« Mapping the classroom » ou comment on apprenait l'histoire et la géographie au XIXe siècle en Nouvelle-Angleterre


Mapping the Classroom est une exposition virtuelle proposée par la Osher Map Library et le Smith Centre for Cartographic Education, dont l'objectif est de promouvoir l'éducation à travers la géographie, l'histoire et l'art.

L'exposition propose de découvrir comment les élèves de la Nouvelle-Angleterre apprenaient l'histoire et la géographie aux XIXe et XXe siècles. Le visiteur est invité à plonger dans les salles de classe de l'époque à travers des photographies, des manuels scolaires, des cartes, des globes, des jeux géographiques et des travaux d'élèves.

Medfield Grammar School, 1886. Courtesy of Historic New England (source : Osher Map Library)


Les colonies et plus tard les états de la Nouvelle-Angleterre ont toujours accordé beaucoup d'attention à l'éducation des jeunes élèves. Dès 1647, une loi obligeait les villages de plus de cinquante foyers à recruter un maître d'école pour enseigner aux enfants à lire et à écrire. Au début du XIXe siècle, on compte une grande variété d'institutions éducatives, publiques ou privées. Il faut attendre 1870 pour que chaque État subventionne des écoles élémentaires publiques. C'est seulement en 1913 que l'enseignement élémentaire devient obligatoire à l'échelle de l'ensemble des États-Unis.

L'essor de l'enseignement de la géographie au XIXe siècle aux Etats-Unis

Au départ l'enseignement était essentiellement destiné aux garçons, mais l'enseignement pour les filles se développa également dans des écoles et académies séparées. Une place importante était réservée à l'enseignement de l'histoire et de la géographie qui avaient pour vocation de former des citoyens américains. Comme l'explique l'historienne Susan Schulten, des années 1790 aux années 1830, les élèves âgés de douze à seize ans - principalement mais pas exclusivement des filles - dessinaient, peignaient et cousaient des cartes très élaborées, certaines recopiées à partir de modèles, d'autres réalisées à main levée en s'aidant de la grille des latitudes et longitudes. A partir des années 1830-1840, les cartes à la main déclinent au profit des manuels de géographie imprimés.

On voit apparaître les premières cartes muettes destinées à apprendre par coeur des noms de lieux. Samuel Augustus Mitchell (1792-1868) a commencé sa carrière comme enseignant dans le Connecticut. Frustré par le manque de cartes et d'atlas à disposition des enseignants, il fonda une entreprise d'édition prospère dans les années 1830 pour fournir le matériel de classe qui manquait dans les écoles. La série de cartes muettes de Mitchell à l'usage des académies et des écoles a été créée en 1841 pour servir de matériel pédagogique. La série complète se compose de trente grandes feuilles (avec vingt-quatre cartes distinctes). Mitchell estimait que ces cartes avec leurs contours « seraient à l'étude de la géographie ce qu'est l'exercice sur le tableau noir à la science des nombres » et que « les connaissances communiquées à l'esprit par la vision produiraient l'impression la plus vive et la plus durable ».

Dans un rapport annuel de 1920 rédigé par le Super intendant des Ecoles publiques de Boston, le programme de sixième année invitait à s'éloigner des pratiques courantes du XIXe siècle telles que la mémorisation par cœur et la récitation de « longues listes de villes, de caps, de baies, etc...». Le nouveau programme d'études insistait sur ce point  : « Il y a une place pour la géographie des faits, mais nous devons nous rappeler que la leçon de géographie a pour but d'apprendre à l'enfant à raisonner à partir des faits aussi bien qu'à les connaître. Aucun enseignant ne peut enseigner correctement un cours de géographie (et d'histoire) de 6e année, à moins qu'il n'ait un accès rapide à un nombre raisonnable de cartes murales, de cartes pour le tableau noir et de cartes individuelles pour la classe ».

«... dans l'histoire, j'ai inventé la carte » (Emma Willard, 1848)

Comme en France, le XIXe siècle connaît un essor des manuels scolaires d'abord sous la forme de "petites géographies" (cf My little Geography par Louisa Caroline Tuthill, 1847) qui procèdent comme les bréviaires par questions-réponses et qui reposent principalement sur l'étude du relief, du climat, voire de la faune et de la flore. Progressivement apparaissent de véritables manuels de géographie assorties de cartes. L'époque est à la célébration du territoire national et la glorification de la patrie. Ainsi par exemple l'ouvrage National Geography for schools (1850) de Samuel Goodrich qui montre comment l'école a participé au développement du sentiment national américain (plus de la moitié du manuel est consacré à l'étude géographique de chaque état des Etats-Unis). Certains manuels n'étaient pas sans préjugés sur les "races humaines" et véhiculaient une vision ethnographique du monde telle qu'elle a pu perdurer jusqu'à la moitié du XXe siècle. 

Emma Willard, qui a été une pionnière en matière d'enseignement de la géographie et de l'histoire, participe de cette exaltation du sentiment patriotique. Née et élevée dans le Connecticut, Emma Hart Willard (1787-1870) fut une pionnière en matière d'éducation, notamment pour les filles. Elle fonda en 1821 à New York le Troy Female Seminary (plus de 300 étudiantes). Contrairement aux autres académies féminines de l'époque, Emma Willard souhaitait fournir à ses étudiantes un enseignement dans tous les domaines, y compris en mathématiques et en sciences. En plus d'enseigner et de défendre l'éducation des femmes, elle devint célèbre par la publication de ses ouvrages. En 1828, elle fit paraître une Histoire des Etats-Unis assortie d'une série de cartes (A series of maps to Willard's History of the United States or republic of America) qui sera réimprimée 53 fois et vendue à près d'un million d'exemplaires. Elle collabora également à l'Atlas de Woodbridge dont elle rédigea la partie historique (lire ce billet).


