Source : Françoise Briegel, « Activités perceptives et cognitives : le cadastre sarde (XVIIIe siècle) ». Actes de colloque Matières à raisonner, sous la dir. de Françoise Briegel, 2022.
Le cadastre sarde dit « mappe sarde » est une collection de documents cadastraux cartographiques réalisés au début du XVIIIe siècle sur l'étendue du duché de Savoie, hormis le Val d'Aoste, qui disposait à l'époque de lettres de franchises l'exonérant du paiement de la taille. Il constitue le premier cadastre graphique européen.
Extrait de la mappe sarde (Wikipedia)
Résumé de l'article
Premier cadastre cartographié parcellaire de grande envergure d’Europe occidentale, la mappe sarde, initiée par Victor-Amédée II est achevée en dix ans (1728-1738). La mappe comprend plus de 1350 plans réalisés sur la base d’une échelle identique (1/2400e). Ces plans proposent une représentation topographique des propriétés foncières de l’ensemble des quelques 640 communes du Duché. Cet article montre comment la représentation graphique épouse les capacités perceptives et cognitives des humains, lesquelles favorisent le repérage des formes simples, l’appropriation de ce nouvel objet graphique et sa mémorisation.
Pour Françoise Briegel, le plan cadastral propose une perspective d’en haut et artificielle. Au XVIIIe, les procédés d’arpentage favorisent l’aspect polygonique parcellaire. La manière de relever et de mesurer les distances s’appuie sur la triangulation. Cette géométrisation de l'espace introduit une nouvelle culture graphique auprès de la population rurale. Le cadastre sarde, dès les années 1738, participe de cette « invention de la propriété privée » que connaîtra la France au moment de la Révolution.
Accès aux fonds des mappes sardes sur le site des Archives départementales de la Haute-Savoie (ADHS) et à son outil de recherche avancée.
Plan de Bonneville (source : ADHS)
Méthode de lever les plans et les cartes de terre et de mer par M. Ozanam (1781) à consulter sur Gallica.
La pratique universelle pour la rénovation des terriers et des droits seigneuriaux (1746) d'Edme de La Poix de Fréminville contient également des conseils sur la manière de faire "arpenter et lever un plan géométrique par le notaire ou l'arpenteur" (Gallica).
Jean-Jacques Rousseau, employé au cadastre de Chambéry dans les années 1730, a été en contact avec la mappe sarde. Il en parle dans le livre V des Confessions.
Le Cadastre sarde de 1730 en Savoie. CR de Paul Guichonnet. Études rurales, 85, pp. 99-101, 1982.2
L’ingénieur militaire et la description du territoire du XVIe au XVIIIe siècle. In Monique Pelletier (2002). Cartographie de la France et du monde de la Renaissance au Siècle des lumières. Bibliothèque nationale de France, éditions Open Book.
Pour en savoir plus
Lien ajouté le 24 février 2026
Les terriers de l’abbaye de l’Île-Barbe du XIVe au XVIIe siècle, Memini, travaux et documents, https://doi.org/10.4000/memini.2366
Les terriers de l’abbaye de l’Île-Barbe du XIVe au XVIIe siècle, Memini, travaux et documents, https://doi.org/10.4000/memini.2366
Les articles réunis dans ce volume de Memini résultent d’un projet de recherche collectif mené à l’Université Laval et à Lyon. De 2016 à 2022, Charlotte Gaillard et Mélanie Foucault, du Service archéologique de la Ville de Lyon (SAVL), ont dirigé un Programme collectif de recherches (PCR) intitulé « Le monastère de l’Île‑Barbe et son territoire ». L'objectif est notamment de contribuer à l’étude des terriers produits entre le XIVe et le XVIIIe siècle par et pour les officiers de l’abbaye, dans le but d’en extraire les données géo‑historiques susceptibles de nourrir le PCR. La mise en forme publique d’un terrier, sous la forme d’un codex (forme majoritaire), ou d’un rouleau (trois cas dans la deuxième moitié du XIVe siècle) procède évidemment d’écritures préalables, en particulier des enregistrements faits par les notaires lorsque les tenanciers ont reconnu (ou confessé) les biens qu’ils tenaient des officiers monastiques. Ces rédactions primitives n’ont pas été prises en compte dans la présente recherche ; il aurait fallu pour cela dépouiller systématiquement les registres des notaires lyonnais des XIVe‑XVIIe siècles. Les 49 terriers repérés sont répertoriés et décrits.
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