La mondialisation appréhendée à travers un indice de connectivité mondiale


Source : Steven A. Altman & Caroline R. Bastian, DHL Global Connectedness Report 2024 : An In-Depth Analysis of the State of Globalization.

Récemment, une attention particulière a été portée à la question de savoir si la mondialisation progressait ou reculait à l’échelle mondiale. La plupart des entreprises et des pays interagissent entre eux et non avec le monde entier. C’est pourquoi il est important de pouvoir mesurer la mondialisation en ce qui concerne chaque pays et ses principaux partenaires dans les échanges internationaux.

L’indice de connectivité mondiale DHL classe les pays en fonction de leurs échanges internationaux, de leurs capitaux, de leurs informations et de leurs flux de personnes. Il évalue ces flux selon deux dimensions : la profondeur (taille des flux internationaux par rapport à l’activité nationale) et l’ampleur (répartition des flux entre les pays d’origine et pays de destination). La connectivité mondiale reste à un niveau record, malgré les tensions et les incertitudes géopolitiques.

Flux globaux par région en 2022 (source : DHL Global Connectedness Report 2024)

L'étude conduite par la Stern School of Business de l’université de New York et la société de transport DHL fait ressortir 10 points clés concernant la mondialisation qui n'a jamais été aussi forte en dépit des tensions et incertitudes :

  1. La connectivité mondiale a atteint un niveau record en 2022. Elle est restée proche de ce niveau en 2023. La résilience et la croissance des flux internationaux d’échanges commerciaux, de capitaux, d’informations et de personnes face aux crises récentes vont à l'encontre de l’idée selon laquelle la mondialisation auarait fait marche arrière. 

  2. Singapour est le pays le plus connecté au monde, suivi des Pays-Bas et de l’Irlande. Singapour a les flux internationaux les plus importants par rapport à l’activité nationale, tandis que les flux du Royaume-Uni sont les plus répartis dans le monde.

  3. Les liens entre les États-Unis et la Chine continuent de diminuer. Les parts des flux des deux pays impliquant l’autre ont diminué d’environ un quart depuis 2016. Le recul des échanges directs entre les États-Unis et la Chine s’est accéléré en 2023. Mais les États-Unis et la Chine sont toujours connectés par des flux plus importants que presque toutes les autres pays.

  4. La Russie et l’Europe se sont découplées, rompant des liens autrefois considérés comme essentiels pour les deux partenaires. Les échanges commerciaux de la Russie se sont éloignés des pays alignés sur l’Occident et les investissements étrangers en Russie se sont effondrés. Parmi les principales économies du G20, la Russie a connu en 2022 la plus forte baisse annuelle de connectivité mondiale jamais enregistrée.

  5. Les flux mondiaux ne montrent aucune division générale de l’économie mondiale entre les blocs géopolitiques rivaux. La part des échanges entre les blocs alignés sur les États-Unis et ceux alignés sur la Chine a augmenté pendant la pandémie de Covid-19, puis a diminué après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie. Si l’on exclut la Russie, elle est désormais revenue à peu près à son niveau d’avant la pandémie.

  6. La mondialisation des entreprises continue de progresser. Les entreprises réalisent une plus grande partie de leurs ventes à l’étranger et la valeur de leurs projets d’expansion internationale annoncés est à son plus haut niveau par rapport au PIB mondial depuis plus d’une décennie. La part transfrontalière des fusions et acquisitions reste stable, tout comme la part de la production mondiale que les entreprises produisent en dehors de leur pays d’origine.

  7. La mondialisation n’a pas cédé la place à la régionalisation. La plupart des flux internationaux se déroulent sur des distances assez longues, avec une part en baisse au sein des principales régions géographiques. Si l’on se concentre spécifiquement sur le commerce, seule l’Amérique du Nord affiche une tendance claire à la délocalisation.

  8. La mondialisation des flux d’informations a augmenté plus que tous les autres aspects de la mondialisation au cours des deux dernières décennies, mais les dernières données montrent que cette tendance stagne.

  9. Les tensions entre les États-Unis et la Chine ont pesé sur la collaboration internationale en matière de recherche, et de nombreux pays ont imposé des restrictions sur les flux internationaux de données.

  10. Le niveau absolu de mondialisation du monde reste limité : les flux nationaux dépassent toujours de loin les flux internationaux. La profondeur actuelle de la connectivité mondiale n’est que de 25 % sur une échelle allant de 0 % (aucun flux ne traverse les frontières nationales) à 100 % (les frontières et la distance n’ont plus aucune importance).
Données et graphiques consultables à travers un tableau de bord interactif

Rapport et annexes à télécharger en pdf


Outre les données récentes, l'intérêt de cette étude est de fournir des cartes par anamorphoses montrant chaque pays avec ses 10 principaux partenaires commerciaux. Avec le retour de Trump et de sa politique douanière, l'orientation de ces flux pourrait être en partie modifiée dans les années qui viennent. Le modèle de Bloomberg Economics sur les droits de douane proposés par Trump prévoit que les autres pays compenseront la majeure partie de leurs pertes commerciales avec les États-Unis en échangeant davantage entre eux. Cela laisse entrevoir la possibilité que la mondialisation continue à s'intensifier, mais sans les États-Unis en son centre (What's left of Globalization without the US ? Bloomberg)

Comparaison Etats-Unis et Chine (source : DHL Global Connectedness Report 2024)




Comparaison France et Royaume-Uni (source : DHL Global Connectedness Report 2024)



Pour compléter

« La mondialisation n’a jamais été aussi forte qu’en 2024 » (Le Grand Continent).

« Mondialisation : vers un capitalisme anti-libéral » (France Culture).

Lien ajouté le 31 mars 2026

« La mondialisation se maintient à un niveau record, l’Europe restant la région la plus connectée du monde » (Rapport DHL de 2026 sur la Connectivité Mondiale)

Dans le rapport 2026, DHL et des chercheurs de la Stern School affirment que la mondialisation reste élevée en 2025. L’indice atteint 25%, proche du record de 2022. Ce résultat, produit avec un acteur logistique central, invite toutefois à une lecture critique. L’Europe apparaît comme la région la plus connectée. Sa force repose sur des flux internes denses et une ouverture mondiale. Les Pays-Bas, 19e économie, génèrent le 6e volume de flux mondiaux, illustrant leur rôle de hub logistique à l’échelle globale. Les données reposent sur plus de 9 millions d’indicateurs croisant commerce, capitaux, information et mobilités. Elles montrent que la mondialisation ne disparaît pas mais reste partielle. Un score de 25% signifie que les frontières continuent de structurer fortement les échanges. Le commerce mondial progresse en 2025, porté par l’IA. Les produits liés à cette filière représentent 42% de la croissance des échanges. Malgré les tensions, les flux se réorganisent plutôt qu’ils ne disparaissent, notamment vers l’Inde ou le Vietnam. L’étude contredit l’idée d’un monde fragmenté. Seuls 4 à 6% des flux ont été réorientés pour des raisons géopolitiques. Le commerce États-Unis–Chine ne représente plus que 2% du total mondial, ce qui relativise leur poids dans la mondialisation. Les distances parcourues augmentent. Les biens voyagent en moyenne sur 5.010 km et les IDE sur 6.250 km. Loin d’une régionalisation, les réseaux s’allongent. Mais ce constat, porté par DHL, valorise aussi un modèle dont l’entreprise est un acteur central...

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