Quand les bars ferment. Érosion du lien social et progression de l'extrême-droite


Source
:  Hugo Subtil (2026). « Quand les bars-tabacs ferment : l’érosion du lien social local et la progression du vote d’extrême droite en France », Observatoire du bien-être, Centre pour la Recherche Économique et ses Applications (CEPREMAP).

Cette note analyse les conséquences politiques de l’érosion des lieux de sociabilité en France. Elle s’appuie sur l’étude de 18 000 fermetures de bars-tabacs entre 2002 et 2022, combinée aux résultats des élections législatives et présidentielles sur vingt-cinq ans. Les résultats montrent que la fermeture des bars-tabacs contribue à la progression du vote d’extrême droite, dans un contexte de transformations plus larges des conditions d’existence locales — indépendamment de l’immigration, du chômage ou d’autres indicateurs économiques. Les effets sont très faibles à court terme, mais augmentent fortement dans le temps. Symétriquement, l’ouverture de bars-tabacs est associée à une baisse du vote d’extrême droite, suggérant que ces dynamiques ne sont pas irréversibles. Aucune autre fermeture commerciale ne produit un effet comparable. La spécificité des bars-tabacs tient à leur fonction de lieu de socialisation : leur disparition est associée à une progression durable du vote RN. Les effets sont trois fois plus forts dans les communes rurales, où ces établissements constituent souvent le dernier lieu de sociabilité.

Une analyse complémentaire des discours parlementaires montre que, depuis 2012, le RN a acquis une position dominante dans le cadrage du déclin territorial. Il mobilise un langage symbolique et affectif, là où les autres partis privilégient un registre plus technique. Ces résultats révèlent un mécanisme distinct du déclin économique : l’érosion de l’infrastructure sociale qui rend la délibération possible. Lorsque les lieux de sociabilité disparaissent, la politique devient un face-à-face entre individus atomisés et récits médiatiques nationaux. Les discours offrant des réponses simples et une interprétation symbolique cohérente des transformations locales disposent alors d’un avantage structurel.

Le lien social comme infrastructure politique

La démocratie locale se construit dans les espaces où les citoyens se rencontrent et forment des opinions à partir d’interactions concrètes. Ces espaces — cafés, associations, équipements publics — constituent l’infrastructure sociale d’un territoire. Or, depuis plusieurs décennies, de nombreux territoires français connaissent une érosion continue de ces lieux de sociabilité, sous l’effet conjoint de la désertification commerciale et du retrait progressif de l’État. Cette érosion est particulièrement marquée pour les cafés et bistrots : de 200 000 établissements en 1960, la France n’en compte plus que 38 800 en 2023, soit une baisse de plus de 80 %. Entre 2013 et 2019, le nombre de petits commerces a diminué de 2 %4, tandis que de nombreux services publics — bureaux de poste, gares, Trésor Public, maternités — ont été transformés ou fortement rationalisés, en particulier dans les espaces ruraux et périurbains. Entre 2000 et 2018, le nombre de bureaux de poste de plein exercice a diminué de 30%, passant de 17 000 à 12 000.

Données et méthode

L’analyse présentée dans cette note repose sur une source de données originale : le registre administratif des terminaux de jeux de la Française des Jeux (groupe FDJ). Cette entreprise publique est implantée dans près de 12 000 communes ; ces quelque 30 000 points de vente (le nombre exact évolue en permanence), tous indépendants, forment l’un des premiers réseaux commerciaux de France métropolitaine. À titre de comparaison, le groupe La Poste comporte 12 000 points de présence postale en France, McDonald’s compte environ 1 500 restaurants. Il n’y a guère que la boulangerie qui, avec ses 39 000 points de vente en 2022, rivalise avec le maillage du réseau de détaillants partenaires FDJ.

Pour estimer le lien entre la disparition des bars-tabacs et l’évolution du vote d’extrême droite, l’analyse exploite la variation temporelle et géographique des fermetures d’établissements. La stratégie repose sur l’estimateur FEct (Liu, Wang et Xu, 2024), conçu pour les contextes d’adoption échelonnée. Plutôt que de comparer directement communes traitées et non-traitées, cette méthode construit pour chaque commune traitée un contre-factuel synthétique, à partir de sa trajectoire pré-traitement et d’une structure à facteurs latents qui capte les tendances non observées. Une commune est considérée comme « traitée » lorsqu’elle a perdu plus de 50 % de ses établissements initiaux. Des seuils alternatifs (25 %, 33 %, 75 %) produisent des effets proportionnels : plus la perte d’infrastructure sociale est importante, plus l’effet électoral est marqué.

Pour compléter

«  Municipales : une étude met en lien le vote pour l'extrême droite et la fermeture des bars-tabacs » (France Culture)

"C'est une institution typiquement française qui s'efface petit à petit, des petites comme des grandes communes, bars-tabacs ou débits de boisson. Ils étaient 200 000 en 1960, il en restait à peine 39 000 en 2023. Les Français fument moins en effet et d'autres tendances de consommation sont apparues. Les candidats en campagne à un mois et demi des municipales y vont traditionnellement rencontrer des électeurs. Reste que la disparition progressive de ces lieux emblématiques de socialisation où se croisent différentes classes sociales pose des questions éminemment politiques. C'est ce qui apparaît dans une étude publiée le 30 janvier 2026 par le CEPREMAP, le Centre pour la Recherche Économique et ses Applications. Elle établit un lien entre l'érosion du lien social local, dont les bars-tabacs sont l'émanation, et la progression du vote d'extrême droite".

«  On ne socialise pas de la même manière en ville ou à la campagne » (Slate).

Rapidement visible dans le paysage médiatique, l'ouvrage Ceux qui restent – Faire sa vie dans les campagnes en déclin du sociologue Benoît Coquard (chargé de recherche à l'INRA) a connu un succès assez rare pour une enquête au long cours, menée au sein de différents cantons de la région Grand Est. Il est vrai que l'actualité récente des « gilets jaunes » et l'omniprésence de l'expression – très contestée par les spécialistes des questions territoriales – de « France périphérique », chère à l'essayiste Christophe Guilluy, a offert un terreau favorable à l'intérêt des journalistes pour un tel sujet. Pour Benoît Coquard, « ceux qui restent » sont ceux (plutôt que celles, d'ailleurs) qui n'ont pas pu quitter leur territoire rural vers un eldorado étranger (la Suisse, notamment, aux salaires généreux) ou vers une grande ville, à la fois redoutée et admirée. Par manque de réussite scolaire, par manque de relations et de distinctions socio-économiques mais aussi, très souvent –et c'est tout l'intérêt de ce livre important– par choix et par volonté de rester soudé à un collectif amical (le plus souvent masculin) et territorial, identifié comme une fidélité aux trajectoires professionnelles (parfois survalorisées) de leurs parents, dont le statut d'ouvrier, d'agriculteur ou d'artisan constituent une fierté locale reconnue. Cette conscience politique du nécessaire repli sur un collectif marqué par un entre-soi volontaire est au cœur de la démonstration de Ceux qui restent et explique un glissement de ces classes populaires rurales vers ce que l'auteur appelle « une affinité politique et une assurance en temps de précarité» (d'ailleurs souvent mêlées de tensions amicales et de liens interclassistes), communauté caricaturée par les médias dans l'expression (choquante et insultante) de « petits Blancs ».

