Cartographie des fusillades de masse aux Etats-Unis : comment étudier et objectiver le phénomène ?


Selon l'ONG Gun Violence Archives, les États-Unis ont connu 253 « tueries de masse » depuis le début de l'année 2019 (chiffre au 4 août 2019).

Les États-Unis enregistre effectivement le triste record d'être le pays qui compte le plus de fusillades de masse dans le monde. Le terme fusillade de masse est utilisé lorsque quatre victimes sont recensées, en excluant le meurtrier. Si l'on retient ce critère, 146 fusillades de masse ont été perpétrées entre 1967 et 2017, avec une moyenne de huit morts par fusillade.

Les chiffres peuvent en effet varier en fonction de la méthode utilisée pour recenser ces "tueries de masse" (mass shootings). Au delà de la bataille des chiffres et du décompte macabre du nombre de victimes, il peut être intéressant d'essayer de décrypter les contours de cette "géographie de la violence". En plein débat sur le port des armes aux Etats-Unis, nous entamons ici un recensement des ressources et des données pour essayer d'étudier et d'objectiver le phénomène, mais également pour dégager des pistes d'analyse géographique.

1) LES CARTES DISPONIBLES
  • Les cartes par densité de points
Ce sont les cartes les plus nombreuses que l'on peut trouver sur Internet et dans les médias. Elles recensent des données brutes et relèvent de la cartographie d'inventaire.

Les « tueries de masse » répertoriées par le site Gun Violence Archives



Le site Gun Violence Archives (GVA) propose de nombreuses cartes sur le sujet avec des rapports détaillés par année et par type de meurtres.



  • Les cartes par figurés proportionnels
Elles relèvent davantage de l'analyse et permettent de représenter le phénomène par Etat (sans tenir compte cependant de la population dans chacun d'eux).


La cartographie établie par le site Mother Jones 1982-2019 (source : Mother Jones Investigation)



Réalisée par Gaëlle Sutton, cette autre carte par figurés proportionnels (rouge sur fond noir) est particulièrement saisissante. La méthode d'interpolation permet de repérer des zones de concentration sur un temps long de 1966 à 2018 (une sorte de heatmap). Les données et les graphiques en cartons renseignent la carte de manière plus précise.

Les fusillades de masse aux Etats-Unis 1966-2018 (source : Gaëlle Sutton
- 1213 morts, 1790 blessés d'après Stanford Mass Shooting in America -



Vingt ans après le massacre de Columbine qui a fait 13 morts et 24 blessés en 1999, le fléau de la violence armée continue de sévir dans les écoles américaines. Selon les données du Washington Post, plus de 226 000 étudiants ont été victimes de violence armée dans les écoles depuis le meurtre de Columbine. ESRI s’est servie de cette base de données pour créer une carte interactive des fusillades dans les écoles.



  • Les cartes par aplat de couleurs
Les cartes choropèthes (par aplat de couleurs) semblent moins efficaces pour représenter un phénomène qui reste malgré tout ponctuel dans le temps et dans l'espace. Sur Internet, il n'est pas rare de trouver des mapfails puisqu'il n'est pas permis d'un point de vue sémiologique de représenter une valeur brute en aplat ! Le message se veut simple et efficace, au prix de quelques généralisations que n'hésite pas à faire CNN (la chaîne américaine est coutumière de ce genre d'erreur cartographique) :
 


D'autres cartes plus sérieuses, mais qui interrogent néanmoins dans leur mode de construction et d'interprétation, cherchent à rapporter les tueries de masse et les taux d'homicide à la population ou à la composition ethique de chaque état (voir commentaires sur MapPorn).







  • les infographies et story maps
Elles couplent cartes et graphiques de manière à mettre en relation plusieurs phénomènes, par exemple ici la répartition des fusillades en fonction de leur ampleur (moins de 5, plus de 5 voire plus de 10 morts) et la date à laquelle elles ont été commises, la fusillade d'El Paso ayant fait elle 20 morts le 3 août 2019.



Une augmentation des "tueries de masse" aux Etats-Unis 1980-2018 (source : Wikipedia)



Voir également cette infographie du Washington Post :
http://www.washingtonpost.com/graphics/2018/national/mass-shootings-in-america/

Les tueries de masse depuis Sandy Hook (une story map sur le site de Vox) :
http://www.vox.com/a/mass-shootings-america-sandy-hook-gun-violence


2) LES BASES DE DONNÉES ET LEURS MÉTHODES DE DÉCOMPTE

La définition du "meurtre de masse" la plus couramment reprise par les médias est celle établie par le FBI qui définit le seuil de trois personnes ou plus, assassinées au cours d'un même événement. Mais les définitions diffèrent selon les sources qui peuvent émaner aussi bien de journalistes que de militants, d'universitaires, d'administratifs ou d'analystes intéressés par le sujet.

Mother Jones

Le journal Mother Jones a été l'un des premiers média à créer une base de données en open source, pour documenter les fusillades à grande échelle. Ses investigations ont porté sur les déchaînements de violence aveugle dans les lieux publics, faisant au moins quatre victimes tuées par l'assaillant. Cela exclut les fusillades résultant de crimes à caractère plus classique tels que les vols à main armée ou les violences de gangs. Le but du site est de conserver une mémoire de ces meurtres sur près de quatre décennies en incluant des informations sur le profil des assaillants, les types d’armes qu’ils ont utilisées et le nombre de victimes qu’ils ont blessées ou tuées (voir la base de données 1982-2019). En fait, le décompte commence le 1er août 1966, quand un étudiant, un tireur d’élite, tire sur des passants depuis la terrasse d’observation d’une tour de l’horloge de l’Université du Texas.

Gun Violence Archives (GVA) :
http://www.gunviolencearchive.org/

Le site Gun Violence Archives a été créé en 2012 "en tant qu'organisme indépendant de recherche et de collecte de données dans le but de fournir des données complètes et utiles au débat national sur les violences par armes à feu". Les chercheurs ont repris la définition du FBI qui n'intègre pas le tireur dans le décompte. Les cas d'utilisation d'armes à feu défensives, les propriétaires qui s'opposent à l'effraction d'un logement, les employés de magasins qui arrêtent un vol, les individus qui arrêtent une attaque ou un viol avec une arme à feu sont également collectés. Les données sont recueillies auprès de  6 500 sources provenant de la police locale et de la police d'État, des médias, des bases de données du gouvernement et d'autres sources. Chaque incident est vérifié par les chercheurs avec un mode de validation secondaire. Il s'agit plutôt d'une base de données construite a posteriori que d'un décompte en temps réel (voir le détail de la méthodologie)

Mass Shooting Tracker (MST) :
http://www.massshootingtracker.org/

Créé par différents médias (dont CNN, MSNBC, New York Times, Washington Post, The Economist), le site Mass Shooting Tracker entend recenser l'ensemble des victimes y compris les blessés. Il est le seul site à intégrer le meurtrier dans le décompte des victimes. L'objectif est de montrer l'ampleur du phénomène et de sensibiliser aux conséquences néfastes du lobby pro-armes à feu aux Etats-Unis. Les données sont téléchargeables par année au format CSV à partir de 2013.

Standford Mass Shootings in America (MSA)


Le Stanford MSA a pour but de réunir des données spatiales et temporelles sur les tirs en masse en à partir des sources de médias en ligne. Le but est de faciliter les recherche sur les violences armées aux États-Unis en rendant les données brutes plus accessibles. Le Stanford MSA n’est pas un projet de recherche. Les données collectées ne font pas l'objet d'analyses après l'inclusion dans la base de données (à partir d'au moins trois sources corroborant l'événement). Il ne vise pas à répondre à des questions spécifiques sur la violence armée ou sur les lois concernant les armes à feu. Les chercheurs utilisant cette base de données doivent être conscients de certains biais induits par les changements technologiques : la flambée des incidents au cours des dernières années est probablement due à l'augmentation du nombre de rapports en ligne et n'est pas nécessairement indicative du taux de fusillades à grande échelle. La définition de tir de masse utilisée dans la base de données de Stanford est de 3 victimes de tir ou plus (pas nécessairement des victimes), sans compter le tireur. La fusillade ne doit en aucun cas être liée à un gang, à la drogue ou au crime organisé (voir le détail de la méthodologie). Les données sont accessibles sur Github au format csv et geojson. Le site renvoie par des liens aux trois bases de données vues plus haut (Mother Jones, Gun Violence Archives, Mass Shooting Tracker).