Extrait de l’essai de Virtue Howard sur les meilleures méthodes d’enseignement de la  géographie, du démocrate d’Oxford [Maine], 8 avril 1870 (source : Osher Map Library - traduction libre)

« La géographie et l'histoire doivent être des compagnons inséparables. Après avoir fait réciter la leçon, j'invite souvent un élève de la classe montrer la carte et à sélectionner différents lieux, que je relie à des fragments d'histoire : par exemple, l'île de Sainte-Hélène avec Napoléon Bonaparte, Juan Fernandes avec Alexandre Selkirk, etc... Un mélange de roman et de merveilleux de manière à frapper les esprits. Une autre méthode que je pratique consiste à demander aux élèves de dessiner, sur leur ardoise ou au tableau noir, les contours principaux de la Terre ; faire une carte de sa propre ville, puis y ajouter les villes voisines, est une très bonne idée. Récemment, j'ai même pris ma classe d'alphabet. Après leur avoir enseigné la ville, le comté et l'État, je les ai invités dans un petit cours de géographie, à désigner et à nommer les montagnes, les rivières, les îles, les vallées, les péninsules, etc., le tout selon leurs propres vues. Si possible, faites une petite promenade avec eux et rendez-les aussi agréables que possible en discutant d'une manière très simple. Cela a merveilleusement rempli mes petites charges et m'a bien payé mon labeur ; mais j'ai toujours essayé de rendre cela agréable. Comme je constate souvent avec regret que la plupart de mes élèves plus âgés quittent leurs études de géographie plus tôt qu'ils ne le devraient, et l'histoire n'étant guère enseignée dans beaucoup d'écoles, j'ai conçu une méthode pour donner une ou deux questions par élève de chaque âge à retenir pour le lendemain matin. J'ai commencé par la Création ; et de période en période, les amenant à notre époque, avec de temps en temps de la géographie ; j'ai donc ce que j'appelle une classe générale, du plus ancien au plus jeune élève. »

Plan de l’exposition (à découvrir en anglais)

Cartographie de la salle de classe : enseignement de la géographie et de l'histoire au XIXe et au XXe siècle en Nouvelle-Angleterre

1. La culture visuelle proposée dans les salles de classe de la Nouvelle-Angleterre
2. Cartes, broderies et calligraphies façonnées par des écolières
3. Les académies féminines du Maine
4. L'académie féminine de Cony
5. Cartes d'écolières
6. Cartes d'écoliers
7. Livres et cahiers de géographie
8. Cartes murales pour les salles de classe
9. L'évolution des manuels de géographie du primaire et du secondaire
10. Chapitres sur les « races humaines » dans les manuels de géographie du primaire et secondaire
11. Matériel pédagogique créé par des enseignants
12. L'évolution du dessin cartographique
13. Globes utilisés en classe
14. Jeux géographiques pour la classe ou la maison 


La Osher Map Library et le Smith Centre for Cartographic Education proposent par ailleurs d'autres parcours pédagogiques sur l'histoire des chemins de fer, la Grande Guerre, les cartes décoratives, les cartes et globes rares, les femmes et la cartographie, l'essor du tourisme (1600-1900)...

On peut découvrir d'autres expositions ou admirer sa cartothèque. Des fiches pédagogiques (par thèmes ou par niveau de classe) sont également à disposition.


Articles connexes :

L'Atlas de Woodbridge et la première carte des isothermes à l'échelle mondiale (1823) : quand la géographie scolaire était en avance sur la publication scientifique

Numérisation des archives de la Société de Géographie sur Gallica

La rubrique Cartes et atlas historiques de ce blog



Le « redlining » : retour sur une pratique cartographique discriminatoire qui a laissé des traces aux Etats-Unis



Outre la mémoire de la colonisation et de l'esclavage, le mouvement Black lives matter a mis en évidence et réinterrogé une pratique cartographique discriminatoire qui a laissé des traces aux Etats-Unis : le « redlining ». Celle-ci consistait à délimiter par une ligne rouge les quartiers jugés trop risqués pour fournir des prêts immobiliers ou pour assurer des biens. Cette pratique s'est développée à la suite de la crise de 1929 et a touché tout particulièrement les populations noires défavorisées. Elle s'est poursuivie bien au delà et a eu pour effet d'accentuer la ségrégation urbaine.

1) Le « redlining » : origine et définition

Le terme de redlining date des années 1960, mais les discriminations à l’encontre de certaines zones urbaines, en particulier celles abritant des Afro-Américains, remonte au début du XXe siècle. Amy Hillier en retrace l'origine et les caractéristiques dans un chapitre de l'ouvrage The History of cartography (vol 6) dirigé par Mark Monmonier. Pour Hillier (2015), cette focalisation sur le lieu d'habitat plutôt que la solvabilité de l'emprunteur potentiel distingue le redlining de la plupart des autres types de discriminations fondées sur la race, la religion, l’origine ethnique ou nationale, la situation familiale ou le handicap. 

Après les émeutes raciales de l'été 1919 (Red Summer), la Commission sur les relations raciales de Chicago notait dans son rapport des difficultés pour les Afro-Américains à obtenir des prêts, ce qui constituait déjà à l'époque un obstacle majeur pour leur accession à la propriété. Les banques et assurances mettaient à part les secteurs qu'elles jugeaient trop risqués en raison de l'origine sociale et raciale des emprunteurs. Mais c'est la crise de 1929 qui a développé la pratique du redlining. Face à la pénurie et au coût du logement, l'administration américaine décida de créer la Federal Housing Administration (FHA) et la Home Owners’s Loan Corporation (HOLC), deux agences fédérales destinées à redynamiser l'immobilier, les prêts et la construction immobilière.

La FHA avait pour mission d'évaluer les possibilités de réassurer les hypothèques. Pour déterminer les quartiers les plus favorables étaient pris en compte leur accès aux transports, leur accès aux services publics et privés, leurs niveaux de revenus fiscaux, leur topographie, leur attrait général ainsi que leur protection face aux « influences néfastes » : autant de critères qui servaient à établir la cote du quartier. Les données de la FHA constituent aujourd'hui une source d'information majeure pour étudier les cotes de risque immobilier par quartiers dans les années 1930-40. L'un de ses principaux artisans n'était autre que Homer Hoyt, qui appartenait à l'Ecole de Chicago et théorisa dans son modèle par secteurs la transformation continue des villes en lien avec le dépérissement de certains quartiers pauvres en proie au déclin immobilier (un des moteurs du white flight vers les banlieues pavillonnaires). Alors que la FHA a été créée comme une agence permanente afin d'assurer les hypothèques, la HOLC devait servir en cas d'urgence pour fournir une assistance aux propriétaires menacés d’expulsion. La FHA et la HOLC ont travaillé en étroite collaboration de manière à partager leurs données d'enquête et leurs cartes qui étaient largement diffusées auprès du secteur privé. De fait, en voulant cibler l'aide à attribuer, elles ont contribué au désinvestissement du secteur privé et à la stigmatisation des quartiers les plus déshérités.