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Cartes et données sur les « déserts médicaux » en France

Typologie communale de l'accessibilité aux soins de premier recours en France (IRDES)

Cartographier les espaces ruraux en France

L'Insee propose un nouveau gradient de la ruralité (La France et ses territoires, édition 2021)

L'accès aux services publics dans les territoires ruraux : éléments de débat à partir d'un rapport de la Cour des Comptes


Le risque d'exposition aux vagues de chaleurs à l'horizon 2050 pour les habitants âgés (ClimAtlas Vulnérabilités)


ClimAtlas Vulnérabilités est un projet de visualisation de l’augmentation du risque de fortes chaleurs pour les personnes âgées en France. Réalisé dans le cadre de l'Hackathon Météo France 2025, le projet permet de repérer les territoires à risque thermique croissant, d’observer l’évolution de l’exposition et d’identifier les quartiers prioritaires où les politiques d’adaptation doivent être renforcées. La France connaît déjà une multiplication des épisodes de fortes chaleurs à travers son territoire. De plus, les projections climatiques régionales montrent que cette tendance va s’accentuer d’ici 2030, puis 2050, avec :

  • davantage de jours à plus de 35°C, dangereux pour la santé ;
  • des nuits tropicales (>20°C), empêchant la récupération physiologique ;
  • des vagues de chaleur de plus longue durée ;
  • une intensification du phénomène d’îlots de chaleur urbains dans les villes.

Ces épisodes affectent particulièrement les personnes vulnérables, et notamment les personnes âgées, en particulier lorsqu’elles vivent seules, en milieu urbain dense ou dans des zones précaires. La population française étant vieillissante, la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus sera nettement plus élevée en 2050, et leur répartition territoriale évoluera en profondeur selon les projections démographiques de l’INSEE. L’intersection entre une population plus âgée et une exposition croissante aux chaleurs extrêmes constitue donc un enjeu majeur de santé publique et d’aménagement du territoire.

Le risque d'exposition aux vagues de chaleurs à l'horizon 2050 pour les habitants âgés (source : ClimAtlas Vulnérabilités)

Accès à la carte complète ou à la carte allégée.

Voir le code source sur GitHub.

Dans le Midi, à Nîmes, Avignon ou Montpellier par exemple, cela pourrait aller jusqu'à 50 jours de vagues de chaleurs par an en 2050 (au lieu de 30 jours aujourd'hui).

Nombre de jours de vagues de chaleurs par an dans le Midi en 2050 (source : ClimAtlas Vulnérabilités)


A Lyon et dans d'autres grandes villes touchées par le phénomène d'ilot de chaleur urbain, c'est plus de 30 jours de canicule par an en moyenne à partir de 2050 selon les estimations.

Nombre de jours de vagues de chaleurs par an à Lyon en 2050 (source : ClimAtlas Vulnérabilités)

L'objectif est de fournir une plateforme simple, interactive et autoportante permettant de croiser données climatiques et données démographiques pour repérer les territoires — jusqu’à l’échelle des quartiers — où la vulnérabilité thermique des personnes âgées va le plus augmenter. L’outil vise ainsi à transmettre en quelques secondes une information précise, actionnable et territorialisée, utile aux collectivités, urbanistes, acteurs sanitaires et décideurs publics.

L'équipe qui a relevé ce défi est constituée de Pauline Allée (data/climat), Denis Vannier (cartographe), Antoine Roy (data scientist), Adrien Salem-Sermanet (data scientist), Marc Le Moing (data scientist).

La solution repose sur une application Streamlit composée d'une carte interactive permettant de naviguer dans le territoire à différentes échelles (commune / EPCI / département / région), d’afficher le croisement d’un indicateur représentatif de l’aléa de forte chaleur et de la démographie des populations âgées, à la fois pour aujourd’hui et à l’horizon 2050 (+2.7°C°), ainsi que d'une page de documentation intégrée, rendant la solution accessible et compréhensible sans expertise préalable.

Les fichiers de sortie utilisés pour la carte interactive sont disponibles au téléchargement au format geojson en version complète (200Mo) ou en version allégée (28Mo, limitée au secteurs comptant plus de 70 personnes de 65 ans et plus au km2 en 2050).

Pour compléter, le servieur web d'Eurostat fournit une carte des personnes de plus de 65 ans à l'échelle européenne (données de 2021).




Les ports du Havre, de Marseille et de Dunkerque face à la concurrence européenne


Source : Arnaud Serry, Ronan Kerbiriou (2025). « Les ports du Havre, de Marseille et de Dunkerque face à la concurrence européenne », The Conversation

Une étude menée de 2018 à 2022 sur les ports du Havre, de Marseille et de Dunkerque met en lumière leur performance face aux 49 principaux ports européens. À partir des données Automatic Identification System (AIS) et de la plateforme Port Performance de S&P Global, Arnaud Serry et Ronan Kerbiriou ont comparé les performances des trois principaux ports à conteneurs français – Haropa-Le Havre (Seine-Maritime), Marseille-Fos (Bouches-du-Rhône) et Dunkerque (Nord) – à celles des 49 ports européens ayant traité plus de 500 000 équivalents vingt pieds. S’ils affichent des indicateurs en deçà de leurs concurrents – taux de navires obligés de passer au mouillage, durée moyenne des escales ou taux moyen de manutention –, leur progression est bien réelle. Malgré des investissements et des atouts géographiques indéniables, les ports français présentent des performances en retrait par rapport à leurs grands concurrents européens. 

Trafic conteneurs en Europe en 2023 (source : Géodevport)


Arnaud Serry, Ronan Kerbiriou. L’arrière-pays des ports français : dynamiques et typologie en contexte européen. Flux - Cahiers scientifiques internationaux Réseaux et territoires, 2026, Pub. Anticipées (4) L21-XXIII. https://hal.science/hal-05442626v1

Cet article aborde la problématique des dynamiques et de la typologie de l’arrière-pays des ports français dans le cadre d’une concurrence européenne accrue. En examinant les transformations structurelles subies par le secteur maritime, il est souligné l’importance croissante de l’arrière-pays dans le développement économique des territoires portuaires. L’originalité de l’article réside dans la mobilisation de données douanières, qui permettent une analyse fine des flux de marchandises et dépassent les définitions traditionnelles de l’arrière-pays. En utilisant ces données, l’étude met en lumière la complexité des relations entre ports et hinterlands, révélant que les ports français, confrontés à une forte concurrence de ports européens tels qu’Anvers, peinent à maintenir leur part de marché. Les différentes analyses ont permis d’analyser les hinterlands des ports français à la fois à l’import et à l’export et également de les caractériser. Nous avons réalisé une typologie, présentée sur la carte, à l’échelle départementale, des hinterlands des ports français combinant les données en importations et en exportations.

Pour compléter

Classement des ports à conteneurs 1970-2025 (Géoconfluences)

Rotterdam est le seul port européen dans les 10 premiers ports mondiaux en 2025. Les ports français arrivent loin derrière (voir les différents classements sur le site Upply).


Les ports de commerce de métropole ont publié leurs trafics 2025, qui donnent une photo de leur activité. Le vrai sujet n’est pas seulement le trafic, mais la fonction industrielle. Entre 2018 et 2025, les ports français restent environ à –10 % par rapport à leur niveau d’avant-crise, tandis que les ports de la Northern Range sont quasiment revenus à l’équilibre (–0,7 %). L’écart est devenu structurel. 2022 marque le tournant (crise énergétique, guerre en Ukraine, reconfiguration des flux charbon, GNL et pétroliers). Des hubs comme Anvers-Bruges ou Rotterdam captent le rebond. Les ports français restent majoritairement des ports de desserte nationale. Les vracs solides ne disparaissent pas : ils deviennent des intrants industriels de la transition. La fin du charbon libère du foncier à Dunkerque, Marseille-Fos, ou Nantes-Saint-Nazaire (moins de tonnes, mais plus de valeur par m²). La Northern Range a déjà basculé : les flux sont liés à des aciéries vertes, chimie hydrogène, recyclage, ciment décarboné. Un nouveau modèle portuaire émerge. On ne mesure plus la performance en millions de tonnes de marchandises manutentionnées, mais en hectares industrialisés, en gigawatts installés et en tonnes transformées localement. La question n’est plus "combien de trafic" mais "quelles usines la transition va-t-elle installer sur nos ports" ? Les perspectives restent malgré tout moroses. L’annonce de tarifs douaniers prohibitifs par la Maison Blanche pourrait ralentir le trafic portuaire. Par ailleurs, le déploiement des nouvelles alliances maritimes et les stratégies des armateurs pourraient dynamiser des ports au détriment d’autres. Ainsi, Gemini (regroupant Mærsk et Hapag Lloyd) réactive la stratégie du hub and spokeDes ports comme Haropa deviennent ainsi des feeders par rapport à Rotterdam et Anvers  (source : sites officiels des ports, presse médias et analyse DSG Consultants).

