre rendement et émissions. Les chercheurs comparent émissions par surface et par calorie produite. Ils révèlent des arbitrages géographiques entre efficacité productive et potentiel de réduction. Cibler une région sans considérer sa production peut être socialement et économiquement injuste. Les cartes à 5 minutes d’arc (environ 10 km à l'Equateur) permettent une analyse infranationale. Elles identifient des marges d’action locales. Réhumidifier les tourbières, modifier la gestion de l’eau du riz ou optimiser les engrais sont des leviers différenciés selon les contextes. Cette base harmonisée crée un cadre mondial pour planifier la réduction des émissions agricoles. Elle relie systèmes de culture, productivité et climat, et hiérarchise les priorités là où les fonds sont rares et les impacts potentiellement élevés. 

Toutes les données utilisées dans cette étude sont répertoriées et mises à disposition avec les figures. Les données mondiales sur la gestion des cultures et les estimations d'émissions de GES correspondantes sont disponibles sur Figshare. Les données sources sont fournies dans l'article.

 Répartition mondiale de l'intensité surfacique des émissions des terres cultivées, de l'intensité calorique des terres et de l'intensité calorique des émissions (source : Cao, Bilotto, Fischer et al, 2026)


Lien ajouté le 24 mai 2026

« Le riz nourrit des milliards de personnes, mais son rôle dans l'aggravation du changement climatique est croissant » (The Conversation).

Une équipe de chercheurs montre que si le riz nourrit plus de la moitié de l’humanité, les rizières inondées, de l’Asie du Sud-Est à l’Inde et la Chine, libèrent aussi des GES dans les sols pauvres en oxygène. Leur étude montre une hausse nette depuis les années 1960. Les émissions des rizières ont presque doublé et atteignent en moyenne 1,1 Md t CO2e par an dans les années 2010, soit l’équivalent annuel de 239 millions de voitures. Le riz devient un grand poste agricole. La hausse vient d’abord de l’expansion des surfaces. En Afrique, les terres rizicoles ont environ doublé depuis les années 1960, entraînant une progression comparable du méthane régional. La demande alimentaire transforme donc les paysages humides en sources climatiques. L’intensification pèse aussi. Variétés plus productives, plants plus serrés, engrais et résidus organiques augmentent les rendements, mais aussi les émissions. Le retour des tiges de riz au sol explique à lui seul 18% de la hausse nette depuis les années 1960. Les engrais azotés ajoutent un autre problème. Leur usage synthétique a augmenté de 76% après 2000, nourrissant les émissions de protoxyde d’azote. Ce gaz explique environ 9% de la hausse globale nette, tout en aggravant parfois la pollution de l’eau. Les chercheurs croisent trois méthodes, un modèle d’écosystème, une IA pour combler les zones peu mesurées et une méta-analyse de plus de 1.200 sites d’essais. Cela permet de suivre méthane, protoxyde d’azote et carbone des sols entre 1961 et 2020. Les solutions existent, mais elles doivent être situées. Assécher périodiquement les champs réduit le méthane, au risque d’un peu plus de protoxyde d’azote. Moins d’engrais, moins de résidus, du biochar ou moins de labour peuvent aider, sans recette valable partout. Même avec les meilleures pratiques connues, les émissions mondiales du riz ne baisseraient que d’environ 10% d’ici le milieu du siècle. Nourrir des milliards tout en refroidissant le climat demande donc d’autres innovations régionales. 

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Cartographie et racisme environnemental. L'exemple de « Cancer Alley » en Louisiane


L'allée du cancer (« Cancer Alley ») est le surnom donné à un corridor de 135 km le long du fleuve Mississippi, entre Bâton-Rouge et La Nouvelle-Orléans en Louisiane. Ce couloir industriel abrite plus de 200 raffineries et usines pétrochimiques. En 2012, cette zone représentait 25 % de la production pétrochimique des États-Unis. Dès les années 1970, l’Agence de protection de l’environnement (EPA) a documenté une grave pollution de l’eau et de l’air. Les écologistes considèrent cette région comme une zone sacrifiée où les taux de cancer dus à la pollution atmosphérique dépassent les seuils de risque acceptables fixés par le gouvernement fédéral. L' « allée du cancer », au sens large, s'étend plus à l'ouest le long de la côte du Golfe du Mexique, dans la région de Freeport, au Texas.

Des leaders communautaires comme Sharon Lavigne ont mené la charge en protestant contre l'expansion de l'industrie pétrochimique dans le corridor industriel de Cancer Alley et en s'attaquant aux disparités raciales et économiques associées. De nombreux chercheurs et habitants de cette région ont qualifié cette zone d' exemple flagrant de racisme environnemental. Le racisme environnemental peut se définir comme un « ensemble des règles, réglementations, politiques ou décisions institutionnelles (de la part des gouvernements ou d'entreprises), qui ciblent délibérément certaines communautés en leur imposant localement des usages du sol jugés indésirables et en appliquant de manière laxiste les réglementations en matière d'urbanisme et d'environnement, ce qui a pour conséquence une exposition disproportionnée de ces communautés aux déchets toxiques et dangereux en raison de leur appartenance ethnique » (source : Wikipédia). Ce billet vient documenter les cartes et les données disponibles sur le sujet.

  • « Cancer Alley Louisiana  ». Une story map proposée par Aydrien Souris.

Destinée à sensibiliser le grand public, cette story map montre la réalité dévastatrice de Cancer Alley. Les résidents noirs sont clairement plus exposés aux produits chimiques que les résidents blancs de Louisiane. Cette injustice nécessite des mesures selon l'auteur. « Pour faire changer les choses, les habitants ont tenté de convaincre les législateurs d'instaurer des limites concernant les émissions de produits chimiques. Cela reste difficile car les données sont très difficiles à collecter. Il est donc facile pour les entreprises de sous-estimer leurs émissions ou de les mettre complètement sous le tapis. Que pouvez-vous faire pour aider ? À l'heure actuelle, la meilleure mesure à prendre face à cette injustice est de faire part de vos préoccupations aux législateurs de Louisiane en exigeant la mise en œuvre légale de la loi sur la qualité de l'air et de l'eau »

  • « Dans une zone notoirement polluée du pays, de nouvelles usines chimiques massives continuent de s'installer » (ProPublica).

