Progression de la cartographie haute résolution des fonds marins (programme Seabed 2030 - GEBCO)


Un quart des fonds océaniques a déjà été cartographié en haute résolution selon le site Seabed 2030. C'est ce qui a été annoncé lors de l'Assemblée de l'Organisation hydrographique internationale (OHI) à Monaco en mai 2023. Il reste tout de même encore les 3/4 de la surface des océans à cartographier pour atteindre l'objectif de 100% en 2030.

État d'avancement de la cartographie des océans en 2023 (source :  Seabed 2030)


L'image montre la couverture dans la grille GEBCO 2023, avec un accent mis sur les océans Atlantique et Indien. Les zones noires de l'océan correspondent aux zones non cartographiées ; celles en bleu-violet indiquent la profondeur de l'eau en fonction des données bathymétriques. Crédit : Vicki Ferrini et Hayley Drennon

Un effort mondial pour cartographier l'ensemble des fonds océaniques avant la fin de la décennie est conduit dans le cadre du programme Seabed 2030 - un projet collaboratif entre la Nippon Foundation et la General Bathymetric Chart of the Oceans (GEBCO), qui fait partie lui-même d'un programme conjoint de l'OHI et de la Commission océanographique intergouvernementale (COI) de l'UNESCO.

La cartographie en haute résolution du fond de l'océan est une étape indispensable pour l'aide à la décision dans des domaines tels que la gestion des ressources, les changements environnementaux et la protection des océans. Elle s'inscrit directement dans l'ODD 14 des Nations Unies qui vise à conserver et exploiter les océans de manière durable. Seabed 2030 est une action officiellement approuvée dans le cadre de la Décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques au service du développement durable 2021-2030.

Lorsque le projet Seabed 2030 a été lancé en 2017 pour développer la cartographie des fonds marins, seuls 6% de leur surface avaient été cartographiés en haute résolution. En six ans, ce sont plus de 90 millions de kilomètres carrés de données bathymétriques qui ont été acquises grâce à des partenariats mondiaux, à la mobilisation des données et aux progrès de l'innovation technologique. Le projet a conduit à des développements conséquents dans le domaine de la recherche scientifique. En mars 2023, un nouveau catalogue des monts sous-marins a été publié : celui-ci comprend plus de 19 000 volcans sous-marins nouvellement découverts. De telles découvertes contribuent à faire avancer la sciences dans le domaine des océans, de l'écologie, de la tectonique des plaques, et améliorent notre capacité à protéger etgérer durablement l'océan.

Le site GEBCO (General Bathymetric Chart of the Oceans) fournit un ensemble de données bathymétriques à l'échelle de la Terre selon une grille de 15 secondes d'arc ainsi que diverses données sur les océans. La grille GEBCO_2023 et la grille TID peuvent être téléchargées sous forme de fichiers globaux au format netCDF ou d'un ensemble de 8 tuiles (chacune avec une surface de 90° x 90°), offrant une couverture mondiale, en raster Esri ASCII et aux formats de données GeoTiff. Les fichiers de données sont inclus dans un fichier zip avec la documentation de l'ensemble de données. 

Une application en ligne (GEBCO Gridded Bathymetry Data Download) permet de sélectionner et télécharger les données aux formats netCDF, raster Esri ASCII et GeoTiff. Les grilles de GEBCO sont disponibles également sous forme de webservices en WMS.

Il est possible de télécharger le dossier d'images mis à dispostion sur le site Seabed 2030. Il comprend une carte détaillée de l'état d'avancement de la cartographie des fonds océaniques ainsi qu'une très belle carte des océans en projection Spilhaus.

A découvrir : 

  • la carte topographique du monde incluant le relief sous-marin (Visual Geomatics)
  • la carte des fonds marins non cartographiés en projection Spilhaus par Andrew Douglas-Clifford (The Map Kiwi)
La nouvelle méthode de cartographie des fonds marins est décrite dans ces deux articles : 

Liens ajoutés le 9 mai 2023





Lien ajouté le 29 avril 2025

Marie Tharp a proposé une théorie révolutionnaire à l'époque sur la tectonique des plaques, qualifiée de "truc de fille" par ses collègues. Son travail, à la fois minutieux et audacieux, longtemps ignoré, a finalement été confirmé et reconnu. ➡️ https://l.franceculture.fr/iTY

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— France Culture (@franceculture.fr) 29 avril 2025 à 08:00

Lien ajouté le 16 février 2026

« Peut-on cartographier l'intégralité du fond marin ? » (Geographical).

