Comment les applications de navigation GPS (du type Google Maps ou Waze) ruinent votre quartier

 
SourceHow Google Maps is ruining your neighbourhood (Citymonitor.ai)

Google Maps ou Waze sont des outils courants pour trouver le meilleur itinéraire, mais les recommandations de ces plateformes ont aggravé le trafic sur les petites routes. L'article publié dans City Monitor montre que le trafic sur les routes secondaires du Royaume-Uni  – qui comprennent les routes de campagne et les rues résidentielles – est passé de 6,6 milliards de kilomètres-véhicules en 2009 à 10,4 milliards en 2019. Le Royaume-Uni n'est pas le seul pays concerné. Aux États-Unis, une équipe de chercheurs a publié un article en 2018 montrant comment les applications de navigation, plutôt que de résoudre les problèmes de congestion, "ont conduit à de nouveaux schémas de congestion qui n'avaient jamais existé auparavant".

Il s'agit de dénoncer la pratique du rat-running. La "course de rat" ou rat-running décrit la pratique des automobilistes d'utiliser des routes secondaires pour éviter la circulation, les péages et les feux rouges, ou d'utiliser des raccourcis pour atteindre leur destination plus rapidement. Un article publié en 2016 montre que l'utilisation accrue de la navigation GPS offre de nombreux avantages sur le réseau routier de Los Angeles, tels qu'une diminution des temps de trajet moyens et du nombre total de kilomètres parcourus par les véhicules. Cependant, cette efficacité accrue de la mobilité urbaine a également des impacts négatifs, telle que l'augmentation du trafic sur le réseau secondaire pour ne gagner finalement que quelques minutes sur le trajet.

Les applications GPS ont tendance à encourager le "rat-running" (source : Citymonitor.ai)


Dans certaines villes, les habitants se sont organisés pour riposter. En 2020, un artiste allemand a montré qu'il était possible de faire croire à Google Maps qu'il y avait un embouteillage en tirant 99 smartphones dans une charrette à bras. De même, les habitants de rues calmes à travers les États-Unis ont découvert qu'ils pouvaient empêcher le trafic de transit en soumettant à Waze de faux rapports d'accidents de voiture dans leurs rues.

D'autres solutions moins radicales ont été mises en place pour réduire les automobilistes cherchant des raccourcis dans les rues résidentielles, par exemple en installant des ralentisseurs ou en mettant en place des voies de circulation à sens unique. A la faveur de la pandémie de Covid-19, certains habitants ont expérimenté des quartiers à faible trafic qui bloquent ou limitent l'accès des véhicules motorisés à certaines heures ou tout au long de la journée. Les résidents, les visiteurs, les chauffeurs-livreurs et les services d'urgence y ont toujours accès en voiture, mais le trafic de transit est fortement diminué. 

Il y a, semble-t-il, plusieurs solutions pour lutter contre le "rat-running" : ralentisseurs, chicanes, marquages au sol, rétrécissements de la route, voies à sens unique de circulation ou même passages piétonniers barrant la rue (une solution plus radicale)...

Fermeture de la rue à la circulation de transit à Isleworth en Angleterre (source : Google Maps)


Il y aussi le panneau de signalisation "no GPS" adopté par certaines communes impactées par le phénomène (notamment pour lutter contre les nuisances du trafic poids lourds). Mais le panneau ne semble pas légal.

Des communes belges installent des panneaux anti-GPS (source : France-Info)


Les algorithmes et données de navigation utilisés par les applications Google Maps et Waze pourraient également aider les chercheurs et les autorités locales à mieux comprendre comment le trafic est géré et dans quelle mesure les applications ont modifié notre paysage urbain. Cependant, ces données sont très peu mises à disposition du public. 

Références

Thai, J., Laurent-Brouty, N. and Bayen, A. M. (2016) Negative externalities of GPS-enabled routing applications: A game theoretical approach, 2016 IEEE 19th international conference on intelligent transportation systems (ITSC).

Cabannes, T., Sangiovanni Vincentelli, M-C, Sundt, A., Signargout, H., Porter, E., Fighiera, V., Ugirumurera, J.,  Bayen, A. (2018). The impact of GPS-enabled shortest path routing on mobility : a game theoretic approach. Conference : Transportation Research Board 97th Annual MeetingAt: Washington DC, United States.

Simon Weckert (2020). Google Maps Hacks. Performance & Installation.

Comment Google Maps fait pour estimer encore mieux votre heure d’arrivée (Numerama).

Lien ajouté le 30 septembre 2022

Lien ajouté le 28 avril 2024

Lien ajouté le 6 mai 2024

Lien ajouté le 13 décembre 2024

« Waze : le ras-le-bol des riverains, submergés par les automobilistes qui veulent gagner quelques minutes » (France3)
C'est une des nuisances dues à l'irruption de l'application GPS Waze dans nos vies. Depuis plusieurs années, elle fait passer les automobilistes qui cherchent à joindre les plateaux nord de Rouen par une petite rue de la commune d'Eslettes (Seine-Maritime). Un raccourci dont se seraient bien passés les riverains.