ProPublica, un site à but non lucratif qui enquête sur les abus de pouvoir, a utilisé un modèle scientifique développé par l’Agence de protection de l’environnement (EPA). L'analyse montre que certains des quartiers où de nouvelles usines sont construites présentent déjà de très fortes concentrations de produits chimiques toxiques. Pourtant la Louisiane continue d’autoriser la construction de ces nouvelles usines et l’agrandissement de celles existantes. Le modèle de l'EPA utilisé par ProPublica, connu sous le nom d'indicateurs environnementaux de dépistage des risques (RSEI), calcule les concentrations chimiques estimées des émissions toxiques des installations industrielles à travers le pays, jusqu'à des blocs de 810 x 810 mètres (voir rapport de l'EPA de 2019). ProPublica a utilisé ce modèle pour trouver où les niveaux toxiques de produits chimiques cancérigènes étaient les plus élevés au sein de sept paroisses, alors même que les normes en matière de pollution de l'air sont beaucoup moins strictes en Louisiane que dans d'autres États. L'analyse réalisée par ProPublica sur cinq années de données modélisées de l'EPA a permis d'identifier plus de 1 000 zones à forte concentration de substances toxiques et a révélé qu'environ 250 000 personnes vivant dans ces zones pourraient être exposées à des niveaux de risque excessif de cancer que l'EPA juge inacceptables.

En 2015, deux cimetières ont été découverts lors d’une étude sur un projet d’agrandissement d’une raffinerie appartenant à la compagnie pétrolière Shell. Quatre ans plus tard, quatre autres cimetières ont été découverts lors des premières étapes de la construction d’une nouvelle installation par la société Formosa Plastics. En collaboration avec le groupe d'activistes de la communauté de la clôture RISE St James, Forensic Architecture a développé une méthode pour aider à localiser ces cimetières, en soutien aux efforts locaux de longue date pour protéger les sites ancestraux et aux demandes de moratoire sur l'expansion future du corridor pétrochimique. Toutes les recherches sont mises à la disposition du public en open source. Forensic Architecture propose par ailleurs une plateforme cartographique qui géolocalise et mosaïque des images aériennes et des cartes provenant de sources multiples couvrant trois siècles de transformation de la région. En utilisant un processus de régression cartographique, elle a pu examiner les changements d'utilisation du sol sur une période de soixante-dix ans le long de la « Death Alley » en se référant à des images aériennes historiques. L'utilisation de cartes et d'autres données a étendu cette portée sur trois siècles, en permettant de remonter aux plantations de canne à sucre implantées avant l'industrialisation. La communauté noire réclame depuis longtemps des comptes aux entreprises pétrochimiques qui occupent leurs terres. Aujourd’hui, cette demande se transforme en une vision plus large de la justice : demande de réparations pour des siècles de violence raciste, demande de réparation de l’environnement, demande d'emplois qui soutiennent leurs communautés et leur santé, demande de moratoire sur le développement industriel et le pouvoir de gérer leurs terres. En outre, ils réclament une révision fondamentale du concept de préservation historique en vue d’une reconnaissance des communautés noires, des sites ancestraux et de nos écosystèmes au sens large comme étant intrinsèquement précieux, indivisibles et dignes de protection.

La plateforme cartographique sur la Louisiane et Cancer Alley proposée par Forensic Architecture

  • « Des résidents noirs remportent une décision clé dans une affaire de racisme environnemental dans la  Cancer Alley » (CapitalB).

Le 9 février 2026, un juge de la Nouvelle-Orléans a statué que les groupes représentant les résidents de la « Cancer Alley » en Louisiane pouvaient poursuivre leur action en justice historique visant à obtenir un moratoire sur les usines industrielles toxiques dans deux districts à majorité noire de la paroisse de St. James. Le tribunal a rejeté la tentative du gouvernement paroissial de faire classer l'affaire sans suite et a autorisé la poursuite de toutes les demandes. Celles-ci reposent sur deux arguments principaux : les pratiques d'aménagement du territoire de la paroisse, en vigueur depuis des décennies, violent le 13e amendement, qui a aboli l'esclavage, et le 14e amendement, qui garantit à tous les Américains l'égalité devant la loi. Ce procès obligera un jury à déterminer si l'implantation disproportionnée d'installations, dont la pollution est liée à des cas de cancer, d'asthme, de maladies cardiaques et pulmonaires et de troubles neurologiques, constitue un vestige de l'esclavage. On estime que dans ces communautés à forte population noire, le nombre de cas de cancer diagnostiqués est sept fois supérieur à la moyenne nationale.