GeoDevport, un atlas des ports en Europe et dans le monde

Le projet DEVPORT s'appuie au départ sur la constitution d'un Système d'Information Géographique dédié à l'Axe Seine. La cartothèque contient de nombreuses cartes des ports en Europe et dans le monde. DEVPORT réunit un réseau de chercheurs travaillant sur les problématiques maritimes et portuaires ainsi que sur les impacts terrestres de ces activités. Géodevport est l'outil de visualisation des données

Haropa Port qui réunit Le Havre, Rouen et Paris, fournit des données SIG en open data. Les directions territoriales du Havre et de Rouen ont développé leurs plateformes d’open data. Simple d’accès, chaque portail permet de consulter et de télécharger les données mises à disposition par les deux directions territoriales. Le site du port du Havre donne également des informations sur le trafic en temps réel.

Le Havre : le port du Grand Paris, un port de la Nothern Range européenne (Geoimage)

Situé sur la rive droite de l’extrémité de l’estuaire de la Seine, la ville du Havre se confond depuis sa création par François 1er avec son port. Second port français pour le trafic global derrière Marseille, Le Havre est le premier port pour le trafic des conteneurs (3,1 millions de boites en 2024) et le 5e de la Nothern Range qui se déploie du Havre à Hambourg. Compétitivité portuaire et recomposition d’un espace essentiellement industrialo-portuaire en sont donc les défis dans le contexte d’intégration du port du Havre dans un ensemble plus vaste, HAROPA (Le Havre-Rouen-Paris), qui consacre la vallée de la Seine en corridor logistique.

Lien ajouté le 7 février 2026

Premier corridor maritime écologique entre la France et la Chine (Seatrade).

Michele Labrut décrit la création du premier corridor maritime vert entre la France et la Chine. L’accord relie Haropa Port et le groupe portuaire du Zhejiang pour réduire les émissions du transport maritime sur un axe majeur du commerce mondial. Le projet s’inscrit dans des cadres internationaux précis. Il aligne le transport maritime sur la stratégie 2023 de l’Organisation maritime internationale visant la neutralité carbone vers 2050, ainsi que sur l’Accord de Paris et l’Agenda 2030. La Chine représente 30% du trafic conteneurisé d'Haropa Port, confirmant l’importance de cet axe transcontinental. Le port de Ningbo-Zhoushan, premier port mondial en tonnage et troisième en conteneurs, concentre à lui seul 22% de ces échanges entre la France et la Chine. Les partenaires prévoient des solutions techniques concrètes. Électricité à quai, électrification des terminaux, carburants alternatifs comme le GNL, le bio-GNL, l’ammoniac vert ou l’hydrogène doivent réduire l’empreinte carbone des escales. Ce corridor transforme un axe maritime en laboratoire de transition énergétique. Il montre comment ports, armateurs et experts techniques structurent une décarbonation progressive des flux mondiaux, sans rompre les échanges entre grandes façades portuaires. 

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Les déterminants environnementaux de la bronchiolite du nourrisson dans la métropole de Lyon


Chaque hiver, en France, près de 500 000 enfants de moins de 2 ans sont touchés par la bronchiolite du nourrisson et 30 000 d’entre eux subissent une hospitalisation. Cette incidence varie cependant énormément d’un bébé à l’autre, avec de fortes disparités géographiques. Pour la première fois, une étude, pilotée par une équipe pluridisciplinaire lyonnaise, en collaboration notamment avec l’université de Princeton (Etats-Unis), a analysé les déterminants urbains de ces particularismes territoriaux, en cartographiant les principaux facteurs de risque, quartier par quartier, dans les 58 communes de la métropole de Lyon. Publiée le 14 octobre 2025 dans la revue internationale BMC Public Health, l’étude confirme - c’est le premier enseignement - des inégalités territoriales marquées : les communes du Sud-Est de la métropole (Vénissieux, Bron, Feyzin, Saint-Fons) présentent un taux d’hospitalisation nettement supérieur à celui des quartiers du Nord-Ouest (Écully, Caluire, Tassin).

Incidence cumulée des infections respiratoires aiguës sévères à virus respiratoire syncytial chez les
enfants de moins de 2 ans, par commune de la métropole lyonnaise (source : teamHCL)

Pour expliquer ces différences spatiales les chercheurs ont exploré différents facteurs environnementaux (humidité relative, température de l’air, pollutions par particules et à l’ozone, densité urbaine, surpeuplement, couverture végétale, revenu médian, etc.). Quinze, au total, ont été pris en compte et quatre ressortent plus nettement pour expliquer les différences d’incidence d’hospitalisation observées - c’est le second enseignement de l’étude :
  1. Le niveau socio-économique. Une corrélation linéaire forte a été observée entre le revenu médian (du code postal de résidence) et le risque d’hospitalisation. Plusieurs éléments peuvent l’expliquer, même si ce n’était pas l’objet de l’étude, comme une exposition plus forte à la fumée de tabac, un nombre de contacts plus importants des nourrissons en lien avec le mode de garde, ou encore l’accès des parents au système de santé ».
  2. Le logement surpeuplé ("crowding"). Les foyers sur-occupés (comptant moins de pièces que le nombre de pièces théoriquement nécessaires) présentent un risque accru, en raison de contacts inter-enfants plus fréquents, favorisant la transmission.
  3. Les conditions climatiques. Une corrélation été observée entre la température de l’air et le risque d’hospitalisation. Le bâti urbain, la présence de parcs et d’eau modifient la température de l’air (comme dans le cas des ilots de chaleur). Les écarts de température et d’humidité, parfois importants au sein d’une métropole, pourraient influencer la susceptibilité aux infections et la transmission du VRS.
  4. La pollution atmosphérique. Une corrélation forte été observée entre le taux de PM10 (particules d’un diamètre inférieur à 10 μm) et le risque d’hospitalisation. Cette pollution atmosphérique, plus forte dans les centres-villes, les zones densément urbanisées ou industrialisées, accroît la sévérité des symptômes de la bronchiolite et le risque d’hospitalisation.
A terme, l’équipe lyonnaise espère également pouvoir dupliquer son étude dans d’autres villes françaises et européennes. Les données recueillies permettraient ainsi de développer et valider des modèles prédictifs capables d’identifier les zones à risque au sein d’un territoire urbain à partir des données de télédétection satellitaire, ouvrant la voie à une santé publique de précision, capable d’anticiper les vulnérabilités locales et d’y répondre par des actions ciblées, tant sur le plan médical qu’urbanistique.

Article scientifique

Jaakkola, K., Renard, F., Roy, A. et al. (2025). « Urban environment and RSV : a retrospective observational study of neighbourhood factors associated with the risk of severe disease in the infant population of a metropolitan area, Lyon, France » [Environnement urbain et VRS : étude observationnelle rétrospective des facteurs de voisinage associés au risque de forme grave de la maladie chez les nourrissons dans la métropole de Lyon]. BMC Public Health 25, 3481, https://doi.org/10.1186/s12889-025-24718-5

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Cartographier en dehors des lignes (Exposition de la bibliothèque Newberry)


Source :  « Mapping Outside the Lines ». Exposition de la bibliothèque Newberry de Chicago (9 octobre 2025 - 14 février 2026), https://www.newberry.org/calendar/mapping-outside-the-lines


« On peut faire une carte sans ombres ni couleurs, mais pas sans lignes. » (Erwin Raisz, Principes de cartographie, 1962)

Les lignes sont fondamentales à la communication cartographique. Elles vous guident vers un nouveau restaurant, vous indiquent la hauteur d'une montagne ou vous mettent en garde contre les risques de vous égarer. Parfois elles racontent même l'histoire de la carte. Au fil des siècles, les cartographes ont développé (et abandonné) une incroyable variété de façons d'utiliser les lignes pour donner vie à notre monde. Cette exposition, proposée par la bibliothèque Newberry de Chicago, explore l'utilisation des lignes sur les cartes, à travers des exemples allant des manuels scolaires les plus ordinaires à des oeuvres artistiques d'avant-garde. Par leurs lignes, les cartes justifient leur vision du monde, tout en révélant des perspectives ni neutres ni universelles.

