La carte, objet éminemment politique : la répression du mouvement des Gilets jaunes


Philippe Rivière qui est journaliste-programmeur-cartographe, co-anime avec Philippe Rekacewicz le site Visionscarto. Leurs travaux et leurs productions cartographiques s'inscrivent dans une cartographie critique et engagée. Face aux mécanismes de domination, de ségrégation, de violence physique ou symbolique, ils déconstruisent les discours et explorent les voies d'une cartographie capable d'exercer un contre-pouvoir et de penser un autre monde (voir à propos de la "crise" des migrants leur cartographie d'un monde sans visa).

Le mouvement des Gilets jaunes, qui a donné lieu à des affrontements entre la police et les manifestants, a largement été relayé par les réseaux sociaux. Si la violence s'est exercée de part et d'autre, certains sites ont voulu pouvoir montrer et dénoncer plus spécifiquement la violence policière qui s'est exercée contre les manifestants.

Philippe Rivière a retranscrit ces violences sur une grande carte-poster téléchargeable : Cartographie de la répression


La série de cartes qu'il donne à voir sur ce poster s'appuie sur le décompte réalisé par le journaliste indépendant David Dufresne, qui compile sur son fil Twitter les violences policières depuis le début du mouvement des gilets jaunes. Des centaines de faits ont été ainsi répertoriés et recoupés, d’abord sur Twitter, puis regroupés et contextualisés dans une base de données associée à une visualisation publiée sur le site de Médiapart.


Les chiffres, établis de manière indépendante, ne correspondent pas souvent à ceux donnés par le ministère. Philippe Rivière accompagne son poster qui a valeur d'affiche politique d'un long texte qui vient expliquer sa démarche :

"L’ampleur des chiffres décrit cette mobilisation inédite d’un mouvement social qui s’étend, de samedi en samedi, sur plus d’une vingtaine d’« Actes ». Le choix fait de recourir à une « collection de cartes » (small multiples) permet à la visualisation de tenir dans la durée. La méthode (qui n’est certes pas inédite), offre une vue à la fois synthétique et chronologique, qui ne s’englue pas dans l’accumulation de points dans les villes de Paris, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Montpellier...On y remarque en particulier l’Acte IV, le 8 décembre 2018, qui a transformé les Champs-Élysées en champ de bataille. L’épisode a ébranlé le pouvoir, mais aussi provoqué une rupture traumatique pour nombre de participant·es dont c’était souvent la première manifestation. La carte correspondante indique bien l’augmentation impressionnante des signalements à Paris et alentours pour cette date. Mais on remarque sans peine que des dérives similaires ont eu lieu, ce même samedi, sur l’ensemble du territoire."

Pour réaliser la collection de cartes de la répression policière, Philippe Rivière a voulu une représentation "minimaliste, voire brutaliste par le choix du jaune sur fond noir (les couleurs les plus contrastées qui soient)". Il rappelle toutefois "le rôle d’outil" de cette carte. Sur le site, chaque petite carte conduit en effet à une page consacrée à l’Acte en question, avec une carte de plus grand format qui permet à chacun·e d’aller visualiser précisément ce qui s’est passé dans telle ou telle ville, à chaque stade. L’ensemble cartographique, tout comme les autres visualisations du projet, se met à jour de façon automatique au fur et à mesure que de nouveaux signalements sont ajoutés à la base de données".

Dans le cadre d'une réflexion plus large sur les formes de pouvoir et de contre-pouvoir des cartes, il peut être intéressant d'utiliser cette affiche-poster pour étudier le mouvement politique et social des Gilets jaunes. La carte assume ici un double rôle : rendre compte le plus précisément possible du nombre de victimes et délivrer en même temps un message politique que l'on peut analyser et discuter. Comme nous le défendons sur ce blog, l'éducation à la citoyenneté passe aujourd'hui plus que jamais, dans la société de l'information et de la communication qui est la nôtre, par une "éducation à l'image et à l'information numériques". Ce type de carte a vocation à être analysée, déconstruite et confrontée à d'autres documents, d'autres sources pour la mettre en perspective.


Prolongements :

Consulter le site de Philippe Rivière sur Illisible.net

"Sous un gilet jaune, il y a..." : pour une petite radioscopie de cette France qui se réveille.
Une série de portraits de Gilets jaunes publiée sur le site Visionscarto.

Interview de Philippe Rekacewicz sur la cartographie et le métier de cartographe pour des élèves du lycée international Marguerite Duras d’Ho Chi Minh Ville.

Voir les projections cartographiques qu'il réalise avec D3.js

Outre Visionscarto, d'autres sites explorent les voies d'une cartographie engagée, militante, contestataire, que l'on désigne parfois sous le terme de "contre-cartographie" (mais le terme est discuté) :

The decolonial atlas. 
L'atlas décolonial vise à donner une autre vision du monde, moins européo-centrée. Conduit par des volontaires, cet atlas vise à interroger nos relations avec la Terre, les hommes et les états.
http://decolonialatlas.files.wordpress.com/

This Is Not An Atlas. A Global Collection Of Counter-Cartographies
« Ceci n’est pas un atlas, une collection globale de contre-cartographies » (voir CR sur Visionscarto). Un atlas original, contestataire et critique sur de nombreux thèmes  : conflits environnementaux, propriété de la terre, gouvernance mondiale...
http://www.transcript-verlag.de/media/pdf/ee/cd/a6/oa9783839445198rdm6WYzYrGYBe.pdf

Cartographie autochtone, activités extractives et représentations alternatives.
Le réseau MappingBack a pour objectif de fournir du soutien cartographique aux membres des communautés autochtones luttant contre les industries extractives sur leur territoire. MappingBack cherche à utiliser la cartographie comme un outil de résistance.

Atlas critique d'Internet.
L’objectif de cet atlas est d’utiliser l’analyse spatiale comme clé de compréhension des enjeux sociaux, politiques et économiques présents sur Internet.
http://www.internet-atlas.net/


Articles connexes :

Comment interpréter la carte des gilets jaunes ?

La carte des ZAD en France : entre cartographie militante et recensement des projets contestés

La carte, objet éminemment politique : exemple à travers la crise au Vénézuéla

La carte, objet éminemment politique : exemple des élections européennes

La carte, objet éminemment politique : l’Etat islamique, de la proclamation du « califat » à la fin de l’emprise territoriale



La France est-elle préparée aux dérèglements climatiques à l'horizon 2050 ?


Vagues de chaleur, sécheresses, submersions : la France doit anticiper les effets du réchauffement, en s'adaptant dès aujourd'hui à un "proche avenir climatique qui est pour l’essentiel déjà écrit".

