Vagues de chaleur, sécheresses, submersions : la France doit
anticiper les effets du réchauffement, en s'adaptant dès aujourd'hui à un "proche avenir climatique qui est pour l’essentiel déjà écrit".
Tel est le bilan d'un rapport publié le 16 mai 2019 par les sénateurs Ronan Dantec (écologiste,
Loire-Atlantique) et Jean-Yves Roux (divers gauche,
Alpes-de-Haute-Provence) sur l’adaptation de la France aux dérèglements
climatiques à l'horizon 2050.
Dans un document de 150
pages, commandé et adopté par la délégation à la prospective du Sénat et
rédigé à l’issue de l’audition de 36 experts, les sénateurs avancent des propositions pour « enclencher une véritable mutation de la société »,
telles que la mise en place d’un plan national d’adaptation de
l’agriculture, le développement de normes de construction
anti-inondations ou l'accès en open source aux données
climatiques.
Ce rapport contient un grand nombre de cartes et de graphiques issus de travaux scientifiques sur le sujet. Ces documents permettent d'une part d'étudier les conséquences prévisibles de ces dérèglements climatiques et d'autre part de discuter des propositions avancées pour s'adapter au changement. En voici une sélection. Les sources citées permettent de rechercher ces documents sur différents sites (Météofrance, BRGM,...) car certains documents ne sont pas d'une grande qualité graphique (il s'agit de la version provisoire du rapport). Les deux derniers documents constituent une synthèse des conséquences sur les différents territoires de l'Hexagone : bien qu'il s'agisse de simplifier le message auprès du grand public, on pourra en discuter la signification car les limites des dérèglements semblent s'arrêter aux régions administratives (sans parler de l'infographie qui ne gagne pas en lisibilité).







Ce rapport insiste sur le fait que "pour faire face à ces impacts sanitaires, économiques ou écologiques, il est nécessaire de changer d’échelle et d’ambition dans les politiques d’adaptation au changement climatique, notamment en diffusant plus largement la culture de l’adaptation dans les territoires et dans le tissu économique".
Surtout le rapport montre clairement que l'on est déjà dans un scénario pessimiste et que la réduction des dérèglements ne peut s'envisager que sur un temps long :
"Qu’on réduise fortement les émissions globales de gaz à effet de serre ou que celles-ci se poursuivent au rythme actuel, il faudra faire face à une aggravation significative des divers impacts du réchauffement déjà observables. À plus long terme, pour la seconde partie du siècle, le scénario des évolutions climatiques dépendra de la capacité de la communauté internationale à se mobiliser enfin pour réduire les émissions. Dans le scénario optimiste, mais de moins en moins probable, de leur réduction forte et rapide, nous pourrions nous maintenir dans une situation climatique maîtrisée. En revanche, dans le scénario de leur poursuite au rythme actuel, la France serait conduite dans une situation alarmante vers 2080."
Le rapport fait une liste de 18 propositions résumées dans une
infographie. Ces propositions concernent la gestion de l'eau, de l'agriculture, du tourisme,... mais aussi l'éducation et la formation, la recherche scientifique. L'idée est de développer "une culture de l'adaptation" et de construire une "culture climatique citoyenne". Les visées pédagogiques et éducatives sont donc fortes :
1. S’appuyer davantage sur les institutions ayant vocation à structurer le débat sociétal pour créer une mobilisation et un large accord national sur la stratégie d’adaptation :
- renforcer le rôle du Parlement dans la définition et le suivi des politiques d’adaptation, en votant une loi-cadre sur l’adaptation ou en créant les outils d’un suivi budgétaire transversal des politiques climatiques ;
- conforter le rôle du Conseil économique social et environnemental et du Conseil national de la transition écologique dans l’animation du débat national sur la transition climatique et dans l’orientation des politiques d’atténuation et d’adaptation.
