Faire de la géographie en période de confinement


Le Tour du monde par André-Henri Dargelas (source : Wikipedia)


Depuis le 16 mars 2020, le mot d'ordre est de "rester à la maison". Nos vies ne tournent plus qu'au ralenti dans un espace de plus en plus réduit et contraint. A l'image de beaucoup d'autres pays, la France entière est confinée en raison du coronavirus (voir notre article sur la diffusion de la pandémie). 

Le terme même de confinement évoque l'idée d'isolement pour des prisonniers ou des malades. Au delà de l'enfermement subi, on peut y voir l'action de se retirer volontairement du monde pour se protéger mutuellement de l'épidémie, de faire un pas de côté pour réfléchir à soi, aux autres et au monde dans lequel on vit, à celui qu'on voudrait faire advenir. Toutes choses bien utiles dans une période inédite où l'épidémie nous isole et en même temps nous relie tous solidairement à l'échelle mondiale (voir la vidéo confinements solidaires).

Voici un "kit de survie" géographique en période de confinement (qui pourra servir aussi après l'épidémie !). Une manière de mettre à profit ce temps à part qui nous est donné, de ne pas vivre dans le repli et de garder une fenêtre ouverte sur le monde.

1) Prendre en compte les (dis)continuités


  •  Des ressources pour assurer la "continuité pédagogique"

La fermeture générale des établissements scolaires est une première historique comme le rappelle l'historien de l'éducation Claude Lelièvre. Pour répondre aux besoins des enseignants, des élèves et des familles, le portail officiel du Ministère de l'Éducation Nationale (Eduscol) propose des ressources pour essayer de maintenir une certaine continuité pédagogique. Le site Géoconfluences recense des liens et des ressources et donne des pistes pour faire de la géographie pendant l'épidémie. L'académie d'Amiens a été l'une des premières à mettre des ressources et des tutoriels en ligne pour assurer la continuité pédagogique en histoire-géographie (voir également sa page pour lutter contre la désinformation). L'académie de Dijon fournit également outils et tutoriels. L'académie de Poitiers fournit un guide pratique pour accompagner la continuité pédagogique. L'académie de Lyon propose des scénarii pédagogiques pour enseigner à distance. La Lettre ÉduNum Ressources n°8 propose des pistes sur le travail à distance. La Lettre EduNum Histoire-Géographie n°47 est consacrée à la continuité pédagogique en histoire-géographie et EMC.

Des éditeurs ouvrent leurs ressources en donnant accès à leurs manuels pendant la période d'épidémie (Biblio Manuels). Le site LeLivreScolaire.fr, qui mettait déjà à disposition des manuels en ligne, offre un mode premium et des vidéoconférences.

L'Association des Professeurs d'Histoire et de Géographie publie en accès libre des ressources pédagogiques et scientifiques liées aux programmes scolaires sur son site internet. Dans une tribune intitulée "Du confinement et de l'intelligence des limites en temps de crise sanitaire", l'APHG en appelle à cette occasion à prendre "un peu de hauteur et de compréhension critique".

L'association Les Clionautes informe sur la situation de confinement des enseignants et de leurs élèves et assure une veille périodique d’informations au jour le jour.

Le site Retronews met à disposition ses dossiers d'analyse à partir d'archives de la BNF. Plusieurs dossiers concernent notamment l'étude des épidémies d'autrefois (peste, choléra, grippe "espagnole").

Les atlas Autrement sont consultables en ligne (sous forme d'extraits).

CNRS Éditions a décidé de rendre libre l'accès aux numéros les plus récents de la Documentation Photographique.

Le site Lumni propose des films et documentaires pédagogiques accessibles par disciplines et par thèmes d'étude.

La Bibliothèque Numérique Mondiale (UNESCO) donne accès gratuitement à des cartes, des textes, des photos, des enregistrements et des films de tous les temps et explique les joyaux et les reliques culturelles de toutes les bibliothèques de la planète (disponible en sept langues).

La plateforme France Université Numérique (FUN) réouvre 15 MOOC en mode « archivé ouvert » pour aider les enseignants, notamment dans le domaine du numérique.

L'Université Paris Diderot passe en mode "confinement et enseignement à distance" et ouvre certains de ses cours de géographie (voir par exemple le cours sur les Structures du monde actuel).

À l'initiative d'universitaires et en partenariat avec le CNFG et Géoconfluences, une liste collaborative est ouverte à destination des étudiants du supérieur pour faire de la géographie en ligne pendant la période du confinement (Padlet).

De la lecture pour étudiant.e.s en science politique confiné.e.s (Renaud Epstein).

  • Assurer de la présence à distance 
Comment faire l'école sans école ? Comme le souligne François Jarraud dans un éditorial du Café Pédagogique, pour mettre en place une continuité pédagogique voire un enseignement à distance auprès de plusieurs millions d'élèves du primaire et du secondaire, les solutions sont loin d'être simples et opérationnelles. Le Ministère de l'Éducation Nationale propose, via le CNED, la plateforme "Ma classe à la maison". Certains enseignants émettent des doutes sur leur capacité à pouvoir faire véritablement la classe virtuelle. D'aucuns y sont même hostiles évoquant une impossible continuité dans les conditions actuelles (cf impréparation sur le plan informatique, pédagogique et humain dénoncée dans cette pétition).