« Les règles d'une carte sont faites pour être transgressées. »

Découvrez comment les lignes définissent – et parfois subvertissent – les règles qui rendent les cartes lisibles. Chaque section de l'exposition explore un type fondamental de ligne sur les cartes, tel qu'il s'est développé en Europe et en Amérique. Tout au long de cette exposition, on peut découvrir des artistes qui manipulent, déforment, voire détruisent des cartes. Pour Michael Wynne, les lignes cartographiques constituent un outil puissant lui permettant d'associer des éléments typiques des cartes, tels que les frontières et les côtes, à des insertions inattendues, comme des corps et du sang. En dessinant et en peignant sur les pages d'un atlas national, Wynne relie différents types de lignes – dessin d'un corps, lignes de sang, lignes de texte, lignes de chemin de fer – pour méditer sur l'identité, le nationalisme et la sexualité. À l'instar de nombreux artistes de cette exposition, Wynne modifie et remplace des parties de la carte pour la critiquer et la remettre en question.

La bibliothèque Newberry met ses collections à disposition pour toute utilisation légale, commerciale ou non commerciale, sans frais de licence ni d'autorisation pour la bibliothèque.

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Bouger les lignes de la carte. Une exposition du Leventhal Map & Education Center de Boston

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L'exposition Mapping out : quand les artistes s'emparent de l'imaginaire des cartes



La nature dans le rouge – Alimenter l’économie de transition vers des solutions fondées sur la nature


Source : « La nature dans le rouge – Alimenter l’économie de transition vers la nature ». Rapport du PNUE 2026 sur l'état des finances pour la nature, https://wedocs.unep.org/items/a4a8edaa-3896-4811-b527-1583dfce7201

« Pour chaque dollar investi dans la protection de la nature, 30 dollars sont dépensés pour la détruire ».

Le rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) intitulé « État des finances pour la nature 2026 : la nature dans le rouge » analyse les flux financiers mondiaux vers les solutions fondées sur la nature. Il révèle que nous sommes loin d'avoir suffisamment investi dans la nature pour lutter contre le changement climatique, la perte de biodiversité et la dégradation des écosystèmes. Cette quatrième édition s'appuie sur des méthodes éprouvées. Elle utilise des données améliorées et des méthodes plus robustes pour suivre les flux financiers liés aux solutions fondées sur la nature en 2023, les besoins et les opportunités d'investissement dans ce domaine jusqu'en 2030 et 2050, ainsi que la finance à impact environnemental négatif. 

Pour chaque dollar investi dans la protection de la nature, 30 dollars sont dépensés pour la détruire. En 2023, 7 300 milliards de dollars ont été injectés dans des activités néfastes pour l’environnement, allant des subventions aux énergies fossiles aux investissements dans des secteurs à fort impact comme les services publics et l’énergie. Parallèlement, seuls 220 milliards de dollars ont été consacrés aux solutions fondées sur la nature, dont seulement 23 milliards provenaient du financement privé. Pour atteindre les objectifs mondiaux en matière de biodiversité, de climat et de restauration des terres, les investissements dans les solutions fondées sur la nature doivent être multipliés par 2,5 pour atteindre 571 milliards de dollars américains par an d’ici 2030, soit l’équivalent de seulement 0,5 % du PIB mondial. 

Ce rapport présente la courbe en X de la transition vers la nature, un cadre pratique destiné à guider les gouvernements et les entreprises dans la suppression progressive des subventions néfastes et des investissements destructeurs, tout en généralisant les solutions fondées sur la nature (SFN) de haute qualité et dans tous les secteurs économiques. Il démontre comment la réorientation, même partielle, des flux néfastes existants pourrait combler le déficit de financement et libérer le potentiel d'une économie de transition vers la nature d'un billion de dollars. 

La courbe en X de la transition vers la nature, un cadre pratique pour la transition vers une société respectueuse de la nature (Rapport du PNUE, 2026)

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Un monde en pénurie d'eau. Vivre au-delà de nos moyens hydrologiques à l’ère post-crise (rapport de l'ONU)

La moitié des pays du monde ont des systèmes d'eau douce dégradés (ONU-PNUE)

Cartographie des rejets de PFAS par les installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE)

Méthode d’estimation de l’accès aux aménités environnementales en milieu urbain


Méthode d’estimation de l’accès aux aménités environnementales en milieu urbain


Source
: S. Colin, I. Delhomme, M. Kraszewski, Ch. Manceau (2026). Méthode d’estimation de l’accès aux aménités environnementales en milieu urbain, Documents de travail, n° 2026-02 – Janvier 2026, https://www.insee.fr/fr/statistiques/8727452

Quatre chercheuses présentent une méthode pour mesurer l’accès aux espaces verts en ville. Leurs travaux montrent que l’accès aux aménités environnementales est un enjeu important pour des villes durables et socialement plus justes. En France, 4 habitants sur 5 vivent en ville, dont la moitié dans de grands pôles urbains denses. Selon l’Organisation mondiale de la santé, les espaces verts améliorent la santé, le bien-être et la qualité de vie urbaine. La méthode développée par l’Insee et le SDES combine les données de la BD TOPO de l’IGN et d’OpenStreetMap pour cartographier précisément les espaces verts d’intérêt. L’accès est mesuré à pied en deux étapes : d'abord une zone autour de chaque espace vert, puis le comptage des habitants dans cette zone grâce à des carreaux statistiques de 200 m de côté, par intersection de surfaces. Cette approche révèle des inégalités d’accès selon les quartiers. Elle fournit aux décideurs un outil robuste pour comparer les villes, cibler les manques en aménités et orienter les politiques urbaines vers plus d’équité spatiale. 

Zones d’accès à 300, 600 et 900 mètres du grand centre urbain de Belfort (source : Colin & al., 2025)

Il est possible de définir une zone d’accès à 300 mètres et à 900 mètres des espaces verts d’un grand centre urbain, soit la zone d’accès à 5 et 15 minutes. Cependant, marcher 15 minutes pour atteindre un espace vert de petite taille est peu vraisemblable. Une distinction est donc effectuée entre les petits parcs et jardins (moins de 1 ha), les grands parcs (1 à 10 ha) et les plus grands espaces (supérieurs à 10 ha). Par hypothèse, il est considéré comme acceptable de se déplacer 5 minutes pour atteindre n’importe quel type d’espace vert, 10 minutes pour des espaces verts d’au moins 1 ha, et 15 minutes pour les grands espaces verts de plus de 10 ha. La zone d’accès à 600 mètres - un seuil de distance intermédiaire - aux espaces verts est la zone d’accès à 300 mètres autour de tous les parcs, à laquelle est rajoutée la zone d’accès à 600 mètres des parcs de plus grande taille. Autrement dit, la zone d’accès à 300 mètres est enrichie de quelques zones autour des espaces verts suffisamment grands. Itérativement, la zone d’accès à 900 mètres aux espaces verts dans une ville reprend la zone d’accès à 600 mètres, à laquelle est ajoutée la zone de 900 mètres des plus grands parcs. 

