Niva, V., Horton, A., Virkki, V. et al. (2023). World’s human migration patterns in 2000–2019 unveiled by high-resolution data. Nature Human Behavior. https://www.nature.com/articles/s41562-023-01689-4
Bien qu’elle soit devenue une question d’actualité dans le débat public et qu'elle soit à l’agenda politique de nombreux pays, l'étude quantitative des migrations et de leurs principaux facteurs à l'échelle mondiale faisait jusque-là défaut. Les modèles de migration humaine dans le monde viennent de faire l'objet d'une étude scientifique à partir de données en haute résolution sur la période 2000-2019. Publiée en septembre 2023 dans la revue Nature, cette étude souligne l'importance de l'analyse des migrations à l'échelle infranationale.
Migration nette et tendances migratoires cumulées au sein des zones administratives communales, provinciales et nationales (source : Niva et al, 2023, Creative communs licence)
Les auteurs de cette étude ont créé une base de données à l'échelle mondiale sur la migration nette annuelle entre 2000 et 2019 à partir d'une grille d'environ 10*10 km, couvrant 216 pays ou États souverains et basée sur les taux de natalité et de mortalité déclarés. Ils montrent qu'à l'échelle mondiale, environ 50 % de la population vit dans des zones où la migration accélère la croissance de la population urbaine, tandis qu'un tiers de la population mondiale vit dans des zones rurales qui connaissent une migration nette positive. Ils montrent aussi que, globalement, les facteurs socio-économiques sont plus fortement associés aux schémas migratoires que les facteurs climatiques. Bien que la méthode dépende de la qualité des données de recensement (d'où des incertitudes notables dans les régions où la couverture ou la qualité des données de recensement sont faibles), les auteurs ont pu appréhender les schémas de migration à l'intérieur des pays, ainsi que par zonage socio-économique et géophysique. Les résultats soulignent l’importance de l’analyse infranationale de la migration – une nécessité pour la mise au point de politiques de coopération internationale et de responsabilité partagée dans la gestion des migrations.
Étude des migrations à l'échelle infranationale. Accès au module cartographique en ligne proposé par l'Université d'Aalto (Finlande)
Lien ajouté le 19 avril 2026
Bui, MHT et K.Heo (2026). « Go to the Bustling South: Intra-Asian North-South Migration in South Korean Mobilities to Vietnam » [Cap sur le Sud animé : migrations intra-asiatiques Nord-Sud dans les mobilités sud-coréennes vers le Vietnam]. Population, Space and Place 32 : e70263. https://doi.org/10.1002/psp.70263
Des chercheurs en mobilités internationales analysent les migrations sud-coréennes vers le Vietnam. Ils montrent que les flux intra-asiatiques ne se limitent pas aux trajectoires Sud-Nord. Un « Sud dynamique » devient une destination centrale. Cette mobilité s’inscrit dans une recomposition géoéconomique rapide. Depuis 1992, les relations Corée-Vietnam favorisent investissements et circulations. La Corée est aujourd’hui le premier investisseur avec plus de 92 milliards de dollars cumulés en 2024. Le Vietnam attire d’abord pour ses opportunités économiques concrètes. Les grandes firmes coréennes, notamment industrielles, entraînent l’arrivée d’expatriés, d’entrepreneurs et de sous-traitants. Ces flux contribuent à transformer les villes et leurs économies locales. Mais ces déplacements répondent aussi à des dynamiques de départ. La crise asiatique de 1997 ou la pression professionnelle en Corée ont poussé de nombreux actifs à chercher ailleurs des conditions de travail et de vie perçues comme plus favorables. Le « Sud » est aussi décrit comme un espace de vie plus accessible et plus apaisé. Les migrants évoquent un rythme de travail moins intense et un environnement social jugé plus équilibré. Cette perception transforme les logiques classiques de migration. L’étude met en lumière une dimension familiale importante. Le Vietnam devient un espace éducatif stratégique. Les écoles internationales y offrent des coûts plus faibles et permettent d’envisager des parcours vers des universités coréennes ou occidentales. Toutefois, ces mobilités restent marquées par des inégalités. Les migrants disposent d’avantages liés à leur capital et à leur nationalité, mais rencontrent aussi des obstacles. La langue, l’accès au marché local ou la concurrence limitent parfois leurs projets. Cette étude montre que le « Sud global » devient un pôle attractif à part entière. Les mobilités intra-asiatiques redéfinissent les hiérarchies spatiales et économiques. Le Vietnam illustre un espace en recomposition, au cœur des circulations contemporaines.
