La carte des pays qui interdisent TikTok : une carte en constante évolution

 

TikTok est une application mobile de partage de courtes vidéos et d'images, ainsi qu'un réseau social, lancée en 2016. Développée par l'entreprise chinoise ByteDance pour le marché non chinois, l'application accessible en Chine est dénommée Douyin (soumise à la vision du Parti communiste chinois sur les contenus et sources appropriés). TikTok est rapidement devenue très populaire chez les jeunes internautes atteignant, selon la plate-forme, plus d'un milliard d'utilisateurs dont 22 millions d'utilisateurs actifs mensuels en France (source : Wikipédia).

Dans le monde, plusieurs pays restreignent ou interdisent TikTok pour différentes motifs moraux ou politiques. L'Inde, le Pakistan, l'Afghanistan, la Jordanie, le Kirghizstan, le Népal, la Somalie ont totalement prohibé l'application chinoise pour des raisons religieuses, pour ne pas « promouvoir l'obscénité » ou préserver « l'harmonie sociale ». Pour ce qui est des pays occidentaux, le réseau social chinois fait aussi l'objet de critiques. S'il n'y a pas d'interdiction au sens propre du terme, des restrictions sont mises en place principalement pour « protéger les enfants » ou pour « préserver la souveraineté nationale », TikTok étant soupçonné de collecter des données pour la Chine. 

Le Parlement européen, la Commission européenne et le Conseil de l'UE, les trois principaux organes de l'UE, ont tous interdit TikTok sur les appareils de leur personnel, invoquant des problèmes de cybersécurité. En France, l'application a été suspendue temporairement par le gouvernement français en mai 2024 en Nouvelle-Calédonie lors d'émeutes meurtrières contre un projet de réforme électorale. Elle est interdite également pour les administrations publiques. D'autres pays comme la Belgique, le Canada, le Danemark, la Norvège, la Nouvelle-Zélande ou encore le Royaume-Uni interdisent l'utilisation de TikTok sur les appareils professionnels ou à leurs collaborateurs. 

Pays qui ont interdit ou retreint TikTok (source : Wikipédia)

  • En rouge : pays où l'interdiction est complète
  • En orange : pays n'autorisant qu'une version locale
  • En rose : pays où TikTok n'est plus disponible en téléchargement
  • En jaune : pays où des interdictions sont prévues 
  • En bleu : pays avec interdiction partielle pour les administrations 
  • En violet : pays où il existe des interdictions de jure, mais qui ne sont pas appliquées de facto

Cette carte, datée de février 2023, pourrait bien évoluer dans les semaines et mois qui viennent (la catégorie en violet a été ajoutée le 20 janvier 2025 pour tenir compte des déclarations de Trump). La décision de la Cour suprême d’interdire complètement TikTok aux États-Unis à partir de janvier 2025 pour des raisons de sécurité nationale vient relancer le débat et lui donner une tournure nettement politique. Les États-Unis deviendraient le premier grand pays occidental à interdire purement et simplement la plateforme à tous ses concitoyens. D'habitude, ces restrictions sont principalement le fait de gouvernements non démocratiques (voir la carte Statista des pays qui bloquent les réseaux sociaux). Dans le monde, ce sont plus de 3 milliards de personnes qui sont peu ou prou interdites d'utilisation de TikTok (voir la liste détaillée des pays avec les motifs invoqués sur Wikipédia).

TikTok conteste les accusations selon lesquelles il recueille plus de données sur les utilisateurs que les autres entreprises de médias sociaux et a qualifié les interdictions de « désinformation fondamentale », affirmant qu'elles avaient été décidées « sans délibération ni preuve ». Alors qu’il voulait interdire TikTok aux États-Unis en 2020, Donald Trump se bat désormais pour que l’application ne disparaisse pas du territoire. Il faut dire que TikTok a grandement contribué au succès de Donald Trump dans sa campagne électorale auprès des jeunes. Le président américain a même invité Shou Chew, le patron de TikTok, à assister à son investiture, aux côtés des proches du républicain et d’officiels de haut rang. Il sera assis à côté d’autres dirigeants du secteur technologique dont Elon Musk, Mark Zuckerberg et Jeff Bezos. 

Les États-Unis sont loin de constituer l’unique marché du réseau social – il cumule aussi un grand nombre d’utilisateurs dans des pays comme l’Indonésie, le Brésil ou le Mexique, ainsi que dans de nombreux États européens. Entre 2023 et 2024, TikTok revendiquait par exemple 134 millions d’utilisateurs mensuels au sein de l’Union européenne et 325 millions en Asie du Sud-Est, contre 170 millions aux États-Unis. L’entreprise n’est pas cotée en Bourse et ne divulgue pas ses informations économiques essentielles mais, selon le Financial Times, les États-Unis représenteraient moins de 15 % de ses revenus mondiaux. En outre, Pékin gagnerait beaucoup à pouvoir dénoncer la censure de TikTok sur le territoire de son principal adversaire.

L’interdiction de TikTok sous couvert de « sécurité nationale » soulève de sérieuses questions sur les excès de pouvoir du gouvernement et leur impact sur la liberté d’expression. Elle est à replacer dans le débat sur l'influence des technologies et des réseaux de communication sur la vie quotidienne des citoyens. Elle interroge aussi la nature des liens entre États souverains et géants mondiaux de l'Internet. Twitter et Facebook véhiculent beaucoup de fake news et ne sont pas pour autant interdits par la justice américaine. Pour Florian Zandt, data journaliste qui a mis à jour sur Statista la carte des pays interdisant TikTok, « les critiques de la campagne en faveur d'une interdiction générale de TikTok affirment que les motivations sont soit une sinophobie latente, soit une limitation du soft power de la Chine dans une nouvelle guerre froide ». 

Sources

« TikTok, réseau social chinois de partage de vidéo » (Wikipédia). Une bonne synthèse sur l'histoire, le fonctionnement, les principaux motifs d'interdiction de TikTok (addictions, harcèlement et agressions, censure et propagande, désinformation, protection des données, sécurité des États...).

« Quels pays ont interdit TikTok et pourquoi ? ». Si les États-Unis seront probablement le premier pays à interdire purement et simplement TikTok, de nombreux autres pays s'inquiètent des liens entre la plateforme et la Chine (Euronews).

« TikTok banni aux États-Unis : comment Trump espère sauver l’application malgré la décision de la Cour suprême ». Alors qu’il voulait interdire TikTok aux États-Unis en 2020, Donald Trump se bat désormais pour que l’application ne disparaisse pas du territoire (Huffington Post).

« Dans le monde, quels sont les pays qui restreignent TikTok ? ». Dans le monde, plusieurs pays restreignent et interdisent TikTok. Pour la première fois en Europe, l'Albanie a décidé de bloquer le réseau social chinois dans son pays. (TV5 Monde).

« TikTok dans le viseur de la Commission européenne pour ses publicités visant les enfants ». La Commission souhaite que l’application phare des adolescents se conforme aux règles européennes en matière de publicités déguisées vis-à-vis des mineurs (Le Monde).

« Pour Thierry Breton, les géants d’Internet manipulent le concept de liberté de parole ». L’artisan de la législation européenne sur le numérique estime que les géants du web manipulent le concept de censure. Fake news, leur répond-il, l’Europe respecte de manière absolue la liberté de parole. (Ouest-France).

« L’étrange sauvetage de TikTok par Donald Trump ». A la lumière de l’affaire TikTok, il est difficile d’accuser l’Union européenne de vouloir limiter la liberté d’expression et brider l’innovation en régulant les plateformes américaines. Les Etats-Unis, eux, ne régulent pas, ils mettent au pas (Le Monde).

« Le concept de liberté d’expression est devenu une arme de guerre aujourd’hui, il a été complètement arsenalisé... La modération passe pour de la censure ». Asma Mhalla (Linkedin).

« Comment l'application TikTok échoue à protéger ses jeunes utilisateurs de la désinformation ». La viralité des contenus sur l'application de partage de vidéos facilite la diffusion de fausses informations auprès d'un public très jeune qui n'a, souvent, pas les armes pour démêler le vrai du faux (France Info).

« Fake news, mise en danger des jeunes : faut-il interdire TikTok ? » (The Conversation). En 2024, la Commission européenne a ouvert une procédure contre TikTok. En France, l’Assemblée nationale doit examiner la création d’une commission d’enquête concernant les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs, notamment les risques de pensées et de comportements suicidaires.

« Dans les smartphones des écoliers : TikTok, ça nous rend fous… ». Plusieurs journalistes de l’AFP, membres de l’association Entre les lignes, ont animé des ateliers d’éducation aux médias dans des écoles primaires. Retour sur leur expérience. (Le Monde).

« Les ados ne vont pas sur TikTok uniquement par narcissisme ». Contrairement à d'autres réseaux sociaux, TikTok a un fort potentiel créatif  (Slate).

« Blocage de TikTok en Nouvelle-Calédonie : retour sur un fiasco démocratique ». La théorie des « circonstances exceptionnelles » ne permet pas pour autant de sacrifier la liberté d’expression en ligne sur l’autel d’une sacro-sainte sécurité (La Quadrature du Net).

« L’ère TikTok : une histoire industrielle et politique ». Dans une enquête au long cours au cœur de la guerre des capitalismes politiques, Alessandro Aresu raconte l’histoire d’une plateforme qui a changé nos vies — et le basculement d’un monde dont la tiktokisation totale semble inévitable (Le Grand Continent).

« La TikTokisation du monde ». Cette plate-forme donne des sueurs froides aux autorités américaines et européennes. Mais ce n’est pas la seule raison qu’on peut avoir de s’inquiéter de TikTok. Le monde est en train de se « TikTokiniser », entendez par là que les modes et les manières d’exister sur la plateforme s’imposent dans tous les domaines de la vie sociale et culturelle (Serge Tisseron).

« X, Facebook et Instagram menacent nos écosystèmes d’information : quelles alternatives ? ». La tiktokisation (désinformation) du monde est en marche, mais elle concerne aussi les autres plateformes (The Conversation).

« Interdiction de TikTok : problèmes de sécurité ou sinophobie ? ». Alors que les autorités affirment qu'il n'est pas certain que le gouvernement chinois puisse extraire et utiliser les données des utilisateurs occidentaux de TikTok, ce qui pose un risque de sécurité très important, les critiques de la campagne en faveur d'une interdiction générale de TikTok affirment que les motivations sont soit une sinophobie latente, soit une limitation du soft power de la Chine dans une nouvelle guerre froide (Statista).

« Deepseek : un code caché envoie les données à une entreprise proche de l'armée chinoise, selon des chercheurs » (BFM-TV). La nouvelle IA chinoise DeepSeek est également dans le collimateur. Certains chercheurs en cybersécurité auraient découvert dans la version web de l’application que les informations collectées seraient renvoyées vers China Mobile qui appartient au pouvoir.

« Intelligence artificielle : pourquoi certains pays interdisent-ils l’IA chinoise DeepSeek ? » (Ouest-France). La Chine a dénoncé les restrictions récemment imposées par plusieurs pays, y voyant une « politisation des questions économiques, commerciales et technologiques ».

Lien ajouté le 15 avril 2025

Lien ajouté le 24 février 2026

« Statistiques clés de TikTok en 2026 » (DemandSage).
TikTok compte 1,9 milliard d'utilisateurs actifs dans le monde. C'est la 5e plateforme de médias sociaux la plus utilisée au monde. Les États-Unis possèdent la plus grande audience sur TikTok, avec plus de 135,79 millions d'utilisateurs (en moyenne 53,8 minutes par jour sur TikTok). En 2024, le chiffre d'affaires de TikTok s'élevait à 23 milliards de dollars, soit une forte augmentation de 42,86 % par rapport à l'année précédente. La majorité des créateurs de contenu TikTok ont ​​entre 18 et 24 ans.

Carte du nombre d'utilisateurs TikTok par pays en 2026 (World Pipulation Review)
Les données relatives aux utilisateurs de TikTok sont estimées à partir des chiffres de portée publicitaire de TikTok, qui reflètent le nombre potentiel d'utilisateurs pouvant être atteints par les publicités sur la plateforme. Ces données fournissent une approximation de la base d'utilisateurs actifs en analysant les indicateurs de portée et d'engagement des outils publicitaires de TikTok. A noter : la carte représente en aplats de couleurs le nombre brut d'utilisateurs en millions, ce qui constitue un beau mapfail !

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La carte, objet éminemment politique : les cartes de manifestations à l'heure d'Internet et des réseaux sociaux

La presse des XVIe et XVIIe siècles en Espagne accessible à travers une interface cartographique


Source : La BNE edita un mapa para geolocalizar relaciones de sucesos de los siglos XVI a XVIII (Biblioteca Nacional de España)

Les relaciones de sucesos désignent les journaux et canards à succès diffusés dans l'Espagne du Siècle d'or. Ces "relationes" au sens de récits d'époque constituent une source incomparable sur les événements des XVIe et XVIIe siècles lorsque l'Espagne dominait le monde. Les relaciones sont un genre historico-littéraire qui, avec les notices, a précédé le journalisme lui-même aux XVIe et XVIIe siècles. Nieves Pena Sueiro les définit comme des textes occasionnels dans lesquels des événements sont relatés afin d'informer, de divertir et d'émouvoir le destinataire. Habituellement considérés comme des prédécesseurs de la presse actuelle, ils couvrent tous les aspects traités par celle-ci dans ses différentes sections, à l'exception du fait que chaque rapport fait généralement référence à un seul événement. Ils abordent des thèmes variés : fêtes (entrées, mariages royaux, funérailles, béatifications, canonisations...), politiques et religieuses (guerres, autodafés...), extraordinaires (miracles, catastrophes naturelles, malheurs personnels), voyages. , etc. Leur forme et leur longueur sont variables : ils peuvent être brefs (écrits sur une simple feuille de papier, une feuille de papier ou un livre de ficelle), ou étendus (et atteindre la forme d'un livre, qui peut être volumineux) et sont distribués sous forme manuscrite ou imprimée (source : Wikipedia).

La carte de géolocalisation proposée par la Biblioteca Nacional de España (BNE) fournit un nouveau mode d'accès à la riche collection des relaciones de sucesos impresas (journaux imprimés).

Interface cartographique pour accéder aux Relaciones de sucesos (source : BNE)


Sur cette carte, vous pouvez localiser les relations, en fonction de l'endroit où se trouvent les récits, avec une brève description, la référence qui permet de les localiser dans le catalogue et de les insérer dans la numérisation. La localisation n'est pas toujours précise, car dans certains cas le contenu du document ne permet pas de préciser le lieu. Le choix a été alors de fournir une localisation approximative. Dans d'autres cas, plusieurs lieux apparaissent et il a été nécessaire d'en choisir un.

Les sources ont été classées par domaines thématiques de manière à ce que l'utilisateur puisse sélectionner les sujets qui l'intéressent. Les domaines thématiques sont les suivants :
  • Phénomènes naturels : terrestres et ouragans, inondations, tempêtes, incendies, éruptions volcaniques et phénomènes astronomiques
  • Faits historico-politiques : armada, diplomacie, politique, récits de guerre et piraterie
  • Solennités et fêtes : fêtes, entrées triomphales, décès et funérailles, voyages, naissances et baptêmes, mariages, couronnements et autres solennités
  • Religion : miracles, autodafés, martyres, conversions et islam
  • Crimes et délits : homicides et autres
  • Curiosités et merveilles : merveilles, monstres et sorcellerie
  • Autres succès : thèmes divers, pestes et épidémies, naufrages, us et coutumes
Il s’agit actuellement d’un projet en cours. Plus de 3 300 documents ont d'ores et déjà été géolocalisés. Les mises à jour prévues offriront de nouveaux liens jusqu'à compléter les plus de 4 000 documents de relations à succès que conservent la BNE, avec des descriptions plus complètes accessibles à partir du catalogue. Le but n'est pas seulement d'offrir une visualisation de données distincte pour les spécialistes, mais aussi d'attirer les lecteur curieux qui souhaiteraient en savoir plus sur ce qui s'est passé il y a plusieurs siècles dans sa localité.

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Combien de châteaux en Espagne, 10 000 voire plus ? Une story map proposée par le journal El-Confidencial



La carte de la pauvreté en France en trois dimensions (Observatoire des inégalités)


L’Observatoire des inégalités publie la première carte de France qui affiche à la fois le taux de pauvreté mais aussi le nombre de ménages pauvres, représentés en trois dimensions. Cette carte permet d’explorer la France à une échelle très fine. Elle a été réalisée par le géographe Romain Thomas à partir des données carroyées à 200 mètres fournies par l'Insee.

Carte de la pauvreté en France en trois dimensions (source : Observatoire des inégalités)


La pauvreté en France en trois dimensions

La carte a été réalisée à partir de données qui portent sur des carreaux de 200 mètres de côté, elle présente deux indicateurs. Le premier (en couleur) est la proportion de ménages pauvres. Plus les carreaux sont foncés, plus le taux est élevé. Le second indicateur (en relief) est le nombre de ménages pauvres : plus la colonne est haute, plus les ménages pauvres sont nombreux. Cette représentation en relief constitue une nouveauté. La carte permet de survoler l’ensemble du territoire et d’observer où vivent les ménages pauvres en visualisant leur nombre.

Les carreaux ont le grand intérêt de permettre une visualisation à un niveau très fin, qui ne dépend pas des limites administratives des territoires. Certaines zones très marquées par la pauvreté peuvent devenir invisibles quand on observe uniquement la moyenne d’une commune, c’est le cas par exemple des quartiers nord-est de la ville de Paris. D’autres zones s’étendent de part et d’autre des limites communales.

