Une carte de l'INPN pour analyser et discuter la répartition de la biodiversité en France


Ce billet vient documenter une carte de la biodiversité en France proposée par l'Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN). Il s'agit de « communiquer sur la politique Trame verte et bleue aux niveaux national et international » (sic). Postée sur le compte Twitter de Damien Deville, la carte a suscité des réactions quant aux différentes significations que l'on peut lui attribuer, soit pour mettre en avant les efforts de la France pour préserver la biodiversité, soit au contraire pour en souligner les limites. 


Comme le mentionnent les posts envoyés à la suite de ce tweet, on peut s'étonner que le territoire de la France soit si vert, que la forêt monospécifique des Landes par exemple apparaisse comme un réservoir de biodiversité. Il convient de souligner que les Schémas régionaux de cohérence écologique (SRCE), comme les SRADDET ou les SCOT, représentent généralement les réservoirs en se basant sur les zones faisant l'objet d'une protection (réserves naturelles, arrêtés de biotope, zone Natura 2000, Znieff, etc...), sans tenir compte du degré réel de biodiversité. 

Il peut être intéressant de remonter à la source de la carte et aux informations données sur le site de l'INPN pour mieux comprendre comment elle a été élaborée. Sous le titre « Synthèse nationale des enjeux de continuités écologiques régionales », la carte regroupe en fait deux types de données différentes : les réservoirs de biodiversité qui recouvrent des espaces naturels à plus ou moins forte biodiversité sans préjuger de leur degré de protection et les corridors écologiques, censés assurer des connexions entre les réservoirs de biodiversité et offrir aux espèces des conditions favorables à leur déplacement et à l’accomplissement de leur cycle de vie. La Trame verte et bleue est une politique publique initiée en 2007 afin de réduire la fragmentation des habitats naturels et semi-naturels et de mieux prendre en compte la biodiversité dans l’aménagement du territoire. Son but est de préserver et restaurer un réseau écologique en France, constitué de réservoirs de biodiversité et corridors. Les réservoirs de biodiversité constituent les espaces où la biodiversité est la plus riche ; ils jouent essentiellement un rôle d’habitat pour le développement et la reproduction des espèces. Les corridors servent prioritairement à assurer les déplacements des espèces entre les réservoirs de biodiversité, qu’il s’agisse de déplacements routiniers, de dispersion ou de migration. 

La méthodologie repose sur une grille dont la taille des mailles est de 2 km x 2 km. Pour chaque maille, la surface de réservoir, la surface de corridor et la surface de "vide" sont calculées ainsi que leur pourcentage respectif de couverture de la maille. Les réservoirs de biodiversité ont été fusionnés les uns avec les autres pour éviter les superpositions. Ce qui correspond à un processus initial d'agrégation des données puis de généralisation en fonction du pourcentage représenté dans chaque maille.

Agrégation des données sur les réservoirs de biodiversité et généralisation à partir d'une grille de 2x2 km
Rapport méthodologique (extrait de Billon et al. 2017



Concernant les corridors écologiques, seuls les corridors surfaciques diffus ont été conservés dans un premier temps. Il a d'ailleurs fallu définir des seuils différents par régions pour s’adapter à leurs spécificités. En ce qui concerne les corridors linéaires, ils ont dus être retravaillés indépendamment de l'étape initiale. Etant donné que les régions ont des largeurs de corridors linéaires différentes, ceux-ci ont été standardisés à 1500 mètres. Ce qui correspond à un processus de sélection puis de standardisation. Il peut paraître étonnant de voir si peu de couloirs écologiques dans certaines régions comme le Sud-Est, la Normandie ou le Sud-Ouest.

