Quelles seraient les conséquences d'un effondrement de l'AMOC ?


Que se passerait-il si la principale circulation océanique de l’Atlantique, qui régule le climat mondial et européen, venait à s’effondrer ? C'est ce qu'analyse une étude néerlandaise parue en juin 2025 dans la revue Geophysical Research Letters en proposant plusieurs scénarios :

René M. van Westen, Michiel L. J. Baatsen (2025). European Temperature Extremes Under Different AMOC Scenarios in the Community Earth System Model, Geophysical Research Letters, vol. 52, 12, 11 June 2025.

La circulation méridienne de retournement Atlantique (en anglais AMOC) est le principal système de courants océaniques de l'Atlantique. Une grande partie du transfert de chaleur dans l'Atlantique est due au Gulf Stream, un courant de surface qui transporte l'eau chaude vers le nord depuis les Caraïbes. Alors que le Gulf Stream dans son ensemble est uniquement entraîné par les vents, son segment le plus septentrional, le courant nord-atlantique tire une grande partie de sa chaleur des échanges thermohalins dans l'AMOC. Ainsi, l'AMOC transporte jusqu'à 25 % de la chaleur totale vers l'hémisphère nord, jouant un rôle majeur dans le climat de l'Europe du nord-ouest.

La circulation méridionale de retournement de l'Atlantique (AMOC) modère le climat européen. Un affaiblissement substantiel de l'AMOC sous l'effet du changement climatique pourrait entraîner une Europe plus froide dans un monde plus chaud. L'objectif dans cet article scientifique est de quantifier l'évolution des températures européennes selon différents scénarios d'AMOC et de changement climatique à l'aide du Modèle Communautaire du Système Terrestre (CESM). 

Températures extrêmes en Europe selon différents scénarios d'AMOC à partir du Modèle communautaire du système terrestre (source : van Westen & Baatsen, 2025)

Lorsque l'AMOC s'effondre complètement sans les effets du changement climatique, les extrêmes de température hivernale en Europe du Nord-Ouest s'intensifient (avec une chute pouvant atteindre 15 °C par endroits). L'intensification des extrêmes de froid est liée à la présence de glace de mer près de l'Europe du Nord-Ouest. Si l'on considère un AMOC réduit sous des conditions intermédiaires de réchauffement climatique : la limite de la banquise recule vers le nord et les impacts sur la température sont moindres, mais restent considérables. Outre les variations de température, les tempêtes hivernales devraient s'intensifier et entraîner d'importantes fluctuations de températures quotidiennes dans le cadre d'un AMOC nettement plus faible. Les températures européennes du futur seront déterminées par la force de l'AMOC et l'ampleur du réchauffement climatique.

L'article est accompagné d’une carte interactive qui permet de visualiser les changements avec +2° de réchauffement climatique et un AMOC effondré. Les données de cet outil en ligne sont issues du Modèle Communautaire du Système Terrestre. Les simulations climatiques ont été réalisées sur le supercalculateur national néerlandais Snellius dans le cadre du projet NWO-SURF 2024.013. Les données complètes sont disponibles sur Zenodo.

Lien ajouté le 12 février 2026

« Comment le réchauffement climatique pourrait transformer l'Islande en glacier » (ADN.com).

En Islande, on enseigne aux enfants que l'océan est essentiel à la viabilité du pays, et cela est en grande partie lié à la circulation méridienne de retournement atlantique (AMOC). Des experts européens ont tenté de démontrer qu'un arrêt de la circulation méridienne de retournement atlantique (AMOC) aurait des conséquences dévastatrices bien au-delà de la Scandinavie. Les États-Unis ont eux aussi intérêt à savoir à quoi s'attendre. 

Lien ajouté le 15 avril 2026

Valentin Portmann et al. (2026). « Observational constraints project a ~50% AMOC weakening by the end of this century » [Les données observationnelles prévoient un affaiblissement d'environ 50 % de la circulation méridienne de retournement atlantique (AMOC) d'ici la fin du siècle]. Science Advances, vol.12, 16, https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.adx4298