Les cartes étaient codées selon 4 couleurs ou catégories :
  • Catégorie A : en vert ( « Best ») : les quartiers jugés pleins d'avenir, explicitement homogènes, « sans un seul étranger ou nègre » ;
  • Catégorie B : en bleu, ( « Still Desirable » ) : les  quartiers considérés comme stables en raison de leur faible risque d' « infiltration » par des groupes non blancs ;
  • Catégorie C : en jaune ( « Definitively Declining » ) : les zones bordant les quartiers noirs considérées comme risquées en raison de la « menace d’infiltration d’origine étrangère, nègre, ou de population de moindre condition » ;
  • Catégorie D : en rouge ( « Hazardous » ) : les quartiers jugés « dangereux », presque tous peuplés par des populations noires, décrits par la HOLC comme  « population indésirable » et non éligible à une aide de la FHA.
De même qu'une seule goutte de sang afro-américain suffisait à considérer une personne comme « noire » quels que soient ses autres ascendants, de même une seule famille noire pouvait rendre l'ensemble du quartier "risqué" pour les prêts hypothécaires aux yeux du gouvernement fédéral. Pour Richard Rothstein (The Color of Law, 2018) les programmes de logement lancés dans le cadre du New Deal ont représenté en quelque sorte un "système de ségrégation parrainé par l'État". Comme l'a montré Gotham (2000), au cours du XXe siècle, l'identification du comportement et de la culture noirs à des quartiers dégradés a stimulé et justifié des pratiques immobilières d'exclusion visant à créer et à préserver la séparation géographique des races, tout en contrôlant l'aménagement métropolitain.


2) Mapping inequality : un site pour étudier l'héritage des discriminations raciales aux Etats-Unis

En voulant évaluer le risque des prêts à hypothèques, le gouvernement américain a laissé un portrait saisissant du racisme et de la discrimination qui ont façonné la politique du logement aux Etats-Unis au lendemain de la Grande Dépression.

Le projet Mapping Inequality Redlining in New Deal America a été créé par quatre équipes issues de trois universités. Le site comprend plus de 150 villes des Etats-Unis concernées par la pratique du redlining. Les données proviennent de la HOLC, elles ont été géoréférencées et intégrées dans un SIG consultable en ligne sur le site de l'Université de Richmond.

Mapping Inequality Redlining in New Deal America :
http://dsl.richmond.edu/panorama/redlining/#loc=5/39.1/-94.58


Les cartes sont disponibles en téléchargement au format vecteur ou raster :
https://dsl.richmond.edu/panorama/redlining/#loc=5/39.1/-94.58&text=downloads

Le redlining concerne aussi bien les grandes que les petites villes des Etats-Unis, avec des différences importantes entre le Vieux Sud et le Nord-Est des Etats-Unis ayant accueilli la Grande Migration des Noirs entre 1916 et 1970. Le site Mapping Inequality donne la répartition des quartiers ainsi que le pourcentage pour chacune des catégories A-B-C-D, ce qui permet des comparaisons entre les villes à l'échelle locale et à l'échelle globale des Etats-Unis.

« C'est incroyable ce que l'on peut trouver dans ces documents », explique Robert Nelson, directeur de centre de partage numérique de l'université de Richmond qui a numérisé et assemblé les cartes du projet Mapping Inequality. « Ces cartes sont à l'origine de prophéties auto-réalisatrices. Les chercheurs ont ainsi découvert que les cartes provoquaient une ségrégation et un désinvestissement accrus dans les quartiers minoritaires. Les cartes témoignent des politiques qui, pendant des décennies, ont empêché des millions de familles noires de devenir propriétaires ». De fait ces cartes de la HOLC codifient les inégalités qui existaient déjà dans les espaces urbains et créent de nombreux problèmes pour l'avenir.






3) Le « redlining » d'hier à aujourd'hui

La pratique du redlining a été abolie officiellement en 1968 par le Fair Housing Act qui interdit explicitement la discrimination raciale. Elle a cependant continué à exister sous différentes formes jusqu'à nos jours. Le professeur de sociologie Pete Saunders en dresse une chronologie assez détaillée qui permet d'en comprendre les transformations jusqu'à la crise des subprimes en 2008.

Cette pratique a largement contribué au racisme systémique qui a pu s'installer et perdurer à travers les conditions de logement. Jeremy Crampton (Maps and the Social Construction of Race, 2015) classe le redlining comme un des facteurs majeurs de ségrégation ethnique (d'autres minorités pouvant être également touchées). Les cartes témoignant de ces pratiques discriminatoires sont reprises aujourd'hui par les minorités qui entendent non seulement en garder la mémoire, mais s'en servir comme instrument de lutte pour dénoncer le racisme et la ségrégation.


Les quartiers de Philadelphie qui étaient autrefois entourés en rouge, continuent d'accumuler des difficultés encore aujourd'hui : importante pauvreté, moindre accès à la santé, niveau de scolarité plus bas, taux de chomage élevé, délits plus nombreux.


Il convient cependant de ne pas verser dans le déterminisme. Il peut arriver que certains quartiers délimités en rouge à l'époque soient devenus des quartiers attractifs dans le cadre de processus de réaménagement, de reconquête ou de gentrification. C'est le cas par exemple de certains quartiers de Los Angeles (Palisades, Sawtelle, West LA, Palms jusqu'à Westchester) classés jaune ou rouge et devenus aujourd'hui extrêmement chers avec des biens immobiliers haut de gamme. L'intérêt des données mises à disposition par le site Mapping Inequality Redlining in New Deal America est de permettre des comparaisons avec la situation socio-ethnique d'aujourd'hui. La pratique du redlining montre en tous les cas à quel point la ségrégation raciale est enracinée dans la structure du marché immobilier aux Etats-Unis avec des effets à très long terme. 


Références

Crampton, J. (2015). Maps and the Social Construction of Race. In Mark Monmonier. The History of Cartography, Chicago Press, vol. 6.
http://press.uchicago.edu/books/HOC/HOC_V6/HOC_VOLUME6_R.pdf

Gotham, K. F. (2000). Urban Space, Restrictive Covenants and the Origins of Racial Segregation in a US city, 1900-50. International Journal of Urban and Regional Research, vol.24, nº3, pp. 616-633. http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/1468-2427.00268/abstract

Hillier, A. (2015). Redlining, In Mark Monmonier. The History of Cartography, Chicago Press, vol. 6.
http://press.uchicago.edu/books/HOC/HOC_V6/HOC_VOLUME6_R.pdf

Le Goix, R. (2016). « Du manteau d’Arlequin au Rubik’s cube : analyser les multiples dimensions de trente années d’évolutions socio-économiques des quartiers en Californie du Sud », Géoconfluences, http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/etats-unis-espaces-de-la-puissance-espaces-en-crises/articles-scientifiques/du-manteau-d-arlequin-au-rubik-s-cube

, The Color of Law : A Forgotten History of How Our Government Segregated America. Liveright Publishing

Recoquillon, C. (2015). Ce que "Ferguson" révèle du racisme systémique aux États-Unis, Géoconfluences. http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/etats-unis-espaces-de-la-puissance-espaces-en-crises/articles-scientifiques/Ferguson


Dans les médias

Redlining was banned 50 years ago. It’s still hurting minorities today. Washington Post (28 juin 2020).

How Redlining Communities Affects Health (Geography Realm).

Los Angeles Land Covenants, Redlining ; Creation and Effects

A History of Redlining in Omaha
http://northomahahistory.com/2015/08/02/a-history-of-red-lining-in-north-omaha/

Louisville Confronts Its Redlining Past and Present
http://www.bloomberg.com/news/articles/2017-02-21/mapping-louisville-s-redlining-history

Detroit then and now (Bridge Michigan

Redlining and Gentrification (Urban Displacement Project)

Carte des minorités aux États-Unis réalisée pour l'Atlas des droits de l'homme (sous la direction de Catherine Withol de Wenden) @LeCartographe


Articles connexes

Utiliser les données de l'UN Biodiversity Lab sur la biodiversité et le développement durable


L'UN Biodiversity Lab est une plateforme en ligne proposée par l'ONU dans le cadre du PNUD. Elle  permet d'accéder à des couches d'information géographique à l'échelle mondiale, de télécharger et de manipuler des jeux de données concernant les objectifs d'Aichi fixés dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique et les Objectifs de développement durable (ODD).


La mission de l'UN Biodiversity Lab est triple :
  • améliorer la compréhension des données spatiales afin d’œuvrer pour une meilleure prise de décision
  • faire des données spatiales un vecteur de transparence et de contrôle des mesures de conservation de la biodiversité
  • réunir les observations réalisées à partir des données géospatiales pour mieux les partager dans tous les secteurs concernés par mise en œuvre de la Convention sur la Diversité Biologique et du Programme de développement durable à l’horizon 2030.

Le site de l'ARSET (Applied Remote Sensing Training) de la NASA a organisé en mars 2020 un webinaire pour utiliser l'UN Biodiversity Lab. On peut y trouver une plaquette de présentation ainsi que des ressources. Voir également le guide d'utilisation des données (en anglais).




Les jeux de données mis à disposition sont riches et nombreux avec un accès par objectif, par thème  ou par mots-clés en utilisant le moteur de recherche. Pour télécharger les données, il faut s'inscrire auparavant sur le site.

Il est possible d'intégrer les cartes directement sur son site Internet (en iframe) ou de les exporter via un composer d'images qui permet d'ajuster titre, légende et habillage.  Un regret tout de même : le choix de la projection Mercator qui n'est pas vraiment adaptée pour visualiser des données à l'échelle mondiale !

La répartition des éco-régions (biomes) en 2017 - UN Biodiversity Lab



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Resource Watch, un portail intégré pour visualiser des jeux de données en vue d'assurer "un avenir durable" à la planète

Cartes et données sur les forêts en France et dans le monde



Un débat public sur l'implantation des éoliennes en mer en Normandie


L'implantation d'éoliennes en mer requiert d'importants aménagements et suscite des débats entre acteurs. Quelles zones maritimes doivent être privilégiées, lesquelles doivent être au contraire protégées ? Dans le cadre du débat public pour le lancement d’un 4e parc éolien en mer au large de la Normandie, la Commission nationale du débat public (Cndp) propose des ressources et des ateliers d’échange.
https://www.ensicaen.fr/debat-public-eoliennes-en-mer-en-normandie/




Ce débat public s'accompagne d'un site qui permet de tester différents scénarios d'aménagement à partir de cartes :
http://debatnormandie.fr/fabrique-de-scenarios/



Ce site constitue une ressource très utile pour travailler le débat démocratique et la géographie prospective en classe tout en apprenant à utiliser un SIG simplifié et en croisant des données entre elles.

Pour accéder aux données géographiques "Planification des énergies marines renouvelables"
http://cerema.maps.arcgis.com/apps/MapJournal/index.html?appid=199c7945c2154a24bfd8a28ee3bbd254


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Assises 2020 du GdR MAGIS : des ressources et des traces d'échanges accessibles en ligne


Créé le 1er janvier 2009 et renouvelé en 2017 par le CNRS, le GdR MAGIS a pour mission d’accompagner la recherche sur l’Information Géographique dans toute sa diversité, de fédérer une communauté scientifique pluridisciplinaire en géomatique, de diffuser les connaissances produites (résultats théoriques, méthodologiques et technologiques). Le GdR MAGIS développe 12 axes de recherches en géomatique et s’appuie notamment sur la modélisation, l’analyse spatiale et l’interdisciplinarité.

Les 23 et 24 juin 2020 devaient se tenir à Lyon les Assises du GdR MAGIS. Compte tenu de la situation de pandémie, il a été décidé de les maintenir, mais sous la forme de visioconférences : chaque groupe réuni autour d'une action prospective (AP) a organisé des séances à distance en visioconférence.

Une partie des diaporamas et des échanges des intervenants sont accessibles en ligne :

Drive & Listen, un site web pour s'immerger en voiture dans les rues des grandes villes mondiales


Drive & Listen est un site web qui permet de découvrir une ville comme si on était en train de parcourir les rues au volant de sa voiture avec l'autoradio branchée sur une radio locale.  
 
Pour accéder au site Drive & Listen :
http://driveandlisten.herokuapp.com/

 
On peut ainsi s'immerger dans les rues de quelques grandes métropoles mondiales, avec les bruits d'ambiance extérieurs ou/et les émissions de radio diffusées localement. En réalité il ne s'agit pas d'images en "live", mais de vidéos qui ont été déposées sur Youtube à différentes dates. 

On peut ainsi déambuler dans les rues désertes de Wuhan au moment du confinement ou franchir le pont du Bosphore qui relie les deux parties d'Istamboul. Drive & Listen permet de faire un tour virtuel dans plus d'une 40e de grandes villes mondiales.



Le site réunit deux formes de médias qui se sont beaucoup développés sur Internet depuis le début du XXIe siècle : la radio et la vidéo en streaming. A l'heure où la présence de l'automobile en milieu urbain est de plus en plus remise en cause, on peut s'interroger sur la vision de la ville imprimée par ce type de parcours urbain qu'il faudrait comparer à d'autres visites virtuelles à pied, à vélo...


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Facebook prend le contrôle de Mapillary, le principal concurrent de Google Street View




Facebook prend le contrôle de Mapillary, le principal concurrent de Google Street View


L'annonce de l'acquisition de Mapillary par Facebook suscite beaucoup de réactions dans le monde de la cartographie et du numérique. Fondée en 2013, la startup suédoise Mapillary avait comme objectif de créer un ensemble de données images à l'échelle de la rue pour rivaliser avec Google Street View. Contrairement à Google et Apple qui cartographient les rues en déployant des véhicules bardés de caméras et de capteurs, Mapillary misait sur ses contributeurs pour alimenter une énorme bibliothèque de photographies géolocalisées.

