Source : « Internet Censorship : A Map of Internet Censorship and Restrictions » (Comparitech)
La carte montre quels pays censurent le plus Internet et lesquels exercent le moins de contrôle sur les sites en ligne. Elle est basée sur des données collectées par le site technologique Comparitech. Dans cette étude exploratoire, les chercheurs ont mené une comparaison pays par pays afin d'identifier les pays qui imposent des restrictions strictes sur Internet et ceux où les citoyens bénéficient au contraire d'une liberté maximale. Entre les deux extrêmes, on peut trouver des situations très variées. En 2025, près de 60 pays ont renforcé leur censure sur Internet, contre 50 lors de l'étude de 2024. La plupart des nouvelles restrictions concernent les réseaux sociaux et les applications de messagerie, les médias politiques et la pornographie. Avec l'introduction croissante de systèmes de vérification de l'âge dans des pays comme l'Australie, la France, le Royaume-Uni, les États-Unis et l'Allemagne, et un nombre croissant de pays renforçant leur censure des médias sociaux malgré le fait qu'ils soient des pays relativement « libres », notre vie privée numérique est de plus en plus menacée. L'article s'interroge : « la censure en ligne est-elle en train de devenir la norme ? »
Carte de la censure et des restrictions sur Internet (source : Comparitech)
La carte a été produite avec l'application Datawrapper. Les données ayant servi à élaborer la carte sont mises à disposition sur le site au format csv. Ce qui permet de refaire la carte en choisissant ses seuils de discrétisation, la légende en dégradé continu étant peu lisible.
Méthodologie mise en oeuvre
Six critères ont été pris en compte : 1) les restrictions ou interdictions concernant le téléchargement de fichiers (torrenting), 2) la pornographie, 3) les réseaux sociaux, 4) l'usage de VPN, 5) les médias d'information et 6) les applications de messagerie/VoIP. Plus le score est élevé, plus la censure est importante. Cette méthodologie permet de disposer d'une grille commune, elle peut être discutée du fait que la censure peut s'exercer par des moyens plus ou moins visibles ou détournés.
- Torrenting ou partage de données en "peer to peer" (2 points)
Restreint, mais accessible (1 point)
Sites web interdits et/ou activement supprimés (1 point)
- Pornographie (2 points)
Restreint, mais accessible (1 point)
Banni (1 point)
- Médias politiques (2 points)
Restreint dans une certaine mesure, par exemple en exerçant une certaine censure (1 point)
Fortement censuