Appréhender les vulnérabilités sociales territoriales à différentes échelles


Source : Olivier Portier, Les vulnérabilités sociales territoriales. Cahier de recherche, Caisse des dépôts et OITC, janvier 2026. 

Olivier Portier propose un indice synthétique et global de vulnérabilité sociale pour évaluer l’intensité des vulnérabilités sociales aux différentes échelles géographiques. Cet indice repose sur les indicateurs suivants : niveau de diplôme, précarité, vieillissement, conditions de logement, niveau de vie, pauvreté, inégalités sociales et spatiales, accessibilité aux équipements de proximité, état de santé des populations et accessibilité  aux services de santé. Un examen des niveaux de vulnérabilité par strate de densités confirme que si en moyenne, les communes du rural à habitat très dispersé présentent l’indice de vulnérabilité sociale le plus élevé, viennent juste derrière les centres urbains intermédiaires et les grands centres urbains. Loin de se réduire à une opposition entre espaces denses et espaces peu denses, les vulnérabilités observées se déploient selon des logiques différenciées, où s’entrecroisent trajectoires productives, dynamiques résidentielles, régimes de mobilité et structures socioéconomiques locales. L'intensité des vulnérabilités varie sensiblement selon les types de territoires : les indices thématiques présentent une dispersion bien plus marquée que l’indice global.

Niveau de vulnérabilité sociale des populations au niveau départemental et communal (source : Portier, 2026)

Le rapport se décompose en deux parties :  une lecture synthétique des vulnérabilités sociales à partir d’un indice composite produit à plusieurs échelles géographiques ; une analyse thématique des principales dimensions de la vulnérabilité sociale. L’ensemble des indicateurs mobilisés a été normalisé pour permettre leur comparaison et leur agrégation. La normalisation est effectuée par échelle territoriale :  1 à 100 pour les échelles communale et intercommunale et 1 à 10 pour les échelles départementale et régionale. Dans tous les cas, 1 = niveau de vulnérabilité sociale le plus faible, 100 / 10 = niveau de vulnérabilité le plus élevé. Les indicateurs normalisés ont été regroupés en grandes familles thématiques. Une moyenne est calculée par thématique. Important : les scores thématiques ne sont pas utilisés pour l’indice global afin d’éviter les biais de pondération. L’indice global de vulnérabilité est la moyenne de tous les indicateurs normalisés. Dans cette approche, tous les indicateurs ont le même poids. 

L’Observatoire des impacts territoriaux des crises (OITC) a été créé en 2020 à l’occasion de la pandémie Covid19 afin d’évaluer en temps réel les incidences de la crise sur les économies territoriales. L'Observatoire a proposé de prolonger ses travaux pour analyser les effets différés et durables des crises qui se sont succédé depuis, élargir son champ d’étude aux impacts des transitions énergétiques et écologiques sur les territoires et apprécier le degré d’exposition des territoires aux différentes crises en cours (hausse des tarifs douaniers américains, crise économique…) et à venir (réchauffement climatique, aléas naturels…). Analyste territorial, Olivier Portier est consultant et le créateur et  coordinateur de l’Observatoire  des Impacts Territoriaux des Crises (OITC). 

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L'histoire par les cartes. Les peuples d'Amérique du Nord en 1776


Dans le cadre des célébrations du 250e anniversaire de l'indépendance américaine, la Société historique de l'Utah publie une carte intitulée « Les peuples d'Amérique du Nord en 1776 ». Il s'agit d'une ressource utile pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire des peuples autochtones en Amérique du Nord. Le principal intérêt de la carte est de mettre en évidence l'implantation des communautés amerindiennes au moment de l'indépendance des États-Unis et de l'expédition Domínguez-Escalante qui eut lieu à la même date.

Les peuples d'Amérique du Nord en 1776 (source : America250 Utah)

En 1776, au moment même où les colons américains proclamaient leur indépendance de la Grande-Bretagne, un groupe d'explorateurs entreprit un voyage à travers les terres inconnues de l'Ouest américain. Leur objectif était de trouver une route terrestre reliant Santa Fe (Nouveau-Mexique) à Monterey (Californie). Menés par deux prêtres franciscains, les membres de l'expédition espéraient relier les colonies espagnoles d'Amérique du Nord, rechercher des opportunités économiques et convertir les populations autochtones au catholicisme. Bien qu'ils n'aient pas réussi à atteindre la Californie, c'était la première fois que des Européens foulaient le sol de ce qui allait devenir l'Utah, et la première rencontre entre les Paiutes et les Utes de l'Ouest et ces nouveaux arrivants. L'expédition Domínguez-Escalante comprenait des personnes originaires d'Espagne, du Mexique, du Nouveau-Mexique et de l'Utah. Chacun apporta des compétences différentes à la mission, et ensemble, ils accomplirent un remarquable périple de cinq mois et de 2 700 kilomètres (1 700 miles) entre Santa Fe et le lac Utah, puis un retour au Nouveau-Mexique. Les ressources et activités mises à disposition sont l'occasion de s'interroger sur les contacts entre populations autochtones et premiers arrivants européens. Sous-titré « le pouvoir des lieux », la page du site entend « se concentrer sur l'histoire particulière des habitants et des lieux de l'Utah en 1776 et au-delà ».

