Cartographier l’anthropocène - la forêt (Atlas IGN, 2026)


À en croire l’opinion publique, la forêt française aurait perdu du terrain ces dernières décennies. Bien au contraire. En France hexagonale et en Corse, sa superficie a plus que doublé en deux siècles. En 1840, la forêt française couvrait 8,9 millions d’hectares ; elle en couvre aujourd’hui 17,6 millions. Autrement dit, un paysage sur trois est une forêt. Et la dynamique se poursuit : chaque année, la surface forestière gagne en moyenne 90 000 hectares, soit plus de 8,5 fois la surface de Paris. Pourtant, si la forêt s’étend, elle se fragilise. Deuxième puits de carbone après les océans, elle subit de plein fouet le changement climatique. La hausse des températures et la multiplication des épisodes de sécheresse altèrent son cycle de régénération et l’exposent davantage aux risques naturels (champignons et insectes ravageurs, mais aussi incendies). En dix ans, la mortalité des arbres a plus que doublé. Veiller sur la forêt est plus que jamais essentiel pour sa préservation et son adaptation.

Après l'occupation du sol (2023), l'intelligence artificielle (2024), les inondations (2025), l'IGN consacre son Atlas Cartographier l'anthropocène (édition 2026) au thème de la forêt. « Des cartes pour penser la forêt » : comme le souligne en introduction Sébastien Soriano (Directeur général de l'IGN), « au vu des nombreux services rendus par les forêts, des questions reviennent de manière plus aiguë, réclamant  des débats sereins et éclairés...Un minutieux travail de terrain, des observations aériennes et satellitaires à foison, l’apport des meilleures technologies, dont des modèles innovants d’intelligence artificielle : il y a un peu de tout cela dans les données de cet Atlas, réalisé avec la conviction que la carte reste un puissant média pour la compréhension de systèmes complexes comme les forêts ». Outre de très belles images, on y trouve des data visualisations originales sur l'évolution de la forêt française sur deux siècles, sur la répartition des forêts publiques et privées, sur la continuité et le morcellement des forêts de France hexagonale. Les départements d'outre-mer ne sont pas en reste avec de très belles cartes sur la Guyane (stock de carbone dans les arbres), la Guadeloupe et la Martinique (formations végétales et forestières) ainsi que la Réunion (niveau d'invasion des forêts par des plantes exotiques envahissantes).

À quoi ressemblent les forêts françaises ?

Quatrième forêt d’Europe par sa superficie, la forêt française s’apparente à un assemblage de milieux modelés par la géographie, le climat et les pratiques sylvicoles. Des zones montagneuses aux territoires ultramarins en passant par les plaines alluviales et les littoraux, ces massifs forestiers présentent une multitude de faciès, dont l’agencement est aussi le produit de notre propre histoire. Façonnée de longue date par les activités humaines, la forêt française a vu sa surface décliner régulièrement jusqu’au milieu du XIXe siècle. Elle connaît depuis lors une expansion spectaculaire découlant à la fois de l’exode rural, des transformations agricoles et des politiques publiques de reboisement.

Quels rôles jouent les forêts ?

Alliée précieuse dans la lutte contre le changement climatique et l’atténuation des catastrophes naturelles, la forêt française constitue également un réservoir de biodiversité exceptionnel. Pourvoyeurs de nombreux emplois et de ressources renouvelables telles que le bois d’oeuvre, les espaces forestiers sont aussi le théâtre de multiples activités de loisirs. Concilier l’ensemble de ces usages, parfois contradictoires, implique une gestion adaptée et un dialogue permanent entre forestiers, pouvoirs publics et citoyens. Une démarche dans laquelle s’inscrivent l’IGN et ses partenaires comme l’Office national des forêts (ONF), auquel incombe la gestion de nos forêts publiques.

Nos forêts sont-elles en danger ?

Les forêts sont confrontées à de multiples pressions qui fragilisent ces milieux déjà malmenés par la hausse globale des températures : sécheresses à répétition, incendies, prolifération de parasites, développement de nouvelles maladies, surabondance d’ongulés sauvages accentuent la mortalité des arbres, qui a plus que doublé en une décennie. Loin de provoquer pour autant un déclin généralisé de la forêt française, ces perturbations révèlent aussi ses capacités d’adaptation. En s’appuyant sur le suivi sanitaire des peuplements forestiers, la diversification des essences et des stratégies de gestion fondées sur la résilience, forestiers et scientifiques s’efforcent d’accompagner l’adaptation des forêts françaises à cette nouvelle réalité qu’est l’anthropocène.

Comment mieux connaître la forêt ?

Qu’il s’agisse de suivre l’évolution des peuplements d’arbres ou d’anticiper les transformations des milieux forestiers, des informations fiables et actualisées sont indispensables à la gestion des forêts à l’ère de l’anthropocène. À travers l’Inventaire forestier national et l’amélioration constante de ses outils d’observation et d’analyse, l’IGN joue ce rôle de sentinelle de la forêt française. En agrégeant les données produites par les différents établissements chargés de scruter les forêts, l’Observatoire des forêts françaises éclaire, pour sa part, les prises de décision des professionnels de la filière forêt-bois et des collectivités en matière de gestion durable des écosystèmes forestiers.

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