L'Insee propose un nouveau gradient de la ruralité (La France et ses territoires, édition 2021)


L'Insee propose un nouveau gradient de la ruralité à travers l'étude quelle vient de sortir sur La France et ses territoires.

L'objectif est de rendre compte des réalités des territoires et de leurs transformations. Réalités multiformes et hétérogènes selon leur géographie et leur histoire, les espaces ruraux se définissent d’abord par leur faible densité de population. Jusqu’en 2020, l’Insee caractérisait le rural comme l’ensemble des communes n’appartenant pas à une unité urbaine, définie par le regroupement de plus de 2 000 habitants dans un espace présentant une certaine continuité du bâti. La nouvelle définition proposée rompt avec cette approche centrée sur la ville. Les territoires ruraux désignent désormais l’ensemble des communes peu denses ou très peu denses d’après la grille communale de densité. Ils réunissent 88 % des communes en France et 33 % de la population en 2017.

Cette seule caractéristique de l'espace rural ne permet pas d’en appréhender toutes les dimensions. Il faut y associer des critères de type fonctionnel, notamment le degré d’influence d’un pôle d’emploi. Avec cette approche, quatre catégories d’espaces ruraux se dessinent, allant des communes rurales très peu denses, hors influence d’un pôle, aux communes sous forte influence d’un pôle.


Simple révision des critères de définition du rural ou véritable changement dans la manière d'appréhender les espaces ruraux ? Là où il était question depuis des années de dire que "le rural n'existe plus", l'INSEE recréée des catégories de zones peu et très denses "autonomes" des centres urbains. Une vision du rural qui ne va pas manquer d'être discutée par les géographes, urbanistes comme ruralistes... et les autres aussi bien sûr !

Pierre Pistre et Frédéric Richard avaient déjà attiré l'attention sur ce problème de catégorisation du rural dans un article publié en 2018 sur Géoconfluences : « Seulement 5 ou 15 % de ruraux en France métropolitaine ? Les malentendus du zonage en aires urbaines ». Les auteurs invitaient à une approche plus « ruralo-centrée » des espaces français allant jusqu'à affirmer que « les habitants du périurbain se perçoivent avant tout comme vivant à la campagne ».

Pour Michel Lussault, « l’étude insiste sur le fait que la mondialisation influe y compris sur les territoires les moins polarisés. Je n’aurais toutefois pas employé le terme autonome. Car ce que montre l’analyse est différent de ce que dénote le concept d’autonomie. L’analyse indique que la relation à un pôle urbain se croise avec la relation à un système (le système-Monde urbanisé). C’est la combinatoire de ces liens qui permet de spécifier divers « géo types » ruraux et leurs modalités principales d’urbanisation [...]. Cette double logique cumulative (pôle/système global) est observable au sein des espaces très polarisés également [...]. Il est important d'identifier à la fois la polarisation (par un  ou plusieurs pôles d'urbanisation) et les relations au système qui viennent se combiner avec les effets de polarisation. »

Pour Olivier Bouba-Olga, professeur de sciences économiques à l’Université de Poitiers, il faut saluer cette initiative de l'Insee, mais "la nouvelle définition du rural est encore perfectible [...]. Il y a une diversité de mondes ruraux et d'autres critères doivent être croisés [...]. On a tous les cas possibles, les villes qui attirent, qui repoussent, et même chose pour les campagnes ! Il y a une diversité de processus qui coexistent. Si on veut mieux qualifier la diversité du monde rural, il faudrait croiser les données avec d'autres indicateurs [...]. La marge pour mieux définir le rural et ne pas passer à côté des différentes "ruralités" est encore large. Autre écueil à éviter : la focalisation sur les territoires ruraux, qui remplacerait l'obsession de cette dernière décennie pour les métropoles. "On a toujours l'impression qu'il faut trouver la catégorie de territoires qui est dynamique. Hier on disait que l'avenir c'était les métropoles, maintenant il faudrait mettre le paquet sur le rural, regrette le chercheur. L'enjeu c'est surtout les flux entre les territoires, ce qui circule entre eux. » (source : Banque des territoires). Voir également l'analyse d'Olivier Bouba-Olga sur le site Géoconfluences (Qu’est-ce que le « rural » ? Analyse des zonages de l'Insee en vigueur depuis 2020).

Par « rural autonome », il semble qu'il faille entendre un éloignement des services (doc. 6), malgré  la forte mise en tourisme (doc. 7). La typologie mêle des dimensions fonctionnelles avec une dimension démographique (la densité). Elle a le mérite d'être exploratoire.



Si on compare cette typologie des territoires ruraux avec celle des aires d'attraction urbaine également redéfinies par l'INSEE, on s'aperçoit au delà du contraste des couleurs que c'est la notion de pôle urbain qui reste la référence. 

Lien ajouté le 25 mai 2021
Études régionales

Pour compléter

La France et ses territoires (INSEE Références - Edition 2021) constitue une publication de référence qui contient de nombreuses cartes et analyses tout-à-fait intéressantes pour saisir l'évolution des territoires et dégager des pistes de réflexion sur plusieurs plans :


Lien ajouté le 22 octobre 2026

« Rural, urbain et périurbain : une nouvelle typologie. Définition, répartition et évolution démographique sur longue période » (Carte du mois - Mars 2025, Région Nouvelle Aquitaine)

Que pèse le rural, l’urbain ou le périurbain dans la population, l’emploi, la pauvreté, la consommation foncière ou d’énergie, les émissions de gaz à effet de serre… ou tout autre variable d’intérêt ? Quelles sont les dynamiques comparées de ces catégories pour tous ces sujets ? Les différences observées entre elles sont-elles significatives ou secondaires ? Répondre à ces questions suppose de s’entendre sur la définition du rural, de l’urbain et du périurbain. Un certain consensus a émergé ces dernières années : il consiste à combiner la grille communale de densité, pour distinguer l’urbain et le rural, et le zonage en aires d’attraction des villes, pour distinguer au sein du rural le rural sous influence, qualifié également de rural périurbain, et le rural autonome, ou rural non périurbain. On disposerait donc d’un ensemble de définitions simples à mobiliser : l’urbain correspondrait aux communes les plus denses, le rural aux communes les moins denses et le périurbain au sous-ensemble du rural sous influence.

A la suite d'Offner (2025) , on peut cependant considérer que ceci tend à minorer l’importance du périurbain. Il propose donc de le définir en ajoutant aux communes rurales sous influence l’une des catégories des communes urbaines : les ceintures urbaines. Il est alors possible de distinguer 4 types de communes :
  • les communes urbaines non périurbaines, qui correspondent aux 3 premiers niveaux de la grille communale de densité : grands centres urbains, centres urbains intermédiaires, petites villes
  • les communes urbaines périurbaines, qui correspondent au 4 ème niveau de la grille : les ceintures urbaines
  • les communes rurales périurbaines, qui correspondent aux communes des 3 derniers niveaux de la grille de densité (bourgs ruraux, communes rurales à habitat dispersé, communes rurales à habitat très dispersé) et qui appartiennent à des aires d'attraction des villes de 50 000 habitants ou plus,
  • les communes rurales non périurbaines, qui sont des communes des 3 derniers niveaux de la grille et qui sont hors aire d'attraction, ou qui appartiennent à des aires de 50 000 habitants ou moins.
Articles connexes