Les États-Unis sont à la fois marqués par la prédation environnementale et l'extractivisme, par une culture des grands espaces et de la nature sauvage, et par une tradition précoce d'écologie appliquée. Celle-ci oscille entre deux tendances contradictoires, la préservation et la conservation, témoignant de l'ambivalence du rapport à la "nature". La notion d'espace (p)réservé incarne cette tension : la préservation peut viser aussi bien à protéger la nature qu'à mettre des ressources en réserve pour les exploiter plus tard, d'où une renégociation récurrente des périmètres protégés et du degré de protection. Aux États-Unis, les années 1980 voient se développer des mobilisations locales au nom de la justice environnementale autour de problèmes liés à la pollution. Les cas de Love Canal (banlieue de Niagara Falls) dans l’État de New York (une décharge de produits toxiques enfouie sous une école), du comté de Warren en Caroline du Nord (stockage de mort-terrains contaminés aux PCB dans une zone à forte majorité africaine-américaine défavorisée) et de la « Cancer Alley », le corridor pétrochimique entre Bâton-Rouge et La Nouvelle-Orléans en Louisiane qui connaît les taux de cancer les plus élevés du pays, sont emblématiques des luttes pour la justice environnementale. Cette notion, née du militantisme, vise à dénoncer le fait que le risque d’habiter à proximité des sources de pollutions (de l’air, de l’eau et des sols) est inversement proportionnel au revenu des ménages. Les communautés les plus vulnérables sont considérées comme des « voies de moindre résistance ». De ce fait, les inégalités environnementales peuvent prendre plusieurs formes : les degrés différents d’exposition à un risque environnemental selon les groupes (sociaux et ethniques), l’accaparement des ressources environnementales, l’impossibilité à influencer les décisions concernant l’environnement, la non-reconnaissance des relations particulières que les différents groupes (sociaux et ethniques) peuvent entretenir avec leur environnement. Aux États-Unis, la justice environnementale englobe le principe selon lequel toutes les personnes et les communautés ont droit à une protection égale et à une application égale des lois et des règlements en matière d'environnement (Paddeu, 2012 ; 2016). Ainsi, les revendications de justice environnementale sont souvent portées devant les tribunaux, faisant valoir les lois fédérales de protection de l’environnement (NEPA, Clean Air Act et Clean Water Act entre autres,) ou plus spécifiquement la loi sur les droits civiques de 1964 ou encore la clause du quatrième amendement de la Constitution qui concerne la protection égale de tous les citoyens étatsuniens. Depuis 1994, aux États-Unis, la promotion de la justice environnementale fait partie des missions de l’Environmental Protection Agency (les moyens de cette agence ont été sérieusement réduits depuis lors par Donald Trump).

« Cancer Alley », le corridor pétrochimique en Louisiane (Géoconfluences, 2024)

Source : d’après Terrell Kimberly & St Julien Gianna, “Air pollution is linked to higher cancer rates among black or impoverished communities in Louisiana”, 13 January 2022. Environmental Research Letters, volume 17, number 1. Traduit par Géoconfluences.

Lien ajouté le 21 avril 2026

« Nous nous étions déjà reconnus  : sur les confluences et les constellations des géographies noires, des géographies de l’Atlantique et des écologies noires » (Sage Journals).

Des chercheurs américains analysent les "Black geographies" et montrent comment ces approches renouvellent la lecture des relations entre espace, pouvoir et écologie. Elles s’appuient sur les expériences diasporiques noires pour repenser les dynamiques territoriales à l’échelle mondiale. Les Black geographies désignent un ensemble de pratiques et de savoirs ancrés dans les expériences noires. Elles ne relèvent pas seulement d’une discipline académique mais d’une manière de comprendre l’espace à partir des trajectoires, des luttes et des formes d’habiter. L’étude critique le rôle des disciplines académiques. Elles fonctionnent comme des structures héritées du colonialisme, organisant et limitant les savoirs. Cette organisation empêche de saisir pleinement les dynamiques spatiales liées aux diasporas et aux héritages historiques. Les auteurs proposent la notion de "confluence". À l’image de rivières qui se rejoignent, différents savoirs et expériences se combinent. Cette convergence permet de renforcer les analyses tout en conservant les spécificités des territoires et des trajectoires historiques. La métaphore des "constellations" éclaire les relations spatiales. Les territoires de l’Atlantique noir forment un réseau de lieux connectés par les migrations, les circulations et les luttes, sans être homogénéisés, ce qui permet de penser des espaces en relation. Les Black ecologies prolongent cette approche en intégrant les relations entre sociétés et milieux. Elles reposent sur une vision de l’écologie fondée sur l’interdépendance et la réciprocité, et non sur une simple exploitation des ressources naturelles. Cette lecture met en évidence les rapports de pouvoir inscrits dans l’espace. Les territoires restent marqués par l’histoire de l’esclavage et de la colonisation, qui continuent d’organiser les inégalités et les formes contemporaines de domination spatiale. Les Black geographies désignent un ensemble de pratiques et de savoirs ancrés dans les expériences noires. Elles ne relèvent pas seulement d’une discipline académique mais d’une manière de comprendre l’espace à partir des trajectoires, des luttes et des formes d’habiter. Cette approche insiste sur la relation plutôt que sur l’uniformité. Les différences ne sont pas effacées mais mises en dialogue, ce qui permet de construire des coalitions entre territoires, expériences et luttes, face aux formes globales de domination. En dépassant les frontières disciplinaires, cette démarche propose une lecture relationnelle du monde. Les territoires apparaissent comme des espaces dynamiques de circulations, de conflits et de solidarités, structurés par des histoires partagées et des résistances. 

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Atlas archéologique de la Grèce


La Grèce antique a laissé de nombreux sites archéologiques. Les trouver impliquait autrefois de consulter des guides touristiques et des sites web souvent disparates ou obsolètes. Cet Atlas archéologique de la Grèce recense tous les sites archéologiques et musées importants : 424 sites avec leurs coordonnées géographiques, leurs descriptions et leurs catégories. Que vous planifiez un voyage en Crète, fassiez des recherches sur les forteresses mycéniennes ou souhaitiez simplement découvrir les environs d’Athènes, vous trouverez toutes les informations nécessaires.

Atlas archéologique de la Grèce (source : archaeological-greece.vercel.app)

La carte présente un design épuré, évoquant la forme d'un parchemin. Elle recense 424 sites répartis selon quatre catégories distinctes, chacune représentée par un marqueur de couleur :

  • Musées archéologiques (en rouge)
  • Sites archaïques, classiques et hellénistiques (en bleu)
  • Sites mycéniens (en brun)
  • Sites minoens (en orange)

Ce projet reprend les données de L'AnticoPédie de René Kauffmann qui avait déjà réalisé un gros travail de recensement. Les données KML de la carte du site de l'AnticoPédie (en français) ont été traduites en anglais. En créant une interface personnalisée, le développeur John Kappa a transformé un ensemble de données essentiellement statique en un outil de recherche plus performant.

