Bureaux de vote et adresses de leurs électeurs en France (Répertoire électoral unique - INSEE)


L’Insee rend public un extrait du Répertoire électoral unique (REU) de l’ensemble du territoire français, daté de septembre 2022. Ces données permettent de mettre en correspondance les bureaux de vote et les adresses des électeurs, ce qui est très utile pour conduire des analyses électorales à l'échelle infra-communale. Cette ouverture des données était attendue depuis longtemps et avait buté jusque-là sur des fins de non recevoir. Elle vient de trouver en partie une issue grâce à la publication des données par l'Insee, à qui a été confiée la gestion du REU. En extraire les contours des bureaux de vote demande cependant quelques compétences techniques, en attendant une publication complète des informations avec les données géométriques qui devrait faciliter leur réutilisation en open data.

« A voté » : à chaque bureau de vote ses électeurs (source : Lequien & Pramil, Blog de l'Insee)

 

1) Description du Répertoire électoral unique (REU)

Les fichiers de correspondance entre les bureaux de vote et les adresses des électeurs qui en dépendent permettent la construction des aires de bureaux de vote. Celles-ci facilitent la comparaison des données électorales avec les caractéristiques socio-démographiques des électeurs rattachés à ces aires. Ces fichiers sont élaborés à partir du Répertoire électoral unique (REU), institué par la loi n°2016-1048 du 1er août 2016 rénovant les modalités d’inscription sur les listes électorales, et qui a été mis en œuvre à partir du 1er janvier 2019.

Géré par l’Insee, le REU a pour finalité la gestion du processus électoral et la fiabilisation des listes électorales. Il permet la mise à jour en continu des listes électorales à l’initiative, soit des communes (et des consulats) qui procèdent aux inscriptions et radiations des électeurs, soit de l’Insee sur la base des informations transmises par différentes administrations (armées, justice, intérieur) et des données d’état-civil.

Le REU contient, entre autres, l’adresse des électeurs inscrits sur les listes électorales et leur bureau de vote, ce qui permet de les mettre en correspondance. À la suite de l’avis favorable rendu par la Commission d’accès aux documents administratifs sur la publication des adresses, et en concertation avec le ministère de l’Intérieur, l’Insee a développé une méthode permettant de publier cette correspondance adresses-bureaux de vote en données ouvertes (au format csv), tout en ne divulguant aucune information sur les noms et prénoms des personnes. Le projet a bénéficié de la collaboration de la DINUM (Etalab), l’organisme public qui coordonne la politique d’ouverture et de partage des données publiques.


2) Fichiers mis à disposition en open data

Les données brutes utilisées par l’Insee correspondent à une extraction des adresses du Répertoire Électoral Unique réalisée en septembre 2022. Le travail effectué sur cette extraction permet la diffusion de 2 fichiers, proposés aux formats csv et parquet :

  • La table des adresses normalisées et géolocalisées du REU
  • La table des bureaux de vote du REU

Trois fichiers de documentation sont disponibles en accompagnement des données :

  • Le dictionnaire des variables de la table des adresses
  • Le dictionnaire des variables de la table des bureaux de vote
  • Un document méthodologique détaillant le travail effectué sur les données du REU

Ces fichiers de données et métadonnées sont à télécharger sur le site Data.gouv.fr. Le code associé aux traitements effectués est disponible sur Github

Les grandes villes mettent souvent directement à disposition les découpages de bureaux de vote ainsi que leur évolution. C'est le cas de Paris, Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux, Toulouse. Voir sur le site Data.gouv.fr pour une recherche plus avancée par communes.


3) Réutilisation des données

Un article du blog de l’Insee présente un exemple de réutilisation de ces données. 

En résumé, il s'agit de poser les adresses sur une carte, puis de dessiner une limite autour de chaque groupe d’adresses appartenant au même bureau de vote.