Bruno Devauchelle pose la question de savoir si la crise du coronavirus est une opportunité pour le numérique éducatif et donne à réfléchir sur la manière dont celui-ci réinterroge notre relation au monde. Philippe Watrelot montre à quel point ce "scolarovirus" vient révéler les lacunes du système éducatif français et s'attaque à 10 idées reçues sur l'École et les enseignants. Pour Jean-Louis Durpaire, les ENT pourraient faire la preuve de leur efficacité pédagogique, mais l'enjeu véritable de l'École réside d'abord dans le bonheur d'être avec l'autre. Pour Philippe Meirieu, "l’enfant a besoin de discontinuités éducatives. La continuité pédagogique ne s’improvise pas". Dans la situation actuelle, le problème s'apparente plutôt à des formes de gestion de la discontinuité. L’école n’est pas simplement un lieu destiné à permettre à chaque enfant d’effectuer individuellement des apprentissages efficaces, elle est aussi un « espace-temps » où des enfants différents se retrouvent pour « apprendre ensemble » (Meirieu, Les leçons du virus). Si l'expérience des devoirs à la maison est susceptible de changer le regard des parents sur l'École, le modèle du homeschooling risque très vite de trouver ses limites si les parents ne renvoient pas aux consignes et conseils des enseignants.

Le risque de creusement des inégalités, en raison notamment de l'inégal accès au numérique et du rapport à l'école très différent selon les familles, suscite de nombreux débats et interroge les fondements de l'École aux prises avec des inégalités souvent cumulatives (France Culture). Les risques de décrochage sont importants. La fracture n'est pas seulement sociale, c'est aussi une fracture numérique. Cette fameuse fracture numérique (digital divide) est une fracture d'équipement, mais plus encore une fracture d'accès. Elle concerne l'accès au matériel informatique du fait qu'il y a souvent un seul ordinateur par famille, qu'un des parents l'utilise déjà pour du télétravail, que le frère ou la soeur en ont besoin ou encore que l'ordinateur est plutôt réservé à des usages ludiques (jeux vidéos, musiques ou films sur Internet). La fracture numérique scolaire pourrait elle-même se décliner sous un jour nouveau en distinguant les "info-émetteurs" (enseignants) et les "info-récepteurs" (apprenants) réduits à exécuter les tâches qu'on leur envoie. Les Cahiers pédagogiques donnent des pistes pour accompagner les élèves dans une dimension éducative assez large en essayant de ne pas creuser les inégalités. Les enseignants sont conduits souvent à des tâtonnements entre usages sociaux et usages scolaires du numérique.

Certains enseignants ont décidé de faire cours via les réseaux sociaux, via leur messagerie ou des applications privées pour faire face aux surcharges de connexions des sites d'établissement (voir ces témoignages sur France TV Info), ce qui suscite des rappels à l'ordre de l'Éducation nationale soucieuse de faire respecter le Règlement général sur la protection des données (RGPD). Point positif : les réseaux sociaux parviennent à créer des formes de co-présence à distance. "Même si la salle de cours n'existe plus en tant que telle, il se recrée un microcosme de classe dans les boucles WhatsApp de certains établissements", même si on reconnaît volontiers que l'école 2.0 ne remplacera jamais le professeur. On observe que le modèle prégnant est souvent celui du télé-enseignement alors qu'il faudrait apprendre à créer de la présence à distance (ce qui ne passe pas exclusivement par des dispositifs du type classe virtuelle) et qu'il n'aurait pas fallu attendre l'arrivée d'une crise de cette ampleur pour mettre en place une "école étendue".

Les Environnements numériques de travail (ENT) et les plateformes de formation avec leurs outils asynchrones sont certainement plus efficaces pour mettre en place des activités pédagogiques. Il faudrait évidemment qu'ils fonctionnent avec des usages pédagogiques plus développés. Comme le montrent des recherches concernant les usages pédagogiques, "l’ENT semble faire rejouer une partie des tensions qui traversent aujourd’hui l’école, en particulier sur les questions de co-éducation et, notamment, de place et de rôle des parents dans l’espace scolaire" (voir synthèse de ces recherches sur le site de l'Agence des usages du numérique - Canopé).

Quand on utilise une plateforme de formation depuis des années pour partager des ressources en géographie avec ses étudiants, c'est plus facile d'envisager la continuité pédagogique. Comment rendre ces ressources formatives accessibles à plus d'étudiants en métropole et dans les DOM ? Voici quelques pistes de réflexion à partir d'une expérience sur Moodle.

On ne peut être qu'impressionné par la mobilisation des professeurs sur Internet et sur les réseaux sociaux : production de ressources, partage et mutualisation avec souvent des propositions inventives. La revue Cahiers pédagogiques recense un grand nombre d'initiatives et donne des pistes pour enrichir ses activités à distance.

  • Se servir de l'actualité
Comment expliquer le rôle du confinement à votre entourage  ? Les systèmes multi-agents s’avèrent très pédagogiques. Le Washington Post en fait la preuve à travers la mobilisation de systèmes multi-agents (voir la présentation sur le site Décryptagéo). Il est possible de prolonger la réflexion sur les avantages et les inconvénients du confinement pour parvenir à enrayer l'épidémie, en visionnant cette vidéo produite par @LeMediaTV qui utilise plusieurs simulations. De quoi faire de la géographie de la santé tout en s'initiant à la modélisation spatiale (voir cette comparaison avec et sans mesures de distanciation sociale).