2. Mettre fortement l’accent sur les enjeux climatiques dans l’éducation et la formation pour construire une culture climatique citoyenne et intégrer les compétences nécessaires à la transition climatique dans les cursus de formation ;
3. Ne plus opposer politiques d’atténuation et politiques d’adaptation, mais assurer leur synergie et utiliser la lisibilité et l’impact concret des politiques d’adaptation pour dynamiser les efforts d’atténuation ;
4. Porter la nécessité d’une implication européenne forte sur ces sujets (PAC, législations sur le droit des assurances...). Renforcer l’accompagnement par l’État des collectivités et des acteurs économiques en prolongeant les avancées du 1er Plan national d’adaptation au changement climatique ;
5. Accentuer le soutien financier à la recherche et à l’expertise scientifique dans les domaines liés à l’impact du dérèglement climatique, que ce soit sur les activités humaines ou la biodiversité ;
6. Accorder un accès gratuit aux données nécessaires à l’élaboration des politiques d’adaptation, notamment aux scénarios climatiques régionalisés de Météo-France ;
7. Sortir de l’état de carence de l’outil statistique de suivi du secteur du tourisme, afin de construire des analyses prospectives et une stratégie d’adaptation pour ce secteur ;
8. Renforcer le centre de ressources prévu dans le PNACC-2 et créer un portail national de l’adaptation associant l’ensemble des services et opérateurs compétents de l’État, pour en faire le guichet unique d’un service public de l’adaptation ;
9. Instaurer un pilotage plus interministériel des politiques d’adaptation et faire émerger une culture de l’adaptation commune à tous les services de l’État ;
10. Procéder à l’estimation des besoins financiers nécessaires aux politiques d’adaptation et créer les outils nécessaires en respectant 4 principes : affectation, contractualisation, solidarité et cohérence. Accélérer la déclinaison des politiques d’adaptation dans les collectivités et les filières économiques
11. Conforter la fonction d’orientation stratégique des Régions par la généralisation de prospectives régionales sur le modèle aquitain AcclimaTerra, par des projets de démonstrateurs régionaux et par la contractualisation d’objectifs d’adaptation dans les financements régionaux ;
12. Faciliter l’appropriation par les intercommunalités de leurs compétences en matière d’adaptation par un meilleur accompagnement des collectivités portant les projets de Plan Climat Air Énergie Territoriaux, par la formation des élus et par la montée en gamme de l’ingénierie du volet « adaptation » des PCAET ;
13. Assurer une coopération large et souple autour des Régions et des intercommunalités, incluant notamment les agences de l’eau, les comités de massif, les départements et les communes ;
14. Multiplier sur tous les périmètres géographiques pertinents les travaux de prospective inclusifs pour créer une culture commune de l’adaptation et construire des projets de territoires. Accentuer l’effort national dans quatre chantiers d’adaptation complexes et sensibles
15. Renforcer le soutien aux territoires les plus vulnérables au changement climatique :
- décliner le PNACC dans chaque territoire ultramarin et y accélérer la mise en œuvre de normes de construction anticycloniques ;
- accompagner les territoires de montagne, notamment sur l’enjeu du pastoralisme et de la diversification vers un tourisme « quatre-saisons » des stations de moyenne montagne ;
- répondre aux besoins des territoires littoraux, en levant les blocages juridiques et financiers aux politiques de repli, en précisant le régime applicable aux zones d’occupation temporaire ou encore en fixant les cotes de montée des eaux pour les travaux d’aménagement littoral.
16. Mettre en place une politique ambitieuse d’adaptation du bâti :
- fixer clairement les paramètres climatiques que les professionnels de la construction devront prendre en compte et leur faciliter l’accès aux données climatiques ;
- développer des normes de construction anti-inondations de type AFNOR applicables en zones inondables ; - intégrer l’enjeu de la canicule dans la culture urbanistique et architecturale, notamment en la plaçant au centre des réflexions sur la norme RT 2020 ;
- évaluer scientifiquement les effets des programmes de végétalisation des villes et leurs apports en matière de lutte contre les îlots de chaleur urbains ;
- encourager les techniques de production de froid durable, notamment par géothermie, pour éviter une prolifération anarchique des climatiseurs air/air.
17. Mettre en place des politiques de l’eau adaptées au changement climatique :
- donner la priorité à une utilisation plus économe (amélioration du rendement des réseaux, développement des équipements hydro-économes ou de récupération des eaux de pluie) et aux solutions fondées sur la nature (désartificialisation des sols ; préservation des zones humides) ;
- développer des incitations financières cohérentes avec ces priorités par des mécanismes de tarification de l’eau adéquats ;
- préserver les moyens des agences de l’eau ;
- faire émerger des visions communes et des projets de territoire sur la question de l’eau, en s’appuyant notamment sur des exercices de prospective de type Garonne 2050 ;
- aller vers une gestion intégrée de la ressource des grands fleuves sur le modèle du Rhône et de la Compagnie nationale du Rhône.
18. Mettre en place un plan national d’adaptation de l’agriculture pour en faire un atout dans la transition climatique et préserver la souveraineté alimentaire de la France :
- mieux rémunérer les services agro-environnementaux afin d’accélérer la mutation vers l’agroécologie, notamment en mobilisant des fonds sur le pilier 2 de la PAC ;
- intégrer l’enjeu de l’irrigation de manière responsable en développant le stockage de surface là où il est nécessaire mais en le conditionnant à la mise en œuvre de pratiques agricoles plus économes de l’eau et respectueuses de la biodiversité.