Le Federal Bureau of Investigation (FBI)
http://www.fbi.gov/about/partnerships/office-of-partner-engagement/active-shooter-resources

Le FBI n'utilise pas le terme tir de masse, mais désigne ces événements comme des « incidents de tir actif ». Il publie des rapports réguliers sur les fusillades, avec des informations détaillées sur le comportement des tireurs et des analyses sur les tendances observées. Il s'agit d'une source officielle assez fiable. Principal inconvénient : les rapports sont pour la plupart annuels, donc si vous cherchez les derniers chiffres, les autres sources sont meilleures.

Wikipedia donne par ailleurs une liste détaillée des meurtres de masse pour l'année 2019 reprenant différentes sources :
http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_mass_shootings_in_the_United_States_in_2019

Comme en témoigne cette revue, la manière de recenser les fusillades de masse a évolué au fur et à mesure du temps et dépend encore nettement des sensibilités et des opinions.


3) LES PISTES D'ANALYSE SOCIO-GÉOGRAPHIQUE

Les personnes tuées viennent de tous les âges, de tous les milieux sociaux et de tous les types raciaux, ce qui fait dire aux défenseurs des armes à feu qu'il n'y aurait pas de profil type du meurtrier de masse (voir ce rapport du FBI). Il n'en demeure pas moins que les tireurs portent plus d'une arme qu'ils se sont procurés en général légalement. Des fusils semi-automatiques sont impliqués dans certaines des fusillades les plus meurtrières du pays. Les armes à poing semi-automatiques de 9 mm sont les plus courantes. Elles sont utilisées par de nombreux agents de la force publique. Elles sont légères, peu coûteuses et faciles à dissimuler. Certains de ces tireurs de masse étaient connus pour des faits de violence ou leur passé de criminels. La plupart sont des hommes, dont la majorité a entre 20 et 49 ans. Plus de la moitié d'entre eux sont morts sur le lieu de la fusillade ou à proximité, souvent en se suicidant.

Certains médias comme par exemple le Washington Post ont cherché à analyser ces meurtres de masse en fonction des lieux où ils avaient lieu. Les écoles et les lieux de culte sont concernés, mais également les bars, restaurants, magasins et autres lieux publics. Comme le note le journal, "les fusillades en masse ne représentent qu’une petite fraction des décès par arme à feu, mais elles sont particulièrement terrifiantes car elles se produisent sans prévenir dans les endroits les plus banals. La plupart des victimes sont choisies non pour ce qu'elles ont fait, mais simplement pour l'endroit où elles se trouvent." 

Répartition des meurtres de masse en fonction des lieux où ils sont commis (source : Washington Post




Si les Etats-Unis représentent 5% de la population mondiale, ils recensent 31% des tueries de masse dans le monde. La plupart des états américains sont concernés, avec malgré tout quelques états davantage touchés (le Texas, la Californie, la Floride). Le meurtre de masse d'El Paso au Texas perpétré en août 2019 a fait 20 morts et visait clairement la communauté hispanique. Après le massacre de Columbine en 1999, de nombreuses écoles ont élaboré des plans de sécurité afin que les enfants et les éducateurs sachent quoi faire lors d’une attaque. Après Sandy Hook, les « exercices de verrouillage » sont devenus aussi courants que les exercices d’incendie.

Le Standford Geospatial Center propose des pistes d'analyse géographique à partir de cartes à comparer : Mass Shootings in America : A Geographic Approach

Voir également la série de cartes proposées sur la plateforme Arcgis.

Pour les partisans du port d'armes à feu, ce droit s'inscrit dans la constitution américaine. Ils considèrent  que ces cartes recensant tous les crimes commis dans le pays ont tendance à répandre la peur et avancent comme argument que les "tueries de masse" ne représentant qu'1% des crimes commis aux Etats-Unis (voir cet exemple). S'il n'y a pas de lien systématique de causalité entre le nombre d'homicides par armes à feu et le pourcentage d'Américains détenant une arme (voir cartes ci-dessous), on peut établir malgré tout certaines corrélations notamment au Texas, au Nouveau Mexique et dans le Vieux-Sud.





Les partisans d'une réglementation plus stricte, voire d'une interdiction du port d'armes à feu, avancent au contraire l'idée qu'il faut en finir avec cette culture de la violence qui imprègne la société américaine. Le débat devient politique avec des prises de position ambiguës du président Donald Trump qui condamne l'idéologie raciste du suprémacisme blanc, suspectée d'être à l'oeuvre dans l'une des deux fusillades ayant endeuillé les Etats-Unis en août 2019, tout en évitant de mettre l'accent sur la lutte contre les armes à feu. Les démocrates de leur côté s'opposent à la domination de la NRA sur la politique américaine (voir cet article). Ils en appellent à l'imposition de vérifications universelles des antécédents des acheteurs d'armes à feu, à la loi dite du « drapeau rouge » et, en définitive, à l'interdiction des armes d'assaut de type militaire.