Chaque semaine, Benjamin Daubeuf, enseignant en histoire-géographie au lycée Val de Seine du Grand-Quevilly, commente un article du Courrier international en rapport avec les programmes. Il propose un exercice pratique : analyser un article de presse pour préparer les épreuves du lycée et rappelle la méthode pour y arriver.

« Le coronavirus est dangereux, mais il ne va pas tuer tout le monde ». Le Monde (Les Décodeurs) répond aux questions posées par les enfants. L'hebdomadaire 1jour1actu fait en sorte que tous les enfants qui le souhaitent puissent s’informer facilement et gratuitement.
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En savoir plus : https://www.1jour1actu.com/culture/ton-hebdo-1jour1actu-est-a-lire-ici
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 2) Trouver d'autres manières de faire de la géographie


Et si l'on profitait de cette période de confinement chez soi pour faire de la géographie un peu autrement : par les livres, le cinéma, Internet...

  • Pouvoir s'évader (ou se recentrer) par la littérature et les arts
Pour l'anthropologue Frédéric Keck, "nous n’avons pas l’imaginaire pour comprendre ce qui nous arrive". Et si justement la littérature nous aidait à travailler sur cet imaginaire que nous avons perdu et qui nous aiderait à mieux affronter l'avenir.
 
Le site OuCarPo (Ouvroir de Cartographie Potentielle) propose une réflexion par jour de confinement à partir des oeuvres de Marcel Proust. A découvrir sur le compte Twitter @OuCarPo. « Je fus souvent malade et pendant de longs jours, je dus rester dans "l'arche". Je compris alors que jamais Noé ne put si bien voir le monde que de l'arche, malgré qu'elle fût close et qu'il fît nuit sur la terre » (Proust, Les Plaisirs et les Jours, préface).

D'autres écrivains ont écrit sur l'isolement par exemple sur celui de la cave. « J’ai souvent pensé que la meilleure façon de vivre pour moi serait de m’installer avec une lampe et ce qu’il faut pour écrire au coeur d’une vaste cave isolée. » (Franz Kafka, Lettres à Félice). Le confinement résidentiel est aussi l'occasion de (re)lire le poème de Jacques Prévert, Dans ma maison.

Les ventes du roman d'Albert Camus, La Peste, se sont envolées ces dernières semaines, sous l'effet, dit-on, de la propagation du virus COVID-19. Thème hautement romanesque, l'épidémie n'a pas inspiré qu'Albert Camus, pour qui la peste était plus une métaphore de la "peste brune", à savoir le nazisme, qu'une épidémie au sens propre. A moins que vous ne préféreriez "décamérer" (« sortir de sa chambre en restant confiné ») en consultant une traduction revisitée du Décameron de Boccace.

Coronavirus : de Sophocle à Stephen King, quinze livres inspirés par des épidémies à lire ou à relire (France Culture).

Littérature d'outre-mer. Une sélection d’ouvrages à découvrir ou redécouvrir pendant le confinement.

La BNF et le Ministère de l'Éducation Nationale ont sélectionné 150 ouvrages de littérature à télécharger au format epub sur le site de Gallica. A compléter par cette liste complète de livres à télécharger gratuitement pendant la période de confinement (Outils Tice).

Confinement littéraire : décrire sa chambre. A l’heure du confinement, n'est-ce pas l'occasion d'apprendre à considérer davantage la culture de la chambre essentielle aux adolescent.e.s ? (Café pédagogique).

Confinement culturel : des ressources « pour s’ennuyer intelligemment ». L'ennui, c'est créatif. C'est donc bon pour la planète ! (Padlet).

300 livres d'art à découvrir gratuitement sur la bibliothèque virtuelle du Getty Museum. Le musée Guggenheim de New York offre également ses livres d'art en téléchargement gratuit. 

La DAC de Normandie propose des ressources numériques pour l'Éducation artistique et culturelle (EAC).

  • Visionner des films de géographes 
De nombreux films de géographes ont été proposés sur la liste Geotamtam. Christina Del Biaggio en a fait une page de liens sur le site Seenthis.net. Un réseau social que l'on vous recommande vivement. Seenthis est libre, sans algorithmes et regroupe plein de choses intéressantes au niveau ressources pédagogiques, avec un très bon moteur de recherche pour effectuer des requêtes à l'échelle de l'ensemble de ce site de veille contributif.

Le Dessous des cartes confiné propose une série spéciale d'émissions sur Youtube pour décrypter les leçons géopolitiques du coronavirus. Premier épisode : les deux Corées face au virus.

Pascal Boniface répond aux questions sur la crise du coronavirus et les conséquences géopolitiques qu'il entraîne.

  • Dessiner ou rêver avec des cartes
Nicolas Lambert (cartographe et co-auteur de l'atlas Mad Maps) lance l'idée : "Vous êtes confiné, vous vous ennuyez, vous ne savez pas comment occuper vos enfants... Et si vous dessiniez des cartes ? Dessinez le Monde comme vous le voyez, le rêvez... Vous avez carte blanche". Si vous m'envoyez vos créations, elles seront publiées sur le blog Néocarto." Avis aux amateurs... 