Tel est le bilan d'un rapport publié le 16 mai 2019 par les sénateurs Ronan Dantec (écologiste, Loire-Atlantique) et Jean-Yves Roux (divers gauche, Alpes-de-Haute-Provence) sur l’adaptation de la France aux dérèglements climatiques à l'horizon 2050.

Dans un document de 150 pages, commandé et adopté par la délégation à la prospective du Sénat et rédigé à l’issue de l’audition de 36 experts, les sénateurs avancent des propositions pour « enclencher une véritable mutation de la société », telles que la mise en place d’un plan national d’adaptation de l’agriculture, le développement de normes de construction anti-inondations ou l'accès en open source aux données climatiques.
 

Ce rapport contient un grand nombre de cartes et de graphiques issus de travaux scientifiques sur le sujet. Ces documents permettent d'une part d'étudier les conséquences prévisibles de ces dérèglements climatiques et d'autre part de discuter des propositions avancées pour s'adapter au changement. En voici une sélection. Les sources citées permettent de rechercher ces documents sur différents sites (Météofrance, BRGM,...) car certains documents ne sont pas d'une grande qualité graphique (il s'agit de la version provisoire du rapport). Les deux derniers documents constituent une synthèse des conséquences sur les différents territoires de l'Hexagone : bien qu'il s'agisse de simplifier le message auprès du grand public, on pourra en discuter la signification car les limites des dérèglements semblent s'arrêter aux régions administratives (sans parler de l'infographie qui ne gagne pas en lisibilité).












Ce rapport insiste sur le fait que "pour faire face à ces impacts sanitaires, économiques ou écologiques, il est nécessaire de changer d’échelle et d’ambition dans les politiques d’adaptation au changement climatique, notamment en diffusant plus largement la culture de l’adaptation dans les territoires et dans le tissu économique". 

Surtout le rapport montre clairement que l'on est déjà dans un scénario pessimiste et que la réduction des dérèglements ne peut s'envisager que sur un temps long :

"Qu’on réduise fortement les émissions globales de gaz à effet de serre ou que celles-ci se poursuivent au rythme actuel, il faudra faire face à une aggravation significative des divers impacts du réchauffement déjà observables. À plus long terme, pour la seconde partie du siècle, le scénario des évolutions climatiques dépendra de la capacité de la communauté internationale à se mobiliser enfin pour réduire les émissions. Dans le scénario optimiste, mais de moins en moins probable, de leur réduction forte et rapide, nous pourrions nous maintenir dans une situation climatique maîtrisée. En revanche, dans le scénario de leur poursuite au rythme actuel, la France serait conduite dans une situation alarmante vers 2080."

Le rapport fait une liste de 18 propositions résumées dans une infographie. Ces propositions concernent la gestion de l'eau, de l'agriculture, du tourisme,... mais aussi l'éducation et la formation, la recherche scientifique. L'idée est de développer "une culture de l'adaptation" et de construire une "culture climatique citoyenne". Les visées pédagogiques et éducatives sont donc fortes :

1. S’appuyer davantage sur les institutions ayant vocation à structurer le débat sociétal pour créer une mobilisation et un large accord national sur la stratégie d’adaptation
- renforcer le rôle du Parlement dans la définition et le suivi des politiques d’adaptation, en votant une loi-cadre sur l’adaptation ou en créant les outils d’un suivi budgétaire transversal des politiques climatiques ; 
- conforter le rôle du Conseil économique social et environnemental et du Conseil national de la transition écologique dans l’animation du débat national sur la transition climatique et dans l’orientation des politiques d’atténuation et d’adaptation.

2. Mettre fortement l’accent sur les enjeux climatiques dans l’éducation et la formation pour construire une culture climatique citoyenne et intégrer les compétences nécessaires à la transition climatique dans les cursus de formation ;

3. Ne plus opposer politiques d’atténuation et politiques d’adaptation, mais assurer leur synergie et utiliser la lisibilité et l’impact concret des politiques d’adaptation pour dynamiser les efforts d’atténuation ;

4. Porter la nécessité d’une implication européenne forte sur ces sujets (PAC, législations sur le droit des assurances...). Renforcer l’accompagnement par l’État des collectivités et des acteurs économiques en prolongeant les avancées du 1er Plan national d’adaptation au changement climatique ;

5. Accentuer le soutien financier à la recherche et à l’expertise scientifique dans les domaines liés à l’impact du dérèglement climatique, que ce soit sur les activités humaines ou la biodiversité ; 

6. Accorder un accès gratuit aux données nécessaires à l’élaboration des politiques d’adaptation, notamment aux scénarios climatiques régionalisés de Météo-France ; 

7. Sortir de l’état de carence de l’outil statistique de suivi du secteur du tourisme, afin de construire des analyses prospectives et une stratégie d’adaptation pour ce secteur ; 

8. Renforcer le centre de ressources prévu dans le PNACC-2 et créer un portail national de l’adaptation associant l’ensemble des services et opérateurs compétents de l’État, pour en faire le guichet unique d’un service public de l’adaptation ;

9. Instaurer un pilotage plus interministériel des politiques d’adaptation et faire émerger une culture de l’adaptation commune à tous les services de l’État ; 

10. Procéder à l’estimation des besoins financiers nécessaires aux politiques d’adaptation et créer les outils nécessaires en respectant 4 principes : affectation, contractualisation, solidarité et cohérence. Accélérer la déclinaison des politiques d’adaptation dans les collectivités et les filières économiques

11. Conforter la fonction d’orientation stratégique des Régions par la généralisation de prospectives régionales sur le modèle aquitain AcclimaTerra, par des projets de démonstrateurs régionaux et par la contractualisation d’objectifs d’adaptation dans les financements régionaux ; 

12. Faciliter l’appropriation par les intercommunalités de leurs compétences en matière d’adaptation par un meilleur accompagnement des collectivités portant les projets de Plan Climat Air Énergie Territoriaux, par la formation des élus et par la montée en gamme de l’ingénierie du volet « adaptation » des PCAET ; 

13. Assurer une coopération large et souple autour des Régions et des intercommunalités, incluant notamment les agences de l’eau, les comités de massif, les départements et les communes

14. Multiplier sur tous les périmètres géographiques pertinents les travaux de prospective inclusifs pour créer une culture commune de l’adaptation et construire des projets de territoires. Accentuer l’effort national dans quatre chantiers d’adaptation complexes et sensibles

15. Renforcer le soutien aux territoires les plus vulnérables au changement climatique : 
- décliner le PNACC dans chaque territoire ultramarin et y accélérer la mise en œuvre de normes de construction anticycloniques ; 
- accompagner les territoires de montagne, notamment sur l’enjeu du pastoralisme et de la diversification vers un tourisme « quatre-saisons » des stations de moyenne montagne ; 
- répondre aux besoins des territoires littoraux, en levant les blocages juridiques et financiers aux politiques de repli, en précisant le régime applicable aux zones d’occupation temporaire ou encore en fixant les cotes de montée des eaux pour les travaux d’aménagement littoral.

