Cartographie du nationalisme chrétien aux États-Unis


Source : « Mapping Christian Nationalism Across the 50 States : Insights from PRRI’s 2025 American Values Atlas » [Cartographie du nationalisme chrétien dans 50 États : enseignements de l’Atlas des valeurs américaines du PRRI paru en 2025], Public Religion Research Institute.

Pour mesurer le nationalisme chrétien, le Public Religion Research Institute a utilisé un questionnaire portant sur les liens entre le christianisme, l'identité américaine et le gouvernement des États-Unis. D'après des entretiens menés auprès de plus de 22 000 adultes tout au long de l'année 2025, environ 11 % des personnes interrogées se sont déclarées nationalistes chrétiens, 21 % sympathisants, 37 % sceptiques et 27 % réfractaires. La proportion d'Américains se déclarant partisans ou sympathisants du nationalisme chrétien est restée stable depuis fin 2022. Une majorité des Républicains se qualifient d'adeptes du nationalisme chrétien (21 %) ou  sympathisants (35 %), contre un quart des indépendants (7 % d'adeptes et 18 % de sympathisants) pour  moins de 2 Démocrates sur 10 (5 % d'adeptes et 12 % de sympathisants). L'enquête 2025 du PRRI sur les valeurs américaines s'est intéressée aussi aux sources d'information auxquelles les Américains font le plus confiance pour obtenir des informations fiables sur la politique et l'actualité. Près des deux tiers des Américains qui font le plus confiance aux médias d'extrême droite se déclarent nationalistes chrétiens (34 %) ou sympathisants (31 %), tout comme une majorité de ceux qui font le plus confiance à Fox News (18 % des nationalistes et 37 % des sympathisants) et environ la moitié de ceux qui font le plus confiance aux sources d'information radio. 

Soutien au nationalisme chrétien en fonction de l'appartenance politique (source : © PRRI)

L'Atlas des valeurs américaines 2025 du PRRI révèle également une corrélation positive entre le nationalisme chrétien et un faible niveau d'éducation, ainsi qu'un âge plus avancé. Les Américains ayant un niveau d'études secondaires ou inférieur (37 %) ou ayant suivi des études supérieures partielles (35 %) sont plus susceptibles d'adhérer au nationalisme chrétien, comparativement à 27 % des Américains titulaires d'un diplôme universitaire et à 21 % de ceux qui possèdent un diplôme de troisième cycle. De même, les Américains âgés de 50 ans et plus sont plus enclins à partager des opinions nationalistes chrétiennes que ceux de moins de 50 ans.

La proportion d’Américains qui se déclarent adhérents et sympathisants varie considérablement d’un État à l’autre, allant d’un minimum de 15 % dans le Massachusetts à un maximum de 54 % dans l’Arkansas. La carte montre que les États où le nationalisme chrétien est le plus soutenu sont des États républicains, principalement situés dans le Sud et le Midwest : l’Arkansas (54 %), le Mississippi (52 %), la Virginie-Occidentale (51 %), l’Oklahoma (49 %) et le Wyoming (46 %). À l’inverse, les États où la proportion d’adeptes et de sympathisants du nationalisme chrétien est la plus faible sont des États démocrates, situés principalement sur les côtes : la Californie (22 %), le New Jersey (22 %), New York (21 %), l’État de Washington (18 %) et le Massachusetts (15 %). Les États indécis se situent entre les deux, avec environ un tiers de leurs habitants se déclarant adeptes ou sympathisants : la Caroline du Nord (36 %), la Pennsylvanie (34 %), le Michigan (33 %), le Wisconsin (32 %) et l’Arizona (30 %). Les habitants de la Géorgie (42 %) sont nettement plus susceptibles d’adhérer aux convictions du nationalisme chrétien que ceux du Nevada (25 %). 

Soutien au nationalisme chrétien parmi les Blancs Américains et par État (source : © PRRI)

Les opinions favorables au président Donald Trump sont fortement corrélées aux opinions nationalistes chrétiennes au niveau des États. La carte des 50 États montre que les idéologies nationalistes chrétiennes prédominent dans le Sud et le Midwest, notamment dans les États où les élus républicains sont majoritaires. 

En 2025, seulement un Américain sur trois (32 %) adhérait à la théorie du grand remplacement, selon laquelle « les immigrants envahissent notre pays et remplacent notre patrimoine culturel et ethnique ». Toutefois, cette croyance est beaucoup plus répandue parmi les partisans (67 %) et les sympathisants (53 %) du nationalisme chrétien que parmi les sceptiques (32 %) et les réfractaires (8 %).

Télécharger le rapport complet (les données figurent dans les annexes).

Le PRRI (Public Religion Research Institute) est une organisation à but non lucratif et non partisane qui se consacre à la réalisation de recherches à l'intersection de la religion, de la culture et des politiques publiques. En 2014, le PRRI a lancé l'American Values Atlas, un atlas en ligne très utile pour comprendre les transformations démographiques, religieuses et culturelles complexes qui affectent les États-Unis aujourd'hui (données téléchargeables en CSV au niveau des métropoles, états et régions). L'Atlas des valeurs américaines s'appuie sur un échantillon d'au moins 40 000 entretiens annuels menés auprès d'un échantillon aléatoire d'Américains afin de fournir un niveau de détail sans précédent sur le paysage culturel et religieux des États-Unis. 

Appartenance religieuse : part des protestants évangéliques blancs par État (source : © American Values Atlas)

Pour compléter 


Comme l’a théorisé le chercheur Robert Wuthnow, l’électorat religieux américain s’est reconfiguré sur de nouvelles lignes politiques depuis les années 1980. Désormais, chaque confession se divise entre conservateurs pratiquants, qui votent républicain ; et progressistes peu ou pas pratiquants, qui votent démocrate. Michele Margolis apporte une précision quant au comportement des chrétiens issus des minorités : ce sont les protestants et catholiques pratiquants blancs qui votent républicain ; la majorité des électeurs non blancs et/ou non chrétiens et moins ou non pratiquants vote démocrate. Cette réalité semble avantager Donald Trump en 2024 : il séduit bien entendu la « droite religieuse », qui représente encore 35 % de l’électorat, lui proposant au surplus les thèses du nationalisme chrétien. Mais d’autres groupes issus des minorités rejoignent le vote Trump, tels que les Latinos évangéliques et les pentecôtistes noirs. Enfin, l’affaire de Gaza vient renforcer le vote républicain chez les évangéliques sionistes et les juifs orthodoxes, tandis qu’elle pourrait provoquer une abstention punitive pour le camp démocrate chez les électeurs propalestiniens d’origine arabe ou musulmane. De son côté, le Parti démocrate compte sur le vote des « nones » (athées, agnostiques et sans église particulière) devenu dominant et privilégie des thèmes sociétaux qui leur conviennent, tels que la posture pro-choice et la défense des causes LGBTQ+. Ce faisant, il ignore trop souvent le reste de ses électeurs religieusement affiliés. Kamala Harris attire pourtant un électorat religieux renouvelé et en expansion démographique, grâce à sa vision plus positive, mélioriste de la religion et de la situation des États-Unis. 

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