Si les tueries de masse ne sont pas un phénomène nouveau aux Etats-Unis, reste que leur nombre a considérablement augmenté ces dernières années. Le port d'armes constitue un sujet de débat récurrent aux Etats-Unis.




Les apparitions d'OVNI : une cartographie plus intéressante qu'on pourrait croire pour chercher des (fausses) corrélations


Le site Weird Data Science qui s'intéresse aux phénomènes paranormaux et aux données étranges issues de la science, a publié une carte qui répertorie toutes les observations d'OVNI (UFO) dans le monde sur plus d'un siècle (1910-2013).



Les données proviennent du très sérieux Centre national de déclaration des ovnis (NUFORC) qui a compilé et organisé les données issues sur plus d'un siècle d'observations au niveau mondial. Les données ont été traitées, nettoyées et mises en téléchargement par Timothy Renner sur le site Data.world.

Les données sont très détaillées, avec le type d'observation, la durée, la latitude et la longitude, et de nombreuses autres renseignements. On peut se poser beaucoup de questions sur ces données. Y a-t-il des lieux où les OVNI sont plus souvent observés ? Comment ces observations ont-elles changé au fil du temps ? Ces événements sont-ils prévisibles ? On pourrait espérer que les réponses se trouvent dans les données... mais il n'y a rien d'évident. Le site Weird Data Science en tire quelques observations (à prendre avec humour).

Les OVNI préfèrent clairement descendre sur les États-Unis, bien que l’Europe et en particulier le Royaume-Uni reçoivent leur juste part de visites extraterrestres. Le reste du monde est loin d'être ignoré, mais votre meilleur espoir de nouer des contacts semble bien se trouver dans ces deux pays. De là à penser que les Américains et les Anglais sont les deux peuples assez crédules... ou simplement ceux où l'ufologie est la plus ancienne et la plus implantée ?

Par ailleurs le site Weird Data Science s'est livré à une petite analyse avec le logiciel R pour savoir si les OVNI étaient plus souvent vus à proximité des bases militaires américaines.




À première vue, il semblerait exister des corrélations entre des installations de l'armée de l'air et des lieux d'observation d'OVNI. Depuis l’incident de Roswell en 1947, les OVNI ont souvent été associés à des bases militaires secrètes qui feraient voler de mystérieux engins dans le ciel nocturne. Loin d'être des visites d'extraterrestres, les observations d'OVNI corresponderaient souvent à des appareils militaires expérimentaux ou conventionnels.

La carte montre juste que les observations sont beaucoup plus fréquentes sur les côtes des États-Unis que dans le centre du continent. En réalité c'est certainement la différence de densité qui explique le phénomène.

Ce petit détour par l'ufologie nous a permis de découvrir au moins une chose... que l'on savait déjà : il n'y a pas mieux que les cartes pour chercher toutes sortes de (fausses) corrélations !


Prolongement :

L’invasion des ovnis : où en est-on actuellement ? Une mise au point par l'Association française d'information scientifique : https://www.pseudo-sciences.org/L-invasion-des-ovnis-ou-en-est-on-actuellement


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Rubrique Cartes et atlas imaginaires



Une cartographie de l'exclusion aux Etats-Unis : entre amélioration de l'aide sanitaire et risque de stigmatisation des quartiers


Signalé par Maps Mania, Mapping America's Area Deprivation Index, 21 août 2019.

Cette cartographie de l'exclusion a été mise en ligne en mai 2018 par la Faculté de médecine et de santé publique de l'Université du Wisconsin. Celle-ci a produit un "Atlas des quartiers" qui classe les quartiers des Etats-Unis en fonction du revenu, de l’éducation, de l’emploi et du logement.