Les modèles climatiques dans l'Atlantique présentent des divergences considérables du point de vue de leurs projections futures. Cela est dû principalement aux incertitudes concernant l'évolution de la circulation méridienne de retournement atlantique (AMOC). Les modèles suggèrent une réduction de l'intensité de l'AMOC de 32 ± 37 % d'ici 2100 (probabilité de 90 %, scénario SSP2-4.5, CMIP6). Afin d'affiner cette estimation et d'en réduire l'incertitude, les chercheurs ont utilisé quatre méthodes de contrainte observationnelle différentes. La meilleure, qui minimise l'erreur de validation croisée, intègre un grand nombre de variables observables par régression linéaire régularisée par la méthode de Ridge – une méthode inhabituelle en climatologie. Elle fournit une estimation du ralentissement de l'AMOC de 51 ± 8 % (probabilité de 90 %), soit un affaiblissement environ 60 % plus important que celui suggéré par la moyenne multimodèle. Cette amélioration résulte principalement de la correction d'un biais dans la salinité de surface de l'Atlantique Sud, conformément aux études récentes soulignant son rôle dans la proximité d'un point de basculement de la circulation méridienne de retournement atlantique (AMOC). Cet affaiblissement plus marqué de l'AMOC a des implications majeures pour les stratégies d'adaptation futures.

Impact de chaque variable observable de SSS et SST sur l'estimation contrainte de l'AMOC future (source : Portmann et al., 2026)


(A) Salinité de surface (SSS). (B) Température de surface de la mer (SST). La contrainte basée sur une régression linéaire régularisée par crête corrige l'estimation non contrainte de la future circulation méridienne de retournement atlantique (AMOC). 
Les deux groupes de variables observables les plus importants sont la salinité dans l'Atlantique Sud et la température dans la région subtropicale.

Lien ajouté le 24 avril 2026

« Le réchauffement climatique est-il en train de faire basculer les principaux courants de l'océan Atlantique vers un "effondrement" » ? (Carbon Brief). Carbon Brief explique, à travers une story map, ce qu'est la circulation méridienne de retournement atlantique (AMOC) et comment elle est affectée par le changement climatique. L'article explore également les débats scientifiques autour de l'avenir de l'AMOC, notamment ce que les dernières recherches disent sur la possibilité et les conséquences d'un effondrement des courants océaniques. 

Lien ajouté le 30 avril 2026

« Une nouvelle idée pour sauver le climat ? Fermer le détroit de Béring » (The New York Times).

L’étude de Jelle Soons et Henk A. Dijkstra, chercheurs à l’Université d’Utrecht, développe une hypothèse radicale. Fermer le détroit de Béring pourrait, dans certains scénarios, stabiliser l’AMOC, cette grande circulation océanique qui régule le climat. L’AMOC fonctionne comme un convoyeur climatique. Il transporte vers l’Europe des eaux atlantiques chaudes et salées, qui refroidissent, plongent puis repartent vers le sud. Son affaiblissement modifierait les pluies, les températures et les climats de plusieurs continents. Le détroit de Béring est un verrou géographique entre Alaska et Sibérie. Large d’environ 80km, il relie Pacifique et Arctique. Le fermer reviendrait à agir sur une charnière planétaire des eaux, des salinités, des glaces et des échanges thermiques. L’idée s’appuie sur le passé géologique. Au Pliocène, il y a quelques millions d’années, le niveau marin plus bas fermait le passage entre Asie et Amérique. L’AMOC aurait alors été plus robuste, ce qui inspire aujourd’hui cette expérience limite de géo-ingénierie. Les modèles donnent un résultat prudent et réversible. Si l’AMOC reste assez forte, un barrage pourrait prolonger sa stabilité malgré la hausse du CO₂. Mais si la circulation est déjà trop affaiblie, fermer le détroit pourrait au contraire accélérer le basculement. Le projet serait gigantesque. Il faudrait barrer près de 80km de mer peu profonde entre Russie et Alaska, dans une région froide, isolée et presque sans infrastructures. Cette géographie extrême poserait des défis techniques, écologiques, politiques et diplomatiques majeurs. Les auteurs parlent d’une preuve de concept, non d’un chantier à lancer. Les effets sur les écosystèmes arctiques, les communautés riveraines, les pêches, les glaces et les relations russo-américaines restent très incertains. Réduire les émissions demeure prioritaire. Cette étude rappelle que le climat est un système de lieux connectés. Un seuil marin local peut influencer l’Atlantique, l’Europe et les pluies tropicales. Mais gouverner la planète par barrages serait un symptôme d’urgence, non une solution ordinaire. 

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