Évolution contrastée de l'espérance de vie en Europe (1992-2019)

 

Source : Bonnet, F., Alliger, I., Camarda, CG. et al. (2026).  «Potential and challenges for sustainable progress in human longevity» [Potentiel et défis pour un progrès durable en matière de longévité humaine]. Nature Communications, 17, 996, https://doi.org/10.1038/s41467-026-68828-z (article disponible en accès ouvert).

Le ralentissement de la progression de l'espérance de vie dans les pays à revenu élevé suscite des inquiétudes quant à l'avenir de la longévité humaine. Afin de mieux comprendre ces évolutions, les auteurs ont examiné les tendances de la mortalité à l'échelle infranationale en Europe occidentale sur la période 1992-2019. Entre 1992 et 2005, les gains d'espérance de vie ont été à la fois substantiels et généralisés. Les régions en retard ont connu les progressions les plus fortes, entraînant une convergence régionale rapide. Entre 2005 et 2019, cependant, les gains dans ces régions ont ralenti, tandis qu'ils sont restés remarquablement stables dans les régions pionnières, ce qui suggère qu'il est encore possible de continuer à allonger la durée de vie. Le ralentissement observé des gains d'espérance de vie est fortement associé à la mortalité chez les 55-74 ans, qui a augmenté durant cette période dans de vastes régions d'Europe occidentale, notamment en Allemagne et en France. Dans ce travail, les auteurs montrent que le suivi des tendances de la mortalité à une échelle géographique fine est crucial pour révéler à la fois le potentiel et les défis d'un progrès durable en matière de longévité humaine.

Gains annuels de l'espérance de vie masculine et classement de 450 régions d'Europe occidentale
pour l'espérance de vie masculine en 1992-1993, 2004-2005 et 2018-2019 (source : Bonnet et al. 2026)


Gains annuels de l'espérance de vie masculine et classement de 450 régions d'Europe occidentale
pour l'espérance de vie masculine en 1992-1993, 2004-2005 et 2018-2019 (source : Bonnet et al. 2026)

L'article cite les différentes sources statistiques utilisées avec l'adresse des sites officiels par pays. 

Pour compléter

« Où vit-on le plus vieux ? Ce que la géographie dit d’une Europe de plus en plus fragmentée » (The Conversation).

Florian Bonnet, Carlo Giovanni Camarda et France Meslé (Ined) et Josselin Thuilliez (CNRS) analysent la longévité en Europe occi. Leur étude compare 450 régions entre 1992 et 2019 et montre une Europe de l’espérance de vie de plus en plus fragmentée. L’espérance de vie progresse en Europe depuis plus d’un siècle grâce au recul des maladies infectieuses puis cardiovasculaires. Mais depuis le milieu des années 2000, les gains ralentissent dans plusieurs pays, faisant émerger l’hypothèse d’un possible essoufflement des progrès sanitaires. L’analyse régionale nuance cette idée. Dans les régions pionnières, les gains se poursuivent sans ralentissement. Les hommes y gagnent environ 2,5 mois de vie par an, les femmes 1,5 mois. En 2019, certaines régions atteignent 83 ans pour les hommes et 87 ans pour les femmes. Ces régions pionnières se situent notamment dans le nord de l’Italie, en Suisse, en Espagne et en France autour de Paris ou de la frontière suisse. Elles prouvent que la longévité humaine n’a pas encore atteint de plafond biologique mesurable. À l’inverse, d’autres régions décrochent depuis 2005. En Allemagne de l’Est, en Wallonie ou dans certaines régions britanniques, les gains deviennent faibles voire nuls. Chez les hommes, les Hauts-de-France figurent parmi ces territoires en difficulté. La fracture européenne s’explique surtout par la mortalité entre 55 et 74 ans. À ces âges, la baisse des décès s’est arrêtée, voire inversée dans certaines régions. Or ces classes d’âge concentrent une part importante des décès influençant l’espérance de vie globale. Les causes évoquées combinent comportements à risque comme tabac, alcool ou alimentation, et facteurs socio-économiques. La crise de 2008 a accentué les inégalités territoriales, fragilisant durablement la santé dans les régions les plus touchées. L’étude montre une Europe à deux vitesses. Les progrès de longévité restent possibles, mais très inégalement répartis. L’enjeu majeur devient territorial. Réduire les écarts régionaux apparaît plus décisif que la recherche d’un hypothétique plafond biologique. 

« Espérance de vie : une Europe à deux vitesses se dessine, avec des écarts de plusieurs années selon les régions » (Le Monde).

Une étude menée dans 13 pays européens montre que le fossé se creuse à partir de 2005 entre des régions favorisées, où l’espérance de vie continue de progresser, et d’autres qui prennent du retard, où la dynamique s’essouffle. C’est une Europe de la longévité à deux vitesses qui se dessine dans les cartes développées par des chercheurs de l’Institut national d’études démographiques (INED) et de l’Institut fédéral allemand de recherche démographique (BiB). Le Monde propose une série de cartes simplifiées à partir de l'étude scientifique.

« L’espérance de vie par niveau de vie : chez les hommes, 13 ans d’écart entre les plus aisés et les plus modestes » (Insee Première).

Plus on est aisé, plus l’espérance de vie est élevée. Ainsi, parmi les 5 % les plus aisés, l’espérance de vie à la naissance des hommes est de 84,4 ans, contre 71,7 ans parmi les 5 % les plus pauvres, soit 13 ans d’écart. Chez les femmes, cet écart est plus faible : 8 ans séparent les plus aisées des plus pauvres. Aux alentours d’un niveau de vie de 1 000 euros par mois, 100 euros supplémentaires sont associés à 0,9 an d’espérance de vie en plus chez les hommes et 0,7 an chez les femmes, tandis que l’écart n’est plus que de 0,3 an et 0,2 an aux alentours d’un niveau de vie de 2 000 euros par mois. Les femmes ont une espérance de vie plus élevée que les hommes (6 ans en moyenne). Elles vivent même en général plus longtemps que les hommes les plus aisés : celles dont le niveau de vie se situe parmi les 70 % les plus aisées ont une espérance de vie plus longue que les hommes parmi les 5 % les plus aisés. Les personnes les plus aisées ont plus souvent un diplôme du supérieur, mais cela n’explique qu’en partie les écarts d’espérance de vie selon le niveau de vie. Avec ou sans diplôme, plus on est aisé, plus l’espérance de vie augmente.

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