Vous êtes confinés, vous lisez des bouquins, n'oubliez pas de référencer les citations cartographiques que vous dénichez sur MapQuote (déjà plus de 300 citations référencées sur les cartes dans la littérature).

Julien Dupont (Kobri), professeur d'histoire-géographie en collège à Vaulx-en-Velin et auteur de fictions radiophoniques et cartographiques, propose sur son site Kartokobri ses cartes quotidiennes du confinement. La carte comme terrain imaginaire pour essayer de comprendre le réel ou en tout cas d’en raconter un parmi d’autres. A découvrir sur son site et pour le making-off voir les explications sur le site Visions carto.

Alice Caron (@Alice_Caron_) profite de la situation pour prendre le temps de faire une carte par jour de confinement. Même cadrage, même échelle à partir de fonds OSM, mais les styles diffèrent.

Sur son compte Twitter, Thomas Draw maps (@thomrey) propose des fonds de cartes illustrés du type vieux parchemins pour occuper les enfants, pas seulement pour leur faire colorier des cartes mais aussi pour stimuler leur imaginaire.

Trouver des vieilles cartes en ligne sur toutes les régions du monde à partir du moteur de recherche du site Old Maps Online. Utiliser la Bibliothèque numérique mondiale avec les mots-clés cartes ou géographie. Sinon vous pouvez aussi découvrir les trésors cartographiques recensés sous le hashtag #mapathome.

Le site Geography Realm propose des cartes anciennes à colorier et des vues panoramiques de Paris et de Rome au XVIe et XVIIe siècles ainsi que la fameuse carte de l'Europe du cosmographe Sébastien Münster (pleins de détails fabuleux à découvrir aux détours de ces oeuvres d'art cartographique). 

La BNF propose des présentations vidéos très pédagogiques dans sa série "Au coeur des cartes". Vous pouvez y découvrir l'Altas catalan (1375), un recueil de cartes enluminées reliées à la manière d’un livre ; la carte de la Méditerranée (1447) de Gabriel de Vallseca, un portulan conçu comme une véritable carte politique et commerciale de la Méditerranée au XVe, l'Atlas nautique (1467) de Grazioso Benincasa.

Fonds de cartes, machine à voyager dans le temps, coulisses de la cartographie et autres ressources pour réviser sa géographie : découvrez le programme que l'IGN  vous a concocté. L'occasion de télécharger des fonds de cartes sur la France et le monde disponibles en différents formats. On peut découvrir comment l'IGN fabrique ses cartes avec cette vidéo très pédagogique ou de connaitre l’histoire de la cartographie française de 1667 aux années 2000. Une vidéo de présentation permet de comprendre également l'importance des geodata.

Si faire des cartes ne se résume pas à faire du coloriage (rappel utile car c'est encore souvent ancré dans les pratiques et les représentations !), voici quelques atlas en N&B qui peuvent permettre de s'initier à découvrir la forme des pays et des continents pour de jeunes enfants. Le Mapbox Coloring Book (au format pdf) est une collection imprimable de cartes vierges du monde entier. L'Ordnance Survey propose des fonds pour le Royaume-Uni et même un outil en ligne pour colorier instantanément constructions, rivières, routes, sols cultivés (assez efficace pour s'initier à la géographie thématique). 

Si vous n'avez pas de crayons de couleur ni d'imprimante, vous pouvez utiliser l'outil en ligne Mathigon's Map Coloring qui invite à colorier avec le moins de couleurs possible (deux états, régions ou pays adjacents ne peuvent avoir la même couleur). Une manière de s'initier au théorème des quatre couleurs.

"Chers élèves : ce confinement est aussi un moment pour se poser, penser l'histoire, la géographie autrement, réfléchir au tempo du monde qui est en train de changer, comprendre le temps long et le temps court. Vous allez travailler mais différemment. Nous sommes là" (@PissarroCGhg).

"Chers enfants, je vous écris de je ne sais où". Des enfants d'ici et d'ailleurs confinés prennent la plume, la palette ou le clavier (Laurence de Cock, Mediapart).

L’art d’appréhender l’espace en période de confinement, ça marche aussi chez les enfants de 4 ans et demi (espace perçu, espace vécu). On remarque l’importance accordée à l’école (@dpoquesfournier).

Vous pouvez aussi trouver des ressources en consultant les rubriques Cartes historiques, Cartes imaginaires, Cartes artistiques, Globes virtuels ou Fonds de carte de ce blog.

  • Voyager virtuellement 
Les secteurs du transport aérien et du tourisme sont directement impactés par la crise du coronavirus et sans doute devrons-nous apprendre à réduire nos mobilités à longue distance. Ce qui n'empêche pas de voyager virtuellement, ce que l'on faisait déjà en utilisant les outils d'exploration géographique sur Internet, outils de navigation, globes virtuels et autres outils de cartographie numérique en 2 ou 3 dimensions. Une manière de "confiner" dans le sens que ce mot avait au Moyen Age : « aller aux confins », c'est-à-dire parcourir le vaste monde jusqu'à ses extrémités, ce que l'on désignerait plutôt aujourd'hui par l'action de se déconfiner, au sens d'aller chercher un "ailleurs" pour être véritablement en mesure de construire un "ici". L'idée de "déconfinement" a cela d'intéressant qu'elle nous ramène à l'une des finalités fondamentales de l'enseignement de la géographie (découvrir le monde dans sa complexité et sa diversité) : une "géographie de la découverte" assumée, dès lors qu'elle ne se résume pas à une contemplation béate et qu'elle débouche sur une ouverture au monde, à sa compréhension et à son analyse.