Lien ajouté le 1er juin 2025

« Chaos sur les autoroutes allemandes : Google Maps indique à tort qu'elles sont fermées » (The Gardian et The Morgen Post)
Une panne massive sur Google Maps ayant faussement signalé la fermeture de nombreuses autoroutes allemandes pendant un week-end prolongé. De fausses alertes ont bloqué le trafic vers Berlin, Francfort ou Hambourg, provoquant un report chaotique sur les routes secondaires. Cette erreur carto a entraîné confusion et engorgements alors que la circulation était fluide en réalité. Les utilisateurs de Waze ou Apple Maps n’ont constaté aucun pb. La source du bug reste inconnue, mais Google évoque des données erronées issues d’utilisateurs ou de partenaires. Cet incident rappelle que la fiabilité des cartes numériques dépend de sources multiples. Google recommande désormais de croiser les informations avant un trajet. Le numérique crée des vulnérabilités inédites dans la gestion des mobilités.

Lien ajouté le 21 juin 2025

« Le GPS s’est trompé, veuillez faire demi tour » (Reddit). Après les tentatives contre Waze visant à installer de multiples téléphones portables à des endroits clés des villes ou des villages pour simuler des embouteillages, voici le panneau avertisseur : une nouvelle approche low cost, approche nudge, pour les territoires souhaitant limiter l’afflux de touristes.


Lien ajouté le 21 juin 2025

« Waze et Google Maps n’affichent plus les trajets les plus courts, mais ceux ayant le moins d’impact sur l’environnement » (Journal du Geek).

Ce changement vise à réduire les émissions de CO2 et à désengorger le trafic. Cette modification est le résultat de la mise en œuvre du décret n° 2022-1199, qui impose aux services numériques d’assistance aux déplacements de privilégier les itinéraires les moins polluants. Outre la dimension écologique, ces changements répondent aussi à des besoins pratiques. Par exemple, la région Île-de-France, consciente du risque de congestion massive des transports durant les JO, avait demandé à Google Maps de modifier son fonctionnement pour favoriser les itinéraires alternatifs. L’application « Île-de-France Mobilités » a précisément été développée pour fluidifier le trafic et éviter les embouteillages en ne proposant pas systématiquement les trajets les plus courts. 

Lien ajouté le 22 février 2026

Eran Fisher (2026). « Do algorithms have a right to the city ? Waze and algorithmic spatiality »
[Les algorithmes ont-ils un droit sur la ville ? Waze et la spatialité algorithmique] https://doi.org/10.1080/09502386.2020.1755711

Cet article introduit la notion de spatialité algorithmique pour appréhender la connaissance spatiale unique créée par les médias mobiles numériques, ainsi que la manière dont cette connaissance agit sur l'espace et est perçue par les autres acteurs impliqués dans sa production. En se concentrant sur le géant de la navigation Waze, il interroge la façon dont ce nouvel acteur spatial légitime la connaissance qu'il crée sur l'espace et les effets induits par celle-ci. Sur le plan théorique, il questionne comment Waze revendique son « droit à la ville » par un discours de supériorité spatiale. Ces questions sont abordées à la lumière d'une étude de cas portant sur le conflit entre Waze et les riverains concernant la pratique courante de l'application consistant à détourner un trafic important par des routes secondaires, dans des quartiers et villages tranquilles d'Israël. Pendant deux ans, ces conflits – portés par des moyens juridiques, politiques et discursifs – ont alimenté le débat public dans les médias et sur les réseaux sociaux, constituant ainsi le corpus de cette recherche. Cet article montre comment, parallèlement aux formes de savoir établies de longue date qui sous-tendent le droit à la ville des différents acteurs – savoir expert, savoir démocratique, savoir du marché et savoir local –, émerge un nouveau type de savoir, fondé sur le big data et les algorithmes et géré par une plateforme quasi monopolistique, qui revendique un droit légitime à la production de l'espace. Traditionnellement un droit défendu par des groupes et des individus défavorisés, le droit à la ville est aujourd'hui défendu par un assemblage sociotechnique.

Lien ajouté le 24 février 2026

Denver a changé le sens de circulation de deux rues sans en avertir Google Maps. Résultat : un chaos pour la circulation du fait que l'application GPS continuait de diriger la circulation en contre-sens (Youtube). La ville a transformé les 13e et 14e Avenues, auparavant à sens unique, en rues à double sens, sans préavis. 36 heures plus tard, Apple Maps et Google Maps les affichent toujours comme rues à sens unique. Face aux nombreuses plaintes concernant des quasi-collisions, la ville a ajouté des cônes et des panneaux supplémentaires pour fluidifier la circulation.

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