Conceptions des montagnes Rocheuses : une comparaison des stratégies cartographiques fin XVIIIe - début XIXe


Source : McMillan, Bethany (2023). « Conceptions of the Rocky Mountains : A Comparison of Peter Fidler and David Thompson and Their Mapping Strategies » [Conceptions des montagnes Rocheuses : une comparaison des stratégies cartographiques de Peter Fidler et David Thompson]. https://doi.org/10.7939/r3-5yye-3r35

Résumé

Cette thèse explore la manière dont les Européens ont conceptualisé les montagnes Rocheuses en comparant les points de vue et les styles cartographiques de David Thompson et Peter Fidler. À la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, la Compagnie de la Baie d'Hudson (CBH) devait établir un commerce intérieur pour concurrencer efficacement la Compagnie du Nord-Ouest (CNO), basée à Montréal. La CBH décida d'employer des arpenteurs afin d'obtenir des informations détaillées sur les nouvelles routes commerciales intérieures et celles déjà établies. Peter Fidler et David Thompson furent formés par l'arpenteur officiel de la CBH, Philip Turnor, à la fin du XVIIIe siècle. Fidler et Thompson développèrent des conceptions différentes des montagnes Rocheuses depuis leur versant oriental, ce qui transparaît dans leurs journaux de commerce des fourrures et d'exploration. Plusieurs facteurs influencèrent leur perception des montagnes. Les populations autochtones des Plaines partagèrent avec Fidler des cartes et des connaissances en navigation sur ce territoire. Fidler n'eut pas l'occasion d'arpenter lui-même la région, le commerce étant la priorité absolue de la CBH. Thompson, chargé des relevés topographiques pour le compte du NWC, employa des Autochtones comme chasseurs et guides afin d'étendre le territoire du NWC à de nouvelles zones, au fur et à mesure de ses explorations. En définitive, Thompson adopta une vision résolument européenne et occidentale des montagnes Rocheuses, tandis que la conception de Fidler témoignait d'une reconnaissance précoce du savoir autochtone et d'un style de cartographie hybride, mêlant techniques autochtones et européennes.

Comparaison de la carte de Fidler (1801) et de la carte de Thompson (1814). Source : McMillan, 2023

Comparaison des deux cartes

Fidler, Peter (1801). « Carte indienne des différentes tribus qui habitent les versants est et ouest des montagnes Rocheuses, avec toutes les rivières et autres lieux remarquables, ainsi que le nombre de tentes » (Internet Archives).

« Il semble que la carte d'Ak ko mokki de 1801 ait suscité l'intérêt de Fidler, qui s'efforça d'obtenir d'autres cartes, d'Ak ko mokki et d'autres personnes, la saison suivante, afin d'approfondir sa compréhension du style cartographique d'Ak ko mokki. L'acquisition des cartes de 1801 et de 1802 témoigne de l'intérêt que Fidler portait à la cartographie et aux connaissances territoriales autochtones. Des brouillons de plusieurs de ces cartes se trouvent vers la fin du journal du poste de Nottingham House (Fort Chipewyan), daté de 1801-1803, et les versions remaniées par Fidler dans ses journaux attestent de la grande valeur qu'il leur accordait, ainsi que du temps qu'il consacra à leur compréhension. Fidler s'efforçait d'intégrer des éléments autochtones lorsqu'il réalisait des cartes à plus grande échelle » (McMillan, 2023, p. 66).

David Thompson (1814). « Carte du Territoire du Nord-Ouest de la Province du Canada » (Wikimedia).

« Grâce aux registres détaillés qu'il a tenus tout au long de sa carrière dans le commerce des fourrures, Thompson a pu réaliser sa carte du Territoire du Nord-Ouest de la Province du Canada. Ces deux documents ont été reconnus comme des contributions précieuses qui ont enrichi la représentation européenne d'un territoire alors inaccessible à la plupart des Européens. Un examen plus approfondi de cette carte révèle cependant qu'elle respectait pleinement les conventions cartographiques européennes » (McMillan, 2023, p. 91).

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