Voyager dans le temps et dans l'espace avec des globes virtuels anciens ou actuels.

Jordi Colomer propose d'utiliser les images 3D pour étudier des paysages géographiques (notamment à travers l'exemple de Mumbai en vue immersive).

Depuis longtemps, Jean-Marc Kiener propose d'explorer le monde sur son site Voyages virtuels (avec de nombreux parcours géographiques utilisant Google Earth).

Où puis-je me déplacer à 1 kilomètre autour de chez moi conformément à la réglementation instaurée par le confinement (décret n° 2020-293) ? On peut calculer son aire de mobilité autorisée en utilisant différents sites de cartographie numérique (Géoportail, Arcgis ou Carte-sortie-confinement.fr) : une manière concrète de s'initier à l'analyse spatiale en faisant des zones tampons autour de chez soi (calcul d'isodistance autour de son lieu de confinement). Vu l'hyper-contraction de nos mobilités terrestres, vous ne devriez pas avoir besoin de l'outil iscochrone qui permet de calculer les distances-temps pour les déplacements. Deux jeunes informaticiens de Grenoble ont mis au point CoviRadius, un outil qui permet de calculer à la rue près jusqu’où il est possible de s’aérer sans risquer une amende. Pierre Ripoll propose également une application en ligne permettant de simuler sa bulle de confinement en variant la distance (disponible pour Lyon et Paris).

Comment se balader et découvrir la Normandie tout en restant confiné chez soi (France 3).

Le magazine Géo a mis en ligne une visite virtuelle de Pompéi et Herculanum. Voir la reconstitution de la ville de Lugdunum au 2e siècle ap. J-C (Musée Gadagne) ou Tolosa en animation 3D (Musée Saint-Raymond).

Dix musées du monde à visiter virtuellement depuis son salon (Le Figaro). La maison de Monnet à Giverny en visite virtuelle.

  • Faire de la géographie en chantant
Les représentations urbaines passent aussi par la culture populaire. Des chansons populaires pour étudier la ville (@PierreAgeron).

La géographie en chansons (SensCritique.com).

Si la musique est récemment devenue un objet géographique, les géographes ont longtemps pratiqué la musique comme compte-rendu des stages de terrain (Association des Géographes de Savoie).

Musiques et territoires : ce que la géographie peut en dire (Yves Raibaud).

  • Garder son humour (géographique)
Sur les réseaux sociaux, Français, Italiens, Espagnols font preuve d’autodérision pour raconter leur quotidien en confinement. L’idée n’est évidemment pas de minimiser l’importance de la crise, mais de nous aider à surmonter cette période anxiogène, comme l’explique Vulture.

"Tu as fait tes devoirs en ligne ?" est devenu la question récurrente dans les familles. Un peu d'autodérision comme le propose Fabrice Erre (@uneanneeaulycee) ne fait pas de mal.

Quand le confinement va trop loin ! (@VarlanOlivier)

Personnel soignant portant la terre. Un magnifique hommage du dessinateur algérien @HicCartoons à l'engagement du personnels de santé dans la lutte contre l'épidémie mondiale du coronavirus. Voir ses autres caricatures.

La dessinatrice Coco croque l’absurdité de ce qui est notre quotidien, essayant d’apporter un peu d’humour malgré cette grave crise sanitaire (France Culture). La collaboratrice du journal satirique Charlie Hebdo partage aussi ses dessins sur ses comptes Instagram et Twitter.

Le rire, meilleure arme contre l'épidémie ? Un petit plongeon dans l'imaginaire épidémique du XIXe siècle à travers des caricatures anti-cholériques de 1832 présentées dans un thread de @Revolution19e.

A l'occasion de la mort d'Uderzo, un billet de Thierry Joliveau à (re)lire sur la carte manquante d'Astérix, qui montre comment l'humour et la BD peuvent faire passer des messages sur les stéréotypes sociaux, culturels ou nationaux pour des générations. Avec un dessin en N&B qui témoigne de la virtuosité du trait chez Albert Uderzo.