Accès au Neighborhood Atlas de l'université de Wisconsin :
http://www.neighborhoodatlas.medicine.wisc.edu/mapping



Cet atlas part du constat que l'état de santé des habitants est en grande partie déterminé par des critères économiques et sociaux. La vie dans un quartier défavorisé est corrélé à un certain nombre de données sanitaires, avec notamment des taux plus élevés de diabète et de maladies cardiovasculaires, une utilisation accrue des services de santé et une espérance de vie souvent plus courte. L'objectif à terme est une meilleure prise en compte des formes d'exclusion territoriale par les politiques d'intervention en matière de santé publique.

Source et type de données

Les  données sont issues des enquêtes quinquennales de l'American Community Survey (Census Bureau) de 2015. Les données sont très précises puisqu'elles sont fournies au niveau des blocs de recensement, soit la plus petite unité statistique aux Etats-Unis. L'indicateur ADI (Area Deprivation Index) comporte 10 niveaux, du plus faible aux plus fort.

L'indicateur ADI est dérivé de l’indice de privation de territoire (DJA) créé il y a plus de 20 ans par la Health Resources & Services Administration (HRSA) pour une utilisation au niveau du comté, mais qui a été affiné, adapté et validé au niveau des blocs du recensement. L'ADI permet de classer les quartiers en fonction de leur statut socioéconomique, au niveau de chaque État ou au niveau fédéral. Cet indicateur composite intègre des données sur le revenu, l'éducation, l'emploi et le logement.

Il est un peu l'équivalent de l'Indice synthétique d'exclusion (ISE), bien que le choix des indicateurs soit différent dans le cas de la France (13 indicateurs issus de différentes sources : INSEE; CAF...). Il comporte les mêmes limitations puisqu'il établit une forme de "discrimination positive" et tend à créer des "quartiers handicapés" (voir cet article critique)

Les données sont téléchargeables après inscription sur le site. On peut télécharger directement les cartes en PDF sans inscription préalable.

Traitement cartographique

Il faut d'abord choisir un état. Puis on accède aux blocs de recensement sur la carte pour voir dans quel décile ADI il se classe. Noter qu'il n'est pas évident de se faire une idée générale à partir de ce classement qui comporte beaucoup de niveaux. Le double dégradé bleu et rouge aide à s'y retrouver bien qu'on ne sache pas à quoi correspond la moyenne. C'est le problème des indicateurs composites qui agrègent des données assez disparates.

Si vous souhaitez visualiser la distribution des différents déciles ADI, vous pouvez survoler les couleurs de déciles dans la légende de la carte. Cela filtrera la carte pour afficher uniquement les blocs du décile sélectionné.

Pistes d'interprétation

Les inégalités apparaissent à plusieurs échelles, non seulement entre les états mais aussi à l'échelle des villes, entre les différents quartiers. Pour expliquer cette "géographie de l'exclusion", il peut être intéressant d'étudier une métropole américaine au choix. On peut aussi comparer cette carte de l'exclusion avec celle du niveau d'études aux Etats-Unis.

Comme le montre Gérard-François Dumont à propos des villes françaises, "l’exclusion ne se situe pas toujours majoritairement en périphérie mais au centre ; sa logique n’est pas tant centrifuge que centripète." La question de l'exclusion ou de la gentrification urbaine varie énormément selon les villes et les quartiers étudiés. Il peut exister également des formes de gentrification rurale.


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Greenpeace dresse une carte mondiale de la pollution au SO₂ à partir d'images de la NASA


Greenpeace a dressé une cartographie mondiale de la pollution atmosphérique à partir de données de la NASA. Il s'agit de la pollution au souffre (SO₂) qui est particulièrement nocive pour la santé humaine.

Le rapport, publié le 18 août 2019, est téléchargeable sur le site de Greenpeace Inde. Les données cartographiques sont disponibles en fichier kml/kmz sur Google Maps




Ce classement des plus importantes zones de pollution de la planète fait apparaître l'implantation des centrales à énergies fossiles, des raffineries et des industries. Ces données ont été croisées avec les niveaux élevés d’émissions de dioxyde de soufre (SO2) observées à partir d'images satellitaires de la NASA.

L'Inde, la Russie et la Chine arrivent en tête des pays les plus pollueurs. Cette pollution au dioxyde de souffre  concerne les grandes métropoles industrielles (comme Delhi) mais aussi les gros complexes industriels (comme Norilsk ou Zagros). L'Europe de l'Est n'est donc pas en reste. Voir le rapport établi par Greenpeace Inde (p 14 et suiv.) qui classe 423 sources majeures d'émission dans le monde avec leurs caractéristiques détaillées (types de sites, taux d'émission...).


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Les ventes d'armes des Etats-Unis et de la Russie (1950-2017)


Cette data visualisation très efficace a été produite par Will Geary afin de pouvoir comparer les ventes d'armes des Etats-Unis et de la Russie sur une période assez longue (1950-2017), des débuts de la Guerre froide à nos jours.

Les armes vendues par les Etats-Unis ou par la Russie entre 1950 et 2017 (source : Vimeo)


Les informations utilisées proviennent de la base de données sur les transferts d’armes du Stockholm International Peace Research Institute. Cette base de données constitue une référence internationale pour obtenir des informations sur les fournisseurs et les destinataires, le type et le nombre de systèmes d’armes commandés et livrés, les années de livraisons et la valeur financière de ces transactions.

Les unités sont exprimées en valeurs d'indicateur de tendance ou VIT. Chaque point sur la carte représente un VIT, soit la  tendance des importations ou des exportations d’armes d’un pays à l'autre.

L'infographie montre que la course aux armements se poursuit bien au-delà de la Guerre Froide. On observe malgré tout une réduction temporaire dans les années 1990-2000 avant une reprise encore plus forte dans les années 2000-2010. La logique de Guerre Froide prédomine avec des clients privilégiés (l'Europe de l'ouest, le JApon, la Corée du Sud, Israël, l'Arabie saoudit, les Emirats arabes pour les Etats-Unis ou au contraire l'Europe de l'Est, Cuba, la Corée du Nord et l'Afrique pour la Russie). Mais on observe aussi une diversification des pays-clients des deux puissances, qui traduit les recompositions géopolitique du monde actuel.

Pour plus de détails, on peut consulter cette 2e vidéo qui ne concerne que les ventes d'armes des Etats-Unis sur la même période. Un code couleur permet de mettre en évidence la destination géographique de ces ventes par grandes régions continentales.

Les armes vendues par les Etats-Unis entre 1950 et 2017 (source : Vimeo)

Le niveau d'études aux Etats-Unis à travers une carte par densité de points


Signalé par Maps Mania, The Dot Map of American Education, 20 août 2019.

La carte du niveau d'études aux Etats-Unis est une carte interactive par densité de points qui représente la population américaine âgée de 25 ans ou plus, avec son niveau de formation  :
http://personal.tcu.edu/kylewalker/maps/education




Source et type de données

La carte a été créée par Kyle Walker, qui est enseignant-chercheur (Associate Professor) en géographie et directeur du Center for Urban Studies, au sein de la Texas Christian University.

Les données proviennent du tableau B15003 de l'American Community Survey qui a réalisé une grande enquête sur la population américaine sur la période 2011-2015. Ces données sont mises à disposition sur le site National Historical Geographic Information System (NHGIS). Ce site est une mine de données statistiques sur les Etats-Unis depuis 1790 et fournit un accès à des données compatibles SIG.

Les couches d'information qui ont été utilisées sont les suivantes :
- Zone géographique du secteur de recensement américain 2011-2015 ;
- Tableau ACS B15003 2011-2015, niveau de scolarité de la population de 25 ans et plus, pour les secteurs de recensement ;
- Bloc géographique du recensement des États-Unis de 2010 pour les 50 États et le district de Washington ;
- Recensement des États-Unis en 2010, tableau P1, Population totale pour les blocs de recensement.

Traitement cartographique

Il s'agit d'une carte dasymétrique, une méthode d’interpolation à partir d’un critère d’homogénéité, ici le niveau d'études rapporté à la densité de population. Les points sont donc placés en fonction des données de population sous-jacentes (informations dites "auxiliaires"). L’utilisation de représentations dasymétriques est un bon moyen d’améliorer la spatialisation de variables révélatrices de la qualité des territoires : offre de soins, densité de population, niveau d'éducation... (lire cet article). Les données sur le niveau d'études ont été agrégées à l'échelle des secteurs de recensement et les points sont répartis au hasard dans chaque secteur. La valeur de chaque point varie en fonction du degré de zoom : indiquée dans la légende en haut à gauche, cette valeur peut aller de 25 personnes (zoom maxi) à environ 500 (zoom mini).

