La nature dans le rouge – Alimenter l’économie de transition vers des solutions fondées sur la nature


Source : « La nature dans le rouge – Alimenter l’économie de transition vers la nature ». Rapport du PNUE 2026 sur l'état des finances pour la nature, https://wedocs.unep.org/items/a4a8edaa-3896-4811-b527-1583dfce7201

« Pour chaque dollar investi dans la protection de la nature, 30 dollars sont dépensés pour la détruire ».

Le rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) intitulé « État des finances pour la nature 2026 : la nature dans le rouge » analyse les flux financiers mondiaux vers les solutions fondées sur la nature. Il révèle que nous sommes loin d'avoir suffisamment investi dans la nature pour lutter contre le changement climatique, la perte de biodiversité et la dégradation des écosystèmes. Cette quatrième édition s'appuie sur des méthodes éprouvées. Elle utilise des données améliorées et des méthodes plus robustes pour suivre les flux financiers liés aux solutions fondées sur la nature en 2023, les besoins et les opportunités d'investissement dans ce domaine jusqu'en 2030 et 2050, ainsi que la finance à impact environnemental négatif. 

Pour chaque dollar investi dans la protection de la nature, 30 dollars sont dépensés pour la détruire. En 2023, 7 300 milliards de dollars ont été injectés dans des activités néfastes pour l’environnement, allant des subventions aux énergies fossiles aux investissements dans des secteurs à fort impact comme les services publics et l’énergie. Parallèlement, seuls 220 milliards de dollars ont été consacrés aux solutions fondées sur la nature, dont seulement 23 milliards provenaient du financement privé. Pour atteindre les objectifs mondiaux en matière de biodiversité, de climat et de restauration des terres, les investissements dans les solutions fondées sur la nature doivent être multipliés par 2,5 pour atteindre 571 milliards de dollars américains par an d’ici 2030, soit l’équivalent de seulement 0,5 % du PIB mondial. 

Ce rapport présente la courbe en X de la transition vers la nature, un cadre pratique destiné à guider les gouvernements et les entreprises dans la suppression progressive des subventions néfastes et des investissements destructeurs, tout en généralisant les solutions fondées sur la nature (SFN) de haute qualité et dans tous les secteurs économiques. Il démontre comment la réorientation, même partielle, des flux néfastes existants pourrait combler le déficit de financement et libérer le potentiel d'une économie de transition vers la nature d'un billion de dollars. 

La courbe en X de la transition vers la nature, un cadre pratique pour la transition vers une société respectueuse de la nature (Rapport du PNUE, 2026)

Lien ajouté le 14 avril 

« Comment éduquer à la transition écologique en dépassant la culpabilisation ? » (The Conversation).

Des chercheurs analysent pourquoi la transition écologique peine à se traduire en actions concrètes. Le principal frein n’est pas le manque d’information, ms des blocages émotionnels qui structurent le rapport des individus aux enjeux environnementaux. Un paradoxe apparait car les connaissances sur le climat et la biodiversité n’ont jamais été aussi nombreuses, pourtant l’action reste limitée. Ce décalage révèle que l’accumulation d’informations ne suffit pas à transformer durablement les comportements. Les dispositifs éducatifs reposent souvent sur des messages alarmants. Effondrement, urgence, extinction structurent les discours. Ces contenus, bien que fondés scientifiquement, produisent des effets émotionnels puissants, notamment peur, culpabilité et sentiment d’impuissance. Ces émotions traduisent une forte conscience des enjeux, mais deviennent contre-productives lorsqu’elles s’accumulent. Elles peuvent conduire à l’écoanxiété et au retrait, certains individus estimant que l’action individuelle est inutile face à l’ampleur du problème. L’étude montre cependant qu’un basculement est possible. Lorsque les dispositifs pédagogiques deviennent participatifs et concrets, les émotions évoluent. La peur laisse place à la curiosité, puis à l’espoir et à un sentiment d’utilité personnelle. Ce processus repose sur le sentiment de capacité d’agir. Lorsque les individus se perçoivent comme acteurs, même à petite échelle, l’engagement devient plus durable. L’action collective renforce cette dynamique en donnant du sens aux efforts individuels. Les formats pédagogiques jouent un rôle central. Les ateliers collaboratifs, projets concrets ou échanges avec des acteurs engagés transforment davantage les comportements que les cours magistraux. Ils ancrent l’écologie dans des pratiques vécues et partagées. Une transition écologique efficace suppose une transformation des parcours éducatifs, en intégrant pleinement les dimensions émotionnelles. L’enjeu est de passer d’une pédagogie de la peur à une pédagogie de l’engagement.