En faisant son acquisition, Facebook se dote d'une banque d'images immersives exceptionnelle. Une manière de se donner une chance face à Google Maps. Google, avec une longueur d'avance et des ressources bien supérieures, a collecté plus de 10 millions de kilomètres d'images de rues. Mapillary, quant à elle, dit avoir assuré la cartographie de 3 millions de kilomètres et posséder environ 1 milliard d'images dans son catalogue, ce qui en fait un concurrent sérieux. 

Alors que Google, Apple et Microsoft ont investi des milliards dans des applications de cartographie grand public et acquis de nombreuses entreprises pour contrôler ce secteur, Facebook n'était pas identifiée jusque-là comme une entreprise spécialisée dans le géoweb. Pourtant Facebook a fourni en 2019 plus de 800 000 kilomètres de routes cartographiées à OpenStreetMap. L'entreprise de Mark Zuckerberg est classée en troisième position en nombre de kilomètres cartographiés derrière Mapbox - Development Seed (1,69 million) et Apple (1,64 million).

Facebook a également réalisé une carte interactive pour aider à appréhender la diffusion du coronavirus et proposé de partager ses données anonymisées avec des équipes de chercheurs. Le principal enjeu pour Facebook est de contrer Google, mais aussi de s'imposer dans le domaine en plein essor de la réalité augmentée. Etant donné que Mapillary utilise les cartes d'OpenStreetMap, cela pose question par rapport aux contributeurs d'OSM. A terme, Mapillary pourrait devenir le pilier d'une suite d'outils et de données cartographiques destinés à des services commerciaux.

 Les zones cartographiées par Mapillary en juin 2020 (© Mapillary)






Pour compléter :
  • Facebook s'offre Mapillary, concurrent de Google street View (Sigma Corporation)
  • Facebook poursuit son incursion dans la cartographie en s'offrant la start-up Mapillary (L'Usine Digitale)
  • Coronavirus : Facebook va partager des données anonymisées avec des équipes de chercheurs (Le Monde)
  • Des chercheurs créent une "carte du coronavirus" à partir de données Facebook et Google (BFM-TV)
  • Why on Earth did Facebook Just Acquire Mapillary ? (Medium)
  • Corporate Editors in the Evolving Landscape of OpenStreetMap (International Journal of Geoinformation)

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Quand Facebook révèle nos liens de proximité


L'histoire par les cartes : une série de 14 films documentaires sur les cartes portulans (BNF)


La Bibliothèque nationale de France (@laBnF) et CNRS images présentent « Au cœur des cartes », une série de courts films documentaires sur les cartes portulans, ces cartes marines manuscrites sur parchemins, outils essentiels à partir du XVe siècle pour la maîtrise des mers et la diffusion des résultats des explorations européennes.

De la carte marine la plus ancienne connue – la Carte Pisane – jusqu’aux cartes hollandaises du XVIIe siècles, en passant par le somptueux Atlas Miller, quatorze cartes conservées à la Bibliothèque nationale de France sont présentées en détail et rassemblées dans cette galerie thématique.




Plus de 4 000 cartes anciennes sont accessibles par le moteur de recherche Gallica (avec un accès par continent et par siècle). Une page donne un accès direct aux portulans, globes et cartes du monde entier classés par région (Europe, France, Afrique, Amériques, Japon). A signaler aussi une belle exposition sur les cartes marines. Voir également les ouvrages et cartes de Jean-Dominique de Cassini.


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Géolocaliser les documents numérisés avec Gallicarte (BNF)

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Quand les artistes dessinaient les cartes (exposition aux Archives nationales)

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Telegeography publie sa nouvelle version de la carte des câbles sous-marins (version 2020)


Telegeography est spécialisée dans l'analyse des données de télécommunications à l'échelle internationale. La firme américaine basée à San Diego est connue pour la très belle carte interactive des câbles sous-marins qu'elle publie chaque année ainsi que sa carte du réseau mondial Internet.

Les câbles sous-marins transportent des signaux de télécommunications sous les océans et permettent d'acheminer d'énormes quantité d'informations d'un continent à l'autre. Au XIXe siècle, les premiers câbles sous-marins ont été posés pour le trafic lié au télégraphe. Au XXIe siècle, les câbles sous-marins transportent des données numériques pour le téléphone et pour Internet, ils sont au coeur de la mondialisation de l'information (lire ce billet). 

La carte des câbles sous-marins version 2020 (Telegeography) :
http://submarine-cable-map-2020.telegeography.com/


Cette nouvelle version 2020 rappelle les cartes du XIXe siècle à l'époque du télégraphe. Déjà en 2015, Telegeography avait proposé une carte très vintage inspirée de la cartographie du Moyen Age et de la Renaissance (par ses monstres marins, ses cartouches et ses frontières illustrées). Mais il ne faut pas se fier aux apparences : malgré son look ancien, la carte peut être consultée à travers un globe interactif où l'utilisateur peut se déplacer à son gré.



La version 2020 fait apparaître 447 câbles dans le monde et 1194 stations d'atterrissement (lieux stratégiques desservis par ces câbles qui nécessitent des stations à terre pour décrypter et répartir les données numériques).

On y découvre notamment le futur câble 2Africa. D'une longueur de 37 000 km, celui-ci constituera l'un des plus grands réseaux de câbles sous-marins au monde. Il connectera 16 pays d'Afrique et cinq pays d'Europe. Le câble devrait être mis en service d'ici 2023-2024. Outre sa longueur extrême, le câble 2Africa présente une énorme capacité potentielle de plus de 180 Tbps sur 16 paires de fibres. Les membres du consortium à l'origine de sa construction sont China Mobile, Facebook, MTN, Orange, stc, Telecom Egypt, Vodafone et WIOCC.

La page se déroule comme une storymap et permet de zoomer sur d'autres grands projets en cours en Asie-Pacifique, en Amérique latine, entre les Etats-Unis et l'Europe...

Sponsorisée par la société Telecom Egypt, la carte fait un focus sur le cas de l'Egypte, véritable hub numérique international en matière de télécommunications. Par sa position géographique, l'Égypte permet de relier l'Afrique, l'Asie, l'Europe et les États-Unis.

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L'histoire par les cartes : la carte archéologique de Paris


Paris possède un patrimoine archéologique extrêmement riche, qui s’étend de la Préhistoire à l’époque contemporaine.

Pour consulter la carte archéologique de Paris :
http://geoapps.huma-num.fr/adws/app/a031b266-40f4-11e9-8252-9bef4db631c3/


Cette carte interactive présente plus de 2000 découvertes archéologiques réalisées à Paris. De nombreuses sources de données ont été analysées, allant des mentions de découvertes anciennes des XVIIe et XVIIIe siècles jusqu’aux rapports d’opérations archéologiques préventives les plus récents.