16. Mettre en place une politique ambitieuse d’adaptation du bâti :
- fixer clairement les paramètres climatiques que les professionnels de la construction devront prendre en compte et leur faciliter l’accès aux données climatiques ;
- développer des normes de construction anti-inondations de type AFNOR applicables en zones inondables ; - intégrer l’enjeu de la canicule dans la culture urbanistique et architecturale, notamment en la plaçant au centre des réflexions sur la norme RT 2020 ; 
- évaluer scientifiquement les effets des programmes de végétalisation des villes et leurs apports en matière de lutte contre les îlots de chaleur urbains ; - encourager les techniques de production de froid durable, notamment par géothermie, pour éviter une prolifération anarchique des climatiseurs air/air.

17. Mettre en place des politiques de l’eau adaptées au changement climatique
- donner la priorité à une utilisation plus économe (amélioration du rendement des réseaux, développement des équipements hydro-économes ou de récupération des eaux de pluie) et aux solutions fondées sur la nature (désartificialisation des sols ; préservation des zones humides) ; 
- développer des incitations financières cohérentes avec ces priorités par des mécanismes de tarification de l’eau adéquats ; 
- préserver les moyens des agences de l’eau ; 
- faire émerger des visions communes et des projets de territoire sur la question de l’eau, en s’appuyant notamment sur des exercices de prospective de type Garonne 2050 ; 
- aller vers une gestion intégrée de la ressource des grands fleuves sur le modèle du Rhône et de la Compagnie nationale du Rhône.

18. Mettre en place un plan national d’adaptation de l’agriculture pour en faire un atout dans la transition climatique et préserver la souveraineté alimentaire de la France : 
- mieux rémunérer les services agro-environnementaux afin d’accélérer la mutation vers l’agroécologie, notamment en mobilisant des fonds sur le pilier 2 de la PAC ; 
- intégrer l’enjeu de l’irrigation de manière responsable en développant le stockage de surface là où il est nécessaire mais en le conditionnant à la mise en œuvre de pratiques agricoles plus économes de l’eau et respectueuses de la biodiversité.


Articles connexes :

Les villes face au changement climatique et à la croissance démographique

Comment la cartographie animée et l'infographie donnent à voir le changement climatique

Eduquer à la biodiversité. Quelles sont les cartes, les données... et les représentations ?

Cartographier l'empreinte humaine à la surface du globe

La cartographie des déchets plastiques dans les fleuves et les océans

La carte de protection des océans proposée par Greenpeace pour 2030 : utopie ou réalisme ?

Resource Watch, un portail intégré pour visualiser des jeux de données en vue d'assurer "un avenir durable" à la planète


Les grands enjeux alimentaires à travers une série de story maps du National Geographic


Le National Geographic est un média qui fournit des reportages géographiques dans le style "découverte du monde" pour le grand public. A travers les représentations qu’il diffuse, ce magazine construit l’idée d’un monde idéalisé et souvent exotique. On aurait tord cependant de négliger complètement ce type de source au motif qu'il s'agirait d'une para-géographie ou d'une géographie spectacle. Jean-Pierre CHEVALIER (Cybergéo, 1997) à montré à quel point "la géographie grand public exprime la curiosité géographique de nos contemporains, elle l´enrichit, produit parfois des informations nouvelles et développe les techniques les plus modernes de vulgarisation des savoirs".

Comme l'explique Guilhem LABINAL (Cybergéo, 2015), au delà des belles photographies pleines d'émotion, le National Geographic peut contribuer à la diffusion de connaissances géographiques. "Il ne se résume pas à la description du spectaculaire : son propos cherche à articuler des processus... il se singularise par le grand nombre de cartes qu’il propose à ses lecteurs... Articulées à leurs commentaires, les cartes et les graphiques peuvent contribuer, même, à donner une épaisseur prédictive aux reportages".

C’est le cas des dossiers centrés sur des problématiques environnementales qui aiguisent la sensibilité de nos contemporains et interrogent nos choix pour l'avenir. Le National Geographic magazine a publié une série de story maps sur les grands enjeux alimentaires. Bien qu'en anglais, ces dossiers sont plutôt accessibles et intéressants à utiliser (avec d'autres sources) pour traiter des grands enjeux environnementaux et alimentaires : comment nourrir les hommes ? comment réduire la famine ? quels apports et limites de la révolution verte ? quel avenir pour l'aquaculture ? etc.

Les story maps disponibles :

Certains de ces dossiers contiennent des cartes et des images (avec des animations) assez utiles pour faire comprendre les grands enjeux alimentaires.   

L'un des dossiers propose un triple visualisateur de cartes pour pouvoir comparer où se situe l'agriculture, la destination des productions agricoles et ce qui pourrait être amélioré de manière à pouvoir nourrir 9 milliards d'êtres humains d'ici 2050 (à voir sur le site du National Geographic) :



L'occupation du sol en Afrique avec les questions liées au land grabing (voir l'animation cartographique avec sa carte de synthèse) :





L'évolution de la consommation de viande dans le monde (1961-2010) :


Deux très belles cartes, assez rares à trouver à l'échelle mondiale, concernent l'occupation  du sol par les cultures et les pâturages ainsi que l'utilisation des parcelles agricoles pour l'alimentation humaine ou pour l'alimentation animale et les biocarburants. Ces deux cartes sont téléchargeables en haute résolution sur le site MapPorn (malheureusement sans légende) :


L'occupation du sol par les cultures (en vert) et par les pâturages (en brun). Source : MapPorn



 Les cultures à destination directe de l'alimentation humaine (en vert) et celles plutôt destinées
à l'alimentation animale ou aux biocarburants (en violet).  Source : MapPorn



En complément

Une carte-poster grand format donnant la répartition de 4 grandes cultures dans le monde (blé, maïs, riz, soja) sous forme de grille de densités de points : http://i.redd.it/jujmazkdgu721.jpg

La répartition du cheptel bovin dans le monde :
http://www.reddit.com/r/MapPorn/comments/91x57k/population_density_of_the_14_billion_cows_of_the/


Distribution du cheptel bovin en Afrique :



La répartition du cheptel porcin aux Etats-Unis :
http://www.reddit.com/r/MapPorn/comments/bm0gnz/usa_pigs_2017_ag_census/

Le National Geographic qui bénéficie d'une grosse logistique en matière de production multimédia, a réalisé d'autres story maps. En voici un exemple avec cette très belle réalisation infographique : Où va le plastique que nous jetons ?