Lien ajouté le 9 mai 2026 

Mottaghi, M., McCormick, K. « Can nature-based solutions for climate adaptation promote multispecies justice : insights from European regions » [Les solutions fondées sur la nature pour l’adaptation au changement climatique peuvent-elles promouvoir la justice multispécifique ? Perspectives des régions européennes]. npj Urban Sustain 6 , 74 (2026). https://doi.org/10.1038/s42949-026-00403-3

Misagh Mottaghi et Kes McCormick, chercheurs à la Swedish University et à l’université de Lund, étudient les solutions fondées sur la nature en Europe. Ils défendent l'idée que l'adaptation des villes au climat doit aussi protéger les autres espèces. Les solutions fondées sur la nature désignent des aménagements comme forêts urbaines, zones humides, corridors verts ou sols désimperméabilisés. Elles réduisent chaleur, inondations et pollution, mais risquent de rester centrées sur le confort humain. L’étude repose sur cinq entretiens collectifs menés en 2024 dans cinq régions européennes. Émilie-Romagne, Basse-Autriche, Zagreb et Krapina-Zagorje, Scanie et Fionie. Les auteurs ont interrogé 30 acteurs, dont 24 décideurs et 6 praticiens. Le résultat principal souligne que les décideurs voient souvent ces solutions comme des ouvrages verts ou bleus, utiles pour résoudre un problème local. Ils pensent moins en revanche aux relations longues entre habitants, plantes, animaux, sols, eau et habitats. La justice reste elle aussi trop étroite. Elle est surtout comprise comme un partage équitable des bénéfices entre groupes humains ou comme une participation des citoyens. Les besoins des pollinisateurs, arbres, oiseaux ou habitats sont rarement intégrés. Les auteurs proposent de parler de justice multispécifique. Une adaptation juste ne doit pas seulement protéger les humains vulnérables. Elle doit aussi reconnaître les espèces non humaines comme des êtres vivants avec des besoins, des vulnérabilités et une place. Le changement peut commencer par de petites décisions. Choisir un arbre urbain, par exemple, ne signifie pas seulement chercher de l’ombre ou du carbone. Il faut aussi penser à son espace, aux pollinisateurs, aux sols, à l’eau et aux formes de vie qu’il soutient. L’étude défend une transition plus relationnelle. Les politiques climatiques doivent apprendre à relier biodiversité, justice sociale et aménagement, au lieu de traiter la nature comme un simple outil technique. 

Lien ajouté le 19 mai 2026 

« Les solutions fondées sur la nature tiennent-elles leurs promesses face au changement climatique dans les îles tropicales ? » par Virginie Duvat, professeure de géographie à La Rochelle Université, autrice principale du GIEC (Géoconfluences)

Les solutions fondées sur la nature (SfN) sont de plus en plus soutenues par les États, les organisations régionales et internationales, ainsi que les ONG, pour faire face au changement climatique. Toutefois, leur capacité à réduire les risques climatiques demeure mal connue. L’évaluation de celles qui ont été mises en œuvre dans les outre-mer français fournit un retour d’expérience utile pour renforcer leur efficacité à l’avenir.

Typologie des SfN, illustrée par des exemples ultramarins (source : Duvat, 2026)


Lien ajouté le 24 mai 2026 

« L'écoanxiété, un sentiment répandu chez les jeunes, mais dont la définition fait encore débat »  (The Conversation). Les termes d’« écoanxiété » et d’« anxiété climatique » sont les plus fréquemment utilisés, mais ils ne reflètent pas toute la complexité de la détresse ressentie par certaines personnes.

Daniella Watson et Emma Lawrance, de l’Imperial College London, montrent que l’"écoanxiété" ne suffit pas à dire le trouble des 10-29 ans. La crise climatique touche les corps, les lieux, la santé, les familles, les habitudes et l’idée même d’avenir dans un monde instable. Le vocabulaire scientifique reste instable. Dans les articles étudiés, "écoanxiété" reçoit 41 définitions et "anxiété climatique" 24. Tantôt proche d’un trouble anxieux, tantôt simple inquiétude, le mot brouille les comparaisons, les enquêtes et les réponses à construire. Le malaise n’est pas seulement une peur abstraite du réchauffement. Il augmente quand les jeunes vivent déjà sécheresses, incendies ou inondations. Chez les Américains de 16 à 24 ans exposés aux risques climatiques, l’écoanxiété devient nettement plus forte et plus concrète. L’étude recense 173 témoignages de jeunes sur leur manière de penser, ressentir et réagir à la crise climatique. On y lit anxiété, solastalgie, symptômes dépressifs, troubles du sommeil, difficultés financières et inquiétude pour les lieux aimés qui changent sous leurs yeux. Les chercheuses classent ces expériences en six familles liées entre elles. Leur carte conceptuelle montre que la conscience climatique traverse le sommeil, l’alimentation, l’activité physique, les pratiques sociales, les cultures locales et le bien-être quotidien, loin du seul mental. Les lieux et les histoires comptent. Des experts par expérience décrivent parfois l’anxiété climatique comme une blessure incarnée, profonde et intergénérationnelle, née de la colonisation, des rapports de pouvoir et d’injustices environnementales situées dans les territoires. Le Projet Resilience conduit aussi à élargir la notion de résilience. Il ne s’agit pas seulement de rebondir après un choc, mais de tenir ensemble force, soin de soi et bienveillance, afin que l’engagement climatique des jeunes reste protecteur, réaliste et durable dans le temps. Cette recherche invite à dépasser la seule psychologie individuelle. Comprendre les jeunes suppose de relier émotions, justice, histoire, lieux et inégalités, puis de créer des soutiens à partir de leurs vies réelles.

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