L'une des fonctionnalités les plus utiles est la possibilité de filtrer selon quatre catégories. Si vous prévoyez un voyage en Crète, vous pouvez masquer tous les sites sauf les sites minoens pour visualiser d'un coup d'œil l'empreinte de cette civilisation. À l'inverse, si vous effectuez des recherches sur les forteresses mycéniennes, la carte vous permet d'isoler ces ruines spécifiques sur le continent. En  cliquant sur un marqueur, on ouvre une barre latérale où s'affiche le nom du site, ses coordonnées géographiques et sa description.

Si vous souhaitez explorer plus en détail les merveilles archéologiques de la Grèce, il est possible de consulter Virtual Tours, un projet de l'Université technique nationale d'Athènes (NKUA). Cette université a créé des visites immersives de certains des sites historiques les plus importants tels qu'Athènes, Olympie, Mycènes et Marathon. Chaque visite inclut une carte personnalisée du site archéologique mettant en évidence les principaux édifices et monuments. La carte d'Athènes, par exemple, présente le Parthénon, l'Acropole, l'Agora antique et le temple de Zeus Olympien. 

Pour compléter

Le site L'AnticoPédie de René Kauffmann propose une carte détaillée en trois versions (anglais, français et grec) présentant  plus de photos que la carte de John Kappa, de fait moins performante pour préparer des visites. Vous trouverez cette carte sur le site de l'AnticoPédie à cette adresse. Le site propose en outre d'autres cartes réalisées avec Google Maps  :
Cartes et données sur la Grèce ancienne
Ces données et fonds de carte de l'American School of Classical Studies à Athènes sont disponibles sous licence Creative Commons.
http://www.ascsa.edu.gr/excavations/ancient-corinth/digital-corinth/maps-gis-data-and-archaeological-data-for-corinth-and-greece

Cartographie de l'ancienne Athènes
Cette plateforme SIG montre l'extension des vestiges archéologiques dans le tissu urbain contemporain et permet de parcourir les fouilles dans et autour de la ville d'Athènes sur un temps long.
http://map.mappingancientathens.org/

Données du Centre de cartographie du monde antique (AWMC)
L'un des objectifs du Centre de cartographie du monde antique (AWMC) est de fournir des données géospatiales gratuites très précises sur le monde antique. Les données culturelles contiennent des informations sur les aqueducs, les routes, les noms de régions. Les données physiques contiennent des informations sur les côtes, les eaux intérieures, les cours d'eau et autres caractéristiques physiques.
https://github.com/AWMC/geodata

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Forest Navigator, un outil pour explorer les données forestières à l'échelle européenne


L'outil cartographique Forest Navigator permet d'explorer des données sur les forêts de l'Union européenne. Ces données en haute résolution abordent des thèmes tels que la santé des forêts, l'atténuation du changement climatique ou l'adaptation à celui-ci. Les cartes et les données sont mises à disposition en haute résolution.

Interface de la plateforme de données forestières à l'échelle de l'UE (source : Forest Navigator)


Le portail Forest Navigator est un outil d'aide à la décision en ligne développé dans le cadre du projet européen Horizon Europe ForestNavigator (2022-2026). Il rassemble des connaissances, des outils et des analyses pour une gestion durable des forêts et l'élaboration de politiques en matière de gestion durable des forêts au sein de l'UE. 

Les forêts de l'UE jouent un rôle essentiel dans la réalisation de l'objectif de neutralité climatique de l'Union : elles couvrent 44 % du territoire et absorbent près de 10 % de ses émissions de gaz à effet de serre chaque année. Cette contribution devrait augmenter à l'avenir. Toutefois, en raison de la demande croissante de bois, de la multiplication des perturbations naturelles et de la maturité des forêts, le taux d'absorption de carbone par les forêts européennes a diminué au cours de la dernière décennie. Le projet ForestNavigator évalue le potentiel d'atténuation du changement climatique des forêts et des secteurs forestiers en modélisant des trajectoires politiques robustes, alignées sur les objectifs climatiques à moyen (2030) et long terme (2050), et en apportant un soutien aux décideurs européens et nationaux.

Aperçu et méthodologie

Le couvert forestier désigne les terres dont le couvert arboré est supérieur à 10 %, avec des arbres atteignant au moins 5 m de haut et ayant une superficie supérieure à 0,5 ha. La résolution spatiale est de 100 m et les données datent de 2020 (source : ESA WorldCover 10 m 2020 v1.0). Les données ESA WorldCover à 10 mètres ont été utilisées pour identifier les zones où le couvert arboré dépasse 10 %. Conformément à la définition de la FAO pour les forêts, les informations sur le couvert arboré ont été combinées aux estimations de la hauteur de la canopée. Les données mondiales de hauteur de canopée proviennent des observations LiDAR GEDI et des archives satellitaires Landsat. Afin d'harmoniser la résolution, les données ESA WorldCover à 10 mètres ont d'abord été suréchantillonnées à 30 points de grille. Un rééchantillonnage basé sur le mode a permis de préserver la classe d'occupation du sol dominante lors des processus d'agrégation spatiale. La couche de couvert arboré suréchantillonnée a été croisée avec les données de hauteur de canopée à l'aide d'un seuil de 5 mètres. Les pixels dont la hauteur d'arbre est inférieure à 5 mètres ont été exclus afin de maintenir la cohérence avec la définition de la FAO pour les forêts. Les petites parcelles forestières isolées de moins de 0,5 hectare ont été supprimées (en fonction de la connectivité). Le masque forestier résultant a été agrégé à une résolution de 100 mètres à l'aide de méthodes de rééchantillonnage basées sur le mode. Enfin, l'ensemble de données a été reprojeté en coordonnées géographiques à l'aide du système de référence spatiale WGS84. Le résultat représente une couche binaire de couvert forestier indiquant la présence ou l'absence de forêt en 2020.

