A l'ère numérique, les cartes à punaises ont-elles vraiment disparu ?


La cartopinographie que John Krygier définit comme "l'art de placer des punaises, épingles ou drapeaux sur une carte", a connu son heure de gloire tout au long du XXe siècle. A l'heure d'Internet, les cartes à punaises ont-elles vraiment disparu ?


L'un des pionniers de la visualisation d'informations, Willard C. Brinton y consacrait en 1914 un chapitre complet (27 pages) dans son ouvrage de référence Graphic Methods for Presenting Facts.



Brinton a sous doute dit tout ce qu'on pouvait dire sur l'art d'épingler des cartes ! Dans le chapitre XII "Maps and pins" de son ouvrage consacré aux méthodes graphiques (lien de téléchargement), il passe en revue les principaux problèmes posés et propose des solutions pour enrichir l'art de l'épinglage : choix de la forme et de la taille des punaises, choix des couleurs, choix des matériaux... avec même un système d'épingles empilables.


Dans la première moitié du XXe siècle, les cartes à punaises étaient très utilisées pour localiser des écoles, des postes de police, des services de santé, des bornes d'incendie. Elles servaient aussi bien à localiser qu'à analyser et planifier... Ces cartes pouvaient facilement être mises à jour, comme on le fait aujourd'hui avec des outils SIG où l'on superpose des couches d'information. En cela, elles sont un peu l'ancêtre de nos cartes interactives et dynamiques d'aujourd'hui. Voici par exemple un usage des cartes à punaises par le FBI : un exemple mis en avant par Willard Brinton dans son ouvrage Graphic presentation paru en 1939.



On pourrait penser qu'à l'ère numérique, les cartes à punaises ne présentent plus guère d'intérêt. Détrompez-vous, il existe encore des boutiques qui commercialisent ce type d'épingles cartographiques (voir par exemple Hudson MapMap Shop ou Amazon). Sur les cartes de géolocalisation, les points GPS sont souvent indiqués avec des icônes et certains utilisateurs n'hésitent pas à varier la forme ou la couleur de ces punaises. Les réseaux sociaux (comme par exemple Instagram) proposent souvent des applications cartographiques pour punaiser ses photos de voyage  ou créer des itinéraires iconographiés.



Les punaises de Google Maps sont elles-mêmes devenues un symbole. L'icône rouge incarne l'entreprise Google, tout comme Pegman (le petit personnage jaune en forme de pince à linge) est devenu le symbole de Street View. Comme le souligne Jean-François Girres, "la  prolifération  des  punaises (ou markers),  introduites  par  Google,  dans  les  différents  portails cartographiques, s'est peu à peu imposée au grand public, au point de devenir pratiquement une norme". D'autres globes virtuels ou applications proposent de punaiser sa propre carte (voir par exemple l'application Zeemaps).


De là à penser que l'usage des globes virtuels nous aurait ramené aux cartes à punaises (pin maps) et à une cartographie d'inventaire...


Sources utilisées

Cartopinography (blog Making Maps de John Krygier) :
http://makingmaps.net/tag/cartopinography/

Cartopinography : The Unlikely Study of Map Pins, Flags, Beads & Other Markers :
http://99percentinvisible.org/article/cartopinography-the-unlikely-study-of-map-pins-flags-beads-other-markers/

Willard C. Brinton, Graphic Methods for Presenting Facts, 1914 :
http://archive.org/details/graphicmethodsfo00brinrich/page/226

Willard C. Brinton, Graphic Presentation, 1939 :
http://archive.org/details/graphicpresentat00brinrich

Bien que ses ouvrages fussent destinés à l'époque à des usages pratiques (pour ingénieur, biologiste ou statisticien), on tend à considérer aujourd'hui que Brinton est l'un des précurseurs des data visualisations. Selon lui, un graphique mal conçu pouvait conduire à des raisonnements fallacieux.

Mericksay, B. La cartographie à l'heure du Géoweb. Retour sur les nouveaux modes de représentation spatiale des données numériques. Cartes et géomatique, n°229-230, pp.37-50.
http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01468314/document


Boris Mericksay observe « une hégémonie des cartes à punaises sur le Géoweb. Ce paradigme de la punaise cartographique (Singleton et Brunsdon, 2014) est aujourd’hui largement ancré dans les pratiques comme dans l’imaginaire collectif et constitue un nouveau vocabulaire graphique de la cartographie moderne (Wallace, 2011) ».


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