Vers un registre mondial des combustibles fossiles


Le registre mondial des combustibles fossiles a pour but de constituer un référentiel ouvert et transparent de données sur la production de combustibles fossiles dans le monde. Le site fournit des données, cartes et graphiques très utiles sur la production de charbon, de pétrole et de gaz ainsi que leurs contributions aux émissions de CO₂.

Interface du Registre mondial des combustibles fossiles 


Historiquement, les efforts pour lutter contre le changement climatique se sont concentrés sur la réduction de la demande de combustibles fossiles. Malgré ces efforts, les émissions de gaz à effet de serre continuent de croître, les combustibles fossiles représentant environ 80 % du mix énergétique mondial. Selon les prévisions, la production en combustibles fossiles d'ici 2030 pourrait même atteindre le double de que ce qui est compatible avec une hausse de 1,5 °C. Une approche holistique de la lutte contre le changement climatique se doit donc d'aborder les deux extrémités du spectre - l'offre et la demande. 

Cependant, les données accessibles au public sont restées longtemps limitées, rendant difficile toute évaluation précise de la quantité extraite de charbon, de pétrole et de gaz, leurs lieux de production ainsi que leur impact sur le budget carbone. Le Registre mondial des combustibles fossiles comble directement ce manque de données en créant un outil centralisé et transparent concernant l'approvisionnement en combustibles fossiles. Ce registre rassemble des milliers de sources de données gouvernementales et d'entreprises en un seul endroit et en open source, du niveau mondial jusqu'au niveau des projets individuels.

"Enfin un registre global sur les énergies fossiles". Présentation du projet et du site sur le site Carbon Tracker (en anglais).

Trois sources mondiales sont utilisées pour compiler les données sur la production et les réserves des pays producteurs de pétrole et de gaz : BP Global Statistical Analysis (BP), données détenues par l'Energy Information Administration, une agence du Federal Statistical System (EIA) des États-Unis, et la base de données des pays producteurs et exportateurs de pétrole (OPEP). Lorsque des ensembles de données à l'échelle nationale sont disponibles, elles sont utilisées en complément.

Les séries chronologiques sont téléchargeables en ligne à partir de trois fichiers : 
  • Pétrole BP (1965-2020), gaz (1970-2020), charbon (1981-2020) (10 223 points de données)

  • EIA pétrole (1965-2020), gaz (1970-2020), charbon (1981-2020) (18 992 points de données)

  • Pétrole OPEP (1960-2019), gaz (1960-2019) (11 226 points de données)

Lien ajouté le 23 septembre 2022


Lien ajouté le 24 avril 2026

« Aujourd'hui, le droit protège les combustibles fossiles : une première conférence internationale veut briser ce verrouillage » (The Conversation).

Les juristes Christel Cournil, Laurence Dubin et Sabrina Robert, analysent les blocages de la transition énergétique. Elles démontrent que le droit international protège encore largement les énergies fossiles, ce qui freine leur sortie effective. La conférence de Santa Marta, organisée par la Colombie et les Pays-Bas, marque une tentative inédite. Elle vise à construire une feuille de route globale fondée sur la réduction des dépendances, la transformation des systèmes énergétiques et une coopération renforcée. Les données confirment l’écart entre discours et réalité. En 2024, la demande énergétique mondiale continue d’augmenter et les projections pour 2030 restent incompatibles avec l’objectif de +1,5°C, révélant un retard structurel dans la transition. Les autrices soulignent un angle mort majeur des politiques climatiques. Depuis trente ans, l’action porte surtout sur la réduction des émissions, sans s’attaquer réellement à la production. Or les infrastructures fossiles structurent durablement les territoires énergétiques. Le verrou principal est juridique. Des milliers de traités d’investissement sécurisent les capitaux fossiles. Le Traité sur la charte de l’énergie, même dénoncé, reste actif pendant vingt ans, ce qui limite fortement la capacité des États à changer de trajectoire. Plus de 220 experts ont ainsi dénoncé les mécanismes ISDS, qui permettent aux entreprises d’attaquer les États. Ce dispositif protège les profits fossiles et dissuade les politiques climatiques ambitieuses, en créant un risque financier et juridique majeur. Les contentieux climatiques progressent néanmoins. La Cour internationale de justice rappelle qu’un État peut être tenu responsable s’il favorise les fossiles. Mais ces décisions restent insuffisantes pour organiser concrètement la fermeture des infrastructures. L’enjeu dépasse la technique énergétique. Il s’agit de transformer un système global mêlant droit, finance et production. Sortir des fossiles implique de réorienter les flux, lever les verrous juridiques et assumer une transition conflictuelle entre acteurs. 