Les archives de Théodore Vacquer – premier archéologue parisien (fin du XIXe siècle) et de la Commission du Vieux Paris, conservées à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, constituent le fonds le plus important pour documenter l’évolution de la ville de Paris. Deux autres ouvrages de référence alimentent la carte et ont été indexés : la Carte archéologique de Paris établie en 1971 par Michel Fleury et la Carte archéologique de la Gaule consacrée à Paris, publié en 1998 par Didier Busson.

Piloté par le Pôle archéologique (DHAAP) de la Ville de Paris" depuis 2014, le projet R&CAP (Référentiel et Cartographie de l’Archéologie Parisienne) bénéficie de la collaboration de l’Inrap, de la Drac Île-de-France et du CNRS (UMR 7041 ArScAn) et fédère de nombreux archéologues et historiens travaillant sur l’histoire de Paris. Il a pour objectif de mettre à disposition des chercheurs et du grand public un inventaire actualisé des découvertes archéologiques, qui sera régulièrement enrichi et valorisé sous la forme de récits thématiques.

Accès au référentiel archéologique de Paris en open data :
https://www.data.gouv.fr/fr/datasets/referentiel-archeologique-de-paris/


La nouvelle carte archéologique de Paris est pensée comme un outil de connaissance et de diffusion scientifique. Elle a été développée avec l'@Inrap et la Drac IdF en partenariat avec le consortium Huma-num "Paris Time Machine. De nouvelles couches peuvent être affichées et superposées : elles concernent les structures archéologiques (observées/restituées), les voies, les nécropoles, les limites de la cité


En complément, le Pôle archéologique propose des récits interactifs (storymaps) sur les grandes thématiques de l'archéologie parisienne :


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Cartographie de la pollution atmosphérique NO2 à l'échelle mondiale (à partir des images Copernicus Sentinel-5P - ESA)


L'Agence spatiale européenne (ESA) donne accès à travers un site de cartographie en ligne à ses données mondiales sur la pollution atmosphérique recueillies à partir du satellite Copernicus Sentinel-5P (s5p) :

Accès images s5p de l'ESA :

Les cartes témoignent des niveaux de concentrations en dioxyde d'azote (NO2) à partir d'une moyenne mobile sur 14 jours. Cette moyenne permet d'éliminer les effets à court terme liés aux conditions météorologiques et à la couverture nuageuse et d'appréhender le niveau de pollution à une échelle régionale. 

Une bouton situé au bas de la carte permet aux utilisateurs d'avancer ou de reculer dans le temps de manière à mettre en évidence les évolutions concernant les niveaux de NO2. Les utilisateurs peuvent zoomer sur une zone particulière pour un aperçu plus détaillé.

On y retrouve les fameuses cartes qui ont été diffusées pendant l'épidémie de COVID-19 et qui montrent les effets spectaculaires du confinement et de l'arrêt de l'économie sur la baisse de la pollution.
A lire sur le site de l'ESA :
Le confinement lié au coronavirus entraîne une chute de la pollution à travers l’Europe


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Tous (im)mobiles, tous cartographes ? (Colloque international, Toulouse 2-4 novembre 2020)


Approches cartographiques des mobilités, des circulations, des flux et des déplacements


Méthodes, outils, représentations, pratiques et usages 

Participez et déposez votre contribution jusqu'au 30 juin 2020 !

Le colloque Tous (im)mobiles, tous cartographes ? Approches cartographiques des mobilités, des circulations, des flux et des déplacements : méthodes, outils, représentations, pratiques et usages ambitionne d’être une vitrine de l’avancée récente de recherches et travaux réalisés dans le champ de la production cartographique issue de données portant sur des déplacements au sens large, que ces derniers soient individuels, isolés ou concernent des groupes agrégés en flux ou non, et relatifs à des personnes, des biens ou des marchandises, des idées ou des informations.

Le colloque souhaite montrer la fertilité du croisement des approches thématiques, théoriques et méthodologiques, techniques et technologiques, mobilisées pour la mise en cartes d’informations spatio-temporelles pouvant être difficiles à examiner, parce qu’elles sont complexes, massives ou sensibles.

Les approches transversales et mixtes mises en œuvre par différents acteurs autour du couple « mobilités/carte » seront privilégiées, dans l’objectif de susciter un dialogue, de développer l’interconnaissance et l’échange dans différents champs de la recherche et du développement, de l’enseignement et de la formation, mais aussi dans l’observation et la planification territoriale ou de déplacements.

De multiples formes de contributions permettront les échanges : communications académiques, posters, exposition, mapathon, démonstrations d’applications du geoweb, programmes informatiques, de dispositifs de mobilité...

Retrouvez les éléments de contexte, l'argumentaire, le détail de l'appel à communication et les modalités de soumissions dans les rubriques dédiées du site.



Pour en savoir plus :
https://cartomob.sciencesconf.org/


La carte, objet éminemment politique : les cartes de manifestations à l'heure d'Internet et des réseaux sociaux


A l’heure d’Internet et des réseaux sociaux, la carte est devenue un puissant outil de communication et fournit en même temps un outil de réflexion et d’analyse pour essayer d’appréhender les mouvements de contestation. En tant qu’outil de pouvoir et de contre-pouvoir (Good & Bailly, 1995 ; Harley, 2002 ; Wood, 2010), les cartes s’inscrivent dans des rapports sociaux de domination et de contestation. Les travaux de Brian Harley et de Denis Wood ont montré qu'il convenait de se défaire du réalisme apparent de la carte, de prendre conscience des formes de pouvoir et de domination qu'elle pouvait exercer. Comme l’a montré William Bunge, à travers une cartographie détaillée des enfants noirs victimes d’accidents à cause du white flight des navetteurs dans la région de Détroit (Bunge, 1971), les cartes peuvent devenir, dans certains cas, des instruments de revendication et de protestation. Elles font désormais partie du répertoire de l'activisme social lors des manifestations ou des révoltes (Drozdz, 2020). En cela, elles revêtent un caractère éminemment politique.