L’immense majorité des travaux sur la pauvreté à l’échelle locale portent sur les taux. On mesure alors, dans une zone donnée, la concentration de personnes démunies. Ce faisant, on masque l’effet de la densité de population et donc le nombre de personnes pauvres. Ce qui conduit à une mauvaise compréhension : en fonction de sa population, la même surface d’une carte peut représenter quelques ménages pauvres comme des milliers.

Concrètement, quand on observe notre carte d’en haut, en supprimant le relief, des taches foncées ressortent fortement en milieu rural, mais ne représente qu’un très petit nombre de ménages contre des milliers en ville. Quand on incline la carte, le nombre de ménages apparaît en trois dimensions. On voit très nettement où vivent ces derniers : massivement dans les villes et leurs banlieues proches. Là où se trouvent les emplois et les logements sociaux.

On a beaucoup insisté sur la pauvreté en milieu rural ou en milieu périurbain en raisonnant à partir de taux de pauvreté en oubliant la densité et le nombre de personnes pauvres. Notre outil permet une nouvelle lecture, complémentaire. Même si on est peu nombreux, vivre dans un environnement qui concentre la pauvreté n’est pas la même chose que dans un territoire plus mixte.

Les limites de l’outil


Cette carte, expérimentale, a une vocation pédagogique. L'objectif est de la perfectionner en améliorant sa rapidité d’affichage et la possibilité de dézoomer plus largement sur des régions plus vastes. Pour l’instant, elle ne comprend pas les départements d’outre-mer. Les données utilisées sont celles de 2019 (les dernières disponibles) de l’Insee.

Toute la population n’est pas représentée : pour garantir le secret statistique (pour éviter que l’on puisse savoir dans les territoires peu peuplés si tel ou tel ménage est pauvre), chaque carreau de 200 m de côté comprend au moins 11 ménages. Dans le cas contraire, l’Insee donne au carreau une valeur moyenne qui dépend des carreaux voisins. Quand la population est vraiment trop faible, rien ne s’affiche. Par ailleurs, l’Insee ne prend pas en compte les sans-abri, ni les personnes qui vivent en collectivité (une maison de retraite par exemple).

Le seuil de pauvreté utilisé par l’Insee est celui fixé à 60 % du niveau de vie médian, le seul disponible à ce niveau. Ce n’est pas celui que l’Observatoire des inégalités utilise habituellement car il constitue une conception extensive de la pauvreté. Nous représentons des ménages, et non des personnes, car nous ne disposons pas de données individuelles. Un ménage = un logement individuel, pour l’Insee. Celui-ci peut comprendre une ou plusieurs personnes. La taille des ménages est en moyenne de deux individus. En représentant de la même manière les personnes seules et les familles, nous minimisons le poids de la pauvreté dans les logements sociaux car ils comprennent plus souvent des familles.

L'Observatoire des inégalités

L’Observatoire des inégalités est un organisme indépendant de toute institution, entreprise privée ou autre organisation. Fondé en 2003, il dresse un état des lieux le plus fidèle possible des inégalités en France, en Europe et dans le monde. "Nous défendons l’expression d’une pluralité d’opinions pour définir les inégalités qui doivent être considérées comme justes ou injustes. Au-delà des droits, le problème n’est pas celui de l’inégalité en soi mais de la justice sociale. Nous revendiquons que s’expriment des positions morales différentes, mais celles-ci doivent être fondées sur des éléments factuels. Les prises de position sont clairement signalées comme telles."


Lien ajouté le 19 octobre 2025

Le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE) a publié en octobre 2025, la première édition de son Atlas de la pauvreté et des inégalités sociales. Voici les constats clés issus de l'analyse territoriale :
  • Une pauvreté fortement concentrée dans les départements urbains et ultra-marins, avec des taux particulièrement élevés à Mayotte, en Guyane et en Seine-Saint-Denis.
  • Des écarts territoriaux marqués, opposant des zones très touchées (Nord, Bouches-du-Rhône, métropoles de Paris, Lille, Marseille) à des territoires plus préservés (Ouest atlantique, Alpes du Nord).
  • Une dissociation croissante entre hashtag#pauvreté et hashtag#inégalités : certains territoires apparaissent pauvres mais relativement égalitaires, tandis que d’autres, plus riches, présentent de fortes inégalités internes.
  • Une analyse croisée avec le chômage révèle des dynamiques locales parfois contre-intuitives, invitant à dépasser les lectures simplistes. Cette édition met en lumière 4 territoires - la Creuse, l’Hérault, la métropole lilloise et la métropole du Grand Paris - illustrant la diversité des réalités locales.

Lien ajouté le 21 novembre 2025

Errance et marginalités dans le Grand Paris. Approche socio-historique et urbaine (Rapport de l'APUR, novembre 2025).

La présence des populations en errance se retrouve dans la plupart des grandes métropoles. Si la Métropole du Grand Paris concentre une part importante de la richesse nationale, elle est aussi l’un des territoires où les publics sans domicile sont les plus nombreux et les plus visibles. Ils forment un groupe hétérogène, réunissant des personnes vivant à la rue, des familles logées à l’hôtel, des jeunes et des plus âgés en errance, des femmes victimes de violence, des travailleurs pauvres habitant chez des tiers… Cette étude se propose d’analyser qui sont ces « publics en errance » dans le Grand Paris, leur nombre, la géographie de leur présence et les politiques publiques déployées en réponse à leurs besoins. Elle s’inscrit dans le prolongement de différents travaux menés par l’Apur sur les questions en lien avec la précarité et la grande exclusion. L’étude adopte un regard d’ensemble, territorialisé, complémentaire des travaux existants pour interroger la façon dont les publics en errance et marginalisés ont été intégrés à la fabrique de la ville, le sont aujourd’hui et la façon de mieux les intégrer à l’avenir. Elle prend appui sur les données disponibles et sur une synthèse des études et recherches spécialisées.

Lien ajouté le 4 décembre 2025

Paul Gourdon, Matthieu Delage, Julie Fromentin & al. (2025). « Analyse multidimensionnelle de la précarité dans le système urbain français », Cybergeo : European Journal of Geography http://journals.openedition.org/cybergeo/42415

La précarité est une notion multidimensionnelle, associant instabilité économique, pauvreté monétaire et éloignement du salariat. Si ses manifestations sont déjà étudiées, notamment en sociologie, la géographie s’est davantage intéressée aux dynamiques urbaines de ségrégation et aux logiques de décroissance. Faisant état de ce manque, cet article propose une entrée dans la géographie de la précarité pour emploi au sein des villes françaises. Trois dimensions sont abordées à travers une série de huit indicateurs à l’échelle des aires urbaines : les marges de la société salariale, la pauvreté monétaire et les emplois éloignés du CDI. Les grandes villes présentent une forte proportion de bénéficiaires du RSA, tandis que la pauvreté chez les retraités et les emplois précaires sont plus répandus dans les petites villes et les zones rurales. Certaines petites villes et les DROM sont particulièrement affectés par la précarité dans toutes ses dimensions. Les effets de voisinage montrent l’existence de poches de précarité au Nord, dans les DROM et l’arc méditerranéen. Les données de cet article sont librement accessibles dans la commmunauté Cybergeo de Zenodo.


Lien ajouté le 16 février 2026

« La pauvreté en héritage. Note d'analyse » (France Stratégie)

Comment, et à quel point, la pauvreté persiste-t-elle d’une génération à l’autre en France ? Pour y répondre, nous suivons une cohorte d’élèves pendant seize ans, de leur entrée au collège jusqu’à l’âge de 26-27 ans (entre 2007 et 2023). Nous montrons que plus l’exposition à la pauvreté en sixième est intense, plus les conditions de vie à l’entrée dans l’âge adulte sont défavorables : sortie précoce du système scolaire, probabilité accrue de n'être ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET), et en emploi de percevoir un bas salaire (parmi les 20 % les plus faibles de la cohorte). Ces écarts entre les jeunes exposés et non exposés à la pauvreté restent significatifs après contrôle d’un large ensemble de caractéristiques familiales et sociodémographiques au début de l’adolescence. En outre, les effets de la pauvreté sur les trajectoires diffèrent selon le sexe : il existe une  surpénalité féminine  en termes de probabilité d’être NEET et de percevoir un faible salaire, dans le sens où la pauvreté pénalise encore plus fortement les femmes que les hommes.

Lien ajouté le 11 mars 2026

« Inégalités entre territoires : de quoi parle-t-on ? » (Observatoire des inégalités).

