A People's Atlas of Nuclear Colorado invite les utilisateurs à explorer les géographies du nucléaire, les questions politiques, les réponses artistiques et les réflexions personnelles et universitaires sur le complexe nucléaire américain. Le Colorado constitue un microcosme pour étudier l’appareil nucléaire des États-Unis. A partir des années 1940 et pendant la guerre froide, cet État a connu l’exploitation minière de l’uranium, le traitement du plutonium, l'implantation de postes et laboratoires de défense souterrains, de bases aériennes, de bases d'essais et d'entraînements nucléaires, ainsi que le déversement puis l'oubli des déchets. L'Atlas utilise le cycle du combustible nucléaire comme cadre conceptuel et principe organisateur. Il documente les sites et développe les problèmes soulevés par l'extraction et le traitement du minerai, le raffinage et la fabrication de composants nucléaires, l'assemblage et le déploiement d'armes, ainsi que le stockage, la dépollution et la surveillance des déchets.
Cet Atlas engagé se propose d’explorer le côté obscur de ces activités : les travailleurs malades, les rivières polluées, les économies en expansion et en récession et le problème insoluble des déchets nucléaires. Les radiations demeurent un risque omniprésent et le danger intrinsèque du cycle nucléaire jette une ombre sur les promesses optimistes d’une énergie illimitée. Là où il y a de l'exploitation minière et du broyage, il y a des morts-terrains et des expositions au risque ; là où il y a production, il y a friction ; là où il y a la glorification de grands projets, il y a des déchets avec de nombreux impacts sur la santé environnementale.
Un Atlas de réflexion critique sur le nucléaire à explorer à partir du cycle du combustible

Édité par Sarah Kanouse et Shiloh Krupar et comptant plus de quarante contributeurs à ce jour, cet Atlas en ligne cherche à rassembler diverses manières de percevoir, de comprendre et de réagir à l’héritage nucléaire. Il restitue le contexte géographique des sites nucléaires avec des images d'archives, des illustrations, assorties de nombreuses références et études scientifiques. Les dossiers thématiques abordent l’histoire, la politique, la gouvernance et les facteurs géologiques et environnementaux liés au nucléaire. Il offre un aperçu scientifique de ces héritages, faisant ressortir la complexité et éclairant les controverses qui persistent encore aujourd'hui. S'opposant à la tendance des politiques et de la recherche universitaire à l'abstraction, l'Atlas comprend des récits personnels et des réponses artistiques qui situent le nucléaire dans l'expérience vécue, matérielle et sensorielle. Presque chaque élément de contenu réapparaît au cours du chemin proposé, offrant à l’utilisateur de multiples points d’entrée dans le réseau de complexité, de controverse et de connexion qui est une caractéristique déterminante de la condition nucléaire.
Accès direct à la carte interactive de l'Atlas documentant chaque site nucléaire
(source : A People's Atlas of Nuclear Colorado)
L'Atlas populaire du Colorado nucléaire se veut être une ressource numérique vivante. Il souhaite s'associer à des éducateurs, des musées et des organisations locales pour compléter le nombre de sites et élargir les perspectives qu'il contient. En tant que document évolutif, il peut insuffler au débat souvent abstrait sur la politique nucléaire et son héritage environnemental des formes humanistes d’enquête et d’engagement du public. En fin de compte, l'Atlas entend être une plate-forme engageante et inclusive permettant aux membres de la communauté, aux universitaires, aux anciens combattants, aux travailleurs, aux artistes et aux activistes de façonner l'héritage des armes nucléaires au Colorado grâce à une interprétation continue et active.
Pour compléter
«
Three Nuclear Atlases and their Worlds : A Response to A People’s Atlas of Nuclear Colorado » (
Society and Space). "Les atlas populaires peuvent être déroutants ou illisibles si vous commencez par chercher la carte du monde". L'article replace l'Atlas populaire du Colorado nucléaire dans le double héritage de la cartographie populaire comme par exemple l'
Atlas de stratégie mondiale. Guerre et paix à l'ère du nucléaire de Lawrence Freedman paru en 1985 et dans celui de la cartographie radicale telle que représentée par l'
Atlas de la guerre nucléaire de William Bunge publié en 1988.
«
The Nuclear War Atlas » de William Bunge (
American Geographical Society Library Digital Map). La carte a été publiée pour la première fois sous forme d'affiche recto-verso en 1982 par la
Society for Human Exploration et a été réédité sous forme de livre en 1988. L' Atlas de la guerre nucléaire reste « l'un des exemples les plus célèbres de lutte sociale radicale et de cartographie engagée de l’après-guerre » (Barnes, 2021).
«
The Cold War. Defence and Deterrence » (
OTAN). Sur les représentations de la course aux armes nucléaires et "l'équilibre de la terreur", voir les documents déclassifiés sur le site de l'OTAN.
« Cartographier la guerre nucléaire avec William Bunge » par Alexandre Chollier (
Visionscarto, 2017).