Les activités pédagogiques sont proposées à partir de diverses sources documentaires (textes, cartes, graphiques, storymap...) et selon différents niveaux de classe. Ces activités ont été conçues par la Société historique de l’Utah, en partenariat avec BYU ARTS, le Bureau de la préservation historique de l’État de l’Utah, UEN et America250 Utah. Ce dossier pédagogique ainsi que la carte des peuples autochtones qui l'accompagne ne sont pas sans interroger la vision des "premières nations" des États-Unis aujourd'hui. Frédéric Giraut fait remarquer que « le traitement par entités territoriales à limites fixes (sauf pour les French settlements) sans recouvrements, aires partagées, ni zones buffer, ni emboitements ni saisonnalité, relève de l'application des principes de la modernité territoriale à des réalités spatio-politiques, économiques et culturelles bien plus riches qui n'en relevaient pas, mais qui doivent aujourd'hui jouer ce mode de représentations pour être reconnues historiquement ».

L'expédition Dominguez et Escalante de 1776

Activités
Leçons
Nations autochtones de l'Utah : cadres de référence

« Initier les élèves aux nations tribales amérindiennes de l'Utah et à leurs liens continus avec leurs terres ancestrales et leur patrimoine culturel ».
Devenir l'Utah : le parcours d'un peuple

Cette vidéo d'animation, ce guide pédagogique et ces trois fiches de leçon explorent le « long parcours de l'Utah vers le statut d'État et les nombreuses communautés qui y vivent » (Société historique de l'Utah). Niveaux 4 à 6, 11 à 12.
« Notre passé, leur présent » : enseigner avec des sources primaires


Ces sources primaires permettent d' « explorer des périodes où les habitants de l'Utah étaient confrontés à de grands bouleversements ou à des crises, et de voir comment ils ont surmonté les difficultés et cherché à trouver des solutions » (Société historique de l'Utah). Niveaux 4e, 7e, 11e et 12e années.
Ressources complémentaires

Territoires traditionnels
Un recensement et une cartographie qui permettent d'explorer les territoires autochtones ancestraux à travers le monde (notamment les réserves indiennes en Amérique du Nord).
http://territoire-traditionnel.ca/
 
Cessions de terres amerindiennes
Ces cartes de cessions des peuples autochtones ont été établies par l'Administration américaine entre 1890 et 1900 afin d'établir les transferts de territoires par lesquels les peuples autochtones des États-Unis ont perdu leurs terres. La carte Invasion of America permet de voir comment les États-Unis se sont développés vers l'ouest en saisissant des terres amérindiennes par le biais de traités et de décrets.
http://digitreaties.org/

Terres autochtones
Une cartographie interactive des peuples indigènes en Amérique et en Australie avec possibilité de faire des recherches par territoire, langue ou traité de cessions territoriales. Une API permet d'intégrer ces données dans son jeu de données SIG.
http://native-land.ca/

La carte des traités
Le Yellowhead Institute propose une carte des traités fonciers « négociés » entre les nations autochtones et le gouvernement fédéral canadien. L'Institut souhaite utiliser cette carte pour favoriser une meilleure compréhension des droits fonciers des autochtones et des conflits en cours entourant ces traités.
https://treatymap.yellowheadinstitute.org/

Native American History of Washington, D.C
Dans cet ouvrage de 2023, Armand Lione montre que, bien avant de devenir District of Columbia, les terres de Washington D.C abritaient des peuples autochtones. Des artefacts amérindiens ont été retrouvés un peu partout notamment à Rock Creek Park, à Anacostia, à l'Arboretum, à Van Ness, aux Palisades, au Capitole et même à la Maison-Blanche.

Native People & Settler Colonialism : A Story of Land and Maps
« Peuples autochtones et colonialisme de peuplement : une histoire de territoire et de cartes ». Le Norman Leventhal Map & Education Center met à disposition des ressources pédagogiques. La première partie de l'activité présente aux élèves une carte de 1837 créée par des membres de la communauté tribale Báxoje/loway et leur demande de la comparer à une carte réalisée en 1902 par un cartographe euro-américain afin de discuter de la signification de la terre et de la façon dont elle est comprise et visualisée par les deux. Les élèves poursuivent la leçon en examinant une carte des réserves indiennes et en réfléchissant à l'héritage de la dépossession des terres et du génocide culturel. La deuxième partie amène les élèves à travailler en petits groupes avec une série de cartes euro-américaines du XIXe siècle pour répondre à des questions qui révèlent comment les communautés autochtones sont représentées sur le territoire. Niveau scolaire : 4e à Terminale

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Face à Google Maps, comment la France joue la carte de la souveraineté

 
Source : Jules Grandin, Face au mastodonte Google Maps, comment la France joue la carte de la souveraineté, Les Echos (1er février 2026).

La carte est l'objet de pouvoir par excellence. Comment pourrait-on connaître, administrer ou défendre son territoire sans l'avoir cartographié avec précision ? En France, c'est la mission de l'IGN, dont le modèle économique est en train de basculer du papier vers les pixels. Cette enquête est déclinée sous forme de vidéo sur YouTube.

Vidéo : « Comment la France se bat contre Google Maps » 

"La carte est, et a toujours été, une affaire d’Etat. Depuis les premières campagnes de cartographie lancées sous Louis XIV jusqu’à la mission de l’IGN aujourd’hui, l’enjeu a toujours été le même : il faut être maître de la carte de son territoire. Bienvenue dans notre nouveau Plan Carte." (Jules Grandin)

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Mapping Nunaat - Repenser le patrimoine cartographique groenlandais


L'exposition Mapping Nunaat - Rethinking Greenlandic Cartographic Heritage s'est déroulée de mai à septembre 2025 au Musée et archives nationales du Groenland à Nuuk.