Pour compléter

S. Colin, I. Delhomme, , Ch. Manceau, M. Kraszewski, C. Jamet (2025). « Un accès inégal aux espaces verts dans les grands centres urbains »https://www.insee.fr/fr/statistiques/8558420

Les espaces verts publics, tels que les parcs, jardins et forêts, jouent un rôle essentiel dans le cadre de vie des citadins, en offrant des lieux de détente et de loisir au cœur des villes. Pourtant, au sein des grands centres urbains, un habitant sur deux n’a pas accès à un espace vert public à moins de cinq minutes de marche de son domicile. Cet accès est fortement influencé par la morphologie du territoire. En effet, la couverture et la disponibilité des espaces verts varient selon l’aménagement urbain, les spécificités géographiques et la densité de population. Ainsi, la part de forêts publiques tend à diminuer à mesure que la population et la densité augmentent, alors que les villes plus densément peuplées concentrent davantage de parcs et jardins, généralement plus accessibles à pied. Les aménités environnementales recouvrent l’ensemble des éléments du paysage ou du milieu, perçus comme naturels et exerçant une attractivité touristique ou résidentielle. Le sens peut en être étendu aux aménagements destinés à faciliter l’accès à ces éléments. La disponibilité potentielle, exprimée en m² d’espace vert par habitant, évalue l’adéquation entre la surface végétale d’un territoire et la population susceptible de bénéficier de cet espace (toutes distances confondues). Cette analyse couvre les 72 grands centres urbains de France métropolitaine, soit 770 communes et 26 millions d’habitants, classés en fonction de leur population et de leur densité (inférieure ou supérieure à 1 500 hab/km2) pour faciliter les comparaisons.

Calcul de l’accès aux espaces verts selon la distance : exemple de Besançon (source : Colin & al., 2025)

« Accessibilité des espaces naturels – Enjeux, méthodes et solutions techniques » (Ministère de l'Ecologie).

Dans un contexte où la nature devient un refuge essentiel face à l’intensité de la vie urbaine, garantir à chacun l’accès aux espaces naturels constitue un enjeu sociétal majeur. Offrir à tous, y compris aux personnes en situation de handicap, la possibilité de profiter de ces lieux de détente, de sport et de découverte, tout en préservant leur richesse écologique, relève d’une démarche d’intérêt général. C’est en conciliant accessibilité, qualité d’accueil et respect des écosystèmes que nous pouvons faire des milieux naturels des espaces véritablement partagés, inclusifs et durables.

« Accessibilité des espaces naturels – Enjeux, méthodes et solutions techniques » (Fiche Sentiers nature n°2  du Cerema).
Les espaces naturels restent, pour leur grande majorité, très difficilement accessibles aux personnes à mobilité réduite (PMR). Cela s’explique par les coûts des aménagements, mais aussi par le manque de ressources  en matière d’aménagements spécifiques adaptés à ces besoins. Rendre ces milieux naturels accessibles à tous pose un défi supplémentaire : préserver leur intégrité écologique dans un contexte où ces écosystèmes sont déjà fragilisés.

Lien ajouté le 31 janvier 2026

Mihai Tivadar et Yves Schaeffer, « Segregation and environmental inequalities in French cities », Belgeo, 4 | 2025, http://journals.openedition.org/belgeo/82933

La dimension spatiale des inégalités environnementales dans les villes est étroitement liée à la répartition spatiale inégale des groupes sociaux dans l’espace. Schaeffer et Tivadar (2019) ont adapté les mesures de ségrégation résidentielle pour évaluer les inégalités environnementales urbaines. Conformément à ce cadre, cet article examine les inégalités basées sur la ségrégation dans les villes françaises, en se concentrant sur l’exposition inégale au couvert végétal (une aménité majeure) et aux sites industriels dangereux (une nuisance majeure). Il montre que les schémas de ségrégation sont tels que les groupes les plus vulnérables - les travailleurs à faibles revenus, les femmes, les personnes âgées, les familles monoparentales - sont également les plus désavantagés à cet égard.

Dans cet article, les auteurs mesurent les inégalités environnementales dans les 97 plus grandes villes de France métropolitaine (plus de 100 000 habitants, en se concentrant sur l’exposition inégale à la canopée arborée (un atout majeur) et aux installations industrielles dangereuses (une nuisance majeure). L'objectif est de vérifier si les schémas de ségrégation urbaine sont tels que les groupes les plus vulnérables ou opprimés – travailleurs à faibles revenus, femmes, familles monoparentales, personnes âgées – sont aussi les plus défavorisés sur le plan environnemental. Dans un article précédent, Schaeffer et Tivadar (2019) ont proposé deux mesures d'inégalité environnementale fondées sur la ségrégation : l'indice d'écart de dissimilarité environnementale (ΔED ) pour les données environnementales à l'échelle spatiale et l'indice de centralisation environnementale (EC) pour les données environnementales multipoints. Ils ont appliqué cette approche à l'agglomération de Grenoble, en France, et ont mis en évidence une répartition statistiquement significative et inégale des risques liés à la végétation et aux activités industrielles entre les ménages pauvres et non pauvres. En s'appuyant sur ces travaux, les auteurs élargissent considérablement le champ d'étude aux villes françaises afin de permettre des comparaisons interurbaines à l'échelle nationale, et nous prenons en compte les multiples facettes de l'injustice, au-delà des inégalités de revenus.

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Itinéraires piétons et aménités urbaines à Boston. Le projet Desirable Streets du MIT

Vers une loi universelle des mobilités urbaines ? (Senseable City Lab - MIT)

Guide visuel des bases militaires étrangères par pays (World beyond War)


World beyond War est une organisation à but non lucratif présente dans le monde entier. Elle utilise l'éducation, le militantisme et les médias pour « promouvoir la fin de toutes les guerres et l'instauration d'une paix durable ». Fondée en 2014, l'organisation publie régulièrement des rapports et conduit des actions en faveur de la paix. Parmi les ressources mises à disposition, figure un Guide visuel des bases militaires étrangères. Pour World beyond War, « mettre fin à toutes les guerres implique la fermeture de toutes les bases militaires à l'étranger ».

De nombreux pays exploitent des bases militaires à l'étranger. Les États-Unis en possèdent de loin le plus grand nombre, avec 877 bases à travers le monde. Mais au moins 18 autres nations exploitent également des bases militaires à l'étranger, chacune d'entre elles augmentant le risque de guerre. Certaines de ces installations sont situées sur des terres occupées comme butin de guerre. La plupart sont entretenues grâce à des collaborations avec des gouvernements, dont beaucoup sont des régimes brutaux et oppressifs qui tirent profit de la présence de ces bases. Dans de nombreux cas, des populations ont été déplacées pour faire place à ces installations militaires, ce qui a souvent entraîné la perte de leurs terres agricoles, une pollution massive des ressources en eau et de l'air, et une présence jugée indésirable.

Par base militaire étrangère, il convient d'entendre « toute installation, infrastructure ou site situé hors du pays d'exploitation et financé, exploité, loué ou utilisé temporairement par ce pays ». Ces bases accueillent du personnel militaire, des systèmes d'armes et/ou une infrastructure logistique, et remplissent diverses fonctions telles que l'entraînement, le recueil de renseignements, la planification opérationnelle, le commandement et le contrôle, les tâches administratives et/ou le stockage d'armements. Quelle que soit leur taille ou leur durée, ces bases contribuent intrinsèquement à des objectifs militaires pouvant inclure la préparation ou la facilitation d'interventions ou de conflits armés.


Le Guide visuel des bases militaires étrangères permet, à partir d'une carte interactive, d'explorer chaque base militaire répertoriée dans son contexte géographique. La recherche peut s'effectuer en sélectionnant par pays d'origine, pays hôte, date d'ouverture, nombre de personnes, superficie, présence d'armes nucléaires, de drones et bases de l'OTAN. Il est possible d'accéder à la carte des bases militaires par pays : 

Une liste récapitule l'ensemble des 1 257 bases actives répertoriées dans 136 pays. Cette base de données visuelle a été conçue et développée par World beyond War afin d'aider les journalistes, les militants, les chercheurs et le grand public à « appréhender l'immense problème des préparatifs de guerre excessifs, qui mènent inévitablement à l'intimidation internationale, à l'ingérence, aux menaces, à l'escalade et aux atrocités de masse. En illustrant l'ampleur de l'expansion des bases militaires à travers le monde et en soulignant l'asymétrie du nombre de bases américaines, l'organisation espère sensibiliser le public à ce problème plus vaste ». 

