Cartes et données sur l'impact de la pêche sur les écosystèmes marins (Sea Around Us)


Sea Around Us est un groupe de recherche international basé à l'Université de Colombie Britannique, dont la vocation est l'étude de l'impact de la pêche sur les écosystèmes marins de la planète. Les chercheurs impliqués dans ce groupe unissent depuis plusieurs années leurs efforts pour collecter et combiner des ensembles de données uniques, notamment sur la pêche au chalut qui réduit considérablement les stocks de poissons et nuit à l'environnement marin. 

Répartition de la pêche mondiale en 2019 selon les données cartographiées (source : Sea Around Us)

Les données proposées sur le site Sea Around Us sont très diverses : elles vont des zones de pêche par ZEE jusqu'au détail des espèces marines menacées. Il s'agit de données reconstruites qui combinent les données de capture issues des déclarations officielles et les estimations reconstruites des captures non déclarées (y compris les principaux rejets), au niveau de chaque ZEE. Les données de capture déclarées officiellement sont principalement extraites de la base de données FishStat de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et de SeaLifBase. Les distributions des taxons représentent les informations les plus récentes sur leur distribution biologique, telles qu'assemblées par FishBase et SeaLifeBase. 

Le site informe les utilisateurs que la précision spatiale d'un 1/2 degré de latitude et longitude par cellule, qui est appropriée pour les zones côtières, peut être problématique pour les cellules en haute mer. Cela est dû au fait que les données de capture proviennent de données déclarées fournies par les organisations régionales de gestion des pêches dans des cellules spatiales beaucoup plus grandes (1, 5, 10 voire même 20 degrés de latitude et longitude). L'affectation ultérieure de ces données à des cellules d'un 1/2 degré est basée sur une approche d'affectation standard. The Sea Around Us, en collaboration avec Global Fishing Watch, s'emploie à améliorer ces allocations spatiales de données de capture et à résoudre les problèmes connexes.

Les graphiques permettent de suivre l'évolution du prélèvement de ressources halieutiques par pays, par espèces, par types de pêche. Le site est très utile pour conduire des comparaisons dans le temps.

Évolution de la pêche industrielle sur la période 1950-2020 (source : Sea Around Us)


Évolution de la pêche industrielle par rapport aux autres types de pêche (artisanale, récréative...)

Des chercheurs de Sea Around Us - Indian Ocean, basés à l'Université d'Australie occidentale, ont par ailleurs exhorté l'Union européenne en février 2023 à soutenir pleinement l'interdiction des dispositifs de concentration de poissons  (DCP) dans les pêches de thon de l'océan Indien. 

Répartition de la pêche mondiale de thons et marlins en 2019  (source : Sea Around Us)

Les DCP sont critiqués pour leur hyper-efficacité et leur nature non sélective, ayant des impacts négatifs sur la vie marine. Ces dispositifs attirent un large éventail d'espèces souvent vulnérables, y compris les thons juvéniles qui n'ont pas eu l'opportunité de se reproduire et les requins pélagiques qui sont connus pour être une espèce menacés. Cela exacerbe le risque de surexploitation de nombreuses espèces pélagiques de l'océan Indien. Les chercheurs notent que la flotte de pêche thonière européenne est, avec Taïwan, le principal responsable du déclin des thons dans l'océan Indien, l'UE étant responsable d'environ 87 % des captures dérivées de thons dans la région.

Différents types de DCP déployés dans les mers tropicales (source : Lettre d'information sur les pêches - IFREMER)



Les cartes et les données fournies par le site Sea Around As peuvent être utilisées en lien avec les ressources proposées par le site Global Fishing Watch que nous présentons dans cet article.