3) Un autre regard sur le monde


Habituellement animées, les villes ralentissent leurs activités et se vident de leur population (en particulier dans leurs centres). Les images sont spectaculaires et donnent à voir des paysages urbains sans hommes. Les villes, les monuments, les routes, les usines, les parcs sont désertés comme si le monde s'était figé. Entre spectacle d'une nature qui reprend ses droits et terreur d'un monde suspendu à son avenir, ces images viennent alimenter la sidération. Sans tomber dans la collapsologie, quel regard pouvons-nous porter sur ces espaces vidés de leurs fonctions ? Quel(s) sens différent(s) donner à nos modes d'habiter et à nos modes de vie ?
  • Les grandes villes sont à l'arrêt (Les Echos)
  • De New York à Bangkok, le coronavirus transforme les métropoles du monde entier en villes fantômes (Le Monde)
  • Baisse du trafic automobile hebdomadaire dans quelques grandes métropoles mondiales (Financial Times)
  • Une série de métropoles avec comparaison du trafic automobile avant/après (BuzzFeedNews
  • Une étude fine de la décroissance du trafic automobile à partir de données télémétriques (Mapbox traffic) enregistrées sur la période du 13 janvier au 16 mars 2020 avec plusieurs échelles d'analyse (continents, états, villes).
  • La diminution des mobilités aux Pays-Bas sous forme de data visualisation (Sander Van der Drift)
  • En Italie, des villes désertes sans touristes (Le Figaro, Les Echos)
  • À Venise, le confinement a rendu l'eau des canaux limpide, permettant d'observer les bancs de poissons. Avec l'absence de circulation fluviale, les sédiments ne sont plus brassés (Ouest France)
  • Vues esthétisantes de la ville de Barcelone vide d'hommes 
  • Lyon, "cité du silence" vue par drone avec des images poignantes au delà de la dimension surveillance (Viméo)
  • Marseille, d'habitude si bouillonnante et bruyante, comme vous ne l'avez jamais vue (France3)
  • Des images de la Nasa montrent la chute spectaculaire de la pollution (HuffPost
  • Le confinement entraîne une réduction de la pollution en Europe (La Dépêche)
  • L’inquiétante étrangeté des photographies d’espaces publics vides (The Conversation) : "notre attirance pour les images du monde sans nous révèle une fascination collective pour l'apocalypse ou, peut-être, l'extinction". 
  • Un tiers de la population mondiale confinée avec la carte des pays en "lockdown" et les images de ces espaces désertés à travers le monde (Dailymail)
  • Des images pour aborder la question de la distanciation sociale en période de pandémie. Les objets produits ou stockés en masse se retrouvent à des distances plus proches que les hommes. De quoi faire des analyses en terme de proxémie (The Atantic)
  • Une série de photographies de Paris à New York, en passant par Munich, Los Angeles, Hong Kong, Pékin, Milan ou encore New Delhi (New York Times). Voici comment le NYT présente son projet : “Ce vide actuel est une nécessité sanitaire. Il peut faire penser à une dystopie, pas à du progrès. Mais en fin de compte, il confirme aussi qu’en écoutant les experts et en restant chez nous, nous n’avons pas perdu notre capacité à nous unir pour le bien collectif. (…) Ces images sont hantées et vous hanteront, elles semblent sorties de films apocalyptiques, mais d’une certaine façon, elles délivrent aussi un message d’espoir.”
Pour le géographe Michel Lussault, "les photos de Venise vide aux eaux limpides (alors qu’elles furent toujours turbides) ressemblent à une copie de la cité dans un casino de Vegas ou à un parc d’attraction aux eaux chlorées. La vie humaine ne peut exister sans animation et co-présence". Il rappelle par ailleurs que la "fascination [pour ces images de villes abandonnées s'observait déjà] dans la période récente autour du succès du « Ruin Porn », courant photographique multipliant les clichés de villes en ruine (notamment Détroit). [Pour lui] ce fantasme de disparition de l’espèce humaine semble une régression antipolitique : une entrave à l’action... L’anomie sociale que le confinement provoque montre qu’il faudra engager une réorientation sans le payer au prix fort de la disparition des relations entre humains. Ce n’est pas un problème théorique mais un constat pratique : nous avons besoin des liens concrets... Ce virus nous fait prendre conscience que nous vivons dans un monde entrelacé, qu'il faudra faire avec". Michel Lussault place le COVID-19 au rang d'« agent de l’intérieur » dans les réseaux de la mondialisation (Libération). Ses analyses concernant la pandémie comme révélatrice d'un monde urbain généralisé sont à suivre en vidéos sous forme de Chronique géo-virale.

Au fond, ces paysages géographiques sans présence humaine ne sont pas chose nouvelle. On retrouve cette invisibilisation des hommes et des activités dans bon nombre d'images médiatiques. C'est très net en ce qui concerne l'usage des photos touristiques faisant la promotion de tel lieu "sauvage" ou "naturel" pour attirer les touristes. Mais ce processus d'invisibilisation peut se retrouver aussi plus subtilement dans les manuels scolaires privilégiant souvent des vues panoramiques prises de loin ou encore dans les cartes postales (voir par exemple la série Un jour, une ZUP, une carte postale par le sociologue Renaud Epstein qui entend rendre visibles “les quartiers” dans une démarche de mémoire, ces cartes postales étant souvent vides d'hommes). La nouveauté réside, semble-t-il, dans le fait que ces villes désertes en période de confinement nous donne à voir "en creux" ce qui fait la ville, à travers ses fonctions de production et d'échanges qui se trouvent soudainement à l'arrêt. Quelques photos (à ras du sol ou à hauteur d'homme) nous laissent malgré tout entrevoir une vie qui se rétracte dans l'espace confiné des habitations ou à travers quelques promeneurs ou sportifs continuant à sortir dans leur espace proche. Une vie fragmentée, en interstices, souvent ramenée à l'échelle de l'individu urbain et de sa solitude ? Pour Patrick Zylberman, l'efficacité du confinement dans les villes passe par des mesures sanitaires très strictes et un contrôle d'État, particulièrement dans les villes asiatiques devenues ce qu'il appelle des "labyrinthes de solitude" (AOC Analyse).