World beyond War a publié en 2025 un rapport selon lequel « ces bases ne reposent sur aucun fondement ». L'organisation anti-guerre et pro-paix propose en outre une cartographie du militarisme mettant en évidence :

  • toutes les bases américaines dans le monde
  • les pays avec présence de troupes américaines
  • les membres de l'OTAN et leurs partenaires
  • les interventions des États-Unis depuis 1945
  • Les sanctions appliquées par les États-Unis


Pour compléter 

« 37 organisations disposant de bases de données publiques sur le militarisme et le commerce des armes » (Everyday Peace Building).

« Bases militaires à l'étranger pour huit grandes puissances (Chine, États-Unis, Royaume-Uni, Russie, Japon, Inde, Émirats arabes unis et France) jusqu'en novembre 2020 ». Base de données à télécharger avec les coordonnées géographiques (University of Hong-Kong).

« Bases militaires aux États-Unis avec leur emprise spatiale en 2022 » (Census Bureau).

« Toutes les bases militaires américaines connues à l’étranger » (Visual Capitalist).

« Carte animée de l'implantation des bases militaires américaines de 1945 à 2020 » (MapPorn).

« L’empreinte militaire américaine sur le continent européen » (Revue Conflits).

« Pays européens qui accueillent des bases militaires américaines » (Brilliant Maps).

« Pourquoi Trump n’a pas besoin de « posséder » le Groenland pour y placer des installations militaires »  (Le Monde). vidéo « Le Monde » a localisé plusieurs dizaines d’installations militaires américaines déployées depuis la seconde guerre mondiale au Groenland, pour se protéger contre d’éventuelles agressions. Les Etats-Unis ont toujours de grandes marges de manœuvre pour se déployer sur l’île. 

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Rapport 2024 sur la paix dans le monde (Institut pour l’économie et la paix)

Les dépenses militaires dans le monde à partir des données du SIPRI

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La géographie et les cartes : des outils pour faire la guerre ? (France Culture)

Un atlas sémantique de Manhattan ou l'espace urbain vu par l'IA (Searchable City)


Searchable City propose une exploration visuelle de Manhattan (New York) à travers des images Street View prises au niveau des rues. Le site permet de découvrir des objets urbains, des styles architecturaux et des textures urbaines grâce à une recherche sémantique basée sur l'IA. Il s'agit du premier atlas sémantique à vocabulaire ouvert de la ville de New York. L'auteur, Sean Hardesty Lewis, a traité des centaines de milliers d'images des rues de Manhattan à l'aide d'un modèle de langage visuel (VLM). Au lieu de demander des coordonnées au modèle, il lui a demandé de décrire ce qu'il voyait.

Le premier atlas sémantique à vocabulaire ouvert de la ville de New York

Les cartes sont aveugles

Les cartes traditionnelles représentent la ville comme un simple plan. Elles indiquent les rues, les îlots et les limites des propriétés. Or, une ville se définit par ses différentes strates, et pas seulement par son agencement. En appliquant la vision par ordinateur à l'imagerie au niveau de la rue, l'objectif est de décoder efficacement les systèmes invisibles qui font fonctionner New York. La ville n'est pas qu'un simple quadrillage d'adresses. C'est un flux dense et complexe d'informations visuelles, et pour la première fois, nous avons la puissance de traitement nécessaire pour le lire. 

En transformant le bruit visuel de la rue en données structurées, on peut suivre des phénomènes auparavant impossibles à quantifier. On peut percevoir la densité culturelle, les vecteurs de la gentrification et l'empreinte physique de l'économie. On passe d'une cartographie des lieux à une cartographie du sens. Cependant, cette approche présente des limites intrinsèques. Elle est soumise aux mêmes lois physiques que l'œil humain. Une borne d'incendie peut disparaître derrière un camion de livraison stationné en double file. L'entrée d'un sous-sol peut se fondre dans l'obscurité. Une rampe d'accès pour piéton peut être présente, et pourtant invisible, si le cadre la capture sous un mauvais angle.

L'infrastructure de la vie quotidienne et ses angles morts

Il y a les angles morts structurels : ce que la caméra ne voit jamais. Les cours intérieures. Les halls d’entrée. Les toits. La ville privée derrière le mur de la rue. Street View n’est pas « la ville ». C’est un passage précis, depuis une hauteur précise, un jour précis, le long d’itinéraires qu’une plateforme a choisi de parcourir et de mettre à jour. Contrairement aux données de terrain fournies par la ville, un index visuel est influencé par son point de vue. Il ne voit que ce que voit la voiture de surveillance de Google Street View : ni plus, ni moins. Ces cartes sous forme de heatmaps représentent des probabilités, non des faits absolus. L'absence d'une étiquette ne signifie pas qu'un objet est manquant. En réalité, les zones vides sur la carte révèlent souvent davantage les limites de la collecte de données que la ville elle-même.

La ville vue par l'IA

Imaginez une ville où vous pouvez faire des recherches avec Ctrl+F. L'auteur propose plus de 3 000 étiquettes descriptives. Il ne s'agit pas d'une liste d'adresses : c'est une surface vivante que l'on peut interroger. Recherchez par exemple : « échafaudage », « ombre », « risque d'inondation », « magasin fermé », « marches où les gens s'assoient ». On se dirige vers une réalité continue et consultable. Avec la multiplication des caméras et la réduction des cycles de rafraîchissement, la carte cesse d'être un document figé et devient une question que l'on peut poser à tout moment. L'interface est simple – une barre de recherche – mais le résultat est inédit : une ville organisée par le sens plutôt que par les coordonnées. Voilà ce que permet la cartographie sémantique à vocabulaire ouvert. Non seulement la navigation, mais aussi la perception à grande échelle : la capacité de voir comment la ville change comme si l’on se trouvait à chaque coin de rue simultanément.

Avec le mot-clé "Chinese", l'application parvient à délimiter Chinatown sans connaître le moindre code postal (Searchable City)


En cliquant sur la heatmap, on accède à chaque image StreetView au niveau de la rue, ici par exemple les rues avec des graffitis (Searchable City)


L'auteur du site

L'auteur, Sean Hardesty Lewis, est étudiant en master au sein du pôle technologique urbain de Cornell Tech. Il développe des modèles du monde qui relient la perception à la planification, permettant ainsi un raisonnement hypothétique et une prise de décision fiable pour les systèmes autonomes et les décideurs humains. Ses travaux font progresser la planification basée sur des modèles, la simulation générative et l'aide à la décision tenant compte de l'incertitude. L'objectif est de développer des méthodes transposables à des environnements riches en capteurs et simulés, tels que les villes, les infrastructures, les environnements numériques et les tâches multi-agents. L'auteur souhaite pouvoir mettre à disposition des outils, des jeux de données et des évaluations afin d'accélérer leur adoption et leur reproductibilité.
Pour compléter

Un ingénieur de Google Andy Coenen présente une carte 3D artistique de New York. La carte a a générée à partir des vues orthographiques de New York de Google Maps. L'auteur a affiné un modèle Qwen/Image-Edit pour transformer ces vues en illustrations faon SimCity, puis a répété le processus pour des milliers de tuiles afin de créer une immense carte axonométrique de la ville. Les outils d'IA Gemini 3 et Claude Opus 4.5 ont été utilisés pour conduire les différentes étapes du projet. Cette esthétique vidéoludique met en valeur la puissance des outils numériques pour représenter un territoire métropolitain complexe. La modélisation restitue avec précision le bâti et les volumes urbains. Gratte-ciel, quartiers résidentiels, parcs et infrastructures sont lisibles. Mais la ville apparaît vidée de ses usages. Peu de voitures, aucun déchet, pas de foule. L’espace urbain est réduit à sa seule forme matérielle. Explorez la carte : https://cannoneyed.com/isometric-nyc/

New York en vue isométrique façon SimCity (source : cannoneyed.com)


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Un monde en pénurie d'eau. Vivre au-delà de nos moyens hydrologiques à l’ère post-crise (rapport de l'ONU)


