Data visualisation sur la responsabilité et la vulnérabilité par rapport au changement climatique


Sacha Schlumpf, Mapping Climate Change [Cartographier le changement climatique]. 

Notre société est confrontée à une crise climatique immense. Tous les pays ne sont pas également responsables et, surtout, tous ne subiront pas les mêmes conséquences. En utilisant le procédé de l'« imitation cartographique », Sacha Schlumpf a créé une data visualisation représentant les pays du monde. Leurs positions sont déterminées non par leur localisation, mais par leur responsabilité et leur vulnérabilité par rapport au changement climatique. Comme le montre le code couleur, les pays riches (en foncé) ont tendance à polluer davantage et sont moins vulnérables que les pays pauvres (en clair).

Responsabilité et vunérabilité par rapport au changement climatique (crédit : Sacha Schlumpf)


Contrairement à une carte classique, les pays ne sont pas placés en fonction de leur localisation réelle, mais en fonction de deux variables : les émissions de gaz à effet de serre par habitant (axe horizontal) et la vulnérabilité au changement climatique (axe vertical). Les couleurs représentent le revenu par habitant. Les pays plus riches ont tendance à contribuer beaucoup plus au changement climatique que les pays les plus pauvres, tout en étant moins vulnérables à ses conséquences. Cette « carte » a été réalisée dans le cadre d'une thèse à l'Université de technologie de Vienne, en collaboration avec HarperCollins Publishers, qui publie une version modifiée de cette visualisation dans la 16e édition du Comprehensive Times Atlas of the World.

Le procédé de l'« imitation de carte » (map imitation) a été étudié par Sacha Schlumpf et ses collègues. Voir cet article : 

Schlumpf, S., Gartner, G., Engelhardt, Y., and Lennox, J. (2024). Space as a Metaphor – Design Guidelines and Evaluation of Map Imitation [L'espace comme métaphore – Lignes directrices pour la conception et l'évaluation de l'imitation de cartes], Abstr. Int. Cartogr. Assoc., 7, 146.

L'imitation de carte est un type de visualisation de données où les données sont affichées sur une visualisation ressemblant à une carte. Bien que des imitations de cartes existent depuis le XVIIe siècle, les exemples d'imitations de cartes complètes sont rares. L'inspiration de cette recherche est l'atlas d'Hermann et Leuthold (2003). Aucune imitation de carte complète n'a jamais été testée dans une étude utilisateur, bien qu'il existe des recherches sur des couches individuelles d'imitations de cartes (Hogräfer et al., 2020). Par imitation complète, on entend une visualisation avec plusieurs couches et éléments visuels d'une carte conventionnelle. Par conséquent, cette recherche contribue au domaine en fournissant une procédure pour la production d'une imitation de carte complète, ainsi qu'en testant la perception et la compréhension de l'utilisateur. En raison de l'absence d'un terme commun, une nouvelle définition de l'imitation de carte est donnée. Dans cette recherche, l'imitation de carte est définie comme une visualisation de type carte utilisant des données non géospatiales, créée à partir de données individuelles sur des coordonnées non géospatiales, mais conçue pour ressembler à une carte à l'aide d'éléments cartographiques.

Hermann, M., & Leuthold, H. (2003). Atlas der politischen Landschaften. Ein weltanschauliches Porträt der Schweiz. Vdf Hochschulverlag Ag. 

L'Atlas des paysages politiques examine les mentalités politiques régionales en Suisse. Il montre le pays dans une perspective nouvelle et inhabituelle. Les villes, régions et villages sont présentés comme des paysages politiques dans un système de coordonnées idéologiques. Entre les pôles "gauche", "droite", "libéral" et "conservateur", ils se situent comme des "îles", des "montagnes" et des "fossés" et montrent quelles sont les valeurs entre la ville et la campagne, les régions industrielles et touristiques ou Zones germanophones et francophones. C'est ainsi que vous pouvez créer une carte politique de la Suisse. Une partie introductive explique comment les facteurs économiques et culturels influencent la formation des valeurs et comment, au cours de la mondialisation, de nouvelles différences de mentalité émergent tandis que d'autres disparaissent. Dans des portraits approfondis, toutes les caractéristiques des cantons sont décrites et comparées les unes aux autres. "Pourquoi les Franches-Montagnes agricoles sont-elles positionnées à gauche, alors que l'arrière-pays industrialisé de Glaris est positionné à droite ?" ou "Pourquoi l'écart entre l'Argovie et Zurich se creuse-t-il alors que le Mittelland se rapproche ?" sont des questions qui seront explorées. Voir un aperçu de l'atlas sur Google Books.