1) Des usages politiques des cartes de manifestations

De Paris à Hong Kong, de Caracas à Beyrouth ou Santiago du Chili, les cartes de manifestations jouent souvent un rôle central dans la naissance et la propagation des mouvements sociaux, en raison du fait qu’elles sont conçues dès le départ pour être diffusées et reproduites à la fois par les médias et par les sites Internet. Ces cartes, souvent associées à des textes, des images ou des slogans, participent d’une forme du contre-pouvoir, voire d’une contre-culture (Genevois, 2020). Martine Drozdz fait le point dans un chapitre récent sur les rapports entre cartes et protestations : 

DROZDZ Martine, 2020, "Maps and Protest". In Kobayashi, A. (Ed.), International Encyclopedia of Human Geography, 2nd edition, vol. 8, Elsevier, p. 367-378. A consulter sur HAL : https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02432374/document

Martine Drozdz, chargée de recherche au CNRS, travaille sur les mondes urbains et leurs imaginaires, notamment sur les mobilisations de citoyens dans le cadre de l'aménagement urbain à Londres et dans d'autres métropoles (voir ses publications sur le site du LATTS). Dans le chapitre de synthèse qu'elle propose Maps and Protest (à lire sur HAL), elle montre à quel point les cartes sont devenues de puissants outils pour remettre en cause l'ordre spatial dominant et ses représentations. « Les médias et les sources policières constituent souvent des sources incomplètes sur les manifestations ou même minimisent leur taille. Par conséquent, il n'est pas rare que les militants eux-mêmes établissent des cartes de protestation en lien avec les chercheurs ». Elle distingue trois grands types de cartes qui peuvent parfois se combiner : 
  • les cartes de protestation (maps of protest) qui localisent les sites de rassemblements pour des marches ou des manifestations ;
  • les cartes pour protester (maps for protest) qui remettent en question les représentations existantes ou rendent visibles les problèmes de gouvernance ;
  • les cartes véritablement émancipatrices qui mettent en avant des utilisations alternatives de l'espace (emancipatory mapping practices).
L'objectif est non seulement d'indiquer les "lieux de la colère" (Appadurai, 2009), mais également d'utiliser le pouvoir des cartes pour propager des formes de contestation et d'opposition à l'autorité. Martine Drozdz fournit plusieurs exemples de mouvements de protestation qui se servent de la cartographie pour s'assurer une certaine visibilité. Elle cite le cas du collectif californien Anti-Eviction Mapping Project (AEMP) qui référence les sites de résistance à la spéculation immobilière à San Francisco. Elle évoque aussi le cas de JustMap, « une carte collaborative permanente des ressources, des campagnes et des projets de la communauté londonienne » contre la privatisation des logements sociaux, le déplacement forcé des résidents locaux et les coupes budgétaires dans les services publics à Londres. On peut y ajouter l'Atlas de justice environnementale (The Environmental Justice Atlas) créé en 2012 par un collectif d'universitaires de l'Université autonome de Barcelone pour cartographier les conflits sociaux autour des questions environnementales.

Dans un ouvrage consacrée à définir les formes de contre-cartographie, Denis Wood aborde également la question des « protest maps » (Wood, 2010). Il établit une distinction intéressante entre la carte des manifestations « acceptable » pour les autorités (souvent publiée officiellement avant la manifestation) et la carte destinée à « faire pression », orientée davantage vers la révolte spontanée. L’un des éléments distinctifs de cette dernière, c’est le fait que « la colère est à la surface de la carte, elle se propage à partir d’elle » (Wood, 2010, p 116).  

A partir de l'étude de la cartographie des Gilets jaunes, nous proposons une typologie qui reprend en partie les analyses de Martine Drozdz et de Denis Wood en les adaptant plus spécifiquement aux cartes de manifestations (Genevois, 2020). Cette typologie distingue trois types de cartes, qui peuvent parfois se recouper  : 
  • les cartes comme outils d’information pour organiser les manifestations et servir de symbole de ralliement ;
  • les cartes comme support d’affirmation d’un imaginaire et d’une culture politique ;
  • les cartes comme outils de contre-pouvoir voire de résistance à l’oppression.
  •  
2) Exemples à travers des cartes de manifestations mettant en avant les "territoires de la colère" 

L'exemple des manifestations à Hong Kong (2019-2020)

Qu'il s'agisse des images et des cartes produites par les manifestants pour lancer des appels à l'ordre et sensibiliser à leur cause, ou bien des cartes d'analyse élaborées par des médias ou des observateurs, les manifestations à Hong Kong depuis 2019 ont donné lieu à une importante production cartographique (lire notre article).

On y retrouve les différentes fonctions de la carte de manifestations, depuis la localisation des lieux de rassemblements en différents points de la ville jusqu'à des usages plus politiques pour échapper à des opérations de police ou pour montrer les lieux de répression et de violences policières. Voir par exemple les différents usages du site HKmap.live alimenté en direct à partir des téléphones portables des manifestants.

Suivre les événements à Hong Kong (ou d'autres conflits) en utilisant liveuamap.com

Hong Kong est loin d'être la seule région du monde où les manifestations se développent. Qu'il s'agisse de mouvements d'opposition politique, de revendications sociales ou de manifestations concernant le dérèglement climatique, l’ACLED (Armed Conflict Location & Event Data) qui collecte et analyse les conflits dans le monde, note un développement des mobilisations dans de nombreuses régions. Le GDLET project a réalisé une carte animée qui permet de résumer plus de 30 ans de protestations dans le monde (1979-2015).



L'exemple des manifestations anti-racistes aux Etats-Unis (mai-juin 2020)

La mort de George Floyd le 25 mai 2020 (Noir américain, 46 ans, Minnesota) a déclenché une profonde colère concernant les meurtres liés à la police et au racisme systémique aux Etats-Unis. Des manifestations ont éclaté dans au moins 140 villes à cause du racisme et de la violence policière. Certaines des manifestations sont devenues violentes, provoquant l'envoi de la Garde nationale dans 21 états des Etats-Unis. Le New York Times a choisi de superposer sur une même carte les lieux de manifestation et les Etats ayant décidé de réprimer les désordres. Ce type de cartes a été largement diffusé sur les réseaux sociaux et repris également par la presse internationale (voir par exemple sa déclinaison sur Aljazeera).


Cartographie des lieux de manifestation et des Etats ayant envoyé la Garde nationale
par le New York Times (1er juin 2020)



D'autres cartes ont été proposées afin de montrer l'ampleur du mouvement à l'échelle des Etats-Unis mais également dans le reste du monde (principalement en Europe et en Australie). Une page spécifique sur Wikipedia a été ouverte pour répertorier l'ensemble de ces lieux en crowdsourcing. La carte "George Floyd protests and riots" réalisée à partir de Google Maps a par exemple reçu plus de 2 millions de vues à la date du 9 juin 2020. Cette carte est directement reliée au site Black lives matter qui coordonne les informations et relaie les initiatives. Elle ne donne pas d'informations détaillées sur la date ni sur la nature des manifestations. Elle se contente de géolocaliser les lieux sous forme d'icônes qui viennent s'accumuler comme sur une carte à punaises.