Loin d'être de simples outils neutres et de simples représentations, les cartes ont façonné notre vision du monde et la manière dont nous nous l'approprions. Dans l'Arctique, la cartographie occidentale a servi les ambitions coloniales, cartographiant souvent des territoires avant même leur exploration, effaçant les toponymes et les savoirs autochtones, et imposant des frontières, des noms et l'illusion de terres « vides ». Bien avant l'arrivée des explorateurs européens, les communautés inuites avaient développé un riche savoir géographique, fondé sur la tradition orale, les souvenirs et une profonde compréhension de l'environnement. 
En langue indigène Inuit, Nunaat se traduit par la Terre comme source de vie.

Cette exposition révèle comment les cartographies autochtones alternatives remettent en question les récits dominants et comment, hier comme aujourd'hui, les cartes peuvent être réappropriées comme outils de résistance et de réappropriation. En s'opposant aux représentations prédominantes, les cartographies autochtones offrent de nouvelles façons de voir, de nommer et d'habiter l'Arctique. On pénètre dans un espace où les cartes sont uniques et aussi essentielles que le territoire lui-même.

L'exposition numérisée s'appuie sur des cartes d'époque réunie au sein d'une storymap (en anglais) que l'on peut dérouler en plusieurs étapes :

  • Introduction
  • Qu'est-ce qu'une carte ?
  • Saisir le territoire : le colonialisme
  • Renommage impérial dans l'Arctique
  • Inventer des espaces vierges
  • Cartographier notre monde. Groenlandais
  • Savoirs et sciences inuits
  • Kitsissut
  • Les procès verbaux de la Société de géographie en 1886
  • Perspectives asiatiques
  • Décoloniser les cartes ?
  • De nouveaux territoires émergent.
  • Le 140e anniversaire de la remise des cartes en bois sculpté d'Ammassalik.
  • Yochi Shiryaku (1878) et le boréalisme européen de l'époque
Face au projet d'annexion du Groenland par les États-Unis, cette exposition vient utilement rappeler le pouvoir des cartes longtemps au service des puissances coloniales. Mais les cartes peuvent servir aujourd'hui à défendre un territoire pour les autochtones qui l'habitent. 

Cette exposition a été réalisée en collaboration avec l'Ambassade de France au Danemark, l'Institut Français Danemark, Ponant, le Nunatta Katersugaasivia Allagaateqarfialu, le Musée national du Groenland, l'Université de Rouen Normandie (INSPE). Les commissaires de l'exposition sont Fabrice Argounes, Pierre Singaravelou et Frederik Fuuja Larsen, directeur du musée national du Groenland.

Contexte 

« En 2019, le président Donald Trump, reprenant des propositions antérieures de 1867, 1910 et 1946, formule au nom des États-Unis une offre d'achat du Groenland. La Première ministre danoise répond que ce territoire n'est pas à vendre et que cette idée est « absurde », mot qui suscite l'irritation du président américain. En décembre 2024, Trump, récemment réélu, « exprime à nouveau son souhait de prendre le « contrôle » du Groenland » sans exclure l'usage de la force armée pour parvenir à ses fins . Le Groenland est considéré comme stratégique pour l'armée américaine avec sa base spatiale de Pituffik. Le 17 janvier 2026, une enquête de l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) indique que les motivations américaines à l’égard du Groenland ne se limitent pas aux considérations sécuritaires, mais incluent des intérêts économiques privés liés aux minerais critiques, notamment les terres rares. Les États-Unis mènent des opérations d'entrisme sur l'île visant à fissurer les relations entre celle-ci et le Danemark. En réaction, le Danemark convoque en août 2025 le chargé d'affaires américain et dénonce des « tentatives d'ingérence ». Dans ce contexte, le renseignement militaire danois considère désormais Washington comme une menace pour la sécurité nationale du Danemark. À la suite de la capture de Nicolás Maduro par les États-Unis au Venezuela début janvier 2026, l'épouse de Stephen Miller poste sur X une carte du Groenland aux couleurs américaines alors que Trump déclare : "Nous nous occuperons du Groenland dans environ deux mois... Parlons du Groenland dans vingt jours". Le 19 janvier 2026, The Guardian, pour contester l'affirmation de Donald Trump qu'il n'y a aucun écrit reconnaissant la souveraineté du Danemark sur le Groenland, signale que le 4 août 1916, le secrétaire d'État Robert Lansing a signé un document déclarant que le gouvernement des États-Unis d'Amérique n'élèverait aucune objection à ce que le gouvernement danois étende ses intérêts politiques et économiques à l'ensemble du Groenland » (source : Wikipedia).

« Le Groenland, un territoire convoité entre l'Europe et l'Amérique » (Toute l'Europe). Ce podcast résume les principaux enjeux du Groenland aujourd'hui.