Les données sont classées en 5 catégories, qui représentent le niveau d’études le plus élevé atteint par chaque individu : cela va de ceux qui arrêtés leurs études avant l'enseignement secondaire jusqu'à ceux qui ont obtenu un diplôme d'études supérieures. Les emplacements des points sont approximatifs et ne représentent pas les lieux où se trouvent les individus. En outre, l'American Community Survey reposant sur des données d'enquête déclaratives, les estimations sont sujettes à des marges d’erreur.

L'utilisateur peut filtrer les données dans la légende qui est interactive, ce qui permet d'éviter que des points en masquent d'autres dans les secteurs de fortes densités. A chaque déplacement ou changement de zoom sur la carte, il peut aussi faire varier l'histogramme à plat et voir s'afficher les variations en pourcentage, ce qui est très utile pour conduire des comparaisons.

Pistes d'interprétation

On peut d'abord choisir un accès direct à l'une des villes proposées : New York, Los Angeles, Chicago, Dallas-Fort Worth, Atlanta, puis s'essayer à une navigation libre en prenant des secteurs bien particuliers : par exemple des lieux où les points sont très contrastés en couleur ou au contraire des lieux où les couleurs sont très mélangées (de manière à repérer les zones de "melting pot" du point de vue du niveau d'études).

Il n'est pas étonnant de voir ressortir la très forte ségrégation socio-spatiale qui règne aux Etats-Unis. Cette carte peut être rapprochée de celle de la répartition ethnique ou du celle de l'exclusion. Un autre contraste très fort est celui qui distingue la ville-centre de ses quartiers périphériques. A l'intérieur même des grandes métropoles, on distingue aussi de fortes inégalités scolaires (comparer par exemple Manhattan au Bronx ou à Brooklyn pour New York).

Bien que très précise, ce type de cartes par densités de points finit par poser des difficultés de lecture, notamment pour arriver à dégager une vue synthétique.


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La carte, objet éminemment politique : les manifestations à Hong Kong


Hong Kong connaît depuis le 9 juin 2019 de gigantesques manifestations qui font la "une" des médias. Les manifestants s'opposent à un projet de loi visant à autoriser les extraditions vers la Chine continentale. Ce qui tenait au départ de l'opposition à un projet s'est transformé en un grand mouvement de révolte qui refuse la domination exercée par Pékin. 

Hong Kong est rattaché à la Chine depuis 1997 avec un statut de région semi-autonome (voir cette vidéo résumant les principales étapes historiques). Le gouvernement chinois a promis en principe d'assurer pendant 50 ans (jusqu'en  2047) un "haut degré d'autonomie" avec des garanties de liberté d'expression et de sécurité. Mais depuis plusieurs années, le mécontentement monte face à la restriction des libertés publiques. L'ampleur de la contestation s'est accentuée avec la révolution des parapluies en 2014. 




La reprise des manifestations en juin 2019 coïncide avec la libération d'un des leaders étudiants, Joshua Wong (voir son interview) qui avait lancé une campagne de désobéissance civile et avait été mis en détention. À peine remis en liberté, il demande la démission de la cheffe de l'exécutif Carrie Lam et dénonce les violences policières lors de la manifestation du 12 juin 2019. Le responsable du Bureau chinois à Hong Kong et Macao réplique en parlant de "menaces graves" et de "terrorisme". Des responsables chinois et des médias d'Etat accusent les manifestants d'obéir à une ingérence étrangère, pointant les États-Unis comme soutien au mouvement. On craint de plus en plus un recours à l'armée chinoise pour rétablir l'ordre (cf vidéos montrant des troupes stationnées à Shenzhen tout prêt de Hong Kong). D'aucuns redoutent une répression semblable à celle qui s'était abattue sur les étudiants de la place Tiananmen en 1989.

Pour bien comprendre ce qui se joue autour de cette loi d'extradition, il peut être utile de se reporter à la carte ci-dessous qui montre les différences qui peuvent exister selon les pays. Parmi les pays qui ont signé des accords d'extradition, la plupart les ont passés soit avec Hong Kong, soit avec la Chine. Seuls 9 pays au monde ont des accords avec les deux. De plus la loi s’appliquerait aux citoyens de Hong Kong, aux résidents étrangers et même aux voyageurs d’affaires et aux touristes. Si, pour l'instant, le Conseil législatif peut bloquer une extradition, c'est d'après le projet de loi le directeur général de la ville (proche de la Chine) à qui pourrait revenir la décision. Ce qui explique l'occupation du Parlement par les manifestants le 1er juillet 2019.