Louis Maurin examine comment mesurer les inégalités dans l’espace. Il montre que la géographie des inégalités dépend fortement de l’échelle choisie et des méthodes d’observation. Les cartes doivent donc être interprétées avec prudence. Première difficulté : l’échelle d’analyse. Les moyennes nationales masquent souvent des contrastes internes. Un pays peut sembler homogène, alors que de fortes disparités existent entre régions, départements, villes ou même quartiers d’une même agglomération. Deuxième distinction essentielle : les inégalités entre territoires ne sont pas les inégalités à l’intérieur d’un territoire. Comparer des communes selon leur chômage n’est pas la même chose qu’étudier les écarts de revenus ou d’éducation entre groupes sociaux dans un même espace. Beaucoup d’analyses confondent inégalités territoriales et inégalités sociales. Par exemple, les départements où la réussite au baccalauréat est plus élevée comptent souvent davantage de cadres diplômés. Ce n’est donc pas le territoire qui produit l’inégalité, mais la composition sociale de sa population. Le territoire peut toutefois jouer un rôle réel. Les zones rurales connaissent souvent un accès plus limité aux services, à l’emploi ou aux loisirs. Dans certains quartiers urbains, la concentration d’élèves défavorisés peut aussi influencer les parcours scolaires. Les comparaisons doivent aussi tenir compte du nombre d’habitants. Roubaix affiche 46% de pauvreté, soit environ 40 000 personnes. À Paris, le taux n’est que de 16%, mais cela représente plus de 313 000 habitants pauvres. Les pourcentages seuls peuvent donc être trompeurs. Les cartes amplifient parfois ces illusions statistiques. Un petit territoire peut apparaître très marqué par la pauvreté ou le chômage, alors qu’il ne concerne que quelques centaines d’habitants. Pour comprendre un phénomène, il faut croiser taux et effectifs réels. L’analyse des inégalités territoriales demande donc prudence et méthode. Les cartes ne parlent jamais seules. Comprendre l’espace suppose d’examiner l’échelle, la composition sociale des populations et les usages politiques des statistiques territoriales. 

Lien ajouté le 9 mai 2026

La Réunion figure toujours parmi les départements les plus pauvres de France selon les données Filosofi 2023 de l'INSEE. La carte est malgré tout assez trompeuse. Il n'y a pas de données disponibles pour les autres DROM ; il est donc difficile de vraiment comparer (#BlancsDesCartes).


Comme l'explique l'INSEE dans ses fichiers de métadonnées, « avec le millésime 2023, le dispositif Filosofi a connu une refonte majeure... Pour la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et Mayotte, aucune statistique n’est diffusée... Les zonages infra-communaux (Iris, QPV et données carroyées) sont également concernés par l’absence de diffusion....Compte tenu des changements méthodologiques importants entre les deux dispositifs, toute analyse sur les évolutions de revenus cherchant à comparer les données de Filosofi et celles de Filosofi 2 est à proscrire ». Même si on comprend bien qu'il s'agit de données indisponibles, il s'agit là d'un bel exemple de "marge statistique".

Quand on regarde les cartes choroplèthes sur la pauvreté intégrant les DROM, on ne peut pas dire qu'elles étaient très satisfaisantes non plus (voir carte ci-dessous extraite de l'Atlas de la pauvreté et des inégalités 2025). On y relève un problème de légende multi-échelle ainsi qu'un effet de loupe sur la Guyane pourtant peu peuplée (lié à la cartographie par aplats). Ces cartes avaient au moins le mérite d'exister.


Articles connexes



La répartition des zones de compétence entre la police et la gendarmerie nationales en France : une carte incohérente ?

 

Source : « La répartition des zones de compétence entre la police et la gendarmerie nationales » (rapport de la Cour des Comptes, 13 janvier 2025)

Résumé

En France, la police et la gendarmerie nationales assurent conjointement les missions de sécurité et de paix publiques. Depuis le rattachement de la gendarmerie au ministère de l’intérieur en 2009, elles dépendent de la même autorité politique. Les forces de sécurité intérieure emploient 253 000 policiers et gendarmes et bénéficient depuis plusieurs années d’un budget en hausse. Pour autant, la répartition territoriale des zones de compétence de la police et de la gendarmerie nationales a peu évolué au cours des 80 dernières années, malgré les modifications intervenues tant sur le plan de la démographie qu’en termes de délinquance. Entre lourdeurs décisionnelles et concurrence entre les deux forces, la carte des zones de compétence est totalement figée depuis dix ans. Face à ce constat, la Cour a analysé la répartition territoriale des forces de sécurité dans la double perspective de répondre au mieux aux besoins de la population en matière de sécurité et d’optimiser l’allocation des moyens publics. La répartition actuelle des forces, datée et incohérente, est source de dysfonctionnements et d’inefficiences au détriment du service rendu à la population. Il est désormais urgent que le ministère de l’intérieur s’empare de ce sujet et procède aux ajustements nécessaires.

Plan et données du rapport

I- Une carte incohérente, source de difficultés et de plus en plus contournée

II- Une conduite des transferts à revoir pour dépasser les rigidités de gestion des forces

III- Sortir de l’immobilisme pour répondre aux enjeux de sécurité publique des territoires

Synthèse du rapport à consulter

Rapport complet à télécharger

Usages des cartes

A l'appui de ses analyses, la Cour des Comptes propose plusieurs cartes dont l'objectif est de montrer la mauvaise répartition des moyens et les logiques parfois discutables de découpage entre zones urbaines et zones rurales. En 2021 avait été mis en avant l’établissement d’une carte globale fondée sur des seuils de population, de densité et d’intensité de la délinquance. Mais le projet n'a pas été mis en oeuvre. La répartition des zones de compétence entre police et gendarmerie fournit un bon exemple pour interroger les logiques de découpage administratif en France et les déséquilibres entre population et territoire.

 Répartition départementale de la délinquance (à gauche, nombre de faits constatés) et des forces de sécurité intérieure (à droite, nombre d’ETP pour 1 000 habitants) 



La métropole de Toulouse – zones police et gendarmerie


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La cartographie des opportunités dans les quartiers des grandes métropoles : un outil au service de la justice spatiale ?

Comment les cartes étaient colorées autrefois (blog de la Bibliothèque du Congrès)


Source : « Adding color to the world : how maps got toned » [Ajouter de la couleur au monde : comment les cartes étaient teintées autrefois] (Library of Congress, 10 janvier 2025)

Le blog de la Bibliothèque du Congrès consacre un article à l'introduction progressif de la couleur dans les cartes. Il s'agit d'un article de Seanna Tsung, spécialiste du catalogage à la Division de géographie et de cartographie, qui fait partie de la série Fabriquer le monde.

Pendant deux siècles et demi, de 1600 à 1850 environ, la grande majorité des cartes commerciales de style européen publiées en Europe et aux Amériques étaient gravées, principalement sur des plaques de cuivre. Ces cartes étaient imprimées en monochrome, l'encre noire épaisse de l'imprimeur qui restait dans les lignes gravées dans le cuivre étant pressée à l'envers sur le papier. Entre chaque impression, les plaques étaient encrées puis nettoyées pour éliminer toute trace d'encre sur les surfaces planes de la plaque, ce qui permettait au papier de transparaître. En raison des exigences spécifiques et des aspects économiques de ce processus de création de cartes, notamment la possibilité d'ajouter et de modifier les plaques, le grand niveau de détail réalisable et, au fil du temps, la conviction du public que c'est ainsi que les cartes devaient se présenter, la plupart des développements esthétiques des technologies d'impression observés dans l'estampe en tant que forme d'art n'ont pas eu d'incidence sur la production de cartes.

Si vous êtes amateur de cartes imprimées de ces périodes et de ces lieux, vous saurez que de nombreux exemples ne sont pas monochromes. Ils sont plutôt peints à la main. Il existe deux principaux types de peinture à la main pour les cartes, les atlas et les vues. Le premier, parfois appelé « style hollandais », utilise de plus grandes zones de couleurs saturées et vise à ajouter une touche esthétique à la carte ou à certaines parties de celle-ci. Ce style est souvent utilisé pour les pages de titre des atlas et pour les cartouches et les cadres décoratifs. Moins souvent, il est utilisé pour une carte ou une vue entière, comme dans cette carte de Paris tirée de Civitates orbis terrarum de Braun et Hogenberg, un atlas en six volumes publié entre 1612 et 1618.

Le deuxième type général de coloriage à la main utilisait principalement des couleurs pastel pour mettre en évidence les limites, l'hydrologie, les routes ou d'autres caractéristiques des cartes. Il était utilisé pour compléter ou mettre en valeur les données cartographiques fournies par la carte plutôt que pour colorier entièrement l'image ou ajouter aux qualités décoratives de la carte. Il s'agit du type de coloriage à la main le plus courant, en particulier aux XVIIIe et XIXe siècles. Vous trouverez un exemple d'une grande carte du monde de 1754 de Nicolas de Fer, dans laquelle la couleur est utilisée pour indiquer les frontières continentales et autres. Les figures mythologiques sont laissées monochromes.

