Source : « En 2025, le solde naturel en France est négatif pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale » (Bilan démographique 2025 - Insee Première)
La démographe Hélène Thélot présente le bilan démographique 2025 de la France. L’étude analyse naissances, décès, migrations et structures par âge. Elle montre une rupture historique. Pour la première fois depuis 1945, le solde naturel devient négatif. Au 1er janvier 2026, la France compte 69,1 millions d’habitants, soit +0,25% en un an. Cette croissance ne vient plus des naissances mais du solde migratoire, estimé à +176 000 personnes en 2025. Depuis 2010, les naissances ont chuté de 23,6%. Cette baisse ne vient pas du nombre de femmes en âge d’avoir des enfants, mais du recul durable de la fécondité. L’indicateur conjoncturel de fécondité descend à 1,56 enfant par femme. C’est un niveau inédit depuis la Première Guerre mondiale. La baisse touche surtout les 25-34 ans. L’âge moyen à la naissance atteint 31,2 ans pour les femmes et 34,1 ans pour les hommes. Les décès augmentent de 1,5% en 2025 et atteignent 651 000. Cette hausse s’explique par une grippe hivernale sévère, mais surtout par l’arrivée des générations du baby-boom à des âges de forte mortalité.
Les projections évoquent jusqu’à 800 000 décès annuels vers 2040. L’espérance de vie progresse encore légèrement. Elle atteint 85,9 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes. L’écart entre les sexes se réduit. Ce vieillissement par le haut modifie profondément les équilibres démographiques et sociaux du territoire français. En 2026, les 65 ans ou plus représentent 22,2% de la population, presque autant que les moins de 20 ans, à 22,5%. En 2006, ces parts étaient très différentes. La France entre dans une phase de vieillissement accéléré, comparable à celle observée dans le reste de l’UE. Le bilan montre une transition démographique achevée. La France rejoint la majorité des pays européens au solde naturel négatif. Vieillissement, baisse durable de la fécondité et rôle central des migrations redessinent les dynamiques territoriales, économiques et sociales à long terme.
Traitement du sujet dans les médias
« Population, naissances, espérance de vie : carte d’identité de la France en trois graphiques » (La Tribune).
"Ce qui frappe, c’est à quel point, en quelques années, le solde naturel a diminué en raison de la diminution rapide des naissances », a relevé Sylvie Le Minez, cheffe de l’unité des études démographiques et sociales de l’Insee. On remarque, en parallèle, une tendance haussière concernant les décès, du fait de l’arrivée à des âges de forte mortalité des générations nombreuses du baby-boom (les personnes nées entre 1945 et 1975)".
« La France a enregistré plus de décès que de naissances en 2025, une première depuis la fin de la seconde guerre mondiale » (Le Monde).
"Cette nouvelle donne ouvre des perspectives qui dépassent les seules considérations démographiques ; elle pose la question du financement de la dépendance et des métiers du care, peu valorisés mais essentiels dans l’accompagnement des personnes âgées, interroge les décisions à court et moyen termes en matière de politique familiale et d’emploi, et appelle enfin à assumer des choix concernant le recours à l’immigration, dans un marché européen à cet égard concurrentiel".
L’année 2025 aura connu 645 000 naissances et 651 000 décès, d’après l’INSEE. Entre 2019 et 2029, les écoles auront perdu près de 1 million d’élèves estime Edouard Geffray. Pour anticiper l’évolution du maillage éducatif dans un contexte de baisse démographique, le ministre de l’Éducation nationale a annoncé la généralisation des observatoires des dynamiques rurales et territoriales co-présidé par le préfet et l’IA-DASEN. Anticiper pour « ne pas subir la démographie » : la baisse des effectifs scolaires est déjà visible et va s’accentuer. 121 600 élèves de moins ont été scolarisés à la rentrée 2025 par rapport à la rentrée 2024. Selon les projections, la diminution atteindra près de 800 000 élèves en moins à la rentrée 2029 par rapport à 2024. Entre 2019 et 2029, la perte cumulée atteindra un million d’élèves.
Pour compléter
« Les populations de référence des communes au 1er janvier 2023. La population française continue de croître, le solde naturel y contribue de moins en moins » (Insee Focus).
Taux d'évolution annuel moyen de la population entre 2017 et 2023 (source : Insee Focus)
Pouvreau, L. (2025). La Côte Ouest française face à son potentiel démographique : et si on élevait les capacités d’accueil à la hauteur des besoins ? Organic Cities II, Rennes. Sciences Po Rennes & Villes Vivantes. https://papers.organiccities.co/la-cote-ouest-francaise-face-a-son-potentiel-demographique-et-si-on-elevait-les-capacites-d-accueil-a-la-hauteur-des-besoins.html
La croissance démographique sur la côte Ouest est quatre fois plus rapide que la croissance démographique du reste de la France Métropolitaine. En conséquence, il se dégage de cette situation l’impression d’un “ excès d’accueil ” sur la côte Ouest. Dans le détail, la croissance démographique sur la côte Ouest est très largement imputable au solde migratoire, avec un solde naturel légèrement plus faible que la moyenne française. Cette situation suscite des interrogations légitimes quant à la nature des besoins auxquels cet accueil répond. Si la Côte Ouest accueille à l’évidence une part significative de personnes âgées, elle est également un territoire productif, attractif pour une population active qui croît trois fois plus vite que dans le reste du territoire national. Loin des bulles uniquement résidentielles qui seraient liées à l’héliotropisme, on constate la conjonction de ces deux dynamiques, économiques et hédonisme en même temps. Cette situation génère une tension à l’issue de laquelle toutes les personnes qui “ devraient ” venir dans le territoire n’y sont pas accueillies. Dans ce contexte, rééquilibrer le solde migratoire de la côte Ouest passe par l’augmentation du nombre de “ places disponibles ” pour que les actifs puissent davantage accéder au marché immobilier. Partant du principe qu’il est impossible d’empêcher des personnes de venir pour laisser la place à d’autres, ces derniers ne peuvent s’installer que dans la perspective d’une augmentation des opportunités disponibles là où la dynamique de l’emploi est la plus forte.
« Entre quartiers XXL et départs d'habitants, le casse-tête démographique des maires d'Ile-de-France » (source : Les Echos).
En Ile-de-France, la population continue d'augmenter dans de nombreuses villes, sous le coup notamment de la construction de quartiers de logements géants. A l'inverse, d'autres communes font face à une érosion démographique. Objet de débats dans la campagne des municipales, ce phénomène divise les maires qui peinent parfois à maintenir l'attractivité de leur commune sans se mettre dans le rouge. L'Ile-de-France est la championne de la démographie en France. Avec 12,4 millions d'habitants, en augmentation annuelle de 0,4 % sur les six dernières années, la région reste de loin la plus peuplée, poussée par les naissances. Quand Paris et les territoires ruraux peinent à retenir leurs habitants, de nombreux maires franciliens courent après le temps et l'argent pour ouvrir des classes, des crèches et des gymnases face à l'afflux de nouveaux habitants dans d'immenses quartiers en chantier. Aux antipodes, des communes n'arrivent pas à attirer des habitants, entre vieillissement de la population, manque de foncier, prix prohibitifs ou manque d'attractivité. Selon les dernières données de l'Insee, c'est la capitale et les territoires ruraux les plus excentrés de la région qui en perdent le plus. A Paris, qui a perdu 137 000 habitants en 10 ans, le sujet des fermetures de classes dans les arrondissements de l'Est provoque la colère des parents d'élèves et l'impuissance des élus.
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