Qu'il s'agisse des images et des cartes produites par les manifestants pour lancer des appels à l'ordre et sensibiliser à leur cause, ou bien des cartes d'analyse élaborées par des médias ou des observateurs, les manifestations à Hong Kong donnent lieu à une importante production cartographique. Nous donnons ci-dessous quelques liens vers ces ressources. 

Le site hongkong.liveuamap.com permet de suivre en direct les événements à partir d'une carte qui géolocalise les informations. Liveuamap (Live Universal Awareness Map) s'est spécialisé depuis 2014 dans le suivi en direct des conflits, troubles et manifestations à partir de cartes servant d'agrégateurs de contenus (on peut suivre aussi les conflits en Syrie, au Cachemire, en  Ukraine...). Les liens renvoient à des articles, des fils de discussion et des images sur Twitter (voir la présentation du site sur Veille Carto 2.0). En utilisant l'outil "Time", on peut revenir sur la chronologie des événements.


Suivre les événements à Hong Kong (ou d'autres conflits) en utilisant liveuamap.com



Vue aérienne d'une des premières grandes manifestations le 17 juin 2019 ( source : Reddit)
A voir en vidéo sur Youtube



De nombreux journaux ont produit des infographies reproduisant la succession des événements. Le New York Times a dressé une carte interactive des lieux d'affrontements entre la police et la foule à Hong Kong en juillet 2019. Voici également une infographie du journal Le Monde  :

Depuis le début du mouvement en juin 2019, les manifestants utilisent massivement les réseaux sociaux, comme les Gilets Jaunes ont pu le faire en France. A la différence que les manifestations sont le plus souvent non-violentes, en dépit d'une certaine escalade des affrontements au cours des mois de juillet et août 2019. De leur côté, les autorités chinoises ont utilisé près d’un millier de comptes Twitter et des pages Facebook pour discréditer et diviser les manifestants pro-démocratie à Hongkong (lire cet article).


Pour échapper au contrôle de la police, les manifestants n'hésitent pas à détourner des outils en ligne en utilisant par exemple les services d'Uber ou de Pokemon Go, de manière à diffuser de manière discrète de l'information sur les lieux de rassemblement choisis (lire cet article).



Autre forme de détournement intéressant : les manifestants utilisent des cartes de métro pour mettre en évidence les lieux de répression ou d'exaction de la police anti-émeute qui n'hésite pas à lancer des gaz lacrymogènes ou à molester les manifestants en chemises noires. Le détournement de ces transit maps fait allusion à la décision du MTR (l'entreprise gérant le métro hongkongais) de fermer des lignes suite à ces affrontements.

 Carte des tirs de gaz lacrymogènes par la police anti-émeute de Hong Kong



Images chocs de la répression policière avec le titre "Arrêtez de tuer des citoyens - Résistez à l'état terroriste"
(source : Reddit/Kong Kong)



En occupant l'aéroport de Hong Kong, qui constitue le principal hub de connexion avec l'extérieur, les manifestants savent qu'ils ont une carte à jouer en internationalisant et en médiatisant leur action.






Les pays qui sont favorables au respect du principe "un pays, deux systèmes" mis en avant au moment du rattachement de Hong Kong à la Chine, sont appelés à soutenir le mouvement de protestation. Cette carte ci-dessous témoigne de la recherche d'un soutien auprès de la communauté internationale (consulter les hashtags #FreedomHK, #StandWithHK ou #antiELAB sur Twitter).




Selon Reporters sans frontières qui établit chaque année un indice de la liberté de la presse, Hong Kong a perdu 25 places depuis 2009. La ville se situe maintenant au-dessous de la Mongolie, de la Côte d'Ivoire et de la Tunisie. Le groupe de surveillance des médias basé à Paris a déclaré que l'influence de Pékin sur l'indépendance des médias dans la ville avait une influence déterminante dans cette décision de rétrograder Hong Kong dans le classement des villes respectant la liberté de la presse.

Hong Kong est loin d'être la seule région du monde où les manifestations se développent. Qu'il s'agisse de mouvements d'opposition politique, de revendications sociales ou de manifestations concernant le dérèglement climatique, l’ACLED (Armed Conflict Location & Event Data) qui collecte et analyse les conflits dans le monde, note un développement des mobilisations dans de nombreuses régions. Le GDLET project a réalisé une carte animée qui permet de résumer plus de 30 ans de protestations dans le monde (1979-2015).



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