Lien ajouté le 20 avril 2026
« États-Unis : les « sanctuaires » sous la pression de Trump » (Areion24 News - Magazine Carto)
La géographe Charlotte Recoquillon (IFG) analyse le durcissement des politiques migratoires sous Trump et la résistance des "sanctuaires". Elle souligne les tensions entre échelles de pouvoir, révélant une recomposition territoriale où villes et États contestent l’autorité fédérale. Charlotte Recoquillon décrit une intensification des contrôles. Entre octobre 2024 et août 2025, près de 60000 migrants ont été arrêtés par l’ICE. À Los Angeles, des raids ciblent lieux de travail et espaces publics, traduisant une présence accrue de l’État dans les territoires urbains. Face à cette pression, environ 170 juridictions se déclarent « sanctuaires ». Elles limitent leur coopération avec Washington. À Los Angeles, 35,4% des 3,89 millions d’habitants sont nés à l’étranger, ce qui explique l’importance de ces politiques locales de protection. Ces territoires incarnent un conflit politique et spatial. Les autorités locales cherchent à protéger les migrants, tandis que l’État fédéral impose une logique sécuritaire. Le déploiement de 4000 soldats en Californie illustre cette confrontation entre niveaux de pouvoir. La stratégie fédérale repose sur une criminalisation des migrants. Arrestations, expulsions et transferts vers des prisons comme le CECOT au Salvador traduisent une politique de dissuasion, visant à contrôler les flux migratoires par la contrainte et la peur. Cette politique mobilise des moyens massifs. Un budget de 170 milliards de dollars finance la détention, la surveillance et le renforcement du mur frontalier. Le recrutement de 15000 agents montre une militarisation croissante de la gestion migratoire. Un véritable marché des expulsions se développe. Entreprises privées de surveillance, de logistique ou de détention signent des contrats de plusieurs milliards. La gestion des migrants devient un secteur économique structuré, lié à des intérêts industriels. Ces dynamiques redessinent les territoires américains. Entre politiques locales d’accueil et stratégie fédérale de contrôle, les mobilités migratoires deviennent un enjeu central, révélant des fractures sociales et spatiales au cœur du pays.
Lien ajouté le 22 avril 2026
« Sénégal : Une décennie de déplacements climatiques non résolus. Élaborer une politique nationale de relocalisation planifiée » (Human Rights Watch).
Erica Bower montre qu’au Sénégal, le déplacement climatique devient une réalité durable. À Saint-Louis, des familles déplacées depuis 2015 vivent encore ds des sites précaires, révélant l’incapacité à produire des solutions stables. Sur la Langue de Barbarie, des submersions marines ont détruit des villages de pêcheurs en 2015-2016. Environ 1000 personnes ont été relogées à Khar Yalla, un site temporaire inadapté, exposé aux inondations et dépourvu d’infrastructures essentielles. Dix ans après, la situation reste bloquée. Les habitants ne disposent que de permis temporaires et vivent dans des logements précaires. L’accès aux services reste limité, avec seulement une douzaine de foyers raccordés à l’électricité en 2026. Le phénomène dépasse ce cas local. En 2024, plus de 57000 personnes ont été déplacées au Sénégal par les inondations. Cette dynamique illustre une recomposition rapide des littoraux africains sous l’effet du changement climatique et de la montée des eaux. Les experts insistent sur la nécessité d’une relocalisation planifiée. Cela suppose des sites non exposés, des droits fonciers durables et la participation des populations. Fatoumata Kine Mbodji souligne l’importance d’intégrer les habitants aux décisions. L’absence de cadre national transforme les déplacements en crises durables. Le Sénégal pourrait devenir un modèle africain en structurant une politique de relocalisation respectueuse des droits, face à l’augmentation attendue des mobilités climatiques. #geography #climate #migration
MigrExploreR pour géo-visualiser des migrations internationales
Une data visualisation pour étudier les vagues d'immigration aux Etats-Unis (1790-2016)
Analyser et discuter les cartes des "pays à éviter" pour les voyageurs
Une data-story sur les flux de migrations en Afrique occidentale et centrale (DTM-IOM)
Rapport de l'Observatoire des territoires sur l'impact des mobilités en France