Comment les frontières politiques façonnent les paysages. Une série d’images satellites du site Planet Labs en haute résolution


Source : Issue 40 : Political Borders  (PlanetScope). « Les frontières politiques sont à la fois un obstacle et une porte d'entrée, une limite et une opportunité. »

1) Des images satellites de frontières en haute résolution

Les satellites explorent comment les frontières politiques façonnent les paysages. PlanetScope ouvre sur le site Medium une série en deux parties sur les frontières terrestres. La première partie traite de la façon dont la planète se divise et comment nous la divisons. Souvent, les deux se recoupent, comme c'est le cas pour de nombreuses rivières et chaînes de montagnes. Dans la deuxième partie, il s'agit d'examiner les formes géographiques qui divisent naturellement la planète et montrer l'importance de ces espaces. 

Frontière entre le Kazakhstan et l'Ouzbékistan (source : © PlanetScope)



2) Au sujet du site Planet Labs

Planet Labs possède une constellation de satellites basse orbite qui prennent des images en continu de la Terre (voir cette animation en 3D qui reconstitue leurs trajectoires avec la possibilité de découvrir une sélection d'images). Le site Planet.com propose également une galerie avec de nombreuses images satellites commentées. Les images Planet en haute résolution sont utilisées pour suivre des catastrophes ou repérer des zones stratégiques (bases de lancement de missiles ou autres installations militaires). Ces images du terrain sont largement utilisées dans le cadre de la guerre en Ukraine, notamment pour documenter les dommages subis par les populations civiles.

Pour prolonger

On peut trouver de nombreuses études de cas à partir d'images satellites sur le site Géoimage. Les frontières sont un type de limites spécifique séparant des États souverains et incluant les frontières maritimes et aériennes. Elles jouent un rôle important dans l’organisation de l’espace et introduisent des discontinuités spatiales multiformes. Très diverses, elles présentent des formes (lignes, aires, points, réseaux), des épaisseurs (du tracé linéaire au front), des fonctions (politiques, sociales, culturelles, etc.) et des contextes géopolitiques et géostratégiques très divers et très différents.

Lien ajouté le 11 novembre 2025

« Vue depuis la frontière : le mur qui sépare les États-Unis et le Mexique  en images » (The Guardian).

Cette structure, connue sous le nom de clôture frontalière ou mur frontalier, n'est pas continue et ne couvre que certaines portions de la frontière de près de 3 200 kilomètres entre les deux pays. Elle consiste en une série d'obstacles destinés à dissuader l'entrée illégale aux États-Unis. Ces clichés révèlent la "barriérisation" d’un espace qui reste discontinu, entre contrôle sécuritaire et vide territorial. Dans les déserts de Baja California ou de Sonora le mur s’interrompt brutalement, laissant place à la topographie. Ces coupures dans la roche et les sables traduisent la limite entre deux souverainetés, mais aussi la résistance physique du relief à l’ingénierie humaine. Les paysages côtiers, comme à Tijuana où la barrière s’enfonce dans le Pacifique, symbolisent l’extrême de la frontière moderne. L’océan devient prolongement géopolitique du mur, marquant le point de contact entre le territoire, la nature et la mondialisation des flux. Les croix plantées dans la terre près de Tijuana rappellent la géographie humaine de la frontière. Elles matérialisent les trajectoires interrompues des migrants. La frontière, filtre inégalitaire, n’empêche pas les mobilités, elle les rend plus risquées et invisibles. Des portes ouvertes, des tronçons isolés ou des collines barrées soulignent les contradictions d’une frontière à la fois barrière et interface. Ces images montrent un espace hybride où se rejoue la tension entre souveraineté, mobilité et humanité.

Lien ajouté le 7 avril 2026

« Frontières contestées : le retour des cartes comme arme géopolitique » (El Ordo Mundial, article en espagnol). Dans un monde plus instable et violent, les cartes retrouvent leur importance stratégique en tant qu'outil de revendication territoriale. Certains pays ont même officialisé leurs revendications en utilisant des frontières alternatives à celles reconnues par l'ONU sur leurs propres cartes. Et si nous tenons pour acquis la division du monde – la cartographie remplit précisément cette fonction : nous orienter, nous apporter de la certitude et renforcer notre identité et notre sentiment d'appartenance. Mais dans de nombreuses régions du globe, la frontière entre les pays est loin d'être évidente. 

Lien ajouté le 15 septembre 2026

« Notre frontière est fermée » : l’offensive de Trump pour amener la migration à zéro et les tunnels qui la défient (El Pais)

À la frontière USA-Mexique, la baisse des passages visibles ne signifie pas la disparition des migrations. Steve Fisher montre qu’un contrôle renforcé déplace les routes vers le ss-sol. Barrières, drones et surveillance poussent passeurs et migrants à emprunter des tunnels. En juillet 2026, environ 400 migrants par jour ont été arrêtés en tentant d’entrer aux USA, contre plusieurs milliers quotidiennement au pic de 2022. Certains jours, le chiffre tombe à 200. Pour l’administration Trump, l’objectif reste pourtant d’atteindre zéro entrée irrégulière. La frontière devient un espace toujours plus militarisé. Des kilomètres de barbelés supplémentaires, de nouvelles barrières, des technologies de surveillance et des drones Predator équipés de caméras et d’infrarouges couvrent désormais de vastes portions du territoire frontalier. David Shirk, directeur du programme Justice in Mexico à l’Université de Californie à San Diego, résume le mécanisme. Plus le contrôle en surface se durcit, plus la demande pour des routes alternatives augmente. La fermeture d’un passage ne supprime donc pas le flux, elle le déplace.Les tunnels transfrontaliers ne sont pas nouveaux. En 2022, l’ambassadeur Ken Salazar estimait qu’il en existait au moins 200 le long de la frontière, beaucoup entre Tijuana et San Diego. La nouveauté tient à leur connexion croissante aux réseaux de drainage et d’égouts urbains. En mai 2026, 19 migrants, dont 3 mineurs non accompagnés, ont été repérés dans les égouts de San Diego. Une caméra distante les a détectés à leur sortie. Les infrastructures urbaines deviennent ainsi des corridors migratoires invisibles sous une frontière fortement surveillée. Sous le Río Bravo, un tunnel reliait Ciudad Juárez à El Paso et débouchait dans les égouts américains. Les migrants ressortaient par une bouche d’égout avant de monter dans un camion muni d’une trappe. La mobilité clandestine s’insère donc jusque dans les réseaux techniques des villes. Cette nouvelle géographie profite aux cartels. Entre Juárez et El Paso, le passage par tunnel peut coûter jusqu’à 15.000$ à un migrant latino-américain et 25.000$ à une personne venue du Moyen-Orient ou d’Asie du Sud-Est. Le durcissement frontalier renchérit fortement le passage. Les tunnels deviennent de véritables infrastructures. Certains disposent d’éclairage, de ventilation et même de rails. Ils sont plus rapides que les routes par désert ou montagne, mais leur coût élevé renforce la dépendance des migrants envers les réseaux criminels organisés. À Tijuana, un tunnel contrôlé par le cartel Jalisco Nouvelle Génération descendait à 17 m et courait sur près de 500 m. Il possédait un ascenseur hydraulique, une ventilation et des rails. Les autorités y ont lié la saisie de plus d’1 t de cocaïne, évaluée à 45M$. La frontière fonctionne comme un système d’adaptation permanente. Chaque nouvelle barrière modifie les pratiques des passeurs, qui combinent tunnels, égouts, véhicules et bâtiments de façade. Les flux exploitent ainsi les interstices laissés par l’aménagement frontalier. 

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