Source
: Madani, K. (2026). « Global Water Bankruptcy : Living Beyond Our Hydrological Means in the Post-Crisis Era » [Faillite mondiale en matière d’eau : vivre au-delà de nos moyens hydrologiques à l’ère post-crise ]. United Nations University Institute for Water, Environment and Health (UNU-INWEH), Richmond Hill, Ontario, Canada. https://unu.edu/inweh/collection/global-water-bankruptcy

Publié à l’occasion du 30e anniversaire de l’UNU-INWEH et en amont de la Conférence des Nations Unies sur l’eau de 2026, ce rapport phare, intitulé « Faillite mondiale de l’eau : Vivre au-delà de nos moyens hydrologiques à l’ère post-crise » , affirme que le monde est entré dans une nouvelle phase : de plus en plus de bassins fluviaux et d’aquifères perdent la capacité de retrouver leur « normalité » historique. Les sécheresses, les pénuries et les épisodes de pollution qui apparaissaient autrefois comme des chocs temporaires deviennent chroniques dans de nombreux endroits, signalant une situation post-crise que le rapport qualifie de faillite de l’eau. Le rapport plaide pour un changement fondamental dans la gestion mondiale de l'eau : passer d'une réaction répétée aux urgences à une « gestion de la faillite ». Cela implique de lutter contre les dépassements de ressources en eau grâce à une comptabilité transparente, des limites applicables et la protection du capital naturel lié à l'eau qui produit et stocke l'eau (aquifères, zones humides, sols, rivières et glaciers), tout en veillant à ce que les transitions soient explicitement axées sur l'équité et protègent les communautés et les moyens de subsistance vulnérables. Surtout, le rapport présente l'eau non seulement comme une source de risques croissants, mais aussi comme une opportunité stratégique dans un monde fragmenté. Il affirme qu'un investissement conséquent dans l'eau peut engendrer des progrès dans les domaines du climat, de la biodiversité, des terres, de l'alimentation et de la santé, et servir de plateforme concrète de coopération au sein des sociétés et entre elles. Agir rapidement, avant que les tensions ne se transforment en pertes irréversibles, permet de réduire les risques partagés, de renforcer la résilience et de rétablir la confiance grâce à des résultats tangibles. 

Lire le communiqué de presse

Télécharger le rapport en pdf

La « faillite hydrique » n'est pas qu'une métaphore pour désigner un déficit en eau. Il s'agit d'une situation chronique qui se développe lorsqu'un lieu consomme plus d'eau que la nature ne peut en remplacer de manière fiable, et lorsque les dommages causés aux infrastructures naturelles qui stockent et filtrent cette eau, comme les aquifères et les zones humides, deviennent difficiles à réparer. Le rapport de l'ONU définit formellement la faillite de l'eau comme :

  • le prélèvement excessif et persistant des eaux de surface et souterraines par rapport aux apports renouvelables et aux niveaux de prélèvement acceptables ; 
  • la perte irréversible ou excessivement coûteuse de capital naturel lié à l'eau qui en résulte.

En revanche :

  • Le « stress hydrique » traduit une pression élevée qui reste réversible.
  • La « crise de l’eau » décrit des chocs aigus qui peuvent être surmontés.

Bien que tous les bassins et tous les pays ne soient pas en situation de pénurie d'eau, explique Kaveh Madani (Directeur de l'Institut pour l'eau, l'environnement et la santé, Université des Nations Unies), « un nombre suffisant de systèmes critiques à travers le monde ont franchi ces seuils critiques. Ces systèmes sont interconnectés par le commerce, les migrations, les rétroactions climatiques et les dépendances géopolitiques, de sorte que le paysage des risques mondiaux est désormais fondamentalement modifié. »

Un monde dans le rouge

S’appuyant sur des ensembles de données mondiaux et des preuves scientifiques récentes, le rapport présente un aperçu statistique saisissant des tendances, dont l’immense majorité est due à l’activité humaine :

  • 50 % : part des grands lacs qui ont perdu de l’eau dans le monde depuis le début des années 1990 (dont 25 % de l’humanité dépend directement).
  • 50 % : part de l'eau domestique mondiale qui provient aujourd'hui des eaux souterraines
  • Plus de 40 % : part d'eau d'irrigation prélevée dans des aquifères en cours d'exploitation
  • 70 % : part des principaux aquifères en déclin à long terme
  • 410 millions d'hectares : superficie des zones humides naturelles – presque équivalente à celle de l'Union européenne entière – disparue au cours des cinq dernières décennies
  • Plus de 30 % : part de la masse glaciaire mondiale a diminué dans plusieurs régions depuis 1970, et l'on prévoit que des chaînes de montagnes entières des basses et moyennes latitudes perdront complètement leurs glaciers fonctionnels d'ici quelques décennies.
  • Des dizaines : nombre de grands fleuves qui ne se jettent plus dans la mer pendant certaines périodes de l'année
  • Plus de 50 ans : période depuis laquelle de nombreux bassins fluviaux et aquifères sont en déficit
  • 100 millions d'hectares : surface de terres cultivées endommagées par la seule salinisation

Et les conséquences humaines :

  • 75 % : part de l’humanité vivant dans des pays classés comme étant en situation d’insécurité hydrique ou d’insécurité hydrique critique
  • 2 milliards : nombre de personnes vivant sur des sols qui s'affaissent.
  • 25 cm : baisse annuelle constatée dans certaines villes
  • 4 milliards : nombre de personnes confrontées à une grave pénurie d'eau au moins un mois par an
  • 170 millions d'hectares : surface de terres cultivées irriguées soumises à un stress hydrique élevé ou très élevé – soit l'équivalent des superficies cumulées de la France, de l'Espagne, de l'Allemagne et de l'Italie.

Augmentation des conflits liés à l'eau dans le monde. Graphique réalisé à partir des données de la
Water Conflict Chronology du Pacific Institute

Un appel à redéfinir l'agenda mondial de l'eau

Le rapport avertit que le programme mondial actuel sur l'eau – axé principalement sur l'eau potable, l'assainissement et l'amélioration progressive de l'efficacité – n'est plus adapté aux besoins dans de nombreux endroits et appelle à un nouveau programme mondial sur l'eau qui puisse :

  • Reconnaître officiellement l'état de faillite de l'eau
  • Reconnaître que l'eau est à la fois une contrainte et une opportunité pour respecter les engagements en matière de climat, de biodiversité et de gestion des terres
  • Mettre en avant les questions liées à l'eau dans les négociations sur le climat, la biodiversité et la désertification, le financement du développement et les processus de consolidation de la paix.
  • Intègrer la surveillance de la pénurie d'eau dans les cadres mondiaux, en utilisant l'observation de la Terre, l'IA et la modélisation intégrée.
  • Utiliser l'eau comme catalyseur pour accélérer la coopération entre les États membres de l'ONU

Concrètement, la gestion de la pénurie d'eau exige que les gouvernements se concentrent sur les priorités suivantes :

  • Prévenir d'autres dommages irréversibles tels que la disparition des zones humides, l'épuisement destructeur des eaux souterraines et la pollution incontrôlée
  • Rééquilibrer les droits, les revendications et les attentes pour correspondre à la capacité de charge dégradée
  • Soutenir des transitions justes pour les communautés dont les moyens de subsistance doivent changer.
  • Transformer les secteurs à forte consommation d'eau, notamment l'agriculture et l'industrie, grâce à la diversification des cultures, à des réformes de l'irrigation et à des systèmes urbains plus efficaces.
  • Mettre en place des institutions permettant une adaptation continue, avec des systèmes de suivi liés à une gestion par seuils.

Le rapport souligne que la pénurie d'eau n'est pas seulement un problème hydrologique, mais aussi une question de justice sociale et politique qui exige une attention particulière des plus hautes instances gouvernementales et une coopération multilatérale. Le fardeau pèse de manière disproportionnée sur les petits exploitants agricoles, les peuples autochtones, les citadins à faibles revenus, les femmes et les jeunes, tandis que les bénéfices de la surexploitation profitent souvent aux acteurs les plus puissants.