Certains éditeurs de cartes avaient des coloristes en interne, d'autres sous-traitaient le travail. On pense qu'une certaine partie de la coloration au cours de la période en question était effectuée à domicile par des femmes, qui étaient généralement exclues de la production de cartes commerciales, sauf si elles étaient filles, épouses ou veuves de cartographes, graveurs ou éditeurs de sexe masculin. Les cartes individuelles étaient souvent vendues par les éditeurs, colorées ou non, tout comme les atlas, qui étaient également souvent vendus non reliés ou dans des reliures temporaires, dans l'idée que les acheteurs les feraient relier selon leur goût.

En tant qu’acheteur de matériel cartographique, vous pouviez faire un certain nombre de choix, en fonction de décisions financières et esthétiques, ainsi que de l’usage auquel la carte était destinée. Les exemples de cartes murales, qui ne sont pas conservées en grand nombre parce qu’elles étaient souvent appliquées aux murs ou accrochées pendant de longues périodes exposées à la lumière, aux excès climatiques, à la fumée et à d’autres polluants, incluent généralement beaucoup de couleurs car elles étaient destinées à être lues dans de grands espaces. Les explorateurs, cartographes et érudits pouvaient préférer des cartes non colorées ou légèrement colorées, dans lesquelles aucun détail de la gravure ne serait masqué par la coloration. Même des productions de luxe comme la Civitates orbis terrarum mentionnée précédemment, qui se distingue par sa coloration magnifique et détaillée clairement supervisée, étaient également vendues en monochrome.

Le développement de la lithographie commercialement viable à partir du milieu du XIXe siècle a conduit à la disparition de la coloration à la main, mais ce processus s'est fait progressivement. La Division de géographie et de cartes possède un certain nombre d'atlas allemands des années 1850 et 1860 qui contiennent à la fois des cartes gravées et des cartes lithographiées en couleur coloriées à la main. Les éditeurs semblent avoir continué à utiliser leur stock de cartes coloriées à la main jusqu'à ce qu'elles soient épuisées ou que des événements mondiaux nécessitent une nouvelle carte d'une certaine zone. La coloration à la main était également utilisée sur les cartes produites par lithographie, photocopie et autres techniques d'impression parmi les nombreuses développées à partir du milieu du XIXe siècle. De nombreux atlas fonciers, départementaux et autres atlas locaux publiés aux États-Unis jusqu'au début du XXe siècle contenaient à la fois des cartes locales lithographiées et coloriées à la main et des cartes imprimées en couleur d'États et de pays.

Pour déterminer si une carte est imprimée en couleur ou coloriée à la main, regardez les bords de la couleur, ainsi que les variations de ton typiques de l'aquarelle. Vous voyez sur ce détail d'une planche d'atlas de 1879 de la région de Washington, DC, publiée à Philadelphie, qu'il y a des variations de ton et de petites bosses et tirets de couleur au-delà des lignes imprimées.

De plus, l'utilisation de pochoirs pour colorier à la main, principalement sur les cartes du XIXe siècle, peut entraîner une accumulation de couleurs le long des frontières. Si vous avez la carte ou l'atlas en main, la façon la plus précise de déterminer si la couleur est imprimée ou peinte à la main est d'utiliser une loupe grossissante d'environ 10x. Vous verrez des points individuels dans la couleur imprimée plutôt que les subtiles gradations des aquarelles.

De nombreuses cartes authentiques gravées entre 1600 et 1850 étaient, et sont encore parfois, coloriées à la main pour le marché secondaire des collectionneurs de cartes, des décorateurs et d'autres personnes qui trouvent les cartes en couleur plus attrayantes visuellement et sont prêtes à payer plus cher pour les obtenir. Il est difficile pour l'amateur de déterminer si la couleur a été ajoutée à l'époque de la publication originale de la carte ou au XIXe ou au XXe siècle, d'autant plus que de nombreuses cartes anciennes uniques proviennent d'atlas ou de livres non reliés et n'ont donc pas de provenance. Sans connaissance spécialisée des pigments et sans capacité à faire des tests sur eux, il est pratiquement impossible de dater la coloration à la main, bien que la coloration plus flamboyante de « style hollandais » soit beaucoup plus susceptible d'être un ajout ultérieur que la coloration des limites, qui ajouterait beaucoup moins de valeur monétaire et visuelle.

Pour terminer, on peut prendre un exemple excentrique et exubérant de coloriage à la main du milieu du XIXe siècle. Datant d'environ 1858, il s'agit d'une carte murale avec une projection depuis le pôle Nord, censée être destinée à l'enseignement général. Il s'agit d'une carte lithographique imprimée en bleu, qui montre à la fois des couleurs indiquant les frontières et des couleurs décoratives dans les figures des heures de la journée. Elle est entourée d'un anneau représentant les montagnes, d'un anneau représentant les constellations et de six figures féminines représentant les moments de la journée. Nous ne savons pas si le cartographe a fait le coloriage à la main, ou si c'est l'oeuvre de quelqu'un d'autre dont le nom est inconnu. Lorsque vous regardez des cartes coloriées à la main, pensez aux hommes et aux femmes méconnus qui ont rendu notre monde un peu plus lumineux avec leurs pinceaux !

Nuovo planisferio cosmografico orografico universale ed orologico mondiale per uso di generale istruzione. Ignazio Villa, 1858 ? (source : Library of Congress)


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Ressources de la Bibliothèque du Congrès

Carte mondiale d'exposition aux risques climatiques, de conflit et à la vulnérabilité


Le site climate-conflict.org propose une vue combinée de l’exposition aux risques climatiques, aux risques de conflit et à la vulnérabilité. Il s'agit d'une collaboration de recherche entre les partenaires scientifiques de l'Université de la Bundeswehr de Munich et de l'Institut de recherche sur l'impact climatique de Potsdam avec le ministère fédéral allemand des Affaires étrangères. La carte de l'indice de vulnérabilité aux conflits climatiques (CCVI) identifie les zones du monde où le changement climatique et les conflits sont susceptibles de se produire, et où les populations sont vulnérables à ces risques. L'Afrique et le Moyen Orient font partie des zones particulièrement vulnérables.

Méthodologie

L’indice de vulnérabilité au climat et aux conflits (CCVI) cartographie les risques mondiaux actuels en intégrant les risques climatiques et de conflit aux vulnérabilités locales. L’indice comprend un ensemble harmonisé de couches de données et une méthodologie de notation transparente pour rendre les régions comparables à l’échelle mondiale. Les données sont mises à jour trimestriellement et quadrillées à 0,5 degré.

L
e CCVI est composé de 44 indicateurs provenant de 29 sources de données ouvertes différentes (voir la liste des indicateurs). Tous les indicateurs sont cartographiés sur la même grille spatiale et temporelle et transformés à l'aide d'une méthodologie de notation standardisée. Les scores des indicateurs sont échelonnés de 0 à 10. Le score reflète le niveau de risque relatif ou de vulnérabilité d'un indicateur en fonction de sa distribution mondiale et de son évolution dans le temps, du plus faible au plus élevé. Conformément à la définition du GIEC, les mesures des risques climatiques et de conflit prennent en compte les dangers, l’exposition et la vulnérabilité.

Intérêt de ce type de carte

Le principal intérêt est d'aborder les risques de manière systémique et de traiter la question du changement climatique en lien avec d'autres types de risques.

Les dangers ne créent des risques qu’en combinaison avec l’exposition et la vulnérabilité. Par exemple, le fait qu’une sécheresse (aléa) entraîne des pertes de récoltes dépend non seulement de l’événement lui-même, mais aussi du fait qu’il se soit produit là où il y a des cultures (exposition) et que les champs soient irrigués et qu’une quantité suffisante d’eau provenant d’autres sources soit ou non disponible (vulnérabilité). Il est essentiel de comprendre et d’évaluer ces interactions pour gérer et atténuer les impacts négatifs des risques climatiques et des conflits dans un contexte de changement climatique.

Utilisation des données

Les données du CCVI sont sous licence Creative Commons Attribution 4.0 International - pas d’utilisation commerciale. Elles sont disponibles en téléchargement au format tsv et parquet. La maille de résolution est celle de carrés de 55 km de côté environ à l'échelle de la planète.

Lien ajouté le 16 janvier 2025

Le rapport de l'IofA Planetary Solvency – finding our balance with nature. Global risk management for human prosperity, publié en janvier 2025, met en évidence notre sous-estimation collective du risque climatique. Il existe une large gamme d’estimations de pertes de PIB allant de moins de 5 % à environ 25 % en 2050. Les auteurs affirment que « ces dommages dépassent déjà les coûts d’atténuation nécessaires pour limiter le réchauffement climatique à 2°C », c’est-à-dire qu’il sera extrêmement positif sur le plan économique de limiter le réchauffement climatique. Cependant, cette estimation exclut bon nombre des risques les plus graves auxquels on s’attend désormais si nous ne parvenons pas à limiter le réchauffement climatique. Outre l’hypothèse selon laquelle une récession économique est impossible, quelle que soit la gravité des chocs climatiques, l’approche ne prend pas en compte les impacts des points de basculement climatiques, les événements extrêmes liés au climat, les impacts sur la santé humaine, les conflits liés aux ressources ou aux migrations, les tensions géopolitiques, les risques liés à la nature ou à l’élévation du niveau de la mer. 

