Cartes et données sur les conflits et violences dans le monde (ACLED)


Le projet Armed Conflict Location & Event Data (ACLED) collecte, géolocalise, cartographie et analyse les données concernant les conflits dans le monde. L’ACLED a pour objectif de saisir les formes, les acteurs, les dates et les lieux de conflictualités, affrontements, violences et manifestations.

Pour accéder au site de l'ACLED :
http://www.acleddata.com/


Les données de l'ACLED ont tendance aujourd'hui à faire référence. Elles sont citées dans de nombreux rapports internationaux, par exemple dans des rapports d'étude sur les conflits actuels au Mali ou au Yémen. L'ACLED se veut une organisation non gouvernementale indépendante. Elle dépend cependant pour ses subsides du soutien financier du Conseil de l'Union européenne, du Bureau of Conflict and Stabilization Operations (CSO) des Etats-Unis, du Ministère des Affaires étrangères des Pays Bas, de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), de l'Université du Texas, du Department for International Development (DFID) du Royaume-Uni.

Les données, très régulièrement mises à jour, sont fournies par pays et par continent. Mais il est important de souligner que ces données proviennent des médias. Cela ne dispense donc pas de recouper les sources. Comme le souligne Sophie Clairet sur son blog Géosophie, "il convient d’être vigilant aux biais liés à l’usage des sources médiatiques sans intervention de chercheurs pour les « redresser »". Ce point interroge également l'intérêt et les limites de l'utilisation des big data dans l'étude des conflits. L'un des intérêts de l'ACLED est malgré tout de prendre en compte les mouvements non violents telles que les manifestations. 

L'interface du site est assez simple. Elle offre trois entrées au choix :
  • Dashboard : le menu "tableau de bord" résume les données et permet de croiser les cartes avec des graphiques d'évolution ce qui permet d'appréhender les conflits dans l'espace et dans le temps.
  • Data : le menu "données" donne accès au téléchargement des données par grandes zones géographiques : Afrique, Moyen-Orient, Asie ainsi que les violences contre des civils à l'échelle mondiale. Un moteur de recherche permet d'extraire des données précises en fonction du lieu, de la date, du type de violence... Les tableaux téléchargeables au format Excel sont assez lourds à manier et nécessitent de faire des extractions en fonction des besoins. L'intérêt est de pouvoir disposer de données géolocalisées, ce qui permet l'intégration dans un SIG.
  • Trends : le menu "tendances" résume les événements en cours et propose des dossiers thématiques rédigés par des chercheurs et analystes membres de l'ACLED (focus sur les "points chauds" du moment, sur les violences liées à l'islamisme, sur les civils en danger...)
Interface du site de l'ACLED


L'interface cartographique est de grande qualité et permet une navigation directe vers des données ou vers des résumés comme par exemple la crise liée à Boko Haram en Afrique, pour laquelle le journal Le Point en a tiré une cartographie animée en 2016 et le groupe de recherche Nigeria Watch a conçu un outil de suivi cartographique très précis sur la période 2011-2018. Voir également la cartographie animée du journal Le Monde de 2015 sur la crise au Soudan du Sud à partir des données de l'ACLED.

Les organisations humanitaires ainsi que certains organismes gouvernementaux utilisent les données de l'ACLED pour organiser les secours et porter assistance. FEWS NET (Famine Early Warning Systems Network), l'un des principaux fournisseurs d'alerte et d'analyse pour des situations d'insécurité alimentaire, utilise par exemple des cartes produites par l'ACLED.

Les données fournies par l'ACLED sont utilisées aussi lors de débats ou de différends concernant le décompte du nombre de victimes lors de tel ou tel conflit. Par exemple, la guerre au Yémen donne lieu à  des estimations différentes selon que l'on prend en compte les chiffres de l'ONU ou ceux de l'ACLED.

Au total, l'ACLED fournit une source précieuse et relativement exhaustive pour étudier les événements conflictuels. L'ONG a commencé par étudier l'Afrique pour laquelle les données remontent à 1997. On peut regretter qu'en ce qui concerne le Moyen-Orient et l'Asie, les données débutent seulement à partir de 2016. Les conflits en Europe et en Amérique ne sont pas recensés. En revanche, on ne peut que saluer l'ampleur du travail de vérification des sources journalistiques qui sont toujours citées dans la base de données avec un descriptif précis de la date et du lieu de l'événement.

Le site met à disposition des tutoriels pour guider les utilisateurs dans leur recherche leur analyse de données.

L'ACLED fournit aussi régulièrement des dossiers d'analyses à partir de l'actualité, cartes et images à l'appui :
- Au-delà du califat: L’avenir global de l’État islamique
- Brouiller les lignes : comment l'engagement de l'Inde a façonné le conflit au Cachemire
- Aperçu régionaux  : Moyen-Orient - Afrique - Asie (26 février 2019)
- Les engagements militaires américains dans le monde...
 
D'autres sources de données sur les conflits dans le monde :

Lien ajouté le 15 février 2019

Le PeaceTech Lab qui oeuvre en faveur de la réduction des conflits violents en utilisant l'apport des technologies, des médias et des données, s'est associé à ESRI pour proposer une carte collaborative en crowdsourcing permettant de recenser les attaques terroristes dans le monde. Cette carte qui se présente comme une storymap, détaille la chronologie des attaques terroristes afin de faire la lumière sur la manière dont elles se produisent. Les données peuvent être filtrées par organisation terroriste et par lieu. Une barre chronologique permet d'afficher les attentats par date depuis 2016.

Pour accéder à la carte :
http://storymaps.esri.com/stories/terrorist-attacks/



Lien ajouté le 4 mars 2019

Lien ajouté le 18 mars 2019

Lien ajouté le 4 avril 2019

« Qui fabrique les armes, et qui les achète ? » Philippe Rekacewicz, Visionscarto, 2015.
Cette carte a été présentée à la conférence Planetary Security à La Haye aux Pays-Bas (2-3 novembre 2015). http://visionscarto.net/qui-fabrique-les-armes-et-qui-les-achete


Liens ajoutés le 10 avril 2019

Aujourd'hui la guerre aérienne se fait en grande partie avec l'aide de drones. Le bureau du journalisme d'investigation tient un recensement des données concernant les attaques par drones :

Carte interactive des attaques de drones en Afghanistan :
http://www.thebureauinvestigates.com/stories/2011-08-10/interactive-map

Lien ajouté le 15 janvier 2020

Pascal Boniface, « Quelles guerres dans les années 2020 ? » Les Experts du Dessous des cartes, ARTE.

Géopolitologue, fondateur et directeur de l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), Pascal Boniface fait un tour d'horizon des conflits d'aujourd'hui et de demain, et identifie les principaux foyers de menaces : les ambitions de puissance russes, chinoises, nord-coréennes, les rivalités sino-américaines pour le leadership mondial, la guerre larvée Iran/Arabie Saoudite, la re-nucléarisation du monde, sans oublier les nouvelles guerres : celle du Cyber et de l’IA.

Lien ajouté le 30 janvier 2020

Recensement des attentats terroristes dans le monde sur la période 1970-2018 (Geoafrica) :
http://attack.geoafrica.fr/


Les données ont été produites à partir de plusieurs sources notamment Global Terrorism Database 1970-2018, qui regroupe l'ensemble des attaques et victimes du terrorisme, la Fondation pour l’innovation politique. Ces chiffres ont été complétés et géolocalisés par GeoAfrica avec la "liste d'attaques terroristes islamistes". 
 