Un double visualisateur pour faire des comparaisons

Un double visualisateur permet de conduire des comparaisons, à différentes échelles et selon différents indicateurs. On peut par exemple comparer la perturbation forestière et les types d'agent perturbateur. Si les données ne s'affichent pas immédiatement, patientez un peu.

Comparaison entre perturbation forestière et types d'agent perturbateur à l'échelle de la forêt des Landes
(source : Forest Navigator)

Accès aux données

Les cartes sont téléchargeables en haute résolution au format tif. Les données sont mises à disposition au format csv pour l'ensemble des pays européens (niveau Nuts 2 pour les pays de l'UE).

L'explorateur de données permet de visualiser des ensembles de données harmonisés et spatialisés, notamment l'état des forêts, leurs changements et les perturbations qu'elles subissent. D'autres données, telles que des données sur la biodiversité, seront mises à disposition par la suite.

Affichage de la couverture forestière et de sa répartition au niveau Nuts 2 dans QGIS

Liste des indicateurs disponibles (au 11/02/26) :

  • Biomasse aérienne forestière
  • Type de forêt
  • Couverture forestière
  • Changement de la couverture forestière entre 2000 et 2020
  • Volume estimé de bois en mètres cubes par hectare (m3/ha)
  • Fragmentation des forêts sur la base d'un indice synthétique de fragmentation forestière 
  • Forêts naturelles
  • Agent perturbateur
  • Perturbation forestière
  • Fraction de perturbation à partir des observations de perturbations, agrégée pour la période 1985-2023
  • Hauteur de la canopée forestière en mètres
  • Fraction de couverture forestière d'une résolution spatiale de 30 m (entrée originale) à une résolution spatiale de 100 m
  • Changement dans la fragmentation des forêts

Références

Zanaga, D., Van De Kerchove, R., De Keersmaecker, W., Souverijns, N., Brockmann, C., Quast, R., Wevers, J., Grosu, A., Paccini, A., Vergnaud, S., Cartus, O. (2021). ESA WorldCover 10 m 2020 v100 [Ensemble de données ESA WorldCover 10 m 2020 v100]. Zénodo. https://doi.org/10.5281/zenodo.5571936

Potapov, P., Hansen, MC, Pickens, A., Hernandez-Serna, A., Tyukavina, A., Turubanova, S., Zalles, V., Li, X., Khan, A., Stolle, F., Harris, N. (2022). The Global 2000-2020 Land Cover and Land Use Change Dataset Derived From the Landsat Archive: First Results [Jeu de données mondial sur les changements de couverture et d'utilisation des terres de 2000 à 2020 dérivé des archives Landsat]. Frontiers in Remote Sensing, 3, 856903. https://www.frontiersin.org/journals/remote-sensing/articles/10.3389/frsen.2022.856903/full

Alexandra Runge, Martin Herold, Fulvio Di Fulvio, Simon Besnard, Claudine Egger, Karl-Heinz Erb, Andrey Lessa-Derci-Augustynczik, Sarah Matej, Florian Weidinger. (2024). Géodatabase forestière multicouche au service du suivi et de la modélisation du carbone et de la biodiversité (Livrable D2.1). ForestNavigator, Convention de subvention Horizon Europe n° 101056875. Union européenne. https://www.forestnavigator.eu/wp-content/uploads/FN_D2.1_Multilayered-forest-geodatabase_v2.pdf

Yao, Y., Sieber, P., Hauser, M. et al. (2025). Conversion from coniferous to broadleaved trees can make European forests more climate-effective [La conversion des conifères en feuillus peut rendre les forêts européennes plus efficaces face au changement climatique]. Nature Communication 16 , 9536 (2025). https://doi.org/10.1038/s41467-025-64580-y

Lien ajouté le 4 mars 2026

« La déforestation n'est plus inévitable » par Max Roser (Our World in Data). L'humanité a détruit les forêts pendant des milliers d'années ; nous pouvons devenir la première génération à bâtir un monde où les forêts s'étendent. Depuis 1990, certaines régions ont continué de perdre d'importantes superficies forestières, tandis que d'autres ont ralenti cette tendance à long terme, voire l'ont inversée. La carte illustre l'évolution régionale de la superficie forestière d'après les données les plus récentes de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

Évolution de la superficie forestière par région du monde depuis 1990 (source : Our World in Data)
La carte indique les superficies forestières en 1990 et en 2025 pour chaque région continetale. Amérique du Nord et centrale : de 7,7 à 7,8 millions de km² = légère augmentation - Amérique du Sud : de 10,3 à 8,5 millions de km², diminution d’environ 1,8 million de km² - Europe : de 10,0 à 10,4 millions de km², augmentation - Afrique : de 7,8 à 6,6 millions de km², diminution - Asie occidentale, centrale et orientale : de 2,6 à 3,4 millions de km².

