Une écorégion désigne un ensemble d'écosystèmes, caractéristique d'une aire biogéographique et défini à partir de la végétation et des espèces animales qui y prédominent et y sont adaptées. En fonction de leur propre histoire biogéographique, les écorégions vont de la taille d'un archipel comme les rochers de Saint-Pierre et Saint-Paul (6 km²) à la taïga de la Sibérie orientale (3,9 millions de km²), qui abrite l'une des plus grandes étendues de forêts boréales au monde.
Depuis 1995, le Dr Eric Dinerstein et d’autres biologistes ont inventorié plus de 800 écorégions dans le monde (données à télécharger sur le site de l'USGS). Cette typologie sert de référence concernant les priorités à fixer en matière de conservation de la biodiversité et de lutte contre le réchauffement climatique. Ces 846 écorégions ont été regroupées en 14 biomes et 8 domaines biogéographiques (néarctique, néotropical, paléarctique, afrotropical, indo-malais, australasien, océanien et antarctique). Parmi les 14 biomes, 6 d'entre eux correspondent à des régions forestières.
La première carte des écorégions a été élaborée en 2001. En 2017, une version mise à jour a été publiée pour refléter « les progrès récents de la biogéographie ». La carte des écorégions de 2017 peut être consultée en ligne. Les ONG Resolve et One Earth mettent à disposition un site appelé Instantanés des écorégions afin de les faire découvrir au grand public.
Interface de navigation de la carte interactive Ecoregions snapshots (© Resolve)
L'ensemble des données sur les écorégions terrestres est disponible au format shp et utilisable sous Google Earth Engine :
- Shapefile (zip 150 Mo) à télécharger sous licence CC-BY 4.0
- Ensemble de données Google Earth Engine
- A comparer aux régions biogéographiques définies par l'Agence européenne de l'Environnement
Les données SIG contiennent le nom de l'écorégion, du biome et du domaine biogéographique. Deux champs attributaires concernent la superficie et l'extension en latitude des écorégions. Elles indiquent également le degré de menaces sur la biodiversité selon la typologie NNH (Nature Needs Half). Cette dernière fait référence aux efforts déployés par les scientifiques, les défenseurs de l'environnement, les organismes à but non lucratif ou les agences publiques pour protéger 50% de la planète d'ici 2030 afin de préserver la biodiversité.
Les degrés de protection des écorégions en fonction de la typologie Nature Needs Half (© Resolve)
Les catégories Nature Needs Half (NNH) sont les suivantes :
- plus de 50% de la superficie totale de l'écorégion est déjà protégée ;
- moins de 50% de la superficie totale de l'écorégion est protégée, mais la quantité d'habitat naturel non protégé pourrait faire l'objet d'une protection à plus de 50% si de nouvelles zones de conservation étaient ajoutées ;
- entre 20 et 50% de protection. Les écorégions de cette catégorie nécessiteraient une restauration pour atteindre la moitié de la protection. La nature pourrait se rétablir ;
- nature en péril : la quantité d'habitat naturel protégé est inférieure ou égale à 20%. Atteindre la moitié de la protection n'est pas possible à court terme et les efforts devraient se concentrer sur la conservation des fragments d'habitats indigènes restants.
Références
Dinerstein, E., Olson, D., Joshi, A., Vynne, C., Burgess, N. D., Wikramanayake, E. & Saleem, M. (2017). An ecoregion-based approach to protecting half the terrestrial realm. BioScience, 67(6), 534-545. http://doi.org/10.1093/biosci/bix014
Olson, D. M., Dinerstein, E., Wikramanayake, E. D., Burgess, N. D., Powell, G. V. N., Underwood, E. C., D'Amico, J. A., Itoua, I., Strand, H. E., Morrison, J. C., Loucks, C. J., Allnutt, T. F., Ricketts, T. H., Kura, Y., Lamoreux, J. F., Wettengel, W. W., Hedao, P., Kassem, K. R. 2001. Terrestrial ecoregions of the world : a new map of life on Earth. Bioscience 51(11):933-938. https://www.sciencebase.gov/catalog/item/508fece8e4b0a1b43c29ca22
Lien ajouté le 4 avril 2026
« Changement climatique et biodiversité : les espèces migrent jusqu’à 4 fois plus vite que ne le prévoient les modèles climatiques » (CNRS).