Lien ajouté le 30 avril 2026

« Énergie fossile : 56 pays créent une alliance historique sans les États-Unis  » (La Croix).

56 pays réunis à Santa Marta, en Colombie, créent une alliance pour sortir des énergies fossiles. Sans Chine, États-Unis, Inde ni pays du Golfe, cette diplomatie climatique contourne les blocages des COP.  La conférence rompt avec les négociations onusiennes à près de 200 États, où l’unanimité bloque souvent l’action. Juan Monterrey, représentant du Panama, décrit un processus climatique "pris en otage" et devenu "obsolète" face à l’urgence énergétique. La crise du détroit d’Ormuz donne un relief géopolitique à l’accord. Selon Jochen Flasbarth, secrétaire d’État allemand à l’Environnement, le choc sur le pétrole, l’essence et les billets d’avion montre la fragilité mondiale de la dépendance fossile. Le front n’est pas homogène. Des pays africains producteurs, comme le Nigeria, refusent une sortie brutale. Onuoha Magnus Chidi rappelle que l’économie fossile emploie et finance le développement. Il défend une réduction progressive, avec aides et justice sociale. Les textes de Santa Marta ne sont pas contraignants, mais ils structurent une coalition. Un rapport rassemble des mesures, un groupe scientifique conseillera les gouvernements volontaires, et cette position sera portée à la COP31 d’Antalya en novembre. Cette alliance dessine une nouvelle géographie de la diplomatie climatique. Europe, Amérique latine, Caraïbes et petites îles du Pacifique avancent sans les grands émetteurs. La prochaine conférence aura lieu en 2027 à Tuvalu, avec l’Irlande.

Lien ajouté le 24 mai 2026

« Le Golfe est-il en train de perdre son emprise sur le monde pétrolier ? » (The Conversation).

Adi Imsirovic, spécialiste des systèmes énergétiques à Oxford, montre que la guerre avec l’Iran n’a pas fait exploser le pétrole autant qu’attendu. Malgré un détroit d'Ormuz bloqué, les prix tournent autour de 100 $, car les Amériques amortissent le choc. Avant la guerre, l’Agence internationale de l’énergie estimait déjà que la hausse de la demande mondiale en 2026 pouvait être couverte presque entièrement par les Etats-Unis, le Canada, le Brésil, le Guyana et l’Argentine. Le centre pétrolier se déplace vers l’ouest. La fermeture d’Ormuz retire jusqu’à 14 millions de barils par jour du marché, mais elle stimule d’autres producteurs. Aux Etats-Unis, les exportations de brut atteignent 6,44 millions de barils par jour en avril, avec 800.000 barils de capacité portuaire ajoutés en 2026. Le Brésil accélère aussi. Huit nouvelles unités flottantes offshore ajoutent près de 1,5 million de barils par jour de capacité. Dans le bassin de Santos, Petrobras lance Búzios avec cinq mois d’avance, profitant de prix élevés et d’un Atlantique devenu stratégique. Le Guyana devient l’un des producteurs les plus rapides du monde, déjà autour de 900.000 barils par jour et peut-être deux fois plus d’ici 2030. Avec les Etats-Unis, les Amériques pourraient produire 30 millions de barils par jour fin 2026, presque le niveau pré-guerre de l’OPEP. Ce basculement vient aussi de l’OPEP. En limitant l’offre pour garder des prix hauts, l’Arabie saoudite a rendu rentables les pétroles plus coûteux des Amériques. Le schiste nord-américain a besoin d’environ 50 à 65 dollars le baril, contre moins de 10 dollars dans certains champs du Golfe. Le Golfe garde donc des atouts décisifs. Ses coûts bas, ses réserves, sa proximité avec l’Asie et les raffineries conçues pour ses bruts moyens protègent son rang. L’Arabie saoudite et les Emirats construisent aussi des routes qui contournent Ormuz. Les Amériques deviennent un producteur d’ajustement capable d’amortir les crises, mais le Golfe reste le cœur du pétrole tant que la demande demeure massive. Le pouvoir énergétique dépend des coûts, des ports, des réserves et des détroits. 

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