Pour Jacques Lévy, « l'humanité habite le Covid-19 ». Phénomène à la fois 100% biologique et 100% social, le Covid-19 modifie notre regard sur un certain nombre de réalités mais aussi ces réalités elles-mêmes : c’est particulièrement vrai en matière de spatialités, de politique, de psychisme, de mondialité et de relation à la nature (AOC Analyse). 

Pour Eric Verdeil, on a tendance à faire de "la métropolisation, la coupable idéale de la pandémie". Il met l'accent sur les petites et moyennes villes davantage touchées en France et fait remarquer que "la spatialité des premières étapes de diffusion du Covid-19 ne sera sans doute pas la même que lorsque le virus aura touché la plus grande partie de la population" (The Conversation).

Pour Cynthia Gorrha-Gobin et les auteurs du Dictionnaire critique de la mondialisation, la pandémie est non seulement un risque inhérent aux processus de mondialisation, mais pose des questions en matière de vulnérabilité(s) et de résilience, de sécurité et de souveraineté sanitaires, de possible démondialisation. 

Pour Antoine Le Blanc, Professeur de Géographie à l'Université de Lille, « les échelles des barrières que nous établissons se sont multipliées :  les masques pour les individus, les murs de l’appartement pour les familles, les couvre-feux pour les villes et la fermeture des espaces publics, la fermeture des frontières des États ou macro-régions... Presque systématiquement, les barrières engendrent d’autres risques, de nature différente ou similaire au risque perçu comme le plus grave » (Le concept de la « mesure barrière » vue par un géographe, The Conversation).

Pour Guillaume Faburel (Les métropoles barbares. Démondialiser la ville, désurbaniser la terre, 2019), la métropolisation du monde est une cause de la pandémie. "La densification extrême et les surpeuplements démesurés rendent les foyers difficilement maîtrisables, à moins de quelques atteintes aux libertés publiques... La crise met à nu l’invivabilité écologique des méga machines métropolitaines...Et nous sommes alors très rapidement désœuvré.e.s lorsqu’il s’agit d’arrêter de nous agiter en permanence... Les règles du confinement ne seraient-elles pas faites d’un point de vue urbain et de classe sociales aisées ?" (interview pour Reporterre).

Pascal Clerc a entamé sur son blog Géographies buissonnières une série de billets "Si près, si loin" pour décrire en géographe cette nouvelle vie de confinement. Des images de "drôle de guerre", une lutte contre un ennemi invisible (en référence à Julien Gracq), une autre appréciation des distances et des proximités...

Pour Camille Ammoun (@CAmmoun), qui montre comment Beyrouth survit dans le coeur des citadin.e.s malgré la suspension apparente de l'urbanité, « la pandémie fait de nos villes des laboratoires grandeur nature qui démontrent que le confinement n’a pas tué "le genius loci" (l’esprit du lieu). Bien au contraire, cette âme urbaine que l’on associe volontiers à la rue grouillante, à la rue arpentée, s’épanouit aujourd’hui dans nos appartements et prend des formes inattendues ou oubliées » rient le jour).

Gareth Fuller, désormais basé à Pékin, s'est retrouvé contraint à l'auto-quarantaine pendant 14 jours après son retour d'un voyage à Kuala Lumpur. Voulant cartographier de mémoire chaque endroit où il avait vécu, il a passé ses deux semaines d'isolement à créer des cartes de quarantaine, une pour chaque jour. Les cartes sont claustrophobes, métaphoriques voire fantastiques.

Pour cartographier l'espace réduit de nos déplacements, rien de tel que le plan de sa maison ou de son appartement qui nous ramène à la micro-échelle de notre espace quotidien. "Je suis en train de regarder sur la carte l'endroit où je vais aller ce week-end" (humour).

#Coronamaison : l'idée de Pénélope Bagieu pour dessiner le confinement ou comment transformer cette période anxiogène en un moment poétique (Les Inrockuptibles). Chaque internaute est invité, à partir du dessin d'une pièce de son domicile (un cadre est donné de manière standard) à imaginer un univers de vie en mode confiné. Des plus réalistes aux plus fantasmagoriques, ces milliers de dessins alimentent tout un imaginaire de l'habiter. Un matériau très riche à analyser pour des géographes !

On peut aussi choisir de représenter le faible potentiel de nos mobilités domicile-travail sous forme de réseau à travers un plan de métro (@bahoken).

Un Français expatrié à Shanghai raconte l'après-quarantaine, une manière de se préparer à vivre calmement dans un cadre spatio-temporel contraint et limité, mais aussi de se projeter dans l'après confinement.

Une manière de décaler le regard sur le monde peut être d'utiliser (et d'admirer au passage) les très belles oeuvres de street art produites dans le contexte de la pandémie. A compléter par d'autres oeuvres sur le site du Guardian.


4) Une réflexion sur nos distances


Pour le philosophe slovène Slavoj Žižek, dénoncer les mesures de confinement au nom de la liberté est une erreur. Et il est absurde de croire que les choses reviendront à la normale : « Il nous faudra désormais apprendre à mener une existence plus fragile ».  La période de confinement dans laquelle sont entrés la plupart des pays au monde réactive les débats sur la société de surveillance. L'occasion de (re)lire Surveiller et punir de Michel Foucault.

Contre la pandémie due au coronavirus, de nombreux pays misent sur la surveillance permise par le « big data » (Le Monde, 19 mars 2020).

