Source : S. Colin, I. Delhomme, M. Kraszewski, Ch. Manceau (2026). Méthode d’estimation de l’accès aux aménités environnementales en milieu urbain, Documents de travail, n° 2026-02 – Janvier 2026, https://www.insee.fr/fr/statistiques/8727452
Quatre chercheuses présentent une méthode pour mesurer l’accès aux espaces verts en ville. Leurs travaux montrent que l’accès aux aménités environnementales est un enjeu important pour des villes durables et socialement plus justes. En France, 4 habitants sur 5 vivent en ville, dont la moitié dans de grands pôles urbains denses. Selon l’Organisation mondiale de la santé, les espaces verts améliorent la santé, le bien-être et la qualité de vie urbaine. La méthode développée par l’Insee et le SDES combine les données de la BD TOPO de l’IGN et d’OpenStreetMap pour cartographier précisément les espaces verts d’intérêt. L’accès est mesuré à pied en deux étapes : d'abord une zone autour de chaque espace vert, puis le comptage des habitants dans cette zone grâce à des carreaux statistiques de 200 m de côté, par intersection de surfaces. Cette approche révèle des inégalités d’accès selon les quartiers. Elle fournit aux décideurs un outil robuste pour comparer les villes, cibler les manques en aménités et orienter les politiques urbaines vers plus d’équité spatiale.
Zones d’accès à 300, 600 et 900 mètres du grand centre urbain de Belfort (source : Colin & al., 2025)
Il est possible de définir une zone d’accès à 300 mètres et à 900 mètres des espaces verts d’un grand centre urbain, soit la zone d’accès à 5 et 15 minutes. Cependant, marcher 15 minutes pour atteindre un espace vert de petite taille est peu vraisemblable. Une distinction est donc effectuée entre les petits parcs et jardins (moins de 1 ha), les grands parcs (1 à 10 ha) et les plus grands espaces (supérieurs à 10 ha). Par hypothèse, il est considéré comme acceptable de se déplacer 5 minutes pour atteindre n’importe quel type d’espace vert, 10 minutes pour des espaces verts d’au moins 1 ha, et 15 minutes pour les grands espaces verts de plus de 10 ha. La zone d’accès à 600 mètres - un seuil de distance intermédiaire - aux espaces verts est la zone d’accès à 300 mètres autour de tous les parcs, à laquelle est rajoutée la zone d’accès à 600 mètres des parcs de plus grande taille. Autrement dit, la zone d’accès à 300 mètres est enrichie de quelques zones autour des espaces verts suffisamment grands. Itérativement, la zone d’accès à 900 mètres aux espaces verts dans une ville reprend la zone d’accès à 600 mètres, à laquelle est ajoutée la zone de 900 mètres des plus grands parcs.
Pour compléter
S. Colin, I. Delhomme, , Ch. Manceau, M. Kraszewski, C. Jamet (2025). « Un accès inégal aux espaces verts dans les grands centres urbains », https://www.insee.fr/fr/statistiques/8558420
Les espaces verts publics, tels que les parcs, jardins et forêts, jouent un rôle essentiel dans le cadre de vie des citadins, en offrant des lieux de détente et de loisir au cœur des villes. Pourtant, au sein des grands centres urbains, un habitant sur deux n’a pas accès à un espace vert public à moins de cinq minutes de marche de son domicile. Cet accès est fortement influencé par la morphologie du territoire. En effet, la couverture et la disponibilité des espaces verts varient selon l’aménagement urbain, les spécificités géographiques et la densité de population. Ainsi, la part de forêts publiques tend à diminuer à mesure que la population et la densité augmentent, alors que les villes plus densément peuplées concentrent davantage de parcs et jardins, généralement plus accessibles à pied. Les aménités environnementales recouvrent l’ensemble des éléments du paysage ou du milieu, perçus comme naturels et exerçant une attractivité touristique ou résidentielle. Le sens peut en être étendu aux aménagements destinés à faciliter l’accès à ces éléments. La disponibilité potentielle, exprimée en m² d’espace vert par habitant, évalue l’adéquation entre la surface végétale d’un territoire et la population susceptible de bénéficier de cet espace (toutes distances confondues). Cette analyse couvre les 72 grands centres urbains de France métropolitaine, soit 770 communes et 26 millions d’habitants, classés en fonction de leur population et de leur densité (inférieure ou supérieure à 1 500 hab/km2) pour faciliter les comparaisons.
Calcul de l’accès aux espaces verts selon la distance : exemple de Besançon (source : Colin & al., 2025)
« Accessibilité des espaces naturels – Enjeux, méthodes et solutions techniques » (Ministère de l'Ecologie).
« Accessibilité des espaces naturels – Enjeux, méthodes et solutions techniques » (Fiche Sentiers nature n°2 du Cerema).
Les espaces naturels restent, pour leur grande majorité, très difficilement accessibles aux personnes à mobilité réduite (PMR). Cela s’explique par les coûts des aménagements, mais aussi par le manque de ressources en matière d’aménagements spécifiques adaptés à ces besoins. Rendre ces milieux naturels accessibles à tous pose un défi supplémentaire : préserver leur intégrité écologique dans un contexte où ces écosystèmes sont déjà fragilisés.
Lien ajouté le 31 janvier 2026
Mihai Tivadar et Yves Schaeffer, « Segregation and environmental inequalities in French cities », Belgeo, 4 | 2025, http://journals.openedition.org/belgeo/82933
La dimension spatiale des inégalités environnementales dans les villes est étroitement liée à la répartition spatiale inégale des groupes sociaux dans l’espace. Schaeffer et Tivadar (2019) ont adapté les mesures de ségrégation résidentielle pour évaluer les inégalités environnementales urbaines. Conformément à ce cadre, cet article examine les inégalités basées sur la ségrégation dans les villes françaises, en se concentrant sur l’exposition inégale au couvert végétal (une aménité majeure) et aux sites industriels dangereux (une nuisance majeure). Il montre que les schémas de ségrégation sont tels que les groupes les plus vulnérables - les travailleurs à faibles revenus, les femmes, les personnes âgées, les familles monoparentales - sont également les plus désavantagés à cet égard.
Dans cet article, les auteurs mesurent les inégalités environnementales dans les 97 plus grandes villes de France métropolitaine (plus de 100 000 habitants, en se concentrant sur l’exposition inégale à la canopée arborée (un atout majeur) et aux installations industrielles dangereuses (une nuisance majeure). L'objectif est de vérifier si les schémas de ségrégation urbaine sont tels que les groupes les plus vulnérables ou opprimés – travailleurs à faibles revenus, femmes, familles monoparentales, personnes âgées – sont aussi les plus défavorisés sur le plan environnemental. Dans un article précédent, Schaeffer et Tivadar (2019) ont proposé deux mesures d'inégalité environnementale fondées sur la ségrégation : l'indice d'écart de dissimilarité environnementale (ΔED ) pour les données environnementales à l'échelle spatiale et l'indice de centralisation environnementale (EC) pour les données environnementales multipoints. Ils ont appliqué cette approche à l'agglomération de Grenoble, en France, et ont mis en évidence une répartition statistiquement significative et inégale des risques liés à la végétation et aux activités industrielles entre les ménages pauvres et non pauvres. En s'appuyant sur ces travaux, les auteurs élargissent considérablement le champ d'étude aux villes françaises afin de permettre des comparaisons interurbaines à l'échelle nationale, et nous prenons en compte les multiples facettes de l'injustice, au-delà des inégalités de revenus.
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