Sélection des corridors écologiques linéaires et standardisation à 1500 mètres
Rapport méthodologique (extrait de Billon et al. 2017)


Les cours d’eau de la Trame bleue n’ont pas été cartographiés afin de "ne pas rendre la carte illisible car la densité d’éléments est très importante dans certains cas". Ce qui exclut de fait une part des informations. Au sein de la Trame verte et bleue (TVB), les cours d’eau ont pourtant une place particulière car ils sont à la fois des réservoirs et des corridors.

Représentation des cours d''eau de la Trame beue non retenus dans la carte de synthèse
Rapport méthodologique (extrait de Billon et al. 2017)


Comme il est bien spécifié sur le site de l'INPN, cette carte de synthèse à l'échelle nationale obéit donc à des opérations de sélection, généralisation et simplification. Elle n'est pas pertinente à l'échelle régionale. Elle ne se substitue pas aux atlas cartographiques des Schémas régionaux de cohérence écologique (SRCE). Le schéma ci-dessous montre bien les processus aboutissant à la création de ce type de carte, de son commanditaire (Ministère de l'Environnement, de l'Energie et de la Mer) à son producteur (Muséum national d'Histoire Natuelle - SPN et CEREMA) jusqu'à sa diffusion-valorisation après différentes étapes de traitement-validation.

Schéma montrant les étapes d'élaboration de la carte de son commanditaire à sa diffusion
La carte nationale des réservoirs et des corridors fournit un bon exemple pour aborder les logiques de généralisation-simplification de l'information géographique à des fins de communication. Elle est téléchargeable en version pdf sur le site de l'INPN.

Les données SIG sur les réservoirs de biodiversité (INPN) montrent que beaucoup de données différentes ont été agrégées pour réaliser cette carte de synthèse (réserves naturelles, arrêtés de biotope, zone Natura 2000, Znieff de type 1, forêt domaniale et communale...). Cette agrégation de données  disparates laisse penser à une logique d'inventaire plus que de catégorisation.


Pour télécharger les données SIG sur le site de l'INPN (avec un dictionnaire des données) :
  • corridors surfaciques
  • corridors linéaires
  • cours d’eau surfaciques
  • cours d’eau linéaires
Accès direct à l'outil de cartographie interactive de l'Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN) :



Trame verte et bleue (TVB) par région en France métropolitaine et ultramarine avec accès aux données détaillées sur les sites des DREAL :



Lien ajouté le 11 avril 2023


Les ceintures vertes : une autre manière de prendre en compte les préoccupations environnementales en y intégrant la question des territoires agricoles en périphérie des grandes villes ? Exemple de la ceinture verte d'Ile-de-France.

Lien ajouté le 10 novembre 2023

Lien ajouté le 11 novembre 2023

Lien ajouté le 12 octobre 2025

« Perte mondiale de paysages végétalisés de montagne et impact sur la conservation de la biodiversité » (Nature Communications).

