L'insécurité alimentaire dans le monde (rapport du FSIN)


L'insécurité alimentaire s'est aggravée dans le monde en 2023. Près de 282 millions de personnes ont nécessité une aide d'urgence sous l'effet des conflits, en particulier à Gaza et au Soudan, des événements météorologiques extrêmes et des chocs économiques. C'est 24 millions de plus qu'en 2022, selon le Rapport mondial sur les crises alimentaires du Réseau d'information sur la sécurité alimentaire (FSIN), publié en avril 2024.

Part de la population faisant face à un haut niveau d'insécurité alimentaire
dans 59 pays en 2023 (source : Rapport FSIN, 2024)

Quelque 700 000 personnes étaient au bord de la famine en 2023, dont 600 000 à Gaza. Un chiffre qui a depuis encore grimpé dans le territoire palestinien miné par la faim et la guerre, à 1,1 million de personnes. La crise alimentaire se prolonge pour l'Afghanistan, la République démocratique du Congo, l'Ethiopie, le Nigeria, la Syrie et le Yémen.

L'aide interntionale est insuffisante. Les financements ne suivent pas les besoins. Les gouvernements doivent renforcer les ressources disponibles pour le développement durable, d'autant que les coûts de distribution de l'aide ont augmenté.

Les causes de l'insécurité alimentaire d'après le rapport du FSIN (source : © AFP)

Pour télécharger le rapport complet avec les données par pays (en anglais).

Le Réseau d’information sur la sécurité alimentaire (FSIN, Food Security Information Network) est une initiative conjointe de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture), de l’IFPRI (Institut international de recherche sur les politiques alimentaires) et du PAM (Programme alimentaire mondial). Cette communauté de pratique mondiale vise à mettre en relation des institutions nationales, régionales et mondiales ainsi que des spécialistes de la sécurité alimentaire dans le but de répondre aux besoins d’information des pays et des régions en développement sur la sécurité alimentaire en renforçant les institutions et les réseaux nationaux.

Le FSIN a trois objectifs principaux :

  • Mettre sur pied une communauté de pratique mondiale pour favoriser l’échange de connaissances, de pratiques optimales et d’enseignements autour de la sécurité alimentaire ;
  • Donner accès à des ensembles de normes, de méthodes, d’outils et d’indicateurs fondés sur la demande et harmonisés pour collecter des informations sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle, les analyser et prendre des décisions ;
  • Renforcer les capacités nationales et régionales de collecte et d’analyse d’informations sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle et de prise de décisions en la matière.

Lien ajouté le 12 février 2026

Kamal, M., Nandi, R., Amjath-Babu, TS et al. (2026). Linking species and functional crop diversity in South Asia: a spatial assessment of agrobiodiversity for nutrition-sensitive agriculture. [Lien entre diversité spécifique et fonctionnelle des cultures en Asie du Sud : une évaluation spatiale de l’agrobiodiversité pour une agriculture sensible à la nutrition]. npj Sustainable Agriculture 4 , 17 (2026). https://doi.org/10.1038/s44264-026-00130-3

Des scientifiques bangladais analysent l’agrobiodiversité dans 906 districts d’Asie du Sud et montrent que la diversité des cultures ne se traduit pas automatiquement par une meilleure diversité alimentaire et nutritionnelle. Les chercheurs mobilisent les recensements agricoles du Bangladesh, de l’Inde, du Népal et du Pakistan. Ils examinent 326 cultures et évaluent non seulement le nombre d’espèces, mais aussi leur appartenance à des groupes alimentaires et leur apport en 8 nutriments essentiels. Premier constat. La diversité des espèces atteint une médiane de 0,56, mais la diversité alimentaire chute à 0,44 et la diversité nutritionnelle à 0,49. Autrement dit, produire plus d’espèces ne garantit pas une alimentation plus équilibrée. Seuls 4% des districts cumulent forte diversité botanique et forte diversité alimentaire. En revanche, 24% disposent d’un potentiel inexploité. Beaucoup de territoires produisent varié, mais sans intégrer suffisamment de cultures riches en micronutriments. Les céréales dominent 74% de la production régionale. Cette spécialisation structure les paysages agricoles mais limite les apports en fer, zinc ou vitamines. Les districts intégrant davantage de légumineuses et de légumes affichent une meilleure qualité nutritionnelle. 44% des districts où la malnutrition infantile est élevée coïncident avec des zones à fort potentiel agricole non valorisé. Le problème n’est donc pas seulement la quantité produite, mais l’orientation des systèmes agricoles vers des cultures nutritives. La carte révèle des contrastes nets. La plaine indo-gangétique et certaines régions du Népal concentrent des niveaux élevés de diversité. À l’inverse, des zones du Bangladesh oriental et de l’Inde apparaissent comme des espaces peu diversifiés et plus vulnérables. La sécurité alimentaire dépend moins du nb d’espèces cultivées que de leur qualité nutritionnelle. Les politiques agricoles doivent articuler diversité biologique, nutrition et justice territoriale pour réduire durablement la malnutrition.

Lien ajouté le 10 avril 2026

« Au Brésil, Lula a éradiqué l’insécurité alimentaire » (La Relève et la Peste).

Isabelle Vauconsant analyse les politiques alimentaires menées au Brésil sous Lula. Elle montre comment une stratégie agroécologique intégrée permet de réduire massivement la faim tout en reconfigurant les systèmes alimentaires à plusieurs échelles territoriales. Entre 2004 et 2014, 26 millions de Brésiliens sortent de l’extrême pauvreté. Le taux passe de 11% à 3,7%. Après un recul, 13 millions de personnes sortent encore de la faim en 2023. Ces dynamiques traduisent l’impact spatial de politiques publiques ciblées. Le programme Fome Zero repose sur une approche systémique. Croissance, hausse des salaires, transferts sociaux et politiques alimentaires sont articulés. Cette combinaison permet de stabiliser les sociétés en sécurisant l’accès à la nourriture. Émile Frison (IPES-Food) souligne la dualité agricole. D’un côté, l’agrobusiness exportateur. De l’autre, l’agriculture familiale qui nourrit la population. Cette coexistence structure les territoires et révèle des modèles agricoles contrastés. La gouvernance repose sur une forte intégration. Jusqu’à 37 ministères et 197 initiatives sont mobilisés. Les politiques alimentaires deviennent transversales, combinant agriculture, santé, environnement et action sociale dans une logique territoriale. À l’échelle locale, Belo Horizonte et Osasco illustrent ces dynamiques. Cantines, agriculture urbaine, banques alimentaires et circuits courts structurent l’accès à l’alimentation. 77 millions d’habitants sont concernés par ces politiques territorialisées. Les achats publics jouent un rôle central. Au moins 30% des aliments proviennent de l’agriculture familiale. Ce mécanisme relie production locale et consommation, tout en soutenant les territoires ruraux et les populations vulnérables. Le modèle brésilien montre qu’un système alimentaire durable repose sur coordination, inclusion sociale et ancrage territorial. Il propose une alternative au productivisme et redéfinit les rapports entre agriculture, société et environnement. 

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