Les auteurs eux-mêmes reconnaissent que si ces facteurs supplémentaires étaient pris en compte, l’impact économique réel serait probablement plus important que celui estimé dans leur étude. Cela revient à effectuer une évaluation des risques de l’impact du Titanic sur un iceberg, mais en excluant de notre modèle la possibilité que le navire puisse couler, la pénurie de canots de sauvetage et la mort par noyade ou l’hypothermie. Les résultats modélisés seraient rassurants mais dangereux car ils sous-estimeraient considérablement le niveau de risque. En d’autres termes, même si les résultats montrent une réduction très importante du PIB de 15 % d’ici 2050, il se peut qu’il s’agisse d’une sous-estimation car elle ne tient pas compte de tous les risques à prévoir. 

Cependant, certains décideurs politiques continuent d’utiliser l’estimation des dommages de Nordhaus pour justifier l’affirmation selon laquelle bien que le changement climatique soit préoccupant, il ne constitue pas une priorité immédiate en raison de l’impact négligeable attendu de 2 % du PIB d’ici 2100 avec un réchauffement de 3 °C. Une analyse plus approfondie des hypothèses sous-jacentes à cette estimation montre qu’en plus d’exclure de l’analyse de nombreux risques actuellement attendus, elle exclut également 87 % de l’économie de l’analyse, en supposant qu’un certain nombre de secteurs seront négligeablement affectés par le changement climatique. Bien que les modèles fournissent généralement une documentation complète des hypothèses et des limites, peu de décideurs politiques sont susceptibles de les comprendre pleinement. Cela augmente la probabilité que les décisions politiques soient basées sur des résultats de modèles qui sous-estiment considérablement les risques et ne sont pas cohérents avec la science du climat. En d’autres termes, les décideurs politiques qui utilisent ces résultats de modèles peuvent accepter des niveaux de risque bien plus élevés qu’ils ne le pensent.

Lien ajouté le 4 décembre 2025

« L’occultation du changement climatique par Hugues Draelants » (La vie des idées).

Pourquoi la connaissance scientifique ne déclenche-t-elle pas l’action politique requise ? Au-delà du déni ou de l’impuissance, la cause en est peut-être plus profondément dans l’occultation structurelle de nos conditions d’existence. En dissimulant les flux matériels et en fragmentant notre perception du monde, la modernité capitaliste a créé un système où la catastrophe est à la fois sue et impensée. Contre ce « système d’invisibilité », il ne suffit pas d’informer, mais de restaurer notre capacité à voir et à sentir les liens rompus.

Lien ajouté le 8 décembre 2025

« Les disparités en matière d'environnement bâti sont amplifiées lors de la reconstruction après des conditions météorologiques extrêmes  » (Nature).

Les phénomènes météorologiques extrêmes, tels que les ouragans et les inondations, causent des dommages croissants aux communautés, entraînant des pertes économiques substantielles et des déplacements de population. Des recherches antérieures suggèrent des disparités dans la capacité de résilience des quartiers, prédisant un mécanisme de rétablissement par repli segmenté ou par renforcement selon les différents groupes de quartiers. Évaluer ces hypothèses et déterminer si – et dans quelle mesure – les environnements bâtis des quartiers se rétablissent à grande échelle s’avère difficile, car les mesures précédentes reposent sur des données d’enquêtes agrégées. Les chercheurs ont constitué un ensemble de données sur la reconstruction après sinistre à l'échelle du bâtiment, couvrant 2 195 zones de recensement réparties dans 16 États américains et ayant connu 12 événements climatiques extrêmes entre 2007 et 2023. Ce jeu de données s'appuie sur des images historiques de rues et l'apprentissage automatique multimodal. L'analyse révèle qu'après de tels événements, les quartiers à faibles revenus sont moins susceptibles de se reconstruire et ne retrouvent pas leur état antérieur, tandis que les zones à revenus plus élevés se reconstruisent et tendent à s'améliorer, soulignant ainsi les disparités croissantes en matière d'environnement bâti. Ils approfondissent l'étude de ces disparités en examinant le déploiement des aides à la reconstruction et les polices d'assurance, et identifient un manque de ressources pour les quartiers à faibles revenus, susceptible d'expliquer les réponses inégales des communautés face aux événements climatiques extrêmes. Les résultats démontrent l'intérêt d'analyser les trajectoires de reconstruction des quartiers à une résolution et une échelle plus larges afin d'éclairer l'élaboration de politiques adaptées, et soulignent l'importance de restructurer le cadre d'aide financière à la reconstruction pour promouvoir des communautés plus résilientes face au changement climatique.

Lien ajouté le 12 janvier 2026

Isak Sandlund, Pär Bjälkebring & Magnus Bergquist (2026). « Meta-analytical evidence of a self–other discrepancy in climate change-related risk perceptions » [Preuves méta-analytiques d'une divergence entre la perception de soi et celle d'autrui concernant les risques liés au changement climatique], Nature Sustainability, 8 janvier 2026, https://www.nature.com/articles/s41893-025-01717-3

Des chercheurs en psychologie et sciences du climat analysent comment les individus perçoivent les risques climatiques. Ils révèlent un biais spatial et social. Les risques sont jugés plus élevés pour les autres que pour soi. L’étude synthétise 60 jeux de données, soit 83 effets statistiques, issus de 70 337 personnes dans 17 pays. Dans 81 cas sur 83, les individus estiment que le changement climatique menace davantage autrui que leur propre situation, révélant un biais robuste et généralisé. L’écart moyen mesuré est important. L’effet statistique atteint d = −0,54, ce qui signifie que dans plus de 68% des situations, les risques climatiques sont perçus comme moins probables ou moins graves pour soi que pour les autres, quels que soient les aléas étudiés. Les chercheurs montrent que ce biais varie selon le référent spatial. Il est plus faible lorsque la comparaison porte sur des proches, comme des voisins, et plus fort lorsqu’elle concerne des groupes abstraits, comme la population nationale ou l’humanité entière. La géographie du risque joue aussi un rôle central. Dans les régions fortement exposées, comme l’Asie ou l’Océanie, l’écart de perception est réduit. En Europe, où les risques sont objectivement plus faibles, le biais est au contraire le plus marqué. Cette asymétrie de perception s’explique par des mécanismes cognitifs connus. Les individus surestiment leur capacité personnelle d’adaptation et comparent leur situation à des groupes perçus comme plus vulnérables, ce qui produit une sous-estimation spatialisée du risque. Les auteurs soulignent que ce décalage n’est pas lié à un type précis d’aléa. Il concerne autant les risques climatiques généraux que les événements extrêmes comme les inondations, sécheresses ou vagues de chaleur, ce qui renforce la portée du résultat. Cette perception biaisée peut freiner l’adaptation et l’engagement climatique. Lorsque les risques sont vus comme lointains ou concernant surtout d’autres territoires, les réponses individuelles et collectives tendent à être retardées ou atténuées. 

Lien ajouté le 12 mars 2026

Lydie Laigle, « Justice spatiale et inégalités socio-environnementales d’exposition et de vulnérabilité aux vagues de chaleur », Belgeo, 4 | 2025, http://journals.openedition.org/belgeo/91063

La géographe Lydie Laigle (CSTB-Université Paris-Est) analyse les inégalités socio-environnementales face aux vagues de chaleur. L’exposition aux fortes températures et la capacité d’y faire face varient fortement selon les territoires et les groupes sociaux. Les vagues de chaleur deviennent un risque majeur dans le contexte du changement climatique. Les villes concentrent particulièrement ce danger à cause de l’îlot de chaleur urbain, lié à la densité du bâti, à l’imperméabilisation des sols et au manque de végétation. L’étude montre que l’exposition à la chaleur n’est pas homogène. Les quartiers populaires, plus denses et moins végétalisés, connaissent souvent des températures plus élevées que les zones aisées disposant d’espaces verts et d’aménagements climatiques. La vulnérabilité dépend aussi de facteurs sociaux. Les personnes âgées, les ménages modestes ou les travailleurs exposés à l’extérieur disposent de moins de ressources pour se protéger des températures extrêmes. Les inégalités sociales deviennent donc des inégalités climatiques. Les recherches insistent sur l’importance de la justice spatiale. Les politiques d’adaptation doivent intégrer la distribution des risques et orienter les aménagements urbains vers les territoires les plus exposés aux fortes chaleurs. Parmi les solutions proposées figurent la végétalisation urbaine, la création d’îlots de fraîcheur, la gestion de l’eau ou l’adaptation des bâtiments. Ces actions permettent de réduire les écarts d’exposition entre quartiers et d’améliorer la résilience urbaine. L’analyse souligne également que la gouvernance locale joue un rôle clé. La participation des habitants et la prise en compte des savoirs locaux peuvent améliorer l’efficacité des politiques d’adaptation face aux risques climatiques. L’étude met ainsi en évidence un enjeu central des sociétés urbaines contemporaines. Face au réchauffement climatique, réduire les inégalités territoriales devient e condition essentielle pour protéger les populations les plus vulnérables.