Le rapport contient un grand nombre de cartes et de graphiques à l'appui de l'analyse. Ces documents sont repris de différentes sources, en particulier le projet Aqueduct 4.0 du WRI, la base de données Aquastat de la FAO, mais aussi de diverses publications scientifiques.

Risque global lié à l'eau dans différentes régions du monde. Carte réalisée à partir des données d'Aqueduct 4.0.

Pour compléter

« L’humanité menacée d’une "faillite hydrique", alertent des chercheurs affiliés à l’ONU » (Le Monde).

Dans ce rapport, le spécialiste des ressources hydriques s’appuie sur une métaphore financière pour déplorer la « liquidation » d’une « forme de capital naturel ». Dans cette analogie, les systèmes dont le renouvellement est le plus rapide – comme les lacs, les rivières ou les sols – sont comparés à un compte courant. Les glaciers sont à l’inverse assimilés à un livret d’épargne, à l’instar des nappes profondes. Pour mener leurs multiples activités, les humains puisent dans ces différentes réserves, sans que leur recharge suffise à compenser les prélèvements. Le déséquilibre – que le rapport apparente à une insolvabilité bancaire – est devenu structurel à de nombreux endroits du globe. En surface, environ 35 % des zones humides ont disparu en un demi-siècle, et la moitié des grands lacs du monde ont vu leur superficie diminuer depuis le début des années 1990, à l’instar du Grand Lac Salé, dans l’Utah (Etats-Unis). Ces tendances concernent aussi les eaux souterraines : environ 70 % des principaux aquifères présentent des niveaux à la baisse à long terme, note le rapport. Ces masses d’eau sont très sollicitées : les nappes fournissent quelque 50 % de l’eau domestique mondiale.

« Le monde est en situation de pénurie d'eau, selon des scientifiques de l'ONU – voici ce que cela signifie (The Conversation).

Kaveh Madani, Directeur de l'Institut pour l'eau, l'environnement et la santé (Université des Nations Unies) explique le concept de « faillite de l'eau ». En cas de faillite financière, les premiers signes avant-coureurs semblent souvent gérables : retards de paiement, emprunts et vente de biens auxquels on tenait. Puis, la spirale infernale s’amorce. La faillite liée à l'eau comporte des étapes similaires. Au début, nous puisons un peu plus d'eau souterraine pendant les années sèches. Nous utilisons des pompes plus puissantes et des puits plus profonds. Nous transférons l'eau d'un bassin à l'autre. Nous asséchons les zones humides et rectifions le cours des rivières pour faire place aux exploitations agricoles et aux villes. Puis apparaissent les coûts cachés. Les lacs se rétrécissent d'année en année. Il faut creuser des puits plus profonds . Les rivières qui coulaient autrefois toute l'année deviennent saisonnières. L'eau salée s'infiltre dans les nappes phréatiques près des côtes. Le sol lui-même commence à s'affaisser. Ce dernier phénomène, l'affaissement , surprend souvent. Pourtant, il est révélateur d'une pénurie d'eau. Lorsque les nappes phréatiques sont surexploitées , la structure souterraine, qui retient l'eau presque comme une éponge, peut s'effondrer. À Mexico , le sol s'affaisse d'environ 25 centimètres par an. Une fois les pores compactés, il est impossible de les remplir à nouveau. Le rapport « Faillite mondiale de l’eau » , publié le 20 janvier 2026, documente l’ampleur croissante du phénomène. Le pompage des eaux souterraines a contribué à un affaissement important des sols sur plus de 6 millions de kilomètres carrés, y compris dans des zones urbaines où vivent près de 2 milliards de personnes. Jakarta , Bangkok et Hô Chi Minh-Ville figurent parmi les exemples les plus connus en Asie. L'agriculture est le plus grand consommateur d'eau au monde, responsable d'environ 70 % des prélèvements mondiaux d'eau douce . Lorsqu'une région est confrontée à une pénurie d'eau, l'agriculture devient plus difficile et plus coûteuse. Les agriculteurs perdent leur emploi, les tensions s'exacerbent et la sécurité nationale peut être menacée. En matière d'eau comme en finance, la faillite peut constituer un tournant. L'humanité peut continuer à dépenser comme si la nature offrait un crédit illimité, ou elle peut apprendre à vivre en fonction de ses ressources hydrologiques.

« Ressources en eau, le monde en faillite vit désormais durablement au-dessus de ses moyens » (Good Planet)

« Ce rapport a la force de reconnaître une réalité vécue par de nombreux hydrologues à travers le monde : nous avons basculé dans l’Anthropocène et l’eau se trouve au cœur de ces transformations. Il met en exergue toutes les pressions humaines sur les hydrosystèmes et il nous met en garde sur la soutenabilité de nos sociétés à l’heure du changement climatique » réagit l’hydrologue Charlène Descollonges contactée par email. Elle n’a pas pris part à la rédaction de ce rapport. L’hydrologue, qui publie en février le livre Eaux vives. Pour une hydrologie régénérative chez Actes Sud, ajoute que « si le rapport a le mérite d’alerter sur la situation globale avec des conflits croissants avec de forts enjeux géopolitiques, s’il a le mérite d’insister sur la nécessité de rééquilibrer nos besoins par rapport au renouvellement naturel des ressources dans un esprit d’équité, je ne souscris pas pleinement à l’analogie du compte en banque. En s’enfermant dans une logique comptable, on risque de mettre le doigt dans un engrenage de financiarisation de l’eau qui non seulement empêche mais aggrave les inégalités sociales comme en Australie et en Californie. La rareté de l’eau n’est pas une opportunité financière. Pour autant, le monde économique doit sérieusement s’en préoccuper car il ne repose plus sur un château d’eau. L’ampleur de notre courage doit être à la hauteur des enjeux. » Elle plaide plutôt donc pour « changer de paradigme en faisant entrer l’eau verte dans notre champ d’attention, en nous attaquant à la source des problèmes pour retrouver des écosystèmes et des humains en bonne santé. L’hydrologie régénérative dont la vision, les principes et les exemples sont décrits dans un manifeste Eaux Vives publié chez Actes Sud, envisage ce nouveau paradigme. Elle permet de basculer dans cette nouvelle ère faite d’incertitudes et de réactions imprévisibles à travers des démarches collectives et ancrées sur les territoires. »

« Les projets de muraille verte en Chine affectent le cycle de l’eau et sa distribution à l’échelle du pays » (Good Planet).

La plantation de millions d’arbres et la restauration des écosystèmes de prairie en Chine ont modifié le cycle de l’eau, favorisant l’évapotranspiration et les précipitations sans nécessairement augmenter l’eau disponible localement. En se basant sur des données satellitaires afin de déterminer ce qu’on appelle le changement d’affectation des sols entre 2001 et 2020, une équipe de scientifiques a observé que la redistribution de l’eau a changé. Les résultats de leur recherche ont été publiés en octobre 2025.

« Grand barrage de la Renaissance : Donald Trump propose à l'Égypte sa médiation » (RFI).

Gaëlle Laleix analyse la relance du dossier du Grand barrage de la Renaissance. Donald Trump propose sa médiation entre Égypte et Éthiopie, autour du partage des eaux du Nil Bleu, fleuve vital régional. Inauguré en septembre 2025, le GERD est le plus grand barrage hydroélectrique d’Afrique. Long de 1,8 km et haut de 145 m, il doit doubler la production électrique éthiopienne, dans un pays où près de 50% de la population n’a pas accès à l’électricité. Donald Trump affirme qu’aucun État ne peut contrôler seul les ressources du Nil. Il propose une supervision technique américaine et évoque la vente ou le partage de l’électricité produite avec l’Égypte et le Soudan, afin de transformer un conflit hydrique en compromis énergétique. Des experts soulignent toutefois un fort sentiment de déjà-vu. Une médiation américaine en 2019 avait échoué, jugée partiale par Addis-Abeba. Le silence éthiopien actuel rappelle la difficulté d’arbitrer durablement ce conflit fluvial. 

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