Les manifestations en soutien à George Floyd dans le monde (source : Black lives matter)



Parallèlement à ces cartes recensant les points de rassemblement pour les marches et manifestations, il est possible d'observer le développement de cartes relayant les informations en temps réel à partir d'images et de vidéos déposées par les manifestants eux-mêmes sur les réseaux sociaux. Il s'agit par exemple du site Liveuamap qui avait déjà relayé le mouvement de contestation à Hong Kong et qui a ouvert une nouvelle rubrique US Protests. L'intérêt de Liveuamap est de conserver un historique des événements et donc de permettre un suivi des manifestations dans l'espace et dans le temps (cf possibilité d'effectuer des recherches en fonction des dates).

Suivi des manifestations anti-racistes de mai-juin 2020 sur US Protests Liveuamap



Les applications de messagerie instantanée ont également proposé leurs services cartographiques pour relayer les informations en temps réel. Voici par exemple la cartographie proposée par Snapchat map qui représente les manifestations sous forme de heat map (cf lieux de manifestations assimilés à des "points chauds").

Cartographie en temps réel des manifestations sous forme de "heat map"
(source : Snapchat map)



Pour montrer l'ampleur du mouvement, le New York Times a cartographié les villes américaines (plus de 2000) où ont eu lieu des manifestations entre le 26 mai et le 9 juin 2020 en indiquant la taille des villes et en y ajoutant 259 images (la carte devient en quelque sorte un mur de photographies).

La carte des manifestations entre le 26 mai et le 9 juin (source : New York Times)


Dans le sillage de ces cartes montrant l'élan de solidarité, CNN a diffusé une carte mettant en avant le soutien unanime des 50 États américains à l'égard du mouvement « Black Lives Matter » : une carte devenue virale et ayant tendance à produire un effet de saturation du message politique (cf risque de récupération).

De leur côté, les médias ont cherché à décrypter l'information et à saisir la réalité et l'importance des violences policères aux Etats-Unis.

Après la mort de Michael Brown, un américain noir non armé tué en 2014 par la police à Ferguson (Missouri), une enquête du Washington Post a révélé que le FBI avait sous-estimé d'environ la moitié les fusillades mortelles de la police (la déclaration auprès de services de police étant volontaire, de nombreux services ne les enregistraient pas). Ce recensement effectué à partir de comptes rendus d'actualité, de publications sur les réseaux sociaux et de rapports de police fait apparaître plus de 5000 victimes sur la période 2015-2020 (en moyenne 1000 personnes tuées par les balles de la police chaque année). Le taux des Noirs américains tués par la police y apparaît comme deux fois supérieur à celui des Blancs. Le Washington Post a mis en ligne cette base de données recensant tous les tirs mortels de la police entre 2015-2020, y compris contre des personnes non armées :

Recensement des interventions mortelles de la police entre 2015 et 2020 à partir de la base de
données établie par le Washington Post (9 juin 2020) 



Lire : Charlotte Recoquillon, « Ce que " Ferguson" révèle du racisme systémique aux États-Unis », Géoconfluences, juillet 2015.

Dans l'idée de dénoncer la répression policière et d'en faire un outil de contre-pouvoir et de résistance à l’oppression, cette carte a été transformée en outil de communication politique. En voici une version assez saisissante en rouge sur fond noir, à laquelle ont été ajoutés les personnes non armées (points rouges) ainsi que les témoignages des victimes (inscrits en continu sur fond noir en arrière plan). De fait cette carte ne se limite plus à informer, elle vise davantage à sensibiliser à une cause à travers un message politique fort, adressé au monde entier :

Tirs mortels de la police américaine entre 2015 et 2020
(source : Data is beautiful)
 

Voir  à titre de comparaison, la carte de Philippe Rivière sur la répression du mouvement des Gilets jaunes.

Erik Yan en a donné une représentation 3D avec possibilité de sélectionner la période étudiée entre 2015 et 2020 : à découvrir sous forme de cartographie animée sur le site TowardDataScience.



Les cartes par figurés ponctuels ci-dessus sont à comparer à la carte en aplats du nombre de morts par Etats rapportés à l'importance de la population (pour 100 000 personnes) sur la même période 2015-2020 :




L'Atlas décolonial rappelle par ailleurs les pratiques de discrimination raciale qui existaient déjà au milieu du XXe siècle à travers le phénomène du "redlining", observé notamment à Louisville (Kentucky). Le redlining fait référence à la pratique qui consistait à refuser d'accorder des prêts immobiliers aux minorités en se basant sur la composition socioéconomique et raciale de certains quartiers indiqués en rouge sur la carte. Dans Maps and the social construction of the race, Jeremy Crampton et Amy Hillier montrent que la pratique du redlining était assez courante au XXe siècle, églement à Philadelphie. L'objectif était d'identifier les quartiers urbains jugés indésirables concernant l'attribution d'une assurance logement ou de prêts à hypothèques en raison de la composition raciale de leurs emprunteurs ou de leurs propriétaires.  


Engagé dans de la lutte contre la suprématie blanche aux Etats-Unis, l'Atlas decolonial (@decolonialatlas) relaie les informations concernant les monuments symboles et les traces laissés par l'esclavage et la colonisation.



 
Références bibliographiques
  • APPADURAI A. (2009). Géographie de la colère. La violence à l’âge de la globalisation, Paris : Petite bibliothèque Payot.
  • BAGHAT Alexis, MOGEL Lize (2008) An atlas of radical cartography, Los Angeles : Journal of Aesthetics and Protest Press.
  • BUNGE William (1971). Fitzgerald : Géographie d'une révolution. Morristown : General Learning Press. Ouvrage disponible en téléchargement. https://muse.jhu.edu/book/11514/NJ
  • DROZDZ Martine (2020). Maps and Protest. In Kobayashi, A. (Ed.), International Encyclopedia of Human Geography, 2nd edition, vol. 8, Elsevier, p. 367-378. A consulter sur HAL : https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02432374/document
  • GENEVOIS Sylvain (2020). Des lieux de manifestations aux territoires de la révolte. Quelle(s) cartographie(s) du mouvement des Gilets jaunes ? Géographies et culture, « Géographies de la colère. Ronds-points et pré carrés », numéro coordonné par Dominique Chevalier et Mariette Sibertin-Blanc (à paraître).
  • GOULD Peter et BAILLY Antoine (1995). Le pouvoir des cartes. Brian Harley et la cartographie. Paris : Economica.
  • HARLEY Brian (2002). The New Nature of Maps : Essays in the History of Cartography, Baltimore and London : The Johns Hopkings University Press.
  • LEVY Jacques, La carte et les territoires de la colère, interview pour France culture, 12/12/2018.
  • WOOD Denis (2010). Counter-Mapping and the Death of Cartography, Rethinking the Power of Maps, Guilford Press : New York, p. 111-155.

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