Lien ajouté le 6 mars 2026

Grünig, M., Rammer, W., Senf, C. et al. (2026). « Climate change will increase forest disturbances in Europe throughout the 21st century » [Le changement climatique accentuera les perturbations forestières en Europe tout au long du XXIe siècle], Science 2026, https://www.science.org/doi/10.1126/science.adx6329

Les incendies de forêt, les tempêtes et les scolytes ont un impact majeur sur les forêts et les services écosystémiques qu'elles rendent aux populations et à l'environnement. Pour la première fois, une vaste équipe internationale, dirigée par des chercheurs de l'Université technique de Munich (TUM), a calculé comment ces perturbations pourraient transformer les forêts européennes d'ici 2100. Même dans le scénario le plus optimiste, l'équipe prévoit une augmentation substantielle de la superficie forestière endommagée ; dans le scénario le plus pessimiste, cette superficie pourrait même doubler. L'équipe a utilisé un modèle de simulation basé sur l'intelligence artificielle, entraîné sur 135 millions de points de données issus de simulations forestières réalisées sur 13 000 sites européens, combiné à des données satellitaires pluridécennales sur les perturbations forestières. Cela leur a permis de simuler l'évolution future des forêts, ainsi que l'occurrence et les impacts des perturbations, jusqu'à l'échelle d'un seul hectare. Ils ont ainsi obtenu des informations très précises sur les différences régionales dans les trajectoires futures des perturbations forestières. D’après l’étude, les forêts d’Europe du Sud et de l’Ouest seront particulièrement touchées et subiront les perturbations les plus importantes. L’Europe du Nord devrait être globalement moins impactée, même si des zones critiques de dégradation forestière sont susceptibles d’y apparaître. « Les perturbations deviennent un problème transrégional de plus en plus préoccupant, perturbant les marchés du bois à travers l’Europe et menaçant les services écosystémiques que les forêts rendent à la société », explique Rupert Seidl. Les auteurs de l'étude soulignent donc l'urgence d'adapter les politiques et la gestion forestières face à l'augmentation des perturbations : « Nous devons nous préparer à des dommages forestiers importants dans les années à venir. D'une part, cela signifie que nous devons anticiper et atténuer les fluctuations plus marquées des services écosystémiques rendus par les forêts. D'autre part, les perturbations offrent également l'opportunité de créer de nouvelles forêts résilientes face au climat ; elles agissent comme des catalyseurs de changement. La foresterie doit prendre en compte à la fois les risques et les opportunités liés à l'augmentation des perturbations, en s'appuyant sur de nouvelles méthodes et connaissances scientifiques », explique Seidl.

Lien ajouté le 10 mars 2026

Machado, R. (2026). « Types of forest dynamics in Europe (2000–2018) » [Types de dynamique forestière en Europe (2000-2018)]. Journal of Maps, 22 (1). https://doi.org/10.1080/17445647.2026.2622821

Ce travail présente une cartographie de la dynamique spatio-temporelle des forêts, selon la nomenclature NUTS de l'Union européenne, pour la période 2000-2018. Les types de dynamique sont définis en fonction des variations de la superficie et de la configuration forestières, puis attribués à chaque zone NUTS. La réalisation de cette carte vise à exploiter de nouvelles informations issues de données officielles, contribuant ainsi à enrichir les connaissances et à apporter un éclairage nouveau sur le suivi et la planification forestiers. La méthodologie repose sur l'utilisation d'un outil d'analyse SIG pour effectuer une série d'opérations de géotraitement et de gestion des données. Ces opérations permettent de comparer deux jeux de données forestières, de détecter les changements entre eux au sein d'unités d'analyse prédéfinies et de générer un résultat facilement interprétable à partir duquel la carte finale a été produite.

Types de dynamiques survenues dans les forêts au cours de la période 2000–2018 (source : Machado, 2026)

Articles connexes

Cartes et données sur les forêts en France et dans le monde

L'histoire par les cartes. Une carte de Kingsbridge (Devon) assez unique de 1586


Source  : « New Acquisition : Devon Tudor », Map South West Heritage Trust, https://swheritage.org.uk/news/devon-tudor-map/

« On trouve rarement des illustrations de petites villes de cette époque ». Une carte exceptionnellement rare d'une ville du Devon a été acquise par le South West Heritage Trust. La carte du XVIe siècle enrichit le patrimoine historique du comté et ouvre de nouvelles perspectives pour des recherches approfondies sur l’héritage des Tudors dans le Devon, après être restée quatre siècles entre les mains de propriétaires privés.

Une carte Tudor exceptionnellement rare de Kingsbridge, dans le Devon, a été acquise pour le public
(crédit : South West Heritage Trust)

Cette carte dessinée et peinte à la main (41 cm de large × 48,5 cm de haut) est remarquablement bien conservée, avec ses couleurs d'origine éclatantes. Elle présente des représentations détaillées des principaux éléments de Kingsbridge à l'époque Tudor, tels que l'église paroissiale, un pilori et la « Cheape House », un bâtiment central de la rue principale où siégeait le tribunal seigneurial jusqu'à sa démolition en 1796.

Ce document cartographie les terres appartenant à Sir John Petre, seigneur du manoir. Il a probablement été commandé par lui. La famille Petre était une figure importante et ancienne de l'histoire du Devon ; le père de Sir John, Sir William Petre, fut secrétaire d'État sous Henri VIII, Édouard VI et Marie Tudor. Cette carte récemment acquise est destinée à venir compléter les importantes archives de la famille Petre conservées au Devon Heritage Centre. Couvrant la période du XIIe au XIXe siècle, la collection comprend de nombreux registres seigneuriaux et titres de propriété documentant les domaines des Petre dans le Devon.

Les représentations visuelles contemporaines des villes de province de l'époque élisabéthaine sont très rares. Si plusieurs représentations célèbres de Londres, d'Oxford et de Cambridge subsistent, les illustrations de petites villes de cette époque sont peu nombreuses. Les cartes foncières du XVIe siècle sont extrêmement rares, et ce type de vue l'est encore plus.