Lien ajouté le 9 mai 2026

Xu, J., « Ethical cascading failure in disaster management » [Défaillances éthiques en cascade dans la gestion des catastrophes], Natural Hazards 122 , 429 (2026). https://doi.org/10.1007/s11069-026-08117-6

Junxiang Xu, du Research Centre for Integrated Transport Innovation et de la School of Civil and Environmental Engineering de l’UNSW Sydney, étudie l’échec éthique en cascade. Il montre qu’une faute de jugement peut fragiliser toute la gestion d’une catastrophe. Le chercheur développe l'idée qu'une catastrophe ne se gère pas seulement avec des sirènes, des secours et des routes d’évacuation. Les choix moraux comptent aussi, car ils décident qui reçoit l’alerte, qui est secouru d’abord et qui reste exposé plus longtemps. L’échec éthique en cascade naît quand une décision paraît limitée au départ, mais produit ensuite des effets plus larges. Une information tardive, une priorité mal pensée ou une ressource mal répartie peuvent se diffuser dans tout le système de crise. Junxiang Xu distingue ce mécanisme d’un simple effet domino. Ici, les causes ne suivent pas une ligne droite. Elles circulent entre décideurs, services de secours, habitants, médias et institutions, avec des réactions imprévues qui amplifient la crise. Les populations vulnérables subissent souvent les effets les plus lourds. Si les messages d’alerte sont flous, si les évacuations ignorent les personnes âgées ou pauvres, ou si les secours arrivent trop tard, l’injustice devient un facteur aggravant du désastre. L’échec ne s’arrête pas quand l’urgence semble finie. Une décision jugée injuste peut nourrir la colère, le doute et la défiance envers les autorités. La catastrophe devient alors aussi politique, car elle affaiblit la confiance nécessaire à la reconstruction. L’auteur identifie cinq traits majeurs. Ces échecs s’accumulent, restent incertains, touchent tout le système, déclenchent des réactions en chaîne et peuvent devenir irréversibles. L’éthique apparaît donc comme une condition concrète de la résilience. L’article invite à intégrer l’éthique dans les outils de décision, les formations et les bilans post-catastrophe. Une gouvernance juste doit associer efficacité, transparence, équité et attention aux plus vulnérables.

Lien ajouté le 19 mai 2026

« À Lagos, les travailleurs du secteur informel sont livrés à eux-mêmes face aux inondations dévastatrices : pourquoi les choses doivent changer » (The Conversation). Les inondations ravagent régulièrement les travailleurs du secteur informel à Lagos, mais les commerçants et les habitants ont mis en place leurs propres systèmes pour s'adapter là où l'État a échoué.

Gbenga Akinlolu Shadare (Buckinghamshire New University) étudie les travailleurs informels de Lagos face aux inondations. Il montre qu’ils ne sont pas de simples victimes, mais des acteurs ordinaires de la résilience urbaine. Lagos a connu quatre grandes inondations en quatorze ans. Les eaux envahissent le marché d’Oshodi et Makoko, quartier lagunaire d’environ 100.000 habitants, où vendeurs, recycleurs, artisans et familles voient leurs revenus quotidiens brutalement interrompus. L’économie informelle fait tenir Lagos. Elle emploie environ 76,3% de la main-d’œuvre urbaine, mais ses travailleurs vivent de revenus irréguliers, sans contrat, assurance ni épargne solide. Quand les crues détruisent les stocks, la survie dépend de réseaux proches. L’enquête menée en 2023 et 2024 auprès de 45 travailleurs à Makoko, Oshodi et Lagos Island révèle une intelligence fine du risque. Les habitants savent quelles rues se noient d’abord, où déplacer les marchandises et quels itinéraires restent ouverts. Faute d’intervention rapide de l’État, les associations de commerçants nettoient les drains, achètent des sacs de sable et pompent l’eau. Ce savoir n’apparaît pas dans les cartes officielles, mais il circule par les métiers, les familles et les voisinages. Les ménages multiplient les appuis pour ne pas tout perdre. Une vendeuse peut associer marché, huile de palme, couture ou coiffure à domicile. Les groupes d’épargne rotatifs, ajo ou esusu, avancent parfois l’argent qui permet de reconstituer un stock. Cette résilience reste profondément injuste, car elle compense l’abandon public. Drains bouchés, absence d’alertes, protections insuffisantes et évictions fragilisent les plus exposés. Shadare demande tenure sécurisée, infrastructures anti-crue et représentation. La ville résiliente existe déjà dans les pratiques populaires, mais elle demeure peu reconnue. Lagos doit passer d’une gestion qui tolère ou chasse l’informel à une planification qui protège, finance et écoute ses acteurs. 

Lien ajouté le 20 mai 2026

Parsons, L. (2026). « Changement climatique et travail dans un monde globalisé : atténuation, adaptation, vulnérabilité. » Revues interdisciplinaires Wiley : Changement climatique 17, n° 3 : e70065. https://doi.org/10.1002/wcc.70065

Laurie Parsons, géographe à Royal Holloway, University of London, relie climat et travail dans un monde globalisé. Il montre que les travailleurs ne sont pas seulement exposés au réchauffement. Ils participent aussi aux transitions, aux adaptations et aux vulnérabilités. Depuis les années 1970, la mondialisation a déplacé une partie du travail industriel vers les Suds, surtout en Asie. Grâce au conteneur, la production forme une "usine globale", éclatée entre pays, ports, capitaux, ateliers et main-d’œuvre à bas coût.Cette usine globale accompagne la grande accélération matérielle. Les émissions mondiales de carbone passent de 14,9 milliards de tonnes en 1970 à 37 milliards en 2024. Depuis 1945, elles ont presque décuplé, avec la production et la consommation.La transition bas carbone ne transforme pas seulement les techniques. Elle recompose des territoires de travail. Décarboner transports, bâtiments ou énergie peut réduire les émissions, mais fragiliser ouvriers, bassins industriels et régions dépendantes du carbone. L’adaptation dépend des conditions concrètes du travail. Perdre un emploi, changer de métier, migrer vers un littoral ou travailler dehors modifie l’exposition au climat. Le risque n’est donc jamais seulement naturel. Il est aussi produit par l’économie. Les effets de la chaleur dessinent une géographie très inégale. Zhao et al. estiment que les pertes de productivité pourraient atteindre 1,5% du PIB mondial en 2100 selon RCP6.0, avec des impacts concentrés en Asie du Sud-Est, en Inde et au Moyen-Orient. Les chaînes mondiales cumulent souvent précarité sociale et risque climatique. L’habillement emploie environ 94 millions de personnes. Au Cambodge, moins de 10% des usines textiles seraient locales, reliant chaleur, inondations et dépendance aux donneurs d’ordre. Le géographe retiendra en définitive que si le climat frappe des lieux, les vulnérabilités sont fabriquées par des réseaux mondiaux de production. Le travail devient donc une clé pour comprendre et réduire les inégalités climatiques. 

Lien ajouté le 21 mai 2026

Chen, G., Fu, B., Jiang, Y. et al. Les sites naturels du patrimoine mondial sont menacés par les changements climatiques à l'échelle mondiale. Communications, Earth Environment 5, 760 (2024). https://doi.org/10.1038/s43247-024-01933-3

Les sites naturels du patrimoine mondial sont confrontés à des risques croissants en raison du changement climatique rapide, notamment du fait des impacts des phénomènes climatiques extrêmes. Cependant, notre compréhension des futurs défis climatiques extrêmes qui menacent ces sites reste insuffisante. Dans cette étude, nous avons analysé l'exposition de 250 sites naturels du patrimoine mondial aux événements climatiques extrêmes selon quatre scénarios futurs différents. Nos résultats indiquent que d'ici 2100, dans le scénario d'émissions le plus élevé, 248 sites sur 250 seraient exposés à de tels événements. Les sites forestiers du patrimoine mondial pourraient subir une pression accrue due à des phénomènes extrêmes complexes, conséquence de l'augmentation des émissions. Dans les régions tropicales, où les températures élevées risquent d'accentuer la vulnérabilité de la biodiversité, nous avons identifié 14 sites naturels du patrimoine mondial, pauvres en biodiversité et susceptibles de connaître des températures élevées, qui doivent être traités en priorité. Il est donc urgent de renforcer l'adaptation au changement climatique des sites patrimoniaux afin de minimiser la perte de valeurs irremplaçables.

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Étude des mobilités étudiantes à partir des données INSEE et Parcoursup


Source : « En 2022, 58 % des nouveaux bacheliers quittent leur zone d’emploi en entrant dans l’enseignement supérieur » (Insee Première, n° 2031, janvier 2025).

L'INSEE a publié début janvier 2025 une étude intéressante sur les mobilités étudiantes à partir des données Parcoursup. L'analyse est conduite à partir des données de 2022 et à l'échelle des 306 zones d'emploi en France (une échelle d’analyse géographique de la mobilité plus fine que les académies). Elle concerne aussi bien l'hexagone que les départements d'outre mer.

En 2022, 58 % des nouveaux bacheliers quittent leur zone d’emploi en entrant dans l’enseignement supérieur. Peu de zones d’emploi sont dépourvues d’établissement d’enseignement supérieur, mais l’offre de formation postbac est plus concentrée dans les grandes agglomérations que la population des lycéens. En 2022, parmi un demi-million de néo-bacheliers résidant en France, 58 % quittent la zone d’emploi de leur domicile au moment du baccalauréat pour rejoindre la formation qu’ils ont acceptée, et 17 % changent de région du fait de cette inadéquation.

Les néo-bacheliers sont plus mobiles quand ils viennent d’une zone d’emploi peu pourvue en formations, sont d’origine sociale favorisée au regard des chances de réussite scolaire, ou obtiennent un baccalauréat général ou une mention Très bien. Ils se déplacent aussi plus souvent pour rejoindre les filières les plus concentrées sur le territoire comme les écoles d’ingénieurs et de commerce. Ces facteurs de mobilité se retrouvent à la fois dans les vœux confirmés sur Parcoursup et dans les vœux acceptés.

Part de néo-bacheliers ayant quitté leur zone d’emploi d’origine à leur entrée dans l’enseignement supérieur (source : Insee)

Parmi les néo-bacheliers mobiles, ceux d’origine sociale très favorisée, provenant de lycées privés ou rejoignant une école de commerce, une école d’ingénieurs ou une classe préparatoire aux grandes écoles sont aussi ceux qui se déplacent le plus loin de leur domicile au moment du baccalauréat. À l’inverse, les néo-bacheliers qui changent le moins souvent de région pour leurs études se destinent à un PASS (5 %), à un BTS ou à une licence accès santé (LAS). Les zones d’emploi dont l’offre est inférieure de plus de 20 % au nombre de néo-bacheliers ont 7 fois moins d’entrants que de sortants. C’est le cas des zones d’emploi résidentielles, ou spécialisées dans les secteurs de l’industrie, du tourisme ou de l’agriculture : plus de 80 % des néo-bacheliers les quittent à l’entrée dans l’enseignement supérieur.

L'un des principaux intérêts de cette étude est de montrer que les mobilités étudiantes ne dépendent pas uniquement de l'offre de formation. Elles sont liées également à l'origine sociale, au sexe, au niveau et au profil des étudiants. Les données disponibles en téléchargement permettent de conduire des analyses plus détaillées et de produire ses propres cartes. Une série d'études à l'échelle régionale permet aussi d'approfondir l'analyse :

  • « Orientation post-bac : les bacheliers préfèrent la filière à la proximité. Enseignement supérieur en Auvergne-Rhône-Alpes » (Insee Analyse Auvergne-Rhône-Alpes).

  • « Plus d’entrées en BTS qu’ailleurs, peu de départs vers l’Hexagone. Orientations et mobilités post-bac à La Réunion » (Insee Analyse Réunion).

Nombre d’élèves non mobiles et flux d’élèves mobiles en 2022 à La Réunion (source : Insee)

Lien ajouté le 28 mars 2025

Dans son 7e rapport, le Comité éthique et scientifique Parcoursup et Mon Master reconnaît que la distance aux formations influe sur le choix des candidats et leur admission (cf "effet territoire" étudié à l'échelle de la Nouvelle Aquitaine) www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/remise-du...

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— Sylvain Genevois (@mirbole01.bsky.social) 28 mars 2025 à 19:12

Lien ajouté le 30 avril 2025

Accessibilité à l'enseignement supérieur (données Parcoursup 2023)

Dans la série Cartes du mois, Olivier Olga Boulga propose une carte de l’accessibilité à l’offre de formation de 1ère année de l’enseignement supérieur, à l'échelle de la France hexagonale, à partir de l'exploitation des données Parcoursup 2023 (ensemble des formations hors apprentissage). Un travail de classification des communes dotées de formations a conduit à distinguer 3 niveaux de pôles d’enseignement supérieur : les pôles majeurs, les pôles intermédiaires, les pôles locaux. Sont ensuite mesuré, pour toutes les communes, les temps d’accès par la route en heure creuse aux pôles les plus proches pour chacun des 3 niveaux.  Au niveau de la France hexagonale, l’offre de formation en termes de places disponibles se concentre à 77 % dans les pôles majeurs, 14 % dans les pôles intermédiaires et 9 % dans les pôles locaux. Comparée à l’hexagone, l’offre néo-aquitaine est plus importante dans les pôles intermédiaires et locaux que dans les pôles majeurs : elle est concentrée à 71 % dans les pôles majeurs, 16 % dans les pôles intermédiaires et 12 % dans les pôles locaux. En Nouvelle-Aquitaine, si le temps d’accès moyen au pôle majeur le plus proche est de 55 minutes, il est supérieur à 71 minutes pour 25 % des communes de la région. 

Lien ajouté le 13 janvier 2026

Sylvain Genevois, Loup Wolff. Rester sur son île ou « sauter la mer » pour faire ses études ? Vers une approche multi-échelle des mobilités étudiantes à La Réunion. 59e colloque l'Association de Science Régionale de Langue Française (ASRDLF), Jun 2023, La Réunion. https://hal.science/hal-04147824v1

L’étude des territoires de mobilité invite à prendre en compte la question des distances et des proximités (Drevon, Kaufman, 2022), particulièrement dans les territoires ultramarins où l’insularité, l’éloignement et l’isolement prennent une dimension plus forte qu’en métropole. L’étude géographique des mobilités porte assez souvent sur les déplacements quotidiens domicile-travail et sur les mobilités résidentielles qui s’inscrivent davantage dans le temps. Les mobilités étudiantes sont plus spécifiques dans la mesure où elles peuvent être temporaires ou définitives, avec ou sans changement de lieu de résidence. La décision de faire ses études sur place, donc de rester sur son île ou au contraire de « sot la mer » (expression créole pour désigner le fait d’aller en métropole ou dans d’autres pays) relève de multiples facteurs individuels ou collectifs. Entre mobilité choisie et mobilité subie, la mobilité géographique des étudiants et des étudiantes de La Réunion s’inscrit dans des dynamiques complexes et à plusieurs échelles (Célestine, Vitale, Bertile & al. 2012 ; Leroux, Ihaddadene, 2017). Comme le montre une étude de l’INSEE conduite en 2019, La Réunion est l’un des Départements et régions d’outre-mer (DROM) où les étudiants sont le moins mobiles en dehors de leur académie d’origine. Les néo-bacheliers réunionnais sont en revanche très mobiles à l’échelle de l’île qui dispose d’un grand pôle universitaire et d’un pôle secondaire ainsi que de différents instituts publics ou privés de formation répartis au sein du territoire (Fabre, Pawlowski, 2019). Cette situation de faible mobilité externe n’est pas liée seulement à l’éloignement de la métropole. Elle ne peut pas non plus être découplée des mobilités internes qui restent compliquées pour beaucoup de jeunes en raison des difficultés de déplacement et des logiques de choix de filières. Il en résulte d’importants déséquilibres territoriaux ainsi qu’une assez forte fragmentation, débouchant sur des formes de périphéricité à l’intérieur même d’un territoire dit « ultra périphérique ». A partir d’une méthodologie quantitative, la présente communication vise d’une part à interroger l’hypothèse selon laquelle les étudiants réunionnais seraient de plus en plus mobiles et, d’autre part, à montrer l’intérêt d’une approche multi-échelles pour décrire et analyser leur mobilité géographique. Le corpus mobilisé concerne les données de déplacements domicile-études produites par l’INSEE sur la période 2007-2019 ainsi que les données Parcoursup permettant de recouper ces données avec les choix d’orientation des étudiants. L’objectif est de croiser différentes sources statistiques disponibles en open data et de mettre en visibilité, par des cartes et des graphiques, les déterminants de la mobilité étudiante. L’étude s’inscrit dans le projet de recherche Géorun conduit au sein du laboratoire ICARE (Université de la Réunion) et vient alimenter la production d’un Atlas numérique des territoires éducatifs à La Réunion (Genevois, 2023).

Articles connexes




Publication des données Parcoursup en open data sur le site Data.gouv.fr

Que vaut la data map qui géolocalise les voeux des candidats sur Parcoursup ?