Le National Geographic a rassemblé toutes ses ressources en matière de story telling sur un portail consacré aux "Geostories" :
http://www.geostories.org/portal/

Le site offre également une bibliothèque de ressources pour l'éducation :
http://www.nationalgeographic.org/encyclopedia/map/?utm_source=BibblioRCM_Row

Allen Caroll qui a travaillé pendant 27 ans au service cartographique du National Geographic magazine avant de fonder l'équipe Storymaps chez ESRI, livre sa réflexion et son expérience sur les story maps dans une série de trois billets intéressants à lire (en anglais) : https://www.esri.com/arcgis-blog/products/story-maps/mapping/maps-minds-and-stories/

Certaines innovations technologiques ont été sinon créées, du moins développées et largement diffusées à travers des solutions de webmapping mises en place par le National Geographic et par ESRI. Voir par exemple ce très bel effet de loupe dans la comparaison entre la carte du monde en 1812 et en 2013. Le même procédé est repris avec  la London Time Machine qui permet d'explorer Londres en 1652. Voir aussi cette visite interactive des parcs naturels aux Etats-Unis.


Références :

Jean-Pierre CHEVALIER, Quatre pôles dans le champ de la géographie ?, Cybergeo : European Journal of Geography, 08 avril 1997, http://journals.openedition.org/cybergeo/6498

Guilhem LABINAL, « Images, textes et visions du monde : les dispositifs à l’œuvre dans les magazines grand-public de géographie », Cybergeo : European Journal of Geography, mis en ligne le 19 mai 2015, http://journals.openedition.org/cybergeo/26982


Articles connexes :

Les story maps : un outil de narration cartographique innovant ?

La mode serait-elle au multiviewer cartographique ?

Cartes et données sur les forêts en France et dans le monde

Resource Watch, un portail intégré pour visualiser des jeux de données en vue d'assurer "un avenir durable" à la planète

Les cartes du magazine Fortune : 30 ans de cartes publicitaires donnant à voir le monde des années 1930-1950



Les cartes du magazine Fortune : 30 ans de cartes publicitaires donnant à voir le monde des années 1930-1950


Signalé sur Medium, A Gratuitous Rundown of More Than Three Decades of Gratuitously Cartographic Advertisements in Fortune Magazine, Tim Wallace, 8 mai 2019.

Tim Wallace, qui est géographe et membre de l'équipe du Descartes Lab, a rassemblé plus de trois décennies de cartes publicitaires publiées par Fortune Magazine.

Le magazine américain Fortune est connu pour la richesse de ses images et de ses cartes souvent avant-gardistes. Dès le début des années 1930, le magazine présentait des cartes illustrées d'une grande richesse. Tout au long des années 1940, des cartographes comme Richard Edes Harrison ont rempli les pages de Fortune de superbes cartes sur des sujets sérieux ou ludiques (cf exemples sur la collection David Rumsey). Cette tradition s'est poursuivie jusque dans les années 1950 et au-delà.

Bien que cet héritage soit bien connu de ceux qui travaillent sur la visualisation de données, ce qui l'est peut-être moins, c'est qu'entre les pages présentant ces illustrations apparaissaient des cartes figurant dans des publicités. Ces cartes publicitaires étaient nombreuses et couvraient souvent plusieurs pages doubles à l'intérieur des numéros. Tim Wallace en a rassemblées plusieurs centaines en noir & blanc ou en couleurs. Il les a classées par ordre chronologique.

Le résultat est impressionnant. Vous trouverez évidemment beaucoup de cartes sur les Etats-Unis, mais aussi beaucoup de globes et de projections avec des montages carte - texte - image très originaux. Les passionnés de cartographie auront envie de toutes les télécharger tellement elles sont incroyables d'imagination ou de réalisme. Un grand nombre d'entre elles expriment les métaphores du temps, de l'espace, de la vitesse, de la guerre, de la société de consommation... Des plus farfelues aux plus significatives, ces cartes expriment une époque, celle des années 1930-1950. 

Attention la page est longue à charger, il est préférable de disposer d'une bonne connexion Internet :

Un atlas des fractures scolaires par Patrice Caro et Rémi Rouault : comment lire et analyser les inégalités socio-spatiales en éducation ?


Patrice Caro et Rémi Rouault publient sur leur site une version renouvelée et actualisée de leur Atlas des fractures scolaires paru en 2010 chez Autrement (voir vidéo de présentation). Les auteurs sont tous deux professeurs de géographie à l'Université de Caen Basse-Normandie et chercheurs de l'équipe CNRS ESO-Caen. Leurs travaux portent sur les questions de scolarisation et de formation, de politiques prioritaires et de politiques territorialisées.

Accès à l'Atlas des fractures scolaires (version en ligne complétée par rapport à l'édition de 2010) :
http://fracturesscolaires.fr/

Comme l'indiquent fort utilement les auteurs, l'objectif de ce site est de fournir des analyses fondées sur les données et non sur les représentations.

"Dans l'Atlas paru en 2010, l’essentiel des données concernait les années scolaires 2007-2008 à 2009-2010. Neuf ans plus tard, nous constatons que pour une large part les inégalités en matière scolaire n’ont pas beaucoup changé. Les écarts restent tels que nous pensons nécessaire d’actualiser les constats et d’élargir les analyses. Nous ne reprenons pas le même plan, nous structurons ce site autour des types de fractures. Nous choisissons délibérément de concevoir les pages comme indépendantes les unes des autres en y incluant, à chaque fois, les éléments de base du contexte."



Le site est organisé autour de trois types de fractures : spatiales, sociales et financières.

Les auteurs proposent une table des matières très utile qui permet un accès direct aux thématiques que l'on souhaite aborder : besoins et moyens, fractures sociales et spatiales, diplômes et évaluations, réussite et échec, formations professionnalisantes, actualités, perspectives...

Concernant les départements d'outre-mer, les auteurs observent un rattrapage très incomplet des inégalités.