À l’heure où le réchauffement climatique redessine la carte mondiale de la biodiversité, une étude d’envergure internationale publiée dans la revue PNAS révèle un décalage majeur entre prévisions scientifiques et réalité observée : les espèces se déplacent jusqu’à 4 fois plus vite le long du gradient latitudinal que ne l’anticipent les modèles climatiques, pourtant largement utilisés pour prédire les changements de répartition des espèces et guider les politiques de conservation en réponse au réchauffement global. Pilotée notamment par Jonathan Lenoir, chargé de recherche CNRS et directeur adjoint du laboratoire EDYSAN (UPJV/CNRS) et par Brunno F. Oliveira, chercheur à la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB), cette étude a comparé les prédictions des modèles de niche aux observations de terrain de plus de 9 500 déplacements d’aires de répartition concernant plus de 3 500 espèces marines et terrestres, sur plusieurs décennies. Au total, ce sont plus de 80 To de données qui ont été analysées par le réseau international BIOSHIFTS, grâce à la puissance de calcul de la plateforme MatriCS de l’UPJV.
Brunno F. Oliveira, Romain Bertrand, Malin L. Pinsky & Lise Comte (2026). « Species range shifts often speed ahead of their modeled climatic niches » [Les déplacements d'aires de répartition des espèces sont souvent plus rapides que leurs niches climatiques modélisées]. PNAS, 26 mars 2026, https://doi.org/10.1073/pnas.2515903123
Lien ajouté le 15 avril 2026
Leng, R., Harrison, S., Fawcett, D., Tiwari, A., Harrison, M. et Anderson, K. (2026). « Vegetation on the move: elevational shifts and greening dynamics across the Himalayan alpine zone » [Végétation en mouvement : variations altitudinales et dynamique de verdissement dans la zone alpine himalayenne]. Ecography e08259. https://doi.org/10.1002/ecog.08259
Des chercheurs analysent les dynamiques de végétation alpine dans l’Himalaya. Leur étude met en évidence une transformation rapide des milieux de haute montagne, marquée par une progression altitudinale des plantes sous l’effet du changement climatique. L’analyse repose sur les images Landsat et l’indice NDVI, qui permet de mesurer la “verdure” des surfaces. À 30 m de résolution, les chercheurs identifient la ligne de végétation, soit la limite supérieure des plantes, et suivent son évolution sur 24 ans avec une grande précision spatiale. Les résultats montrent une montée généralisée de cette limite. Selon les régions, elle progresse de 1,42 à 6,95 m par an, soit jusqu’à près de 70 m en une décennie. Cette vitesse élevée traduit une réponse directe des écosystèmes alpins à l’augmentation des températures. Cette dynamique n’est pas uniforme. La végétation est plus dense à l’est, plus humide, qu’à l’ouest plus aride. Les altitudes atteintes dépassent 5.500 m, avec un maximum autour de 5.675 m. Cette organisation traduit un fort gradient climatique d’ouest en est à l’échelle de la chaîne himalayenne. À l’échelle locale, le verdissement domine largement. La majorité des pixels étudiés montrent une augmentation du NDVI. Ms des zones de brunissement apparaissent, surtout à l’est, révélant des stress environnementaux liés à l’humidité, aux précipitations ou aux conditions de croissance. Les facteurs climatiques structurent ces évolutions. L’augmentation des températures favorise l’expansion des plantes, tandis que la neige joue un rôle déterminant. Son épaisseur et sa fonte influencent directement la disponibilité en eau et la durée de la saison de croissance. Ces transformations modifient les équilibres écologiques. Les espèces adaptées au froid peuvent être concurrencées par des plantes plus thermophiles. Les changements de couverture végétale affectent aussi les sols, l’évapotranspiration et les flux hydrologiques à l’échelle régionale. L’étude montre une réponse rapide mais différenciée des milieux alpins au changement climatique. Les interactions entre relief, climat et végétation produisent des trajectoires variées, imposant une analyse fine, multiscalaire et spatialisée.
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