Lien ajouté le 14 septembre 2020
 
Lien ajouté le 25 novembre 2020

Lien ajouté le 29 mars 2021

Lien ajouté le 21 octobre 2021
Lien ajouté le 17 octobre 2021
Lien ajouté le 21 janvier 2023
Liens ajoutés le 6 juillet 2023
Lien ajouté le 25 janvier 2026

Niraj Kushwaha, Woi Sok Oh, Shlok Shah et Edward D. Lee (2025). « Data-driven conflict classification exposes weak predictive indicators » [La classification des conflits basée sur les données révèle la faiblesse des indicateurs prédictifs]. Royal Society Open Science, 1er décembre 2025 ; 12 (12) : 250897. https://doi.org/10.1098/rsos.250897

Des chercheurs du Complexity Science Hub analysent les conflits armés à partir de données massives. Leur étude propose une nouvelle manière de classer les conflits, fondée sur les faits spatiaux et temporels plutôt que sur des catégories expertes. Les auteurs critiquent les classifications classiques comme “guerre civile” ou “invasion”, jugées heuristiques et peu reproductibles. Elles reposent sur des jugements d’experts difficiles à comparer à l’échelle mondiale et peu adaptés à la complexité actuelle des violences. L’étude s’appuie sur plus de 20 ans de données fines du projet ACLED, combinées à des informations climatiques, géographiques, économiques et démographiques en Afrique. Un algorithme identifie automatiquement des chaînes d’événements violents liées dans l’espace et le temps. Trois grands types de conflits émergent de façon stable. Les “conflits majeurs” sont durables, étendus, souvent transfrontaliers et situés dans des régions densément peuplées et bien connectées, comme l’insurrection de Boko Haram. Les “conflits locaux” sont plus contenus spatialement et temporellement. Ils se déroulent à l’intérieur d’un État, sur quelques mois, dans des espaces moins connectés, comme certains affrontements en Centrafrique. Les “événements sporadiques ou débordements” correspondent à des violences brèves et dispersées, souvent dans des zones périphériques peu peuplées ou mal équipées, par exemple les extensions ponctuelles d’Al-Shabaab hors de ses bastions. Contre toute attente, connaître le type de conflit n’améliore pas la prévision de sa gravité. Les liens statistiques entre catégories, durée ou nombre de morts sont faibles, montrant les limites actuelles des modèles prédictifs fondés sur les données existantes. L’étude propose ainsi une nouvelle cartographie des conflits, utile pour adapter les réponses humanitaires et politiques selon les territoires. Elle rappelle surtout que classer l’espace des violences ne suffit pas à prédire leur intensité. 

Lien ajouté le 30 mars 2026

« Western Cape gang monitor » [Surveillance des gangs du Cap-Occidental]  Global Initiative Against Transnational Organized Crime’s Western Cape Gang Monitor - Issue 8 https://globalinitiative.net/analysis/western-cape-gang-monitor-issue-8/

Le rapport du GIATO dresse une cartographie des violences de gangs dans le Cap-Occidental en Afrique du Sud. Les chercheurs décrivent un espace urbain fragmenté où les rivalités internes recomposent sans cesse les équilibres territoriaux.  Dans les Cape Flats, les foyers de violence se concentrent dans plusieurs quartiers. Factreton, Kensington ou Mitchells Plain voient s’intensifier les conflits liés aux "floor-crossing", ces défections qui déplacent les alliances et redessinent les territoires. À Manenberg et Hanover Park, les divisions internes jouent un rôle structurant. Les luttes de pouvoir au sein des Fancy Boys ou des Laughing Boys fragmentent l’espace et multiplient les affrontements, révélant une instabilité profondément ancrée. D’autres secteurs illustrent cette territorialisation violente. À Lotus River et Ottery, les Mongrels affrontent leurs rivaux dans des conflits anciens. À Steenberg et Muizenberg, les rivalités internes aux Junky Funky Kids ont déjà provoqué plusieurs morts. Les données reposent sur un travail de terrain approfondi. Entretiens avec habitants, membres de gangs et acteurs judiciaires. Elles montrent aussi une extension vers Saldanha Bay, signe d’une insertion croissante dans des réseaux criminels internationaux. Enfin, la culture dite "klipgooier" éclaire les mécanismes de recrutement. Elle marque l’entrée des jeunes dans la violence. L’espace urbain apparaît ainsi comme morcelé, instable et structuré par la conquête permanente du territoire. 

Lien ajouté le 31 mars 2026

« Près de 50 % de la population mondiale vit dans un pays engagé dans un conflit » (Le Grand Continent). 
En prenant en compte les conflits interétatiques (entre États), intra-étatiques (qui opposent un État à un ou des groupes armés non-étatiques), extra systémiques (un État opposé à un groupe armé non étatique en dehors du territoire de cet État) et non étatiques (des groupes armés entre eux, comme des rebelles, des organisations criminelles ou des groupes ethniques), 42 pays dans le monde sont engagés dans un conflit actif au 30 mars, selon une analyse réalisée sur la base des données d’ACLED. Ces pays concentrent près de la moitié (48,4 %) de la population mondiale, soit plus de 3,9 milliards de personnes :
  • Les conflits inter-étatiques demeurent relativement rares : outre la guerre russe contre l’Ukraine, seuls l’Afghanistan et le Pakistan, et une dizaine de pays du Moyen-Orient sont engagés dans une guerre, suite au lancement des frappes israélo-américaines contre l’Iran le 28 février 2026.
  • Des pays comptant des populations importantes — comme l’Inde, le Brésil, le Nigeria ou le Mexique — sont quant à eux engagés dans des conflits opposant les forces étatiques à divers gangs, groupes armés, cartels ou organisations terroristes.
  • Ils sont néanmoins considérés ici comme des « conflits actifs », au même titre que des guerres interétatiques, dès lors qu’ils provoquent plusieurs dizaines de morts par mois, aussi bien au sein des rangs de ces groupes que de la population civile.

Lien ajouté le 2 avril 2026

Joan Barceló, Keshana Ratnasingham, « Mental health impact of intragroup vs. intergroup wartime violence » [Impact sur la santé mentale des violences de guerre intragroupes versus intergroupes]. PNAS Nexus , Volume 5, Numéro 3, mars 2026,  https://doi.org/10.1093/pnasnexus/pgag058

Joan Barceló et Keshana Ratnasingham analysent les effets durables des guerres civiles sur les sociétés. Leur travail montre que la nature même des violences, internes ou externes au groupe, façonne différemment les trajectoires psychologiques. L’étude repose sur une enquête menée en 2022 auprès de 628 civils tamouls dans le district de Jaffna, au nord du Sri Lanka. Treize ans après la guerre, elle permet d’observer des effets profonds et persistants à l’échelle des individus et des territoires. Le résultat montre que les violences commises au sein du même groupe produisent un traumatisme bien plus intense. Les scores de stress post-traumatique augmentent près de quatre fois plus, et l’impact global est estimé entre trois et cinq fois supérieur. Cette intensité s’explique par une géographie du lien social. Les violences internes détruisent les solidarités locales, fragmentent les communautés et instaurent un sentiment de trahison. Le traumatisme ne vient plus seulement du danger, mais de la rupture du tissu social. À l’inverse, les violences intergroupes permettent souvent d’identifier clairement un ennemi extérieur. Cette mise à distance favorise des mécanismes de reconstruction. Elle peut même produire une forme de croissance post-traumatique, observée chez 38,2% des enquêtés. Les données révèlent une coexistence complexe entre souffrance et résilience. 43,3% des personnes interrogées présentent encore un syndrome de stress post-traumatique probable, montrant que les effets de la guerre s’inscrivent durablement dans les sociétés. L’étude rappelle aussi que ces situations sont loin d’être marginales. Environ 45% des conflits depuis la fin de la guerre froide impliquent des violences internes aux groupes, une dimension pourtant souvent sous-estimée dans l’analyse des guerres contemporaines.Ces résultats invitent à repenser les politiques post-conflit. Là où les violences sont internes, la reconstruction passe par la restauration de la confiance et des réseaux sociaux locaux, conditions essentielles pour stabiliser durablement les territoires.

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