Ce que la révision de la carte des argiles déplace en Île-de-France


La carte nationale d'exposition au retrait-gonflement des argiles a été revue par l'arrêté du 9 janvier 2026, applicable depuis le 1er juillet. À l'échelle de la France hexagonale, les zones d'exposition moyenne et forte passent de 48 % à 55 % du territoire. Le chiffre dit qu'il y a davantage de surface classée. Il ne dit pas où, et c'est pourtant la seule question qui change quelque chose pour un propriétaire, un notaire ou un service instructeur.

Nous suivons ce risque commune par commune en Île-de-France. Pour mesurer la révision, les polygones d'aléa des deux millésimes ont été intersectés avec les contours des 1 266 communes franciliennes, en projection Lambert 93. Chaque commune reçoit une part de surface en aléa moyen et une part en aléa fort, converties en un score de 0 à 50 points où l'aléa fort pèse le double de l'aléa moyen. Le barème est identique pour 2020 et pour 2026, donc l'écart entre les deux ne mesure rien d'autre que le redécoupage. Les écarts inférieurs à un demi-point sont écartés, ils relèvent du lissage des contours plutôt que d'une décision de zonage. Paris reste en dehors du calcul, la carte nationale ne couvre pas la ville.

Le résultat régional tient en trois nombres. 295 communes gagnent en exposition, 72 en perdent, 898 ne bougent pas. La révision n'est donc pas une extension uniforme du zonage, c'est un redécoupage qui laisse les sept dixièmes de la région là où ils étaient.

Sa géographie ne ressemble pas à celle du risque. La Seine-et-Marne et l'Essonne, les deux départements que l'on cite chaque été quand les maisons fissurent, ne bougent presque pas, 11 communes sur 507 pour la première et 10 sur 194 pour la seconde. Le Val-de-Marne n'en compte aucune. Le mouvement est ailleurs, dans les Yvelines avec 148 communes sur 259, et dans le Val-d'Oise avec 102 sur 183. Plus d'une commune sur deux dans chacun de ces deux départements.

Part des communes dont l'exposition surfacique augmente de plus d'un demi-point entre les deux cartographies, par département, puis en ne retenant que les communes qui atteignaient de 15 à 30 points sur 50 en 2020 (source : Expert Fissure IDF, d'après les deux millésimes de la cartographie BRGM de l'aléa retrait-gonflement des argiles).

Le reclassement se concentre à l'ouest et au nord. L'explication qui vient d'abord est arithmétique. La Seine-et-Marne et l'Essonne étaient déjà largement classées en 2020, il leur restait peu à gagner. Elle ne tient pas. En ne gardant que les communes qui partaient d'un niveau comparable, entre 15 et 30 points sur 50, l'écart subsiste et s'accentue : 73,6 % des 110 communes concernées dans les Yvelines sont reclassées à la hausse, contre 2,8 % des 211 communes de Seine-et-Marne et 1,8 % des 57 communes d'Essonne. À niveau de départ égal, une commune des Yvelines a donc été redessinée vingt-six fois plus souvent qu'une commune de Seine-et-Marne. La révision est géographiquement ciblée, elle n'est pas un rattrapage mécanique.

Ce qu'elle ajoute n'est pas non plus la même chose d'un endroit à l'autre. Dans les Yvelines et dans les Hauts-de-Seine, le gain se fait en aléa fort. Sur les 148 communes yvelinoises reclassées, 144 comptent désormais de l'aléa fort sur plus d'un dixième de leur surface, et la part médiane atteint 42 %. Mareil-Marly passe de 26,4 à 48,6 points, avec 97 % de sa surface en aléa fort. Meudon, Clamart, Vaucresson, Bougival, Le Port-Marly, Marly-le-Roi et La Celle-Saint-Cloud suivent le même mouvement, le long des coteaux de la Seine et des buttes de l'ouest parisien.

Dans le Val-d'Oise, le gain reste en aléa moyen. Sur 102 communes reclassées, 62 n'ont pratiquement pas d'aléa fort et 43 n'en ont aucun. Neuf d'entre elles se retrouvent classées en aléa moyen sur la quasi-totalité de leur surface alors que la carte de 2020 n'en classait pas un cinquième : Villiers-le-Sec passe de 0,4 à 25,0 points, Villaines-sous-Bois de 0,8 à 25,0, Le Mesnil-Aubry de 1,0 à 24,9, Puiseux-en-France de 1,2 à 24,9. Ce sont les communes de la plaine de France, autour de Roissy. Dugny, en Seine-Saint-Denis, connaît la même bascule.

Nature du reclassement des communes dont l'exposition surfacique augmente entre la cartographie de 2020 et celle de 2026 (source : Expert Fissure IDF, intersection des contours communaux et des polygones d'aléa du BRGM en Lambert 93).

Sous un même chiffre, deux révisions différentes. La conséquence n'est pas cartographique. Le classement en exposition moyenne ou forte déclenche l'étude géotechnique préalable à la vente d'un terrain non bâti constructible, et les règles de construction qui l'accompagnent, pour les contrats conclus depuis le 1er juillet 2026. Les 295 communes concernées comptent 2,29 millions d'habitants et 133 527 maisons individuelles achevées avant 1971, bâties avant que ce risque soit pris en compte. Dans notre indice, 70 communes changent de classe d'exposition du seul fait de la révision, 68 vers le haut et 2 vers le bas, sans qu'aucun sinistre nouveau ni aucune construction ne soit intervenu. Seule la connaissance du sous-sol a changé.

Reste une précaution de lecture. Un écart entre deux millésimes ne dit rien du niveau atteint. Après révision, l'aléa moyen ou fort couvre 83 % de la surface de la Seine-et-Marne et 74 % de celle du Val-d'Oise, alors que la première n'a presque pas bougé et que la seconde a beaucoup changé. Lire la révision comme un déplacement du risque vers l'ouest et vers le nord serait une erreur. Ce qui s'est déplacé, c'est le trait.

Les chiffres de ce billet sont tirés de l'indice Fissure Île-de-France, un indice communal d'exposition au retrait-gonflement des argiles tenu à jour pour les 1 266 communes de la région, consultable commune par commune avec le détail des parts de surface et l'écart entre les deux cartographies. Il est publié sous licence CC BY 4.0.

Ce billet a été rédigé par Kharti Mick, architecte DPLG et expert en pathologie du bâtiment spécialisé dans le diagnostic des fissures et des désordres structurels en Île-de-France (Expert Fissure IDF).

Ressources utilisées

Arrêté du 9 janvier 2026 modifiant l'arrêté du 22 juillet 2020 définissant les zones exposées au phénomène de mouvement de terrain différentiel consécutif à la sécheresse et à la réhydratation des sols argileux, NOR TECP2527988A, JO n° 0026 du 31 janvier 2026 : texte sur Légifrance.

Géorisques, retrait-gonflement des argiles version 2026, données par département au format Shapefile en Lambert 93, licence etalab-2.0 : base de données.

Géorisques, Présentation de la révision et des chiffres nationaux, 4 février 2026.

Géorisques, Cartographie de l'aléa annexée à l'arrêté du 22 juillet 2020, pour le millésime antérieur.

Insee, Recensement de la population, logements ordinaires en résidence principale selon la période d'achèvement, pour le dénombrement des maisons individuelles achevées avant 1971.

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