Atlas politique de la Suisse (Office fédéral de la statistique)
L'Atlas politique de la Suisse contient tous les résultats des élections au Conseil national depuis 1919 et des référendums fédéraux depuis 1866.

Lien ajouté le 2 juillet 2025

Cologna, V., Meiler, S., Kropf, C.M. et al.  (2025). Extreme weather event attribution predicts climate policy support across the world. Nature Climate Change. https://doi.org/10.1038/s41558-025-02372-4

Quand les gens pensent qu’un événement climatique extrême (canicule, inondation, incendie…) est causé par le changement climatique, ils sont plus nombreux à soutenir les politiques pour le limiter. Ce n’est donc pas l’exposition seule, mais la perception qui fait la différence. Dans 68 pays, 72 000 personnes ont été interrogées : 75% soutiennent le développement des énergies renouvelables, mais seuls 22% sont favorables à une taxe sur les aliments très polluants. Le soutien varie beaucoup selon les pays et le type de politique proposé. L’étude montre que mieux informer sur le lien entre climat et événements extrêmes peut renforcer le soutien aux politiques climatiques. Comprendre ce lien est essentiel pour convaincre, surtout dans les pays les plus exposés et vulnérables.

Lien ajouté le 24 novembre 2025

« Yachts, SUV, entreprises polluantes… Les ultra-riches aggravent la crise climatique à une vitesse inédite » (Vert).

Lien ajouté le 12 janvier 2026

« Pollucrates. En dix jours, les 1 % les plus riches ont épuisé leur budget carbone pour 2026 » (Libération).

L’ONG Oxfam alerte que dès aujourd'hui, 10 janvier 2026, les 1% les plus riches ont épuisé leur budget carbone annuel. Ils émettent en moyenne 75 t de CO2 par an, contre 2,1 t compatibles avec l’objectif climatique. Les émissions des ultra-riches sont 37 fois supérieures au seuil soutenable, en raison de modes de vie très carbonés et d’investissements dans les énergies fossiles. Pour rester sous +1,5°C, leurs émissions devraient chuter de 97% d’ici 2030.  L’exemple de Bernard Arnault illustre cet écart extrême. Avec plus de 8.000 t de CO2 par an, son budget carbone est épuisé dès le 1er janvier... Oxfam appelle à taxer fortunes, super-yachts, jets privés et grandes entreprises polluantes.

Lien ajouté le 29 janvier 2026

Le « carbofascisme », un néologisme discuté pour décrire des politiques autoritaires climaticides (Le Monde).

Claire Legros analyse l’usage du néologisme carbofascisme pour qualifier des politiques autoritaires et climaticides. Elle explore ses origines ses usages militants et ses limites pour comprendre les liens entre pv, énergie fossile et trajectoires politiques. Le terme apparaît en 2018 sous la plume de l’historien Jean-Baptiste Fressoz. Il sert à désigner un axe autoritaire et climatosceptique, illustré par Trump ou Bolsonaro, où nationalisme politique et dépendance aux énergies fossiles se renforcent. Ces régimes illibéraux partagent plusieurs traits spatiaux. Priorité donnée à l’extraction, hostilité aux politiques climatiques, répression des mouvements écologistes. Le territoire est pensé comme un réservoir de ressources au service d’une souveraineté énergivore. Des politistes comme Bruno Villalba soulignent toutefois les limites du concept. Trump ou Bolsonaro ne correspondent pas aux critères historiques du fascisme. Surtout, l’expression masque le fait que les démocraties sont elles aussi profondément carbonées. L’article rappelle que les sociétés démocratiques reposent sur des infrastructures énergétiques fossiles. Mobilité, consommation et production inscrivent le carbone dans le quotidien. Les émissions ne relèvent pas seulement d’oligarchies, mais d’un modèle social partagé. Stéphane François insiste sur la dimension nationaliste de ces politiques. Défense de modes de vie énergivores, hiérarchisation des populations à protéger, marginalisation de l’écologie face à la souveraineté économique et identitaire. Le terme "carbofascisme" a une force mobilisatrice. Mais il simplifie une réalité plus structurelle. Les politiques illibérales apparaissent comme une radicalisation d’un modèle démocratique déjà fondé sur l’abondance énergétique. L’analyse invite à penser le climat comme un fait géographique systémique. Le carbone traverse tous les régimes politiques. L’ouvrage "Sans transition" de Jean-Baptiste Fressoz éclaire ces fragilités énergétiques et les menaces qu’elles font peser sur les démocraties. 

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