Notice de la carte de Kingsbridge (référence KBM) :

« Cette carte, dessinée en partie comme un plan et en partie comme une vue à vol d'oiseau, semble avoir été réalisée lors de la construction de la nouvelle cathédrale avec ses cinq piliers de pierre, selon le style de l'église de Kingsbridge, en 1586, probablement pour Sir John Petre, alors seigneur du manoir, dont les terres, appelées Norton, sont représentées de l'autre côté du ruisseau du moulin. Les Petre étaient une ancienne famille du Devon. Le père de Sir John, Sir William Petre, fut secrétaire d'État sous Henri VIII, Édouard VI et Marie Ière Tudor. La famille Petre employait des dessinateurs de talent pour réaliser les plans de leur domaine d'Ingatestone, dans l'Essex, que Sir William choisit comme résidence principale. Il est fort probable que ce soit l'un de ces dessinateurs qui ait conçu cette belle œuvre, peinte sur vélin en six couleurs, mesurant 410 x 485 mm. Parmi les éléments remarquables, citons l'église paroissiale du XIIIe siècle, la halle ou maison de marché en bois, alors appelée Chepe House (où se tenaient les tribunaux seigneuriaux jusqu'à la démolition du bâtiment en 1796) et le pilori. Les maisons sont représentées comme étant construites en pierre (un matériau encore rare à l'époque élisabéthaine), avec des toitures en ardoise ou en briques rouges. La prédominance des cheminées, devenues populaires dans la seconde moitié du XVIe siècle, est moins remarquable. Les propriétés sont figurées avec de petits appentis devant elles, indiquant leur lien avec le commerce. La propriété la plus impressionnante est sans conteste celle identifiée comme la résidence de George French, probablement le marchand George French qui hypothéqua des locaux sur le quai de la paroisse voisine de Dodbrooke en 1604. À l'arrière de la maison sont indiqués plusieurs dépendances et un beau jardin clos de murs, comprenant une tonnelle (dans l'angle droit), une arche rustique (dans l'angle droit) et ce qui semble être un « nœud » dans l'angle supérieur gauche.»

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Appréhender les vulnérabilités sociales territoriales à différentes échelles


Source : Olivier Portier, Les vulnérabilités sociales territoriales. Cahier de recherche, Caisse des dépôts et OITC, janvier 2026. 

Olivier Portier propose un indice synthétique et global de vulnérabilité sociale pour évaluer l’intensité des vulnérabilités sociales aux différentes échelles géographiques. Cet indice repose sur les indicateurs suivants : niveau de diplôme, précarité, vieillissement, conditions de logement, niveau de vie, pauvreté, inégalités sociales et spatiales, accessibilité aux équipements de proximité, état de santé des populations et accessibilité aux services de santé. Un examen des niveaux de vulnérabilité par strate de densités confirme que si en moyenne, les communes du rural à habitat très dispersé présentent l’indice de vulnérabilité sociale le plus élevé, viennent juste derrière les centres urbains intermédiaires et les grands centres urbains. Loin de se réduire à une opposition entre espaces denses et espaces peu denses, les vulnérabilités observées se déploient selon des logiques différenciées, où s’entrecroisent trajectoires productives, dynamiques résidentielles, régimes de mobilité et structures socioéconomiques locales. L'intensité des vulnérabilités varie sensiblement selon les types de territoires : les indices thématiques présentent une dispersion bien plus marquée que l’indice global.

Niveau de vulnérabilité sociale des populations au niveau départemental et communal (source : Portier, 2026)

Le rapport se décompose en deux parties :  1) une lecture synthétique des vulnérabilités sociales à partir d’un indice composite produit à plusieurs échelles géographiques, 2) une analyse thématique des principales dimensions de la vulnérabilité sociale. L’ensemble des indicateurs mobilisés a été normalisé pour permettre leur comparaison et leur agrégation. La normalisation est effectuée par échelle territoriale :  1 à 100 pour les échelles communale et intercommunale et 1 à 10 pour les échelles départementale et régionale. Dans tous les cas, 1 = niveau de vulnérabilité sociale le plus faible, 100 / 10 = niveau de vulnérabilité le plus élevé. Les indicateurs normalisés ont été regroupés en grandes familles thématiques. Une moyenne est calculée par thématique. A noter : les scores thématiques ne sont pas utilisés pour l’indice global afin d’éviter les biais de pondération. L’indice global de vulnérabilité est la moyenne de tous les indicateurs normalisés. Dans cette approche, tous les indicateurs ont le même poids. 

L’Observatoire des impacts territoriaux des crises (OITC) a été créé en 2020 à l’occasion de la pandémie Covid19 afin d’évaluer en temps réel les incidences de la crise sur les économies territoriales. L'Observatoire a proposé de prolonger ses travaux pour analyser les effets différés et durables des crises qui se sont succédé depuis, élargir son champ d’étude aux impacts des transitions énergétiques et écologiques sur les territoires et apprécier le degré d’exposition des territoires aux différentes crises en cours (hausse des tarifs douaniers américains, crise économique…) et à venir (réchauffement climatique, aléas naturels…). Analyste territorial, Olivier Portier est consultant et le créateur et  coordinateur de l’Observatoire  des Impacts Territoriaux des Crises (OITC). 

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L'histoire par les cartes. Les peuples d'Amérique du Nord en 1776


Dans le cadre des célébrations du 250e anniversaire de l'indépendance américaine, la Société historique de l'Utah publie une carte intitulée « Les peuples d'Amérique du Nord en 1776 ». Il s'agit d'une ressource utile pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire des peuples autochtones en Amérique du Nord. Le principal intérêt de la carte est de mettre en évidence l'implantation des communautés amerindiennes au moment de l'indépendance des États-Unis et de l'expédition Domínguez-Escalante qui eut lieu à la même date.