Pour compléter

Daniel Chartier, Hanna Guttorm, Britt Kramvig, Berit Kristoffersen, Johannes Riquet & Philip Steinberg (2026). « Decolonial cartographies. Counter-mapping in the Arctic » [Cartographies décoloniales. Contre-cartographie dans l'Arctique]. In Johannes Riquet, The mediated Arctic Poetics and politics of contemporary circumpolar geographies, p 183-208, https://www.manchesterhive.com/display/9781526174024/9781526174024.xml

Ce chapitre se concentre sur la contre-cartographie comme instrument de pouvoir dans les contextes coloniaux et autochtones de l'Arctique. Le Nord, dans son ensemble, est un territoire colonial où des initiatives décoloniales ont émergé en divers endroits. Parmi celles-ci, plusieurs s'enracinent dans la cartographie ; celle-ci a été imposée au territoire de manière si brutale que la seule voie possible est de renverser la pratique elle-même. Analyser la cartographie implique avant tout d'examiner les conventions qui permettent la transformation du territoire en une entité abstraite, ainsi que les valeurs qui sous-tendent sa représentation culturelle ; et les inversions cartographiques sont des actes de résistance au colonialisme de peuplement. S'appuyant sur les conceptions autochtones de la cartographie et sur des approches post-représentationnelles de la cartographie, ce chapitre analyse des initiatives de contre-cartographie à travers le monde circumpolaire : les cartes de Sápmi des artistes samis Elle-Hánsa ou Hans Ragnar Mathisen/Keviselie ; le travail d'inversion linguistique du projet Nunavik Nunatop ; les transformations contemporaines du Groenland par l'art cartographique et la pratique spatiale ; enfin, la critique cartographique de l'État pétrolier norvégien par l'artiste norvégien Tomas Ramberg. Dans chacun de ces cas, la cartographie est utilisée comme un outil culturel et politique. Ces projets de contre-cartographie reconnaissent à l'esthétique le pouvoir de redéfinir les perceptions spatiales et, par conséquent, d'agir sur les enjeux liés aux rapports de pouvoir. Par des renversements et des changements de perspective, ils rendent compte de la diversité des espaces géographiques et culturels de l'Arctique. Les analyses révèlent ainsi que la cartographie décoloniale ne se limite pas aux produits finis, mais concerne plutôt les processus cartographiques qui racontent des histoires, imaginent une justice réparatrice et affirment la souveraineté autochtone.

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Évolution contrastée de l'espérance de vie en Europe (1992-2019)

 

Source : Bonnet, F., Alliger, I., Camarda, CG. et al. (2026).  «Potential and challenges for sustainable progress in human longevity» [Potentiel et défis pour un progrès durable en matière de longévité humaine]. Nature Communications, 17, 996, https://doi.org/10.1038/s41467-026-68828-z (article disponible en accès ouvert).

Le ralentissement de la progression de l'espérance de vie dans les pays à revenu élevé suscite des inquiétudes quant à l'avenir de la longévité humaine. Afin de mieux comprendre ces évolutions, les auteurs ont examiné les tendances de la mortalité à l'échelle infranationale en Europe occidentale sur la période 1992-2019. Entre 1992 et 2005, les gains d'espérance de vie ont été à la fois substantiels et généralisés. Les régions en retard ont connu les progressions les plus fortes, entraînant une convergence régionale rapide. Entre 2005 et 2019, cependant, les gains dans ces régions ont ralenti, tandis qu'ils sont restés remarquablement stables dans les régions pionnières, ce qui suggère qu'il est encore possible de continuer à allonger la durée de vie. Le ralentissement observé des gains d'espérance de vie est fortement associé à la mortalité chez les 55-74 ans, qui a augmenté durant cette période dans de vastes régions d'Europe occidentale, notamment en Allemagne et en France. Dans ce travail, les auteurs montrent que le suivi des tendances de la mortalité à une échelle géographique fine est crucial pour révéler à la fois le potentiel et les défis d'un progrès durable en matière de longévité humaine.

Gains annuels de l'espérance de vie masculine et classement de 450 régions d'Europe occidentale
pour l'espérance de vie masculine en 1992-1993, 2004-2005 et 2018-2019 (source : Bonnet et al. 2026)


Gains annuels de l'espérance de vie masculine et classement de 450 régions d'Europe occidentale
pour l'espérance de vie masculine en 1992-1993, 2004-2005 et 2018-2019 (source : Bonnet et al. 2026)

L'article cite les différentes sources statistiques utilisées avec l'adresse des sites officiels par pays. 

Pour compléter

« Où vit-on le plus vieux ? Ce que la géographie dit d’une Europe de plus en plus fragmentée » (The Conversation).

Florian Bonnet, Carlo Giovanni Camarda et France Meslé (Ined) et Josselin Thuilliez (CNRS) analysent la longévité en Europe occi. Leur étude compare 450 régions entre 1992 et 2019 et montre une Europe de l’espérance de vie de plus en plus fragmentée. L’espérance de vie progresse en Europe depuis plus d’un siècle grâce au recul des maladies infectieuses puis cardiovasculaires. Mais depuis le milieu des années 2000, les gains ralentissent dans plusieurs pays, faisant émerger l’hypothèse d’un possible essoufflement des progrès sanitaires. L’analyse régionale nuance cette idée. Dans les régions pionnières, les gains se poursuivent sans ralentissement. Les hommes y gagnent environ 2,5 mois de vie par an, les femmes 1,5 mois. En 2019, certaines régions atteignent 83 ans pour les hommes et 87 ans pour les femmes. Ces régions pionnières se situent notamment dans le nord de l’Italie, en Suisse, en Espagne et en France autour de Paris ou de la frontière suisse. Elles prouvent que la longévité humaine n’a pas encore atteint de plafond biologique mesurable. À l’inverse, d’autres régions décrochent depuis 2005. En Allemagne de l’Est, en Wallonie ou dans certaines régions britanniques, les gains deviennent faibles voire nuls. Chez les hommes, les Hauts-de-France figurent parmi ces territoires en difficulté. La fracture européenne s’explique surtout par la mortalité entre 55 et 74 ans. À ces âges, la baisse des décès s’est arrêtée, voire inversée dans certaines régions. Or ces classes d’âge concentrent une part importante des décès influençant l’espérance de vie globale. Les causes évoquées combinent comportements à risque comme tabac, alcool ou alimentation, et facteurs socio-économiques. La crise de 2008 a accentué les inégalités territoriales, fragilisant durablement la santé dans les régions les plus touchées. L’étude montre une Europe à deux vitesses. Les progrès de longévité restent possibles, mais très inégalement répartis. L’enjeu majeur devient territorial. Réduire les écarts régionaux apparaît plus décisif que la recherche d’un hypothétique plafond biologique. 