Lien ajouté le 23 septembre 2023
Lien ajouté le 14 juin 2025

« Les 11 règles d'or de BLOOM pour une pêche sociale et écologique » (Association Bloom). Ce rapport présente les travaux scientifiques d’une trentaine des plus grands spécialistes de l’océan à l’échelle mondiale. Après une longue itération, ces experts  se sont accordés sur une redéfinition de la notion de  « durabilité » des pêches et ont proposé onze règles d’or pour une pêche véritablement sociale et écologique. Cette nouvelle pêche permettrait de contribuer à l’atteinte des objectifs internationaux en matière de climat, de biodiversité et de sécurité alimentaire. L’article scientifique "Repenser la durabilité des pêcheries marines pour une planète en évolution rapide", qui relate leurs travaux, a été publié en septembre 2024 dans la revue npj Ocean Sustainability du journal Nature

Lien ajouté le 26 mars 2026

« Ça sent le fish and chips rance : en mer avec les super-chalutiers à krill de l'Antarctique » (The Guardian)

Gordon Peake embarque avec SeaShepherd en Antarctique pour observer la pêche industrielle au krill. L’enquête montre comment cette ressource clé, au cœur des écosystèmes polaires, est devenue un enjeu économique et écologique mondial. Le krill, petit crustacé, nourrit baleines, phoques et manchots. Pourtant, cette base de la chaîne alimentaire est exploitée à grande échelle pour l’huile et l’aquaculture. Le marché dépasse 450 millions de dollars par an. La pêche est encadrée par la Commission for the Conservation of Antarctic Marine Living Resources, avec un quota de 620.000 tonnes. En 2024, ce plafond a été atteint, illustrant une intensification rapide de l’exploitation. Des travaux scientifiques américains et allemands montrent que les stocks deviennent insuffisants pour soutenir à la fois la pêche et les populations de baleines. Certaines espèces se reproduisent moins, signe d’un déséquilibre écologique croissant. Le krill joue aussi un rôle climatique. Il stocke du carbone. Sa diminution réduit cette capacité et contribue indirectement à augmenter le CO₂ atmosphérique, reliant exploitation marine et changement climatique global. Sur le terrain, 12 superchalutiers de puissances comme la Chine ou la Norvège se concentrent autour des mêmes zones, notamment près des îles Orcades du Sud, créant une pression localisée sur cet écosystème fragile. Les ONG dénoncent une exploitation plus rapide que les connaissances scientifiques. Les négociations internationales bloquent, car les États pêcheurs doivent s’accorder à l’unanimité, ce qui limite les mesures de protection. L’Antarctique apparaît ainsi comme un espace stratégique où se croisent enjeux économiques, scientifiques et environnementaux. La gestion du krill révèle les limites de la gouvernance mondiale face à un risque écologique potentiellement irréversible. 

Lien ajouté le 31 mars 2026

« Le retour remarquable des baleines de l'Antarctique est menacé par la pêche au krill » (The Guardian)

Karen McVeigh décrit un retour spectaculaire des baleines en Antarctique, mais fragilisé par la pêche industrielle de krill. Des chercheurs comme Matt Savoca (Stanford) montrent comment cet espace polaire devient un lieu de concurrence entre activités humaines et écosystèmes. Après l’interdiction de la chasse en 1986, certaines espèces rebondissent. Les baleines à bosse approchent leurs niveaux d’avant exploitation. Près des îles Orcades du Sud, des groupes de plus de 100 individus sont observés, un phénomène redevenu fréquent. Les travaux de Savoca et Cheeseman reposent sur des relevés scientifiques précis, transects, drones, acoustique. Ils confirment des "super-agrégations" inédites, parfois deux par jour, et jusqu’à 1.000 baleines observées en 2022, un record historique. Mais ces espaces sont aussi exploités. Des chalutiers de krill, pouvant atteindre 3.000 tonnes, pêchent au cœur des zones d’alimentation. Or le krill est la base de la chaîne alimentaire, consommé par baleines, phoques et manchots. Les scientifiques montrent un déséquilibre. Les baleines recyclent les nutriments en mer, alors que la pêche les extrait du système. Ce processus modifie les flux biologiques et peut affaiblir l’ensemble de l’écosystème antarctique. Face au blocage politique de la CCAMLR en 2024 et 2025, les chercheurs proposent des zones tampons de 30 km autour des zones d’alimentation. Cette solution spatiale viserait à limiter les conflits d’usage dans un espace marin stratégique et fragile.

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