Lien ajouté le 14 septembre 2021
Lien ajouté le 22 juillet 2022
Lien ajouté le 24 avril 2023
Lien ajouté le 20 mars 2025
Climat futur en France : à quoi s’adapter ? Météo-France publie un rapport sur la variabilité, les extrêmes et les impacts climatiques.
Les conclusions sont sans appel : nous verrons des épisodes extrêmes de plus en plus sévères d’ici la fin du siècle.
➡️ Le rapport : meteofrance.fr/actualite/pr...
[image or embed]
— Météo-France (@meteofrance.com) 20 mars 2025 à 19:14
Lien ajouté le 6 février 2026
« Un habitant sur sept vit dans un territoire exposé à plus de 20 journées anormalement chaudes par été dans les décennies à venir » (
Insee Première, 2022).
« D’ici 2050, la température pourrait augmenter de 1,8 degré en Normandie par rapport à la période 1976-2005 » (
Insee Première, 2026).
Évolution des températures estivales moyennes (en °C) entre les périodes 1976-2005 et 2021-2050
(Insee Première, 2026)
Lien ajouté le 12 février 2026« Face au changement climatique, la Normandie plus vulnérable qu’elle ne le croit » (
The Conversation).
Julien Réveillon (Université de Rouen) analyse la vulnérabilité climatique normande. Il montre qu’un climat océanique réputé tempéré masque des risques croissants. L’enjeu est de dépasser l’illusion d’abri pour penser l’adaptation territoriale. Seuls 52% des Normands disent ressentir le dérèglement, contre 71% en France. Ce décalage tient aux flux d’ouest et à des étés moins extrêmes. Pourtant, les indicateurs évoluent vite. À Rouen, les jours à plus de 25°C passent de 14 par an en 1971 à 40 en 2023. Les 8 années les plus chaudes depuis 1970 surviennent après 2014. Le réchauffement régional pourrait dépasser +3°C d’ici 2100. Le littoral recule de 20 à 25 cm par an, parfois 40 cm près des zones urbanisées. L’élévation marine projetée atteint 1,1 à 1,8 m d’ici 2100. En mars 2020, la tempête Ciara et la surcote bloquent l’écoulement de la Seine et inondent les quais de Rouen. Le risque devient systémique. Une forte pluie combinée à marée haute et tempête peut inonder la rive gauche industrielle de Rouen, où se concentrent des sites Seveso. L’aléa naturel déclenche alors des risques industriels, sanitaires et sociaux en cascade. Le Giec normand, créé en 2019, publie des rapports en 2020 puis 2023-2024. Il élargit l’analyse aux dimensions sociales, juridiques et économiques. Les sciences humaines montrent des vulnérabilités différenciées face à la submersion ou aux canicules. Réveillon critique l’approche en silo. Inondations, sécheresses et canicules sont traitées séparément. Or les crises climatiques combinent aléa, exposition et vulnérabilité. Une digue ou une renaturation mal pensée peut déplacer le risque ou en créer d’autres. L’enjeu est de passer du diagnostic à des scénarios territoriaux intégrés. Les métropoles et la région constituent l’échelle pertinente pour articuler science, aménagement et justice sociale. La Normandie doit se penser comme un système exposé, non protégé.
Lien ajouté le 19 février 2026
« Rapport au ministre de l’Économie des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique sur le Régime d’Indemnisation des Catastrophes Naturelles » (
CCR, 2025).
La Caisse Centrale de Réassurance (CCR) a réalisé une étude clé sur l’assurabilité des risques climatiques. Le message est clair : le système tient encore, mais sans prévention renforcée, il ne tiendra pas longtemps. Les sinistes en termes de catastrophes natturelles représentent 1,7 milliard d’euros en 2024. Les risques climatiques sont de plus en plus localisés, mettant les territoires sous tension. L'objectif est de lier assurance, prévention et urbanisme. Il s'agit également de rendre certaines mesures obligatoires, en fonction des risques réels. Les propositions visent à contribuer au maintien de l’assurabilité des territoires et des citoyens, à anticiper l’évolution attendue des risques à moyen et long terme, et à préserver les équilibres qui fondent le dispositif : stabilité financière du régime, continuité de l’offre d’assurance, efficacité de la solidarité nationale et bon fonctionnement de la mutualisation entre assureurs privés et réassurance publique, mais également sur le volet de la prévention des risques. La décision est désormais politique.
Articles connexes
Renforcer l'atténuation, engager l'adaptation (3e rapport du Haut Conseil pour le climat - 2021)