« Espérance de vie : une Europe à deux vitesses se dessine, avec des écarts de plusieurs années selon les régions » (Le Monde).

Une étude menée dans 13 pays européens montre que le fossé se creuse à partir de 2005 entre des régions favorisées, où l’espérance de vie continue de progresser, et d’autres qui prennent du retard, où la dynamique s’essouffle. C’est une Europe de la longévité à deux vitesses qui se dessine dans les cartes développées par des chercheurs de l’Institut national d’études démographiques (INED) et de l’Institut fédéral allemand de recherche démographique (BiB). Le Monde propose une série de cartes simplifiées à partir de l'étude scientifique.

« L’espérance de vie par niveau de vie : chez les hommes, 13 ans d’écart entre les plus aisés et les plus modestes » (Insee Première).

Plus on est aisé, plus l’espérance de vie est élevée. Ainsi, parmi les 5 % les plus aisés, l’espérance de vie à la naissance des hommes est de 84,4 ans, contre 71,7 ans parmi les 5 % les plus pauvres, soit 13 ans d’écart. Chez les femmes, cet écart est plus faible : 8 ans séparent les plus aisées des plus pauvres. Aux alentours d’un niveau de vie de 1 000 euros par mois, 100 euros supplémentaires sont associés à 0,9 an d’espérance de vie en plus chez les hommes et 0,7 an chez les femmes, tandis que l’écart n’est plus que de 0,3 an et 0,2 an aux alentours d’un niveau de vie de 2 000 euros par mois. Les femmes ont une espérance de vie plus élevée que les hommes (6 ans en moyenne). Elles vivent même en général plus longtemps que les hommes les plus aisés : celles dont le niveau de vie se situe parmi les 70 % les plus aisées ont une espérance de vie plus longue que les hommes parmi les 5 % les plus aisés. Les personnes les plus aisées ont plus souvent un diplôme du supérieur, mais cela n’explique qu’en partie les écarts d’espérance de vie selon le niveau de vie. Avec ou sans diplôme, plus on est aisé, plus l’espérance de vie augmente.

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Géofer, une plateforme pour connaître le potentiel des gares voyageurs et des sites fret


La plateforme du Cerema Géofer a pour objectif d’être un outil d’aide à la décision permettant de visualiser le potentiel ferroviaire. Elle propose un système de couches, que l’on peut choisir d’afficher ou non. L’outil intègre également des bases de données permettant de consulter différents paramètres en cliquant sur des points d’intérêt. À ce jour, ces points regroupent environ 3 500 gares voyageurs et 3 000 ITE (Installations terminales embranchées, c’est-à-dire des sites de chargement et de déchargement de marchandises) réparties sur l’ensemble du territoire français.

Interface cartographique de la plateforme Geofer (source : Cerema)

Parmi les nouveautés de la plateforme Géofer :

  • Analyse d'implantation express : elle permet de tester n'importe quel emplacement et d'évaluer rapidement l'intérêt ou non d'ouvrir un nouveau point d'arrêt sur une ligne existante ou future.
  • Données socio-économiques clés : ces données fournissent des informations précises sur la population, les salariés et les élèves situés à proximité de ce point fictif.
  • Visualisation des aménités et services accessibles depuis le point d'arrêt simulé.
Test d'un arrêt fictif de transport en commun à Saint-Denis de la Réunion

Pour la majorité des gares, les données sont issues de l’open data SNCF. Les isochrones sont générées à partir de l’API mise à disposition par l’IGN. Pour une analyse fine de l'accessibilité multimodale, les tests sont basés sur les isochrones suivantes :

  • 15 minutes à pied
  • 10 minutes à vélo
  • 10 minutes en voiture

Le nombre d’établissements localisés dans l’isochrone, identifié à partir du code NAF, est croisé avec la capacité d’hébergement touristique des communes en 2025 (INSEE). Ainsi, chaque établissement se voit attribuer la capacité moyenne des établissements de son type dans la commune. L’objectif n’est pas d’obtenir un simple nombre d’établissements, mais une estimation du nombre de place d’hébergement touristique dans l’isochrone, afin d’évaluer l’attractivité touristique de la gare. Comme la capacité d’accueil de chaque établissement n’est pas disponible, une capacité moyenne communale est utilisée pour chaque type d’hébergement (camping, hôtel, chambre d’hôtes).

L’export des données relatives aux gares est réalisable à partir du bouton d’export intégré aux couches de données agrégées. La base de données ITE 3000 produite par le Cerema est, par ailleurs, mise à disposition sur data.gouv.fr.

