Flightradar24, une plateforme de référence pour suivre l'évolution des crises aériennes mondiales


Mikael Robertsson et Olov Lindberg n'avaient pas initialement prévu de créer l'un des principaux outils de surveillance de l'espace aérien mondial. Afin d'accroître la visibilité de leur portail de comparaison de prix de vols, les entrepreneurs ont ajouté une page affichant les données du trafic aérien. Cette page est devenue Flightradar24, le portail vers lequel se tournent désormais les gens du monde entier lorsqu'il y a des incidents dans le ciel. La plateforme suédoise est devenue un outil majeur d’observation du trafic aérien mondial. Elle permet aujourd’hui de suivre en temps réel les crises aériennes et les perturbations de l’espace aérien. Le système repose sur un réseau mondial d’environ 58 000 récepteurs radio, dont certains installés par des bénévoles et même une douzaine en Antarctique. Chaque avion transmet sa position, altitude, vitesse et trajectoire. Ces données permettent de cartographier en direct l’espace aérien mondial. 

Interface du site (source : Flightradar24.com)

1) Présentation de la plateforme Flightradar24

La plateforme s’est imposée lors de crises majeures. En 2010, l’éruption du volcan Eyjafjallajökull en Islande a fermé plus de 300 aéroports et annulé plus de 100 000 vols. Des millions d’utilisateurs ont alors suivi l’arrêt du trafic aérien européen en temps réel. D’autres événements ont confirmé ce rôle d’observatoire global. La disparition du vol Malaysia Airlines MH370 en 2014 ou la paralysie du transport aérien pendant la pandémie de 2020 ont attiré des audiences massives sur la plateforme. En mars 2026, la guerre entre Israël, les États-Unis et l’Iran provoque une fermeture partielle de l’espace aérien du Moyen-Orient. Les vols sont redirigés vers deux corridors principaux, l’un au nord par le Caucase et l'Azerbaïdjan (crucial pour les vols entre l'Europe et l'Asie), l’autre au sud via l'Égypte, l'Arabie saoudite et Oman. Flightradar24 compte aujourd’hui environ 1,5 million d’abonnés payants et près de 60 millions d’utilisateurs mensuels. Selon son dirigeant Fredrik Lindahl, ces cartes aériennes révèlent comment les crises géopolitiques reconfigurent immédiatement les routes aériennes au niveau mondial. 

Flightradar24 combine des données provenant de plusieurs sources, notamment ADS-B, MLAT, satellite et radar. Ces données de position sont agrégées avec les informations sur les horaires et le statut des vols fournies par les compagnies aériennes et les aéroports. Face à la recrudescence du brouillage et de l'usurpation de GPS à travers le monde, Flightradar24 a adapté le suivi des vols afin d'afficher la trajectoire la plus précise possible. Grâce à l'utilisation de plusieurs technologies de suivi des aéronefs, le site garantit un suivi précis même pour des vols affectés par le brouillage et l'usurpation de GPS.

Carte de brouillage GPS (source : Flightradar24)

2) Exemples de crises aériennes majeures

En raison des crises politiques et des conflits, le nombre de "no fly zone" (zone d'exclusion aérienne) a tendance à se multiplier dans le monde. Les perturbations aériennes peuvent durer plus ou moins longtemps en fonction de la durée des conflits et des tensions. Les espaces aériens peuvent être complètement ou partiellement fermés, ou fermés par intermittence. Les flux aériens sont en général détournés sur des itinéraires plus sécures, ce qui a tendance à augmenter le trafic sur les couloirs aériens alternatifs. Avant même d'être déclarés officiellement zones d'exclusion, les zones dangereuses pour la circulation aérienne font l'objet de NOTAM (notices d'aviation) signalant aux pilotes d’aéronefs les dangers potentiels le long d’une route ou à un endroit susceptible d’affecter le vols. Les secteurs où les flux aériens se tarissent subitement peuvent être pris comme annonciateurs de crises majeures (#BlancsDesCartes). En 2026, les couloirs aériens entre l'Europe et l'Asie sont fortement perturbés par les deux guerres en Ukraine et en Iran.

Les perturbations de l'espace aérien en Afghanistan (16 août 2021) :

Les perturbations de l'espace aérien en Ukraine (22 février 2022) :

Les perturbations de l'espace aérien au Venezuela (3 janvier 2026) :

Les perturbations de l'espace aérien au Moyen-Orient (28 février 2026) :


Liens ajoutés le 15 avril 2026


« Le corridor vers l’Asie est de plus en plus étroit  : l’espace aérien se réduit toujours plus et la facture grimpe pour éviter les zones dangereuses » (Challenges). Des trajets plus longs, encombrés, et une facture plus élevée : après un premier rétrécissement des zones de survol de 20 % depuis le début du conflit russo-ukrainien, la guerre en Iran complique la donne. C’est une carte du monde que les directeurs sûreté des compagnies aériennes françaises surveillent au jour le jour : celle des « zones à risques de survol » réalisée par la Direction générale de l’aviation civile (DGAC). Un planisphère où, depuis peu, les taches colorées se multiplient au point de se demander, en scrutant certaines parties du globe : mais par où les avions peuvent-ils encore bien passer ?

Carte officielle des restrictions de survol "zones de conflit" (source : Direction générale de l’aviation civile, mars 2026)


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