Le projet Seabed 2030 vise à cartographier l'intégralité des fonds marins d'ici 2030, mais est-ce un projet réalisable – et qu'a-t-on cartographié jusqu'à présent ? En 2025, Geographical a rapporté qu'une quantité importante de données avait été ajoutée à l'étude des fonds marins du projet Seabed 2030. Une nouvelle portion de l'océan Arctique a été cartographiée, ajoutant 1,4 million de kilomètres carrés de couverture cartographique – soit une superficie plus de trois fois supérieure à celle de la Suède – au projet. Traditionnellement, la couverture de glace de mer permanente, associée à des conditions extrêmes, a fait que la collecte de données dans l'océan Arctique a été extrêmement limitée ; cependant, les progrès technologiques et informatiques ont permis aux scientifiques de cartographier cette région avec une grande précision. En juin 2025, le projet avait cartographié 27,3 % des fonds océaniques mondiaux, annonçant avoir augmenté ses données totales de plus de quatre millions de kilomètres carrés de fonds marins nouvellement cartographiés – une superficie à peu près équivalente à l'ensemble du sous-continent indien. Les zones bien cartographiées comprennent l'Atlantique Nord, les eaux côtières de pays développés comme les États-Unis, le Japon et la Norvège, certaines parties du Pacifique – comme certaines ZEE insulaires et les régions étudiées lors de missions scientifiques – et l'océan Austral. Les plus grandes lacunes subsistent dans les plaines abyssales du Pacifique central, certaines parties de l'océan Indien, des zones reculées de l'océan Austral, des bassins océaniques profonds éloignés des routes maritimes et certaines parties de l'Atlantique Sud. L'exploration de ces zones est coûteuse et ne présente pas d'incitations commerciales. Même si 27,3 % ont été cartographiés à haute résolution, la quasi-totalité (près de 100 %) possède une bathymétrie dérivée de données satellitaires à basse résolution. Cartographier l'intégralité des fonds marins est techniquement possible, mais la question de savoir si cela pourra être réalisé d'ici 2030 reste posée. GEBCO estime que si un seul navire équipé de la technologie multifaisceaux actuelle tentait de cartographier l'océan à lui seul, il lui faudrait des centaines d'années, voire plus de mille. Cela démontre que la cartographie est possible, mais uniquement grâce à des efforts internationaux coordonnés. La réalisation du projet Seabed 2030 dans les délais impartis repose sur plusieurs facteurs : l’agrégation des données, la bathymétrie participative, les véhicules autonomes et la contribution des services hydrographiques internationaux. À ce jour, les progrès les plus importants proviennent du partage des données déjà collectées, et non des nouvelles missions de cartographie.

Lien ajouté le 10 mars 2026

« Comment l'IA pourrait percer les secrets des profondeurs marines » (The Conversation).

Kerry Howell (Plymouth Marine Laboratory) analyse comment l’IA peut transformer l’exploration des océans profonds. Elle montre comment l’analyse automatisée d’images permettrait de révéler et cartographier des écosystèmes marins encore inconnus. Dans l’Atlantique Nord, à plus de 1000 m de profondeur, des récifs de coraux d’eau froide forment de véritables « forêts » sous-marines. Ces habitats abritent de nombreuses espèces. Mais beaucoup restent inconnus des scientifiques et donc absents des politiques de protection. Depuis vingt ans, robots et submersibles ont filmé des milliers d’heures de fonds marins. Pourtant, moins de la moitié de ces images a été analysée. Une seule plongée peut demander deux mois de travail à un chercheur pour identifier les espèces observées. L’intelligence artificielle permet d’accélérer radicalement cette analyse. Une étude menée en 2022 a montré qu’un modèle d’IA pouvait examiner plus de 58.000 images de grands fonds en moins de dix jours, contre plusieurs mois pour un spécialiste humain. L’IA a permis de cartographier la présence de xénophyophores, organismes unicellulaires géants vivant à environ 1200 m de profondeur dans l’Atlantique nord-est. Ces espèces sont des indicateurs importants d’écosystèmes marins vulnérables. Le projet Deep Vision cible notamment les coraux et éponges des grands fonds. Ces organismes jouent un rôle écologique comparable à celui des forêts terrestres. Ils structurent les habitats et soutiennent la biodiversité dans un milieu dépourvu de végétation. Les données extraites par l’IA servent ensuite à construire des modèles de distribution des habitats. Ces cartes prédictives aident les scientifiques et les décideurs à identifier les zones prioritaires pour créer de nouvelles aires marines protégées. Comprendre ces écosystèmes est essentiel. Les organismes des grands fonds participent au recyclage des nutriments et au cycle du carbone. L’IA pourrait ainsi ouvrir une nouvelle phase d’exploration des océans et améliorer leur gouvernance mondiale. 