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Cartographie en temps réel des transports publics

Cartes et données sur le recul du trait de côte en France


Le recul du trait de côte affecte l’ensemble des milieux littoraux et n’épargne aucune région française, outre-mer compris. L’évolution passée du trait de côte sur au moins 50 ans, montre que près de 900 km de côte sont observées en recul et que ce recul concerne majoritairement les côtes basses sableuses (680 km) sur l’emprise étudiée (hors secteurs portuaires et estuaires). La conséquence du recul du trait de côte est la disparition, souvent définitive (à l’échelle humaine), des terrains et des enjeux situés à proximité au bord de mer. Une étude du Cerema (2019) sur l’évaluation prospective des enjeux affectés par le recul du trait de côte tente de fournir les premiers ordres de grandeurs des enjeux potentiellement impactés en France. Selon plusieurs scénarios, le nombre de logements (maison et appartement) possiblement atteints par le recul du littoral en 2100 serait compris entre environ 5000 et 50000 en métropole et dans les DROM, pour une valeur immobilière estimée entre 0,8 et 8 milliards d’euros (estimation à enjeux et à valeurs constants). Bien d’autres enjeux sont aussi menacés comme les activités économiques ou les infrastructures de transport.

La loi dite « Climat et résilience » (2021) comporte un important volet sur le recul du trait du trait de côte. Elle prévoit en particulier que les communes (242 communes listées par décret en 2023 + 75 communes ajoutées dans le décret de 2024) réalisent une carte locale d’exposition de leur territoire au recul du trait de côte. Cette cartographie a pour objectif de délimiter les zones exposées au recul du trait de côte (ZERTC). Le décret distingue entre moyen et long terme. La zone exposée au recul du trait de côte à l’horizon de 30 ans est encadrée par une liste limitative des travaux, constructions et installations pouvant être autorisés dans ses espaces urbanisés, dans ses espaces non urbanisés ou dans les secteurs occupés par une urbanisation diffuse. La zone exposée au recul du trait de côte à un horizon entre 30 et 100 ans  est, quant à elle, encadrée par des obligations de démolition et de remise en état de terrains pour certaines constructions et extensions, lorsque le recul du trait de côte est tel que la sécurité des personnes ne pourra plus être assurée au delà de 3 ans. S'y ajoutent des obligations d’anticipation financière du coût de ces actions de démolition et de remise en état préalables à la mise en œuvre de projets. Son intégration dans les documents locaux d’urbanisme permet la mobilisation des outils fonciers offerts par cette loi. Sa réalisation est subventionnée jusqu’à 80 % par l’État.


Le BRGM propose une cartographie des zones exposées à l'élévation du niveau de la mer à marée haute. Le site s’appuie sur une analyse pré-calculée de la topographie pour identifier, à très haute résolution, les zones qui pourraient être soumises à la submersion marine sous l’effet de l’élévation du niveau de la mer. L'application en ligne proposée par le BRGM permet de faire des simulations des zones exposées en fonction de la montée du niveau marin (de 0,5 à 4 mètres). Les calculs et la visualisation sont disponibles à une résolution de 25 m sur de grandes emprises (échelles inférieures à 1/20 000ème) et à une résolution de 1 m ou 5 m en zoomant (échelles entre 1/20 000ème et 1/1 000ème). Les données sont téléchargeables au format image et shapefile.

Source : Zones exposées à l'élévation du niveau de la mer à marée haute (BRGM)

Article scientifique : 

Tellez-Arenas, A., Quique, R., Boulahya, F., Le Cozannet, G., Paris, F., Le Roy, S., Dupros, F. and Robida, F., 2018. « Scalable Interactive Platform for Geographic Evaluation of Sea-Level Rise Impact Combining High-Performance Computing and WebGIS Client ». In Communicating Climate Change Information for Decision-Making, p. 163-175, Springer, Cham. https://doi.org/10.1007/978-3-319-74669-2_12

Le réseau national des observatoires du trait de côte fournit des chiffres-clés sur le littoral et l'érosion. D’après l’Indicateur national de l’érosion côtière (INEC), établi en 2018 par le Cerema, sous le pilotage du ministère en charge de l’écologie : 20% du trait de côte est en recul, équivalent à un linéaire d’environ 920 km ; les côtes basses sableuses évoluent plus que les autres types de côte et 37% sont en recul, équivalent à un linéaire d’environ 700 km ; une surface d’environ 30 km² a été perdue au niveau des secteurs en recul en 50 ans. Tous les départements français sont concernés par le recul du trait de côte, sur des linéaires plus ou moins importants. Ainsi 5 départements (Seine-Maritime, Charente-Maritime, Gironde, Hérault et Bouche-du-Rhône) possèdent au moins de 50 % de leurs côtes en recul, alors que les 4 départements bretons, la Loire-Atlantique, la Corse-du-Sud, la Martinique et Mayotte ont moins de 10 % de valeurs en recul. Les fascicules locaux de la « Synthèse des connaissances des côtes françaises » sont publiés gratuitement sur la plateforme documentaire du Cerema.

Évolution du trait de côte d'après les données de l'indicateur national de l’érosion côtière INEC (source : Cerema)

Pour compléter

« Qu’est-ce que le trait de côte des cartes géographiques ? » (The Conversation).

Éric Chaumillon, chercheur en géologie marine (Université de La Rochelle), montre que la définition est plus complexe qu’il n’y paraît, car il ne s’agit pas d’une référence immuable au cours du temps. Le trait de côte est situé à l’interface entre l’atmosphère, l’hydrosphère (mers et océans) et la lithosphère (les roches et les sédiments), ce qui en fait un lieu extrêmement dynamique. Le trait de côte peut reculer, quand il y a une érosion des roches ou des sédiments, ou avancer, quand les sédiments s’accumulent.
Par conséquent il est nécessaire de le mesurer fréquemment. Il existe tout un arsenal de techniques, depuis l’utilisation des cartes anciennes, l’interprétation des photographies aériennes et des images satellitaires, les mesures par laser aéroporté, les mesures topographiques sur le terrain et les mesures par drones. Les évolutions des côtes sont très variables et impliquent de nombreux mécanismes. En France, selon des estimations du CEREMA, 19 % du trait de côte est en recul. Sans rentrer dans le détail de toutes les solutions existantes, on peut noter que la communauté scientifique qui étudie les littoraux appelle à davantage recourir aux solutions fondées sur la nature (SFN). En simplifiant, on peut dire qu’il s’agit de tirer parti des propriétés des écosystèmes sains pour protéger les personnes, tout en protégeant la biodiversité.

« Projection du trait de côte et analyse des enjeux au niveau national. Échéance à 5 ans » (rapport d'étude du Cerema, février 2024).

Afin de contribuer aux réflexions engagées en 2023 au sein du Comité National Trait de Côte (CNTC), le Cerema, sous le pilotage d’une mission d’inspection et des services du Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires (MTECT), étudie les enjeux qui pourraient être menacés à l’avenir par le recul du trait de côte sur les littoraux de métropole et d’outre-mer. Dans le cadre de cette étude, le Cerema vient en appui de la mission d’inspection afin de contribuer à la réalisation d’un inventaire des biens exposés au recul du trait de côte d’ici les 5 prochaines années. Les tempêtes, sources potentielles de reculs événementiels du trait de côte, étant imprévisibles à court terme, l'étude se base sur des hypothèses de recul convenues avec la mission d'inspection. Une première étape de pré-identification à l'échelle nationale a permis d’identifier les bâtiments potentiellement concernés. Les services territoriaux de l'État ont ensuite été sollicités pour enrichir cet inventaire grâce à leur expertise locale. L'analyse consolidée de l'inventaire révèle qu'environ un millier de bâtiments, de toutes sortes, pourraient être touchés par le recul du trait de côte à l'échelle nationale dans les 5 prochaines années. La valeur vénale des bâtiments identifiés, principalement résidentiels et commerciaux, est estimée à environ 240 M€. Ces estimations ne concernent pas la Guyane et Mayotte où les spécificités de ces territoires ne permettent pas le déploiement complet de la méthode.

« Projection du trait de côte et analyse des enjeux au niveau national. Horizons 2050 et 2100 » (rapport d'étude du Cerema, février 2024).

L’évaluation du nombre et de la valeur des enjeux potentiellement atteints par le recul du trait de côte aux horizons 2050 et 2100 repose sur des scénarios élaborés en concertation avec des experts nationaux. Ces scénarios intègrent principalement des hypothèses sur l’évolution du littoral et sur le maintien ou non des ouvrages littoraux pour les échéances temporelles étudiées. De nouveaux jeux de données, créés à l’échelle nationale, permettent de compléter les études existantes et de mettre en œuvre ces scénarios. Le scénario envisagé pour 2050 vise à être réaliste malgré certaines contraintes dues à son échelle nationale. A cet horizon, 5 200 logements et 1 400 locaux d’activité pourraient être affectés par l'érosion côtière, représentant une valeur totale de 1,2 milliard d'euros. Le scénario pour 2100 présente quant à lui une perspective nettement différente, basée sur des hypothèses très défavorables : disparition complète des structures de défense côtière et inondation progressive de toutes les zones topographiquement basses du littoral. Le scénario 2100 illustre ainsi les possibles conséquences de l’inaction face aux effets du changement climatique. Dans ce scénario, le nombre très élevé d’enjeux identifiés invite à une réflexion globale à l’échelle de grands territoires.

« À La Réunion, le dérèglement climatique accélère l'érosion. 50% du littoral réunionnais impacté » (Imaz Press). 

Construction, montée des eaux, réchauffement climatique, pollution… tous ces facteurs sont la cause de l’érosion du littoral réunionnais. Ce phénomène naturel progressif peut être aggravé par l'activité humaine (bétonnisation du littoral, aménagements bloquant pour la dynamique sédimentaire...) et par le changement climatique (hausse du niveau de la mer, atténuation du rôle de barrière des récifs coralliens). 50% du littoral réunionnais est identifié en érosion : 38% en érosion modérée - entre 10 et 20 cm de recul par an (les falaises basaltiques) - et 12% en érosion prononcée - recul de plus de 20 cm par an (les plages et micro-falaises meubles surmontant les cordons de galets). L'État et les collectivités se préparent à l'accélération du phénomène. 

« Recul du trait de côte : pour les élus des littoraux, le compte n’y est pas » (La Tribune). 

Laurence Bottero décrit la colère des élus réunis à Bonifacio face à la stratégie nationale de gestion du trait de côte. En 50 ans, 30 km² ont été perdus par érosion et 950 communes littorales sont concernées, soit 1 Français sur 8. Le phénomène s’amplifie avec le climat. Le président de l’Anel, J.-C. Orsucci, estime que la stratégie 2025-2030 n’est pas à la hauteur. Les élus réclament un fonds dédié, car le défi se chiffre "en milliards d’euros". Les outils existants, Fonds vert ou Barnier, sont jugés inadaptés, l’érosion n’y étant pas incluse. Les élus proposent de nouvelles sources de financement : taxe sur les éoliennes en mer, affectation d’une part des droits de mutation, contribution des plateformes de location touristique. L’objectif est de créer un fonds stable pour affronter l’érosion et sécuriser les rivages. L’érosion côtière a des impacts multiples : disparition de villages menacés comme à Miquelon, fragilisation de la pêche avec l’arrivée ou disparition d’espèces, mise en danger du tourisme littoral. Ces enjeux touchent directement l’économie et l’attractivité des territoires. Le recul du trait de côte est donc un défi géographique, économique et social majeur. Les élus insistent : seule une réponse financière adaptée permettra de protéger durablement les littoraux français, de la Corse à l’outre-mer, face aux pressions climatiques. 