Si nous nous intéressons en effet à l'exemple de l'académie de La Réunion (de plein exercice seulement depuis 1984), une véritable "politique de rattrapage" a été progressivement mise en place. Les difficultés scolaires sont encore importantes, malgré le déploiement d'un réseau d'éducation prioritaire qui concerne la moitié des collèges de l'île et une grande partie des écoles primaires. Le taux de décrochage a baissé mais reste un problème préoccupant. Il s’agit d’un décrochage plus précoce qu’en métropole : un quart des jeunes Réunionnais de 20 à 24 ans qui ont quitté le système scolaire n’ont que le niveau primaire, contre 14% en métropole. Le combat contre l’illettrisme est également une préoccupation majeure : 116 000 Réunionnais sont en situation d’illettrisme, soit 23% de la population des 16-65 ans (c’est trois fois plus qu’en métropole). Malgré l'étroitesse du territoire (à peine la moitié de la superficie moyenne d'un département français), les inégalités socio-spatiales sont assez fortes comme le montre la cartographie proposée par l'Atlas des risques sociaux d'origine scolaire paru en 2016. On peut s'interroger si ces "risques" relèvent des inégalités propres au système scolaire ou sont liés davantage aux inégalités sociales et urbaines, la carte des inégalités scolaires ayant tendance à reproduire la carte de la politique de la ville sur laquelle ont été en partie définis les zones d'éducation prioritaires (ZEP) puis les réseaux d'éducation prioritaire (REP et REP+).


 Les inégalités scolaires à la Réunion à l'échelle communale
(Source : Atlas des risques sociaux d'échec scolaire, 2016)


Bien qu’intéressantes pour établir un premier diagnostic territorial, ces cartes thématiques posent des questions d'interprétation en raison des problèmes liés au choix de la maille communale, au choix des indicateurs et au choix de la symbologie sous forme d'aplats. L'approche géostatistique donne à voir des problématiques et interroge sur les liens complexes entre éducation et territoire. Mais la cartographie peut à son tour générer des représentations et contribuer à assigner une image négative aux communes et aux "quartiers" défavorisés (soulignés ici en rose-violet et également en bleu foncé au niveau des académies sur la carte plus haut). Inversement, d'autres communes en vert (cas par exemple de Saint-Denis) semblent avoir des difficultés moindres alors qu'elles sont au moins autant concernées par les difficultés scolaires, mais à l'échelle des QPV (Quartiers de la politique de la ville dont le périmètre est beaucoup plus restreint). Il convient de mobiliser des outils d'analyse spatiale (type SIG) et d'utiliser des mailles administratives et des grilles d'analyse plus précises si l'on veut pouvoir saisir la complexité des inégalités scolaires d'origine territoriale. Ce que l'étude de BOTTON & MILETTO (2018) a commencé à faire à l'échelle des IRIS pour la région parisienne.

C'est un sujet sur lequel nous reviendrons car nous sommes en train d'élaborer un Atlas des territoires scolaires sur le territoire de La Réunion à une échelle infra-communale qui puisse appréhender de manière fine les inégalités scolaires, mais aussi l'ancrage et le fonctionnement des établissements dans des logiques tout à la fois territoriales et réticulaires en termes de distance-proximité (cf projet de recherche GEORUN porté par le laboratoire ICARE - Université de La Réunion).


Sur la cartographie des inégalités scolaires :

Atlas des risques sociaux d'échec scolaire (2016).
En privilégiant une approche territoriale, cet Atlas apporte un éclairage original sur le risque de décrochage scolaire, très inégal selon le milieu d’origine et les conditions de vie.

Ministère de l'Education Nationale-DEPP, Géographie de l’École, 12e édition (2017).
http://www.education.gouv.fr/cid57105/geographie-de-l-ecole-douzieme-edition-2017.html

Panorama des inégalités d'origine territoriale en France (2018).
Le CNESCO a conduit une évaluation très fine des disparités scolaires d’origine territoriale en Île-de-France en se fondant sur la plus petite unité géographie établie par l’Insee, appelée IRIS ou plus communément, quartier.

Atlas régional des effectifs d'étudiants de l'enseignement supérieur.

Géographie de la formation (INSEE).
Aller étudier ailleurs après le baccalauréat : entre effets de la géographie et de l’offre de formation (INSEE Première, 2019).
http://www.insee.fr/fr/statistiques/3688229

La ségrégation sociale entre collèges (INSEE).
Un reflet de la ségrégation résidentielle nettement amplifié par les choix des familles, notamment vers l’enseignement privé (Insee Première, n°40, septembre 2018).
http://www.insee.fr/fr/statistiques/3614217

Mapping School Performance and Inequality With GIS.
L'utilisation des SIG pour cartographier les inégalités scolaires


Pour des recherches à l'échelle nationale ou académique :

ALPE Y., 2006, L’Enseignement scolaire en milieu rural et montagnard. Parcours et projets, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté.

AUDREN G., 2015, Géographie de la fragmentation urbaine et territoires scolaires à Marseille. Thèse de Géographie. AMU - Aix Marseille Université, http://halshs.archives-ouvertes.fr/tel-01244911

BARTHES A., CHAMPOLLION P. & ALPE Y. (dir.), 2017, Permanences et évolutions des relations  complexes  entre  éducations  et  territoires,  Londres,  Série  Education, ISTE Edition Ltd.

BOTTON H., MILETTO V. ( 2018). Quartiers, égalité, scolarité. Paris. Des disparités territoriales aux inégalités scolaires en Île-de-France, CNESCO, octobre 2018.
http://www.cnesco.fr/wp-content/uploads/2018/10/181026Cnesco_Botton_Miletto_IDF.pdf

CARO P.,  FAIVRE E., GROSJEAN F. (2006). La territorialisation des politiques scolaires : l'exemple des collèges du bassin de Gap, Annales de géographie, 2006/4, n° 650, p. 434-448.

GENEVOIS S. (2018). Matériaux pour une géographie de l’école réunionnaise, Grand Pavois (3èmes Journées d’études du laboratoire ICARE), ESPE de La Réunion (31 mai-1er juin 2018). Télécharger le diaporama.

MERLE P. (2010). Structure et dynamique de la ségrégation sociale dans les collèges parisiens, Revue française de pédagogie, 170, janvier-mars 2010. http://journals.openedition.org/rfp/1597

MILETTO V. (2018). Les inégalités territoriales et l’école. Exposition des enjeux et revue de littérature. Paris, CNESCO. http://www.cnesco.fr/wp-content/uploads/2018/10/181026_Cnesco_Miletto_revue_litterature_educ_territoires.pdf


Articles connexes :

Que vaut la data map qui géolocalise les voeux des candidats sur Parcoursup ?

Géographie de la formation et de la mobilité étudiante d'après une étude de l'INSEE

Présentation de l'Opportunity Atlas et des problèmes d'interprétation qu'il pose


 

Des différentes manières de cartographier la pauvreté dans le monde


Signalé sur Medium - Data Visualization Society : So you want to make a map ?

Il faut un peu de temps et de pratique pour apprendre à faire une carte qui respecte la sémiologie graphique et puisse délivrer un message. Dans cet article, Kenneth Field passe en revue les différents moyens de réaliser une carte thématique. La réduction de la pauvreté fait partie des 8 objectifs fixés par l'ONU dans le cadre des OMD (Objectifs du Millénaire pour le Développement durable).

Toutes les étapes importantes sont décrites une à une : choix des données, choix de la projection, choix de la symbologie, choix du type de carte (carte choroplèthe, par point, par interpolation, en 3D, etc.). Il ne s'agit pas de s'initier à la prise en main d'un logiciel, mais de réfléchir véritablement aux choix cartographiques. Certaines cartes sont relativement classiques. D'autres donnent à voir une représentation différente de la pauvreté (cf cas des heat maps, dot maps et 3D maps...). Le principal intérêt est de pouvoir comparer ces cartes entre elles et de pouvoir mesurer les avantages et les inconvénients de chaque mode de représentation.



 



Sur les cartes et la sémiologie graphique :

Un guide de sémiologie cartographique produit par l'INSEE ainsi que des conseils et des exemples proposés par Géoclip.

Le Manifeste des cartographes fixant « les 10 lois de la cartographie ».

Les cartes sur Internet et leurs nombreux mapfails (lire ce billet à propos de la cartographie du monde musulman). Voir le recensement des mapfails et autres perles cartographiques sur ce fil Twitter

Les nouvelles façons de « faire mentir les cartes » à l'ère numérique (lire ce billet écrit à l'occasion de la réédition de l'ouvrage de Mark Monmonier).


Articles connexes :

Présentation de l'Opportunity Atlas et des problèmes d'interprétation qu'il pose

L'atlas des fractures scolaires de Patrice Caro et Rémi Rouault : comment lire et analyser les inégalités socio-spatiales en éducation ?

La cartographie de la pauvreté à Londres à la fin du XIXe siècle

Pas de stocks en aplat ni de taux en symboles proportionnels !

Visualiser les densités de population en 3D et à l'échelle mondiale

Utiliser Magrit dans le cadre de la géographie scolaire




L'essor parallèle de la Silicon Valley et d'Internet : du territoire au réseau et inversement (à partir de la collection David Rumsey)


Tous les passionnés de cartographie connaissent la collection David Rumsey, ce célèbre collectionneur américain qui a rassemblé plus de 150 000 cartes, atlas et globes anciens depuis les années 1980. En 2016, il a fait don de sa collection à l’Université de Stanford qui l'a numérisée. Aujourd’hui, on compte plus de 90 000 cartes et images consultables en haute résolution et accessibles en téléchargement sur le site : http://www.davidrumsey.com/ 

David Rumsey s'intéresse désormais à des cartes plus récentes qu'il présente sur son blog. Il vient de regrouper une série de cartes montrant les débuts conjoints de la Silicon Valley et du réseau Internet. Le premier groupe de cinq cartes retrace l'évolution de la Silicon Valley de 1981 à 1991. Le deuxième groupe rassemble six cartes illustrant la croissance du Web de 1995 à 2009.

Les cartes de la Silicon Valley et d'Internet (collection David Rumsey) :
 
Ce rapprochement est très intéressant pour donner à voir la naissance et l'essor parallèle de la Silicon Valley et d'Internet, dans un processus d'interfécondation mutuelle. Il permet d'une part de décrire l'espace géographique de la Silicon Valley dans les années 1980 et de localiser ses premières start ups, dont beaucoup ont disparu ou quitté la région, et d'autre part de comprendre comment s'est construite la structure invisible du Web en 1995, à partir du territoire même de la Silicon Valley, et sa complexité croissante jusqu'à la Toile d'araignée que l'on connaît aujourd'hui.

Cette série de cartes peut être lue comme un raccourci montrant l'évolution rapide des techniques de représentation cartographique. On passe d'une vue de la baie de San Francisco en 1981 typique de cette époque (du style bande dessinée avec des couleurs vives) à un plan géométrique (du style plan de métro) des géants de l'Internet en 2009 (on n'est pas loin d'atteindre la complexité du plan de Tokyo). On peut aussi y voir une belle métaphore des relations entre territoire et réseau, sachant que la technopole californienne a toujours été un territoire-réseau et qu'elle a de ce fait été au coeur de la naissance et du développement d'Internet. Comme Internet constitue désormais un "territoire" à part entière, avec ses "sites", ses "espaces réels ou imaginaires" sans parler des "cartes-images" du Géoweb qui mêlent constamment signifiant et signifié, on est aussi dans la métaphore spatiale du réseau-territoire. De quoi mettre fin, espérons-le, à tous ces discours sur les "espaces virtuels" de l'Internet...


Prolongements :

Silicon Valley : acteurs d'Internet, ils alertent sur ses dangers (Le Point, 8 octobre 2017)

Silicon Valley : les débuts de la Vallée du Silicium (Clubic, 21 janvier 2018)

Images des sièges des géants de l'informatique et de l'Internet (Atla-california.com)

La Silicon Valley, symbole de l'inventivité américaine (séance pédagogique)


Articles connexes :

La carte mondiale de l'Internet en 2018 selon Telegeography

Quand Facebook révèle nos liens de proximité

D'autres façons de lire et découper le territoire américain

La rubrique Cartes et atlas historiques de ce blog



Cartes sur la jeunesse, la formation et l'emploi au sein de l'Union européenne


Dans le cadre des élections européennes de mai 2019, l'Agence France Presse publie une série de cartes sur la jeunesse, la formation et l'emploi au sein de l'Union européenne. Les cartes témoignent d'assez fortes disparités entre les régions européennes (niveau NUTS 2).

La source de données est Eurostats, le gros portail statistique de l'Union européenne qui comporte également un module cartographique disponible en ligne (consulter le site pour avoir accès à plus de données) : http://ec.europa.eu/eurostat/data/database




Articles connexes :

Le vieillissement de la population européenne et ses conséquences

La carte, objet éminemment politique : exemple des élections européennes



Une data visualisation pour étudier les vagues d'immigration aux Etats-Unis (1790-2016)


Quel rapport entre la dendrochronologie et l'immigration ? En apparence aucun. C'est pourtant l'idée ingénieuse que les auteurs de cette data visualisation ont trouvée pour représenter les vagues d'immigration aux Etats-Unis sur un temps long, depuis la création du pays en 1790 jusqu'en 2016.