Pour l'anthropologue franco-américain Scott Atran, avec la mise en place de mesures de distanciation, l'existence même de nos sociétés ouverte est défiée. La question de nos distances sociales (physiques et symboliques) est en soi une question éminemment géographique. Exemple parmi d'autres au travers d'un fil Twitter sur la réduction de nos mobilités en lien avec les modes d'habiter (source : @PierreAgeron) :
- Je cherche un mot pour "se déplacer ensemble en conservant une distance suffisante" : intervalle-mobilité ? safe-mobility ? mobilité écartelée ?...
- L'injonction n'est-elle pas de revenir à "habiter" au sens premier de résider (chez soi) et non de circuler ? On serait donc plutôt dans de nouvelles formes de co-résidence
(à distance) plutôt que de co-mobilité...
-
En effet, mais l'habiter jusqu'alors ne se révélait-elle pas dans l'enchevêtrement de ces métriques et donc la capacité de gérer les mobilités ? On restreindrait le sens d'habiter à "camper", "fixer", se limitant à sa dimension topographique de l'espace continu proche au détriment de la topologie..."
- Les nouvelles mobilités au temps du covid19 ou la "défaite des réseaux", leur victoire résidant dans leur prétendue immatérialité virtuelle...
- La défaite des réseaux ?
Je vois plutôt le pouvoir (pas la victoire) du réseau, du lien à différents niveaux...
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La défaite de la vie accélérée (Hartmud Rosa) qui suppose des réseaux physiques.
Mais le confinement, ce n'est pas seulement la réduction de l'hypermobilité, voire sa contraction jusqu'à un point nul. C'est aussi l'occasion de réfléchir aux inégalités. Nous ne sommes pas égaux dans le confinement. Alors que certains médias nous vendent le confinement comme un instant bien-être ou un temps de ressourcement, le confinement est avant tout un gigantesque révélateur (et accélérateur) des inégalités (voir liens recensés sur SeenThis).

La privation d’espace étudiée par le géographe Olivier Milhaud dans ses travaux sur les prisons, est une véritable épreuve pour certains. Comment analyser les symptômes qui nous guettent ? (entretien avec Olivier Milhaud, Libération, 20 mars 2020).

La distance au monde, c'est une question fondamentale qui interroge à la fois le numérique et la géographie. Pour le sociologue Hartmud Rosa, notre culture (mondiale) c’est le besoin de rendre « le monde disponible », de le mettre à notre disposition individuellement (lire le CR de l'ouvrage par B. Devauchelle). La revue Questions de classe(s) avance l'idée qu'avec ce confinement général, "nous sommes privé.es les un.es des autres et le monde devient comme indisponible pour une durée non déterminée".

Au 13e siècle, à quoi pouvait ressembler la vie de reclus.e ? Au début du 20e siècle, celle qu'on surnomme "Mary Typhoid" a passé 26 ans en quarantaine. Et aujourd'hui quelles sont les conseils de ceux qui ont vécu des expériences de confinement extrême (astronaute, skipper, sous-marinier) ? (France Inter).

Réguler son stress en situation de confinement : les leçons du monde militaire (The Conversation). Avec une réflexion sur l'espace à parcourir chaque jour en nombre de pas pour rester en bonne santé (à partir des données de l'OMS).

La proxémie étudie le réglage des distances physiques entre individus dans la vie quotidienne. Le chercheur Lucas Tiphine, de l’école urbaine de Lyon, explique comment le confinement perturbe nos habitudes en la matière (Le Monde). Il a soutenu une thèse en 2018 à l'ENS de Lyon "L'événement proxémique" : étude des relations de circulation entre piétons aux heures de pointe à Delhi, Los Angeles, Paris et Tokyo (disponible sur Hal).

Depuis 600 ans, la quarantaine n'est absolument pas une solution (France Culture). Écouter l'émission "Le coronavirus, perspectives historiques" par Guillaume Lachenal spécialiste d’histoire des sciences et de la médecine.

Coronavirus en Italie : « la suspension temporaire de la société ouverte n’est pas la fin de l’ouverture ! ». Un texte beau et triste sur la géographie du confinement (Le Grand Continent).

La romancière italienne Cristina Comencini raconte le quotidien dans un pays en quarantaine (« Chers cousins français », Libération).

Grippe aviaire, Sras, Covid-19, toutes les épidémies sont liées aux phases de la mondialisation (entretien avec l’anthropologue Frédéric Keck pour Télérama).

Pour David Djaïz, "nous avons eu l'interdépendance sans la solidarité.  Nous voyons à quel point cela nous a rendu vulnérable... C’est peut-être une chance historique, dans nos sociétés segmentées et archipellisées, que nous puissions nous redécouvrir une expérience commune, dont le ciment est certes un sentiment négatif : la peur" (Le Grand Continent).

Une des difficultés majeurs réside dans le fait que nous ne pouvons échapper à l'incertitude. « Nous sommes toujours dans l'incertitude du remède au virus, dans l'incertitude des développements et des conséquences de la crise ouverte ». Pour le philosophe Edgar Morin, une mission de l'éducation serait d'enseigner à affronter l'incertitude.

Cette page sera complétée au fur et à mesure de vos liens et suggestions sur Internet (@mirbole01)


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