Gueydan, Céline. « (Re)penser les villes littorales par le prisme de l’éthique environnementale ». Droit et Ville, 2025/2 n° 100, 2025. p.67-84.

La juriste Céline Gueydan (INU Champollion) analyse les villes littorales face au recul du trait de côte. Elle montre comment l’éthique environnementale éclaire les choix juridiques et territoriaux d’adaptation à l’érosion côtière. Le recul du trait de côte est un phénomène naturel amplifié par le changement climatique et l’anthropisation. Il touche environ 20% des côtes françaises, avec un recul moyen de 50 cm par an et jusqu’à plusieurs mètres sur les côtes sableuses. Les villes littorales sont particulièrement exposées. La densité de population y est 2,5 fois supérieure à la moyenne nationale. À l’horizon 2050, 5 200 logements et 1 400 locaux d’activités seraient affectés, malgré une forte attractivité résidentielle. L’auteure distingue trois éthiques environnementales. L’éthique de réaction vise à résister par des ouvrages de défense. En 2024, 16 000 digues et enrochements couvrent près de 70% du littoral, avec une efficacité souvent limitée. L’éthique d’adaptation cherche à encadrer l’urbanisation. Zonages, bande des 100 m et cartes d’exposition à 30 et 100 ans limitent les constructions futures. Ces outils gèrent le risque sans transformer profondément les villes existantes. La loi Climat et Résilience renforce cette adaptation. Elle introduit des zones d’exposition, un droit de préemption spécifique et des démolitions obligatoires lorsque la sécurité ne peut plus être assurée, mais uniquement pour les constructions récentes. Les outils juridiques demeurent inégalement mobilisés. En 2024, seules 317 communes sont inscrites sur la liste nationale, alors que près de 500 sont exposées. Cette sélection crée de fortes inégalités territoriales face au risque. Le financement constitue un frein majeur. La relocalisation n’est pas indemnisée par les assurances ni par le Fonds Barnier. Les collectivités et les ménages supportent donc des coûts élevés, comme l’a illustré le cas de l’immeuble Le Signal à Soulac. Penser les villes littorales implique un choix éthique. Passer de la réaction à la transition suppose d’accepter le recul, de transformer l’urbanisme et de repenser durablement le rapport entre sociétés urbaines et milieux côtiers. 

« Comment le Finistère et les Côtes-d’Armor se penchent sur l’avenir des routes côtières menacées » (Le Télégramme).

Bruno Salaun analyse l’avenir des routes littorales en Bretagne. Le Finistère et les Côtes-d’Armor anticipent les effets combinés de l’érosion côtière, du recul du trait de côte et des submersions marines sur leurs infrastructures routières. En Bretagne, au moins 400 km de côtes sont concernés par le recul du trait de côte, parfois à un rythme supérieur à 0,5 m par an. Cette dynamique fragilise directement des routes départementales construites au plus près du rivage, souvent sans marge de repli. Dans le Finistère, trois routes concentrent les inquiétudes. Les RD887 à Crozon, 64A à Locquirec et 40 à Penhors font l’objet d’études avec les intercommunalités pour protéger populations et mobilités face aux risques de submersion et d’inondation. Les élus reconnaissent une limite physique. Stéphane Le Doaré souligne qu’il faudra accepter le recul de la mer et envisager des scénarios à 30, 50 ou 100 ans, incluant déviation, déplacement des routes ou abandon partiel, afin d’éviter l’isolement économique et résidentiel. Dans les Côtes-d’Armor, la RD768 à Beaussais-sur-Mer illustre ces arbitrages. Cette route-digue supporte 8.000 véhicules par jour. La surélévation de la digue pourrait la protéger environ vingt ans, laissant du temps pour concevoir une solution durable. À l’échelle locale, Bruno Salaun décrit le cas de la RD201 entre Saint-Malo et Cancale. Cette route littorale est régulièrement recouverte de sable. En janvier 2025, 260 tonnes ont dû être retirées pour rétablir la circulation. Les données scientifiques montrent un recul du massif dunaire d’environ 1 m tous les cinq ans à l’anse du Guesclin. Selon les projections du Département d’Ille-et-Vilaine, cette dynamique rend la route intenable à moyen terme et conduit à sa fermeture programmée en 2035. Le projet ne se limite pas à la fermeture. Il vise la renaturation de dizaines d’hectares entre mer et marais, tout en maintenant des activités agricoles, l’accès à la plage et aux sentiers, grâce à des mobilités douces et collectives. La concertation a rassemblé plus de 410 contributions et une centaine de participants. Malgré les craintes liées aux déplacements et au tourisme, une majorité soutient la restauration écologique, d’autant que les enrochements existants se dégradent et n’offrent plus de protection durable. Des solutions transitoires sont testées. Des parkings rétrolittoraux reliés par pistes cyclables réduisent le stationnement anarchique. L’effacement progressif de la RD201 pourrait devenir un modèle breton d’adaptation anticipée des territoires côtiers. 

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