Africapolis, un projet pour cartographier au plus près l'Afrique urbaine


Africapolis.org est un site Internet lancé le 22 novembre 2018 dans le cadre du huitième sommet Africités à Marrackech. Il a été réalisé conjointement par le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO) de l’OCDE et l’institut e-Geopolis. L'objectif est de cartographier au plus près le phénomène urbain en Afrique où la population est en train de devenir à majorité urbaine.

D’ici à 2050, la population africaine sera de 2,5 milliards de personnes. Sur les 1,3 milliard supplémentaires, 900 millions vivront en ville. Ce qui signifie que les villes vont absorber 70 % de la croissance démographique. Pour Laurent Bossard, le directeur du CSAO, « la transition urbaine sera en charge de la transition démographique et cette transition se passera plus ou moins bien selon que les villes et ceux qui les gèrent en auront la capacité » (voir son interview dans Le Monde du 22 novembre 2018 où il présente en même temps l'intérêt de ce nouveau site).

Le site Africapolis vise deux objectifs principaux :
  • mettre à disposition des information fiables couvrant l’ensemble des agglomérations urbaines en Afrique (aussi bien les grandes métropoles que les villes petites ou intermédiaires qui sont très nombreuses). 
  • définir l'urbain et pouvoir suivre les dynamiques urbaines, l'évolution des zones bâties, la densification, la transition urbaine telles qu'on peut les appréhender dans le contexte africain.

L'Afrique compte déjà 11 métropoles de plus de 5 millions d'habitants, mais près de 7 000 agglomérations de moins de 100 000 habitants. Le seuil qui a été retenu pour définir une "agglomération" est de 10 000 habitants (on sort de la notion de "ville" au sens classique pour considérer la population agglomérée).

Les données d’Africapolis reposent sur un vaste répertoire de recensements de l’habitat et de la population, de registres électoraux et d’autres sources officielles concernant la population, dont certaines remontent au début du XXe siècle. La régularité, le niveau de détail et la fiabilité de ces sources varient d’un pays à l’autre et d’une période à l’autre. Des images satellitaires et aériennes sont utilisées pour recueillir des informations sur le terrain, notamment les zones bâties et la localisation précise des foyers de peuplement. Les registres officiels de la population et les données du recensement constituent l'élément le plus important. Dans certains cas, les derniers relevés disponibles remontent à 30 ans ou plus, et souvent à plus de 10 ans. Compte tenu du rythme des dynamiques démographiques et urbaines, ces périodes sont considérables.

Africapolis, comme e-Geopolis au niveau mondial, a été conçu pour fournir une base de données standardisées et géolocalisées sur les dynamiques d'urbanisation en Afrique afin de rendre les données sur les villes africaines comparables entre pays et dans le temps. Dans cette première version du site, les données des 50 pays sont disponibles pour l'année 2015 avec la possibilité de remonter jusqu'en 1950. Africapolis comble une lacune majeure en intégrant 7 225 petites villes et villes intermédiaires de 10 000 à 300 000 habitants (dont 6 737 agglomérations de 10 000 à 100 000 habitants, où vivent 180 millions d’Africains).

Le site est disponible en français et en anglais. L'interface de consultation est relativement simple. En cliquant sur le menu "Analyses" on peut obtenir des définitions et des mises au point très pédagogiques. Le menu "Explore" permet de choisir le pays et la ville que l'on veut étudier (il faut néanmoins connaître le pays avant d'accéder à la liste des villes !).

 L'interface de consultation du site Africapolis


Une fiche signalétique donne la population urbaine du pays, son nombre d'agglomérations, la population de l'agglomération choisie, sa densité urbaine, sa surface bâtie, son évolution démographique depuis 1950 et même ses caractéristiques en nombre de cellules de Voronoï. A un niveau plus général, on peut comparer les pays entre eux, leur niveau d'urbanisation, leur nombre d'agglomérations ou encore leur population métropolitaine. Les analyses peuvent être conduites à différentes dates entre 1950 et 2015 (déplacer le curseur sur la ligne de temps "Timeslider").

L'accès aux informations peut également s'effectuer directement à partir de la carte interactive. En cliquant sur un pays au choix, ces contours passent en surbrillance orange et les données s'affichent en fonction de la ville sur laquelle on déplace la souris. La taille des cercles est proportionnelle à la population. Pour mieux faire ressortir la typologie proposée, ces cercles se distinguent par des couleurs différentes (ce qui donne à la carte un aspect quelque peu bariolé). L'avantage est de pouvoir faire ressortir la hiérarchie urbaine du premier coup d'oeil. Voici par exemple la hiérarchie des agglomérations au Maroc avec Casablanca au premier rang (plus de 2 millions) et Marrakech, Tanger, Rabat et Fez au second rang (entre 1 et 2 millions). Le tableau récapitulatif à droite de l'écran fournit le nombre d'agglomérations au sein des 6 rangs proposés.




En zoomant sur la carte, l'extension des périmètres bâtis apparaît à l'écran. Voici par exemple la tâche urbaine de Casablanca en rouge (plus de 2 millions d'habitants) avec ses agglomérations satellites en bleu (moins de 100 000 habitants) et en violet (entre 10 000 et 30 000 habitants). En zoomant davantage, on distingue nettement le tissu urbain avec la trame viaire.



 Les plus grandes agglomérations par pays en Afrique


Quarante-cinq des 50 zones urbaines ayant la plus forte densité d'habitants au kilomètre carré se trouvent en Égypte. Quelques 90% des agglomérations les moins connectées se trouvent dans le Sahara et le désert du Kalahari. La carte fonctionne comme un diagramme de Voronoï dans lequel la taille de chaque cellule dépend de la distance entre deux agglomérations, toutes deux comprises dans la cellule. Les grandes cellules indiquent un réseau urbain moins dense.

Les agglomérations les moins connectées entre elles (diagrammes de Voronoï)




Voici une présentation du site Africapolis sous la forme d'une vidéo :




Le site Africapolis peut s'avérer très utile pour conduire des études comparatives sur les villes africaines. Les données et les analyses sont tout-à-fait intéressantes à mobiliser dans le cadre de la question de géographie au CAPES : l'Afrique du Sahel et du Sahara à la Méditerranée (voir notre sélection de ressources cartographiques), mais aussi dans des études de cas à conduire à différentes échelles.

La cartographie en ligne est de qualité bien que la fenêtre cartographique soit un peu réduite à l'écran par rapport à l'interface de consultation des données.

Les données statistiques sont téléchargeables au format xls par pays et par agglomérations. Un jeu de données cartographiques est  fourni en téléchargement au format shp pour utilisation dans un SIG. Il comprend uniquement le bâti urbain. Il faut donc importer les contours des pays africains et ensuite géolocaliser les villes en utilisant les coordonnées géographiques indiquées dans le fichier agglomérations (import de la couches points en format délimité csv ou txt dans QGIS ou dans tout autre SIG). Voici un aperçu des données utilisables.

Lien ajouté le 3 février 2019

Un GIF saisissant montrant l'évolution de l'urbanisation en Afrique de l'Ouest entre 1950 et 2040. Réalisé par le SWAC ou Club du Sahel et de l'Afrique de l'Ouest (CSAO)

Liens ajoutés le 20 mars 2019
 
Evolution du classement des 15 plus grandes villes d'Afrique entre 1950 et 2015

 
 
Liens ajoutés le 5 septembre 2019

Une story map très réussie sur l'urbanisation en Afrique à partir des données du site Africapolis :


 
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