Des chercheurs de l’Université de Wuhan et du Centre allemand de recherche intégrée sur la biodiversité montrent que les paysages végétalisés de montagne disparaissent rapidement. Entre 2000 et 2020, près de 357.000 km² ont été perdus, menaçant gravement la biodiversité. Cette étude fait état d'une perte généralisée de végétation de montagne dans le monde entre 2000 et 2020, dont environ 89 % sont imputables à l'expansion humaine, principalement l'agriculture. Plus de la moitié de cette perte s'est produite dans des zones protégées et d'autres zones riches en biodiversité, menaçant ainsi les efforts de conservation. Cette perte globale de 1,9% des surfaces végétalisées de montagne résulte à 89% des activités humaines, surtout l’agriculture (83%). Les catastrophes naturelles n’en expliquent que 11%, dominées par les sécheresses, preuve du rôle central des usages du sol dans cette dynamique. Les forêts concentrent 57% de ces pertes, suivies des prairies (25%) et des zones arbustives (18%). Les espaces montagneux d’Asie de l’Est, d’Amérique du Nord et du Moyen-Orient sont les plus touchés, mais la perte relative est la plus forte en Afrique subsaharienne (3,2%). Les montagnes du Moyen-Orient et d’Afrique subissent un stress écologique disproportionné : faibles surfaces initiales, sécheresses récurrentes, intensification agricole. Ces régions deviennent des zones critiques de vulnérabilité écologique et de déstabilisation des milieux. Plus de 55% des pertes se produisent dans des zones protégées ou riches en espèces menacées, révélant une protection juridique souvent inefficace. 77% de ces dégradations sont causées par l’expansion agricole à l’intérieur même des aires protégées créées avant 2000. L’étude souligne les effets de l’urbanisation montagnarde et des mines : plus de 31 000 sites miniers ont été recensés, dont un tiers dans des espaces protégés. Ces installations altèrent les ressources en eau et aggravent les risques d’érosion, de pollution et de conflits d’usage. Les auteurs appellent à renforcer la gouvernance environnementale : co-gestion locale, contrôle des activités agricoles et extension des zones protégées aux espaces abritant des espèces menacées hors aires protégées. Les montagnes deviennent un enjeu majeur du développement durable. Cette cartographie fine à 30 m de résolution éclaire les liens entre pression humaine et perte de végétation. Elle offre une base scientifique pour ajuster les politiques climatiques et de conservation à l’échelle mondiale. Les montagnes apparaissent comme des sentinelles du vivant. 

Lien ajouté le 2 avril 2026

Plieninger, T., M. Jay, et T. Hartel (2026). « Future-Proofing Natura 2000 Through a Biocultural Approach » [Pérenniser Natura 2000 grâce à une approche bioculturelle]. Conservation Letters 19, n° 2 : e70038. https://doi.org/10.1111/con4.70038

Tobias Plieninger de l’Université de Kassel, Marion Jay de l’Université de Vienne et Tibor Hartel de l’Université Babes-Bolyai étudient Natura 2000. Ils montrent que ce réseau protège mieux la biodiversité s’il intègre aussi les pratiques, savoirs et usages locaux. Natura 2000 est le plus grand réseau mondial d’aires protégées. Il rassemble plus de 27.000 sites dans l’UE. Pourtant, de nombreuses espèces et habitats n’y sont pas dans un état favorable, et les conflits d’usage restent fréquents dans les territoires concernés. Dans beaucoup de paysages européens, la biodiversité dépend d’activités humaines peu intensives. Prairies, pâturages, forêts exploitées avec mesure ou agroforesterie ne sont pas des anomalies. Ce sont souvent des milieux écologiquement riches. En Roumanie centrale, plus de 200.000 ha classés montrent ce lien. Le crapaud sonneur à ventre jaune dépend de mares temporaires liées au pâturage traditionnel. Le maintien de ces pratiques aide aussi la coexistence avec l’ours brun dans des paysages habités. En Allemagne, les hêtraies calcaires illustrent une autre difficulté. Plus de 3.100 sites Natura 2000 sont désignés pour cet habitat dans 17 États, dont 1.441 en Allemagne. Or près de 50% des forêts allemandes sont privées, ce qui complique la gestion collective. En Espagne, les dehesas couvrent environ 2,1 millions d’ha, dont 511.000 ha intégrés à Natura 2000. Ces paysages agroforestiers ouverts associent élevage, arbres et cultures. Leur richesse biologique dépend d’une gestion extensive, pas d’une mise sous cloche du milieu. Les auteurs proposent 5 leviers concrets. Mieux associer les habitants, intégrer des habitats façonnés par l’homme dans le réseau, suivre aussi des indicateurs sociaux, financer les pratiques locales utiles à la nature et renforcer les sciences humaines dans la recherche. Protéger la nature en Europe suppose de penser ensemble biodiversité, héritages culturels et capacités d’action locales. Il ne faut pas refondre toute la loi, mais mieux reconnaître que beaucoup de milieux protégés sont aussi des paysages vécus. 