Pour accéder à l'article Simulated Dendrochronology of U.S. Immigration 1790-2016 :
http://web.northeastern.edu/naturalizing-immigration-dataviz/


Chaque petit tiret de couleur correspond à l'arrivée de 100 immigrants et les lignes de vie grossissent par année avec des repères tous les 10 ans. Leur orientation varie en fonction du pays d'origine. La couleur correspond à la région du monde concernée (Europe en vert, Canada en bleu, Afrique en rouge, Amérique latine en jaune, etc.)

La croissance démographique des Etats-Unis étant en grande partie liée à l'immigration, la métaphore du tronc d'arbre vient montrer "comment les cellules se développent lentement" et "laissent une marque informative dans l’arbre, les nouveaux immigrants contribuant à la forme du pays". C’est ainsi que Pedro M. Cruz et John Wihbey décrivent leur visualisation de données concernant les flux historiques d’immigrants aux États-Unis. 

Conçue en collaboration avec d’autres membres de l’équipe de recherche collaborative Data Storytelling and Exploration de la CAMD Northeastern University à Boston, la visualisation prend la forme de cernes de croissance dans un tronc d’arbre. 

Sans surprise, les anneaux de croissance sont plus larges en période de prospérité économique lorsque les lois sur l'immigration sont plus souples et, au contraire, plus étroits en période de difficultés économiques, de conflits et de politiques d'immigration répressives. L’image du tronc n’est pas seulement un moyen pour suivre les fluctuations de l’immigration. Face aux inquiétudes provoquées par la politique d'immigration américaine à tolérance zéro, c'est aussi une façon de rappeler qu'un  pays constitué de migrants peut tirer profit de ces anneaux de croissance.  

Une vidéo permet d'animer la data visualisation sur la période 1830-2015 : l'occasion de voir l'inégale croissance des cercles en fonction des époques. Les chiffres précis du nombre de migrants s'affichent à gauche de l'écran par décennie et par origine géographique (possibilité de faire des arrêts sur image ou des retours en arrière pour déterminer des dates-clés).
On peut également faire des comparaisons entre les différents états des Etats-Unis pour analyser s'ils ont accueilli plus de migrants d'origine européenne, africaine ou latino-américaine et à quelle période :


A titre de comparaison, voici un graphique évolutif qui ne donne pas du tout la même vision des vagues d'immigration aux Etats-Unis. Il s'agit d'une représentation plus "quantitative" avec l'idée qu'il y aurait une recrudescence de l'immigration aujourd'hui. L'échelle choisie a tendance à grossir le phénomène migratoire alors qu'on reste sur une part inférieure à 15% de la population totale (la valeur de référence n'étant d'ailleurs pas clairement exprimée). On comprend difficilement le creux spectaculaire de la courbe si on n'a pas en tête les lois sur les quotas qui ont fait baisser drastiquement l'immigration de 1924 à 1965. Ces biais interrogent sur le sens à donner à ce type de data visualisation qui révèlentt en creux les effets des lois anti-migratoires plus qu'autre chose.
http://www.reddit.com/r/dataisbeautiful/comments/bo7ell/birthplace_of_us_immigrants_as_percentage_of/



Déposé sur le site Data is Beautiful, ce graphique fait l'objet de discussions et interroge le crédit que l'on peut accorder à ce type de sources publiées sur Reddit. S'agissant de la répartition interne en fonction du lieu d'origine des migrants, le point de vue diffère si l'on prend en compte la représentation par pays ou par continent et si les chiffres sont en pourcentage ou en valeur brute. Voici par exemple le graphique élaboré par le Carolina Population Center :
http://demography.cpc.unc.edu/2015/04/27/u-s-immigration-flows-1820-2013/



Que dire de la manière dont Jürgen Eichhoff, le premier directeur du Max Kade Institute représentait l'immigration aux Etats-Unis d'après les stéréotypes culturels de chaque pays (1820-1985) ?
http://maxkade.blogspot.com/2012/08/graphic-representations-of-germans-in.html




Articles connexes :

Une animation cartographique pour reconstituer les dynamiques de peuplement aux Etats-Unis sur la période 1790-2010

The Racial Dot Map

Comment différencier infographie et data visualisation ?

Utiliser des graphiques animés pour donner à voir des évolutions et des ruptures
 
Les transferts de population à l'intérieur de l'Allemagne depuis 1991 à travers une infographie



Les transferts de population à l'intérieur de l'Allemagne depuis 1991 à travers une infographie


Les millions d'Allemands qui sont partis (article de ZEIT Online - 2 mai 2019)

Depuis la réunification de l'Allemagne en 1990, des millions de personnes ont quitté l'Est déclenchant une grave crise démographique. Pour la première fois, les données montrent ce qui s'est exactement passé - et pourquoi il y a de l'espoir. Par Christian Bangel, Paul Blickle, Elena Erdmann, Philip Faigle, Andreas Loos, Julian Stahnke, Julius Tröger et Sascha Venohr

Le journal ZEIT Online a évalué les données relatives aux six millions de transferts qui ont eu lieu de l'Allemagne de l'Est à l'Allemagne de l'Ouest sur la période 1991-2017. Les auteurs montrent qu'après la réunification, près du quart de la population originaire d'Allemagne de l'Est s'est déplacée vers l'Ouest (soit 3 681 649 personnes). Inversement les 2 451 176 "Wessis" qui  se sont installés en Allemagne de l'Est n'ont pas empêché le déclin démographique de certaines régions.



L'Atlas de Woodbridge et la première carte des isothermes à l'échelle mondiale (1823) : quand la géographie scolaire était en avance sur la publication scientifique


La commémoration des 250 ans de la naissance d'Alexandre de Humboldt (1769-1859) est l'occasion de (re)découvrir l'oeuvre du célèbre géographe allemand. Son expédition dans les Amériques – Vénézuela, Colombie, Équateur, Pérou, Cuba, Mexique et États-Unis - qu'il a réalisée entre 1799 et 1804 avec le biologiste français Aimé Bonpland, a contribué à en faire un géographe de terrain fondant son approche scientifique sur l'observation. De retour en Europe, il publie une oeuvre monumentale. Considéré comme le père de la géographie moderne, il montre les interactions des phénomènes humains avec les phénomènes géologiques, météorologiques, biologiques ou physiques.