Les peuples d'Amérique du Nord en 1776 (source : America250 Utah)

En 1776, au moment même où les colons américains proclamaient leur indépendance de la Grande-Bretagne, un groupe d'explorateurs entreprit un voyage à travers les terres inconnues de l'Ouest américain. Leur objectif était de trouver une route terrestre reliant Santa Fe (Nouveau-Mexique) à Monterey (Californie). Menés par deux prêtres franciscains, les membres de l'expédition espéraient relier les colonies espagnoles d'Amérique du Nord, rechercher des opportunités économiques et convertir les populations autochtones au catholicisme. Bien qu'ils n'aient pas réussi à atteindre la Californie, c'était la première fois que des Européens foulaient le sol de ce qui allait devenir l'Utah, et la première rencontre entre les Paiutes et les Utes de l'Ouest et ces nouveaux arrivants. L'expédition Domínguez-Escalante comprenait des personnes originaires d'Espagne, du Mexique, du Nouveau-Mexique et de l'Utah. Chacun apporta des compétences différentes à la mission, et ensemble, ils accomplirent un remarquable périple de cinq mois et de 2 700 kilomètres (1 700 miles) entre Santa Fe et le lac Utah, puis un retour au Nouveau-Mexique. Les ressources et activités mises à disposition sont l'occasion de s'interroger sur les contacts entre populations autochtones et premiers arrivants européens. Sous-titré « le pouvoir des lieux », la page du site entend « se concentrer sur l'histoire particulière des habitants et des lieux de l'Utah en 1776 et au-delà ».

Les activités pédagogiques sont proposées à partir de diverses sources documentaires (textes, cartes, graphiques, storymap...) et selon différents niveaux de classe. Ces activités ont été conçues par la Société historique de l’Utah, en partenariat avec BYU ARTS, le Bureau de la préservation historique de l’État de l’Utah, UEN et America250 Utah. Ce dossier pédagogique ainsi que la carte des peuples autochtones qui l'accompagne ne sont pas sans interroger la vision des "premières nations" des États-Unis aujourd'hui. Frédéric Giraut fait remarquer que « le traitement par entités territoriales à limites fixes (sauf pour les French settlements) sans recouvrements, aires partagées, ni zones buffer, ni emboitements ni saisonnalité, relève de l'application des principes de la modernité territoriale à des réalités spatio-politiques, économiques et culturelles bien plus riches qui n'en relevaient pas, mais qui doivent aujourd'hui jouer ce mode de représentations pour être reconnues historiquement ».

L'expédition Dominguez et Escalante de 1776

Activités
Leçons
Nations autochtones de l'Utah : cadres de référence

« Initier les élèves aux nations tribales amérindiennes de l'Utah et à leurs liens continus avec leurs terres ancestrales et leur patrimoine culturel ».
Devenir l'Utah : le parcours d'un peuple

Cette vidéo d'animation, ce guide pédagogique et ces trois fiches de leçon explorent le « long parcours de l'Utah vers le statut d'État et les nombreuses communautés qui y vivent » (Société historique de l'Utah). Niveaux 4 à 6, 11 à 12.
« Notre passé, leur présent » : enseigner avec des sources primaires


Ces sources primaires permettent d' « explorer des périodes où les habitants de l'Utah étaient confrontés à de grands bouleversements ou à des crises, et de voir comment ils ont surmonté les difficultés et cherché à trouver des solutions » (Société historique de l'Utah). Niveaux 4e, 7e, 11e et 12e années.
Ressources complémentaires

Territoires traditionnels
Un recensement et une cartographie qui permettent d'explorer les territoires autochtones ancestraux à travers le monde (notamment les réserves indiennes en Amérique du Nord).
http://territoire-traditionnel.ca/
 
Cessions de terres amerindiennes
Ces cartes de cessions des peuples autochtones ont été établies par l'Administration américaine entre 1890 et 1900 afin d'établir les transferts de territoires par lesquels les peuples autochtones des États-Unis ont perdu leurs terres. La carte Invasion of America permet de voir comment les États-Unis se sont développés vers l'ouest en saisissant des terres amérindiennes par le biais de traités et de décrets.
http://digitreaties.org/

Terres autochtones
Une cartographie interactive des peuples indigènes en Amérique et en Australie avec possibilité de faire des recherches par territoire, langue ou traité de cessions territoriales. Une API permet d'intégrer ces données dans son jeu de données SIG.
http://native-land.ca/

La carte des traités
Le Yellowhead Institute propose une carte des traités fonciers « négociés » entre les nations autochtones et le gouvernement fédéral canadien. L'Institut souhaite utiliser cette carte pour favoriser une meilleure compréhension des droits fonciers des autochtones et des conflits en cours entourant ces traités.
https://treatymap.yellowheadinstitute.org/

Native American History of Washington, D.C
Dans cet ouvrage de 2023, Armand Lione montre que, bien avant de devenir District of Columbia, les terres de Washington D.C abritaient des peuples autochtones. Des artefacts amérindiens ont été retrouvés un peu partout notamment à Rock Creek Park, à Anacostia, à l'Arboretum, à Van Ness, aux Palisades, au Capitole et même à la Maison-Blanche.

Native People & Settler Colonialism : A Story of Land and Maps
« Peuples autochtones et colonialisme de peuplement : une histoire de territoire et de cartes ». Le Norman Leventhal Map & Education Center met à disposition des ressources pédagogiques. La première partie de l'activité présente aux élèves une carte de 1837 créée par des membres de la communauté tribale Báxoje/loway et leur demande de la comparer à une carte réalisée en 1902 par un cartographe euro-américain afin de discuter de la signification de la terre et de la façon dont elle est comprise et visualisée par les deux. Les élèves poursuivent la leçon en examinant une carte des réserves indiennes et en réfléchissant à l'héritage de la dépossession des terres et du génocide culturel. La deuxième partie amène les élèves à travailler en petits groupes avec une série de cartes euro-américaines du XIXe siècle pour répondre à des questions qui révèlent comment les communautés autochtones sont représentées sur le territoire. Niveau scolaire : 4e à Terminale

Articles connexes

Une animation cartographique pour reconstituer les dynamiques de peuplement aux Etats-Unis sur la période 1790-2010