Méthode proposée par Denis Vannier pour tracer les contours des bureaux de vote (source : Github)

Les fichiers geojson créés en sortie (un par département) nécessitent malgré tout une intervention au cas par cas dans un logiciel comme Qgis. Car le résultat est souvent chaotique lorsqu'on zoome sur les limites de bureaux de vote. Le découpage proposé par Etalab, impose d’ailleurs les mêmes corrections a posteriori. Cette limite s’explique principalement par les conditions de production des listes électorales dans chacune des 35 000 communes, et dans une moindre mesure par les erreurs de géolocalisation des adresses. Parfois, des électeurs sont rattachés à un autre bureau de vote que celui correspondant à leur domicile. Il arrive que des communes conservent des bureaux de vote répartis sur une base alphabétique malgré la réforme de 2016 (c’était encore le cas de Fonsorbes, en Haute-Garonne, à la veille de la présidentielle). Ces cas sont marginaux, mais suffisants pour mettre la pagaille dans un programme.

Etalab devrait prochainement publier un découpage en open data des bureaux vote à partir des données du REU. Affaire à suivre...

4) Exemples d'analyse électorale à l'échelle des bureaux de vote

Cartelec. Cartographie des grandes villes françaises à l’échelle des bureaux de vote. http://cartelec.univ-rouen.fr/

Beauguitte, L. et Colange, C. 2013. Analyser les comportements électoraux à l’échelle du bureau de vote, mémoire scientifique de l’ANR CARTELEC.

Beauguitte, L. et Lambert, N. 2014. « L’HyperAtlas électoral parisien (2007‑2012). Un outil pour l’analyse des dynamiques électorales intra-urbaines », Mappemonde, n° 114.

Éric Agrikoliansky, « Paris, 23 avril 2017 : un renouveau des clivages socio-politiques ? », Métropolitiques, 5 mai 2017.

Jean Rivière, 2023 : « La présidentielle 2022 au microscope. Continuités et ruptures avec le paysage électoral antérieur dans la Métropole », in F. Madoré, J. Rivière, C. Batardy, S. Charrier, S. Loret, Atlas Social de la métropole nantaise. 

Lien ajouté le 31 mars 2026

« Dans les villages de montagne, ces résidences secondaires qui pèsent sur les élections » (The Conversation)

La politiste Lucie Bargel (Université Côte d’Azur) analyse le rôle des résidences secondaires dans les villages de montagne. Elle montre comment ces mobilités résidentielles transforment les pratiques électorales et redéfinissent les rapports au territoire. Le droit français autorise à voter dans une commune où l’on possède un bien ou des attaches familiales. Dans les Alpes-Maritimes, certains villages comptent jusqu’à 2/3 de résidences secondaires, ce qui modifie fortement la composition réelle du corps électoral local. Le décalage est spectaculaire. Dans plusieurs communes étudiées, le nombre d’inscrits dépasse celui des habitants recensés, et parfois même celui des votants. Le territoire électoral apparaît alors plus étendu que le territoire habité en permanence. Cette situation s’explique par des liens sociaux durables. Les résidents secondaires reviennent fréquemment, participent aux rituels familiaux et connaissent les candidats. Les campagnes électorales s’organisent ainsi dans un espace élargi, entre présence physique et relations à distance. La géographie montagnarde joue un rôle central. Les contraintes de relief et de transport empêchent des mobilités quotidiennes. Les individus alternent entre ville et village, construisant une double appartenance territoriale, vécue comme continue malgré la discontinuité spatiale. Ce fonctionnement s’inscrit dans une histoire longue. Les montagnes ont toujours été des espaces de mobilités saisonnières, liées au climat ou aux activités pastorales. L’identité locale repose moins sur la résidence permanente que sur un ancrage social et familial. Ces pratiques génèrent des tensions politiques. Les habitants permanents défendent souvent le développement économique et les services, tandis que les résidents secondaires valorisent le calme et le paysage. Deux visions du territoire s’affrontent dans les choix électoraux. Le vote apparaît ainsi comme un acte territorial autant que politique. Il exprime une appartenance à un lieu, même sans y vivre en permanence. Les villages de montagne illustrent une recomposition des liens entre mobilité, identité et pouvoir local. 

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