En 1817, il publie "Des lignes isothermes et de la distribution de la chaleur sur le globe", Mémoires de Physique et de Chimie de la Société d'Arcueil (consulter l'ouvrage). Il faut cependant attendre 1838 pour qu'il élabore sa fameuse carte des isothermes à l'échelle mondiale (voir la carte sur la collection David Rumsey). Entre temps, un éducateur peu connu du Connecticut, William Woodbridge, qui a voyagé en Europe et a fréquenté Humboldt à Paris, publie en 1823 un Atlas scolaire qui contient une carte de répartition des isothermes qui est la plus ancienne carte connue à cette échelle. Retour sur une histoire originale à travers ce fil Twitter qui fait suite à un article publié par Gilles Fumey sur le blog Géographie en mouvement de Libération : Alexandre de Humbolt, le premier écologiste (8 mai 2019).







William Woodbridge a offert un exemplaire de sa Géographie universelle ancienne et moderne qu'il a élaborée avec Emma Willard (une pionnière de l'éducation des jeunes filles et de l'enseignement de la géographie aux Etats-Unis) à la Société de géographie de Paris dont il faisait partie. La société savante publie en 1826 un compte-rendu dans le Bulletin de la Société de Géographie (p. 178 et suiv.) où le rapporteur ne tarit pas d'éloges envers ce manuel de géographie "innovant" pour l'époque.

"Le livre de M. Woodbridge, qui doit être accompagné d'un Atlas, que nous n'avons pu juger, puisque le texte seul de l'ouvrage vous a été présenté, est consacré à l'enseignement élémentaire de la Géographie. Beaucoup d'ordre et de méthode, une classification en quelque sorte originale, dans laquelle l'auteur embrasse toutes les branches de la science géographique, le recommandent particulièrement à votre attention. Pénétré de cette idée, que la véritable essence de la science consiste à généraliser, et à réduire à peu de cas ou de principes généraux chaque branche des connaissances humaines, M. Woodbridge n'attaque en quelque sorte que les sommités de la science ; et en effet, il ne s'attache à reproduire que les principes les plus généralement reconnus et admis. Son livre peut être considéré comme un bon guide, non pas seulement pour les élèves, mais encore pour les maîtres...

Enfin, ce livre se termine par l'exposition des règles relatives à la construction des cartes, et de plusieurs problèmes, où l'auteur donne la solution des difficultés qu'elles peuvent faire naître. Il a eu l'heureuse idée de représenter les phénomènes les plus remarquables, dans des vignettes typographiées dont la plupart sont fort nettes et donnent une idée assez juste des faits. Ces vignettes sont nombreuses, et elles ne peuvent être que d'un grand secours pour aider la mémoire d'un élève. Des questions utiles en ce qu'elles mettent sur la voie des recherches, et forcent à la réflexion, sont aussi proposées, mais rejetées hors du texte et à la fin des pages, ou réunies dans la table analytique des matières qui précède l'introduction, elles offrent tous les avantages que l'on doit attendre de leur emploi, sans avoir l'inconvénient de scinder le texte d'une manière désagréable..."

Bien qu'en avance sur leur temps par leur conception de l'enseignement, Woodbridge et Willard sont imprégnés par une vision morale du monde qui va dominer tout le XIXe siècle et perdurer jusqu'au XXe siècle avant la décolonisation. En Américain "éclairé", Woodbridge n'hésite pas à classer les peuples des civilisés aux barbares et aux sauvages : voir son Atlas politique et moral de 1828 (réédité en 1837) et la lecture critique qu'en propose Martin Grandjean. 

Emma Willard, qui a rédigé la partie historique de l'atlas Woodbridge, a elle-même publié en 1829 une série de 12 cartes sur l'histoire de la nation américaine. La première carte de l'Atlas Willard (1829) localise les lieux de vie et de déplacement des tribus indiennes au nord-est des Etats-Unis. Pour Susan Schulten (2012), Emma Willard était une patriote très fière de l'histoire de son pays. Selon lui, la présence d’indiens autochtones sur cette « carte d’introduction » non datée a pour effet de les soustraire du cours de l’histoire (il s'agit de « traduire le chaos en ordre »). Les autres cartes datées fournissent un récit linéaire et cohérent sur l'exploration, la colonisation, le peuplement, l'essor politique et l'expansion d'un territoire qui est devenu celui des États-Unis.

Sources utilisées :

The First Isothermic World Maps :
http://blogs.loc.gov/maps/2018/04/the-first-isothermic-world-maps/

Biographie et oeuvres de William Woodbridge (1794-1845) sur Wikipédia :
http://en.wikipedia.org/wiki/William_Channing_Woodbridge

Emma Hart Willard : Pioneering Geography Educator (Carlyn Osborn - Library of Congress) :
http://blogs.loc.gov/maps/2016/03/emma-hart-willard/?loclr=blogmap

William C. Woodbridge, A.M.  Hartford and Emma WillardSchool atlas to accompany Woodbridge's rudiments of geography. Atlas on a new plan exhibiting the prevailing religions, forms of government, degrees of civilization, and the comparative size of towns, rivers, and mountains (1824 ?) : http://www.davidrumsey.com/maps1130587-29543.html. A voir en couleur et dans une autre version de 1837. La carte "isothermique" de 1823 est disponible en haute résolution sur Wikipedia.

William C. Woodbridge, Rudiments of Geography, on a New Plan: Designed to Assist the Memory by Comparison and Classification, with Numerous Engravings of Manners, Customs, and Curiosities Accompanied with an Atlas, Exhibiting the Prevailing Religions, Froms of Government, Degrees of Civilization, and the Comparative Size of Towns, Rivers, and Mountains (1830). http://books.google.com/books?id=n9sMAAAAYAAJ

William C. Woodbridge, Moral And Political Chart Of The World. Exhibiting the Prevailing Religion, Governement Degree Of Civilization And Number of Inhabitants (1828).
http://www.davidrumsey.com/

Emma Willard, A Series of Maps to Willard's History of the United States or Republic Of America. 1829. http://www.davidrumsey.com/

William C. Woodbridge, A System of Universal Geography on the Principles of Comparison and Classification (1838). http://books.google.com/

Martin Granjean, Représentations visuelles : cartographier les terres “barbares” de 1837. http://www.martingrandjean.ch/representations-visuelles-cartographie-terres-barbares-1837/

Susan Schulten, Mapping the Nation : History and Cartography in Nineteenth-Century America, University of Chicago Press, 2012. http://www.press.uchicago.edu/ucp/books/book/chicago/M/bo13141427.html