Liens ajoutés le 25 mars 2026

« La Chine cartographie les fonds marins en prévision d'une guerre sous-marine contre les États-Unis » (Reuters).

La Chine mène une vaste opération de cartographie et de surveillance sous-marine dans les océans Pacifique, Indien et Arctique, accumulant des connaissances détaillées sur les conditions marines qui, selon les experts navals, seraient cruciales pour mener une guerre sous-marine contre les États-Unis et leurs alliés. Des dizaines de navires de recherche chinois cartographient les fonds marins de régions stratégiques des océans du globe. Si certaines de ces missions visent à identifier des gisements minéraux et des zones de pêche, les données recueillies ont également une application militaire. Elles permettent à Pékin d'obtenir une image détaillée de l'environnement maritime où se dérouleraient les combats sous-marins en cas de conflit, selon des experts navals.

« La flotte chinoise d'exploitation minière en eaux profondes pourrait également suivre les sous-marins américains » (Mongabay).

Elizabeth Claire Alberts et Kara Fox analysent la flotte chinoise d’exploration des grands fonds. Leur enquête montre que ces navires combinent recherche scientifique, collecte de données et objectifs stratégiques. L’enquête a suivi 8 navires chinois entre 2021 et 2026. Elle montre que seulement 6% du temps en mer est consacré à l'étude des zones minières attribuées par l’AIF. Le reste des itinéraires se concentre dans des espaces stratégiques proches de bases, routes maritimes et câbles sous-marins. Ces espaces incluent des zones proches de Guam, de Taïwan ou des îles Aléoutiennes. Ces territoires structurent la puissance navale américaine dans le Pacifique. Leur fréquentation révèle une logique d’observation et de connaissance des infrastructures militaires. Les trajectoires montrent aussi des pratiques d’évitement. Plusieurs navires désactivent leur signal AIS, rendant leur position invisible. Mark Douglas souligne que ces interruptions traduisent une volonté d’opérer hors des systèmes classiques de surveillance. Les données collectées concernent le fond marin : cartographie, relief, acoustique. Raymond Powell explique que ces informations permettent de repérer les sous-marins ou les câbles sous-marins, essentiels aux communications mondiales et aux stratégies militaires. Cette logique s’inscrit dans la stratégie chinoise de puissance maritime affirmée depuis 2012. Les fonds marins deviennent un nouvel espace d’expansion. La Chine détient 5 contrats sur 31 délivrés par l’Autorité internationale des fonds marins. Les surfaces concernées atteignent environ 225.000 km², soit près de trois fois l’Irlande. Ces espaces riches en nodules polymétalliques contiennent cobalt, nickel et cuivre, essentiels aux batteries, aux technologies numériques et aux systèmes militaires. Les navires chinois ne se limitent pas à leurs zones. Ils explorent aussi des espaces attribués à d’autres États comme la France, la Pologne ou la Corée. Cette présence permet d’accumuler des données stratégiques à l’échelle globale des océans. Les îles Cook illustrent cette compétition. Leur ZEE contient 6,7 milliards de tonnes de nodules riches en cobalt. Situées sur des routes maritimes majeures, elles deviennent un point d’ancrage pour les stratégies chinoises et américaines dans le Pacifique. Les Etats-Unis réagissent en accélérant leur stratégie. Un fonds de 12 Md$ soutient l’exploitation minière et la sécurisation des minerais critiques. Des projets se développent près de l’Alaska, de la Virginie ou des îles du Pacifique sous influence américaine. Les scientifiques alertent sur les impacts environnementaux. Une étude montre une baisse de 37% de la faune après des tests miniers. Une autre indique qu’après 44 ans, la biodiversité ne s’est pas totalement reconstituée dans certaines zones.

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