« Atlas mondial de l’uranium. Faits et données relatifs à la matière première de l'ère atomique » publié en 2022 par la fondation Rosa-Luxemburg, la fondation Nuclear-Free-Future et le Réseau "Sortir du nucléaire" (
à télécharger en pdf).
Lien ajouté le 31 octobre 2025« Donald Trump relance les essais nucléaires américains, trente ans après leur suspension » (
Revue Conflits).
Cette décision marque une rupture stratégique majeure dans un contexte mondial de réarmement où Moscou et Pékin multiplient leurs démonstrations de force. Le président américain a annoncé la reprise des essais atomiques, gelés depuis trois décennies, au moment où Moscou et Pékin multiplient leurs démonstrations de force. Les États-Unis possèdent 5 177 ogives nucléaires contre 5 489 pour la Russie et 600 pour la Chine selon le Sipri. Au total, neuf puissances détiennent plus de 12.200 ogives, illustrant la persistance d’un équilibre mondial fondé sur la dissuasion. Washington, signataire du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires, viole ici un cadre juridique clé du désarmement. Cette décision réactive la géopolitique des sites d’essais, souvent situés dans des espaces périphériques fragiles. La rhétorique de la puissance atomique s’inscrit dans un jeu d’échelles où la compétition stratégique recompose les rapports de force entre grandes puissances. Les annonces russes sur le missile Bourevestnik et le drone Poséidon en sont les symboles. Pékin réagit en défendant la non-prolifération et en appelant au respect du TICE. La Chine cherche ainsi à affirmer un rôle de stabilisateur dans l’ordre nucléaire mondial tout en poursuivant le développement discret de son arsenal. La relance des essais nucléaires illustre le retour d’une géopolitique de la peur. Elle questionne la durabilité du régime de désarmement global et souligne la fragilité des équilibres stratégiques au XXIe siècle.
Lien ajouté le 24 mai 2026« Comprendre la dissuasion nucléaire en cartes » (
Le Monde). Alors que s’est achevée, le 22 mai 2026, aux Nations unies, la Conférence des parties chargée d’examiner le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, explication en cartes et graphiques.
Flavie Holzinger, Audrey Lagadec et Éric Dedier, avec la relecture d’Héloïse Fayet, chercheuse à l’Ifri, expliquent la dissuasion nucléaire par les cartes. Ils montrent une paix fondée sur la peur, aujourd’hui fragilisée par le retour des rivalités. La dissuasion nucléaire repose sur un paradoxe simple et terrible. Pour éviter la guerre, chaque État doté doit convaincre l’adversaire qu’une attaque coûterait trop cher. La puissance ne tient donc pas seulement à l’arme, mais à la certitude d’une riposte possible. Neuf États possèdent aujourd’hui l’arme nucléaire. Depuis la fin de la guerre froide, le nombre total de têtes a diminué, surtout grâce à la baisse des arsenaux américain et russe. Mais cette réduction masque une nouvelle compétition stratégique entre puissances. Depuis 1945, l’arme nucléaire structure les hiérarchies de puissance. Les États-Unis testent Trinity puis frappent Hiroshima et Nagasaki. L’URSS suit en 1949, le Royaume-Uni en 1952, la France en 1960, la Chine en 1964. Le club nucléaire devient un marqueur de rang mondial. Le TNP entre en vigueur en 1970 pour limiter la diffusion de l’arme. Des accords comme le FNI en 1988 puis New START en 2010 encadrent les arsenaux et imposent des règles. Les sorties du FNI en 2019 et la fin de New START en 2026 affaiblissent cette architecture. La guerre en Ukraine remet la menace nucléaire au cœur de l’Europe. Depuis 2022, Vladimir Poutine l’utilise pour décourager une intervention directe de l’OTAN. Cette "sanctuarisation agressive" donne à Moscou une liberté d’action militaire sous parapluie nucléaire. En Asie, la dissuasion se recompose. La Chine modernise son arsenal et pourrait dépasser 1.000 têtes opérationnelles en 2030, contre environ 600 aujourd’hui selon les États-Unis. La Corée du Nord, sortie du TNP en 2003, met en scène ses tirs vers la mer du Japon. Le Moyen-Orient reste un foyer d’incertitude nucléaire. L’Iran affirme poursuivre un programme civil, mais l’ambiguïté nourrit les soupçons depuis les années 2000. Israël et les États-Unis ont mené des frappes préemptives contre des sites perçus comme menaçants. La dissuasion exige une capacité de riposte depuis la terre, la mer et les airs. Missiles en silos, lanceurs mobiles, bombardiers et sous-marins nucléaires forment la triade. Les SNLE sont décisifs, car ils peuvent rester cachés et frapper même après une attaque. L’équilibre nucléaire reste fragile. Aucune défense ne peut garantir l’arrêt d’une attaque nucléaire, et la sécurité dépend encore de la peur mutuelle. Modernisation des arsenaux, crises régionales et nouvelles technologies rendent cette stabilité toujours réversible.
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