Lien ajouté le 13 avril 2026

« Bugs Matter : un programme pour mesurer le déclin des insectes volants » 
(Museum national d'histoire naturelle)

Le programme Bugs Matter, lancé par le Muséum national d’histoire naturelle, mobilise les automobilistes pour mesurer le déclin des insectes à grande échelle grâce à une méthode simple et standardisée. Le protocole repose sur une idée efficace. Photographier sa plaque avant et après un trajet permet de compter les impacts d’insectes. Avec 40 millions de voitures parcourant 500 milliards de kilomètres par an, le potentiel de collecte de données spatiales est considérable. Les résultats britanniques sont spectaculaires. Entre 2004 et 2021, les impacts d’insectes ont chuté d’environ 58%. Entre 2021 et 2025, la baisse atteint 19% par an, soit un effondrement total estimé entre 80% et 90% en deux décennies. Ces tendances confirment d’autres travaux scientifiques. Une étude publiée dans PLOS One en 2017 montre une chute de 75% à 80% de la biomasse d’insectes entre 1989 et 2016 dans des milieux agricoles protégés. Les insectes occupent une place centrale dans les socio-écosystèmes. Ils assurent la pollinisation de 80% des plantes à fleurs, participent à la fertilité des sols et structurent les chaînes alimentaires, reliant végétaux, oiseaux et amphibiens. Cette science participative transforme la production des connaissances. Elle permet de couvrir de vastes territoires tout en impliquant les citoyens, rendant visible un effondrement diffus et spatialement généralisé des populations d’insectes.

Lien ajouté le 16 avril 2026

« La biodiversité et les zones d’activités peuvent-elles cohabiter ? Situations dans l’est périurbain lyonnais » (Métropolitiques).

Anne Gippet (Université de Lyon) étudie la place de la biodiversité dans les zones d’activités de l’est périurbain lyonnais. Les espaces productifs peuvent aussi accueillir du vivant, mais au prix d’arbitrages fonciers et politiques complexes. Ces zones occupent souvent des dizaines, parfois plus de 100 hectares, avec de grandes parcelles peu denses au contact direct de terres agricoles, prairies, forêts ou zones humides. Leur faible densité et leurs marges végétalisées créent des continuités favorables à plusieurs espèces. Le cadre réglementaire pousse pourtant dans plusieurs directions à la fois. La loi Climat et Résilience de 2021 encourage la densification pour limiter l’artificialisation, tandis que la loi Industrie verte de 2023 favorise la reconversion économique des friches existantes. Dans le même temps, la restauration écologique monte en puissance. Depuis 2024, l’Union européenne vise la restauration de 20% des écosystèmes dégradés d’ici 2030 puis de la totalité d’ici 2050. Les zones d’activités vieillissantes deviennent donc des espaces très disputés. Le parc des Gaulnes, à Meyzieu, illustre cette cohabitation. Sur 130 hectares, un corridor végétalisé de 15 hectares, des espaces plantés et de vastes parcelles privées accueillent crapauds calamites, œdicnèmes criards et même des refuges labellisés par la LPO sur des sites d’entreprise. Le parc de Salonique, à Janneyrias, montre une autre logique. Sur 34 ha, le projet associe entreprises, agriculture raisonnée, étangs, prairie, pêche et élevage. Il cherche à faire de la biodiversité un argument économique, mais au prix d’investissements publics et compensatoires importants. À Buisson-Rond, dans les Balcons du Dauphiné, la biodiversité devient aussi un support territorial et pédagogique. Sur une dizaine d’hectares, la collectivité adapte l’entretien, valorise l’eau pluviale et le compostage, et transforme la zone d’activité en vitrine paysagère locale. Ces espaces souvent accusés d’étalement peuvent devenir des réservoirs de biodiversité, ms les logiques productives et écologiques restent concurrentes. Toute intensification future devra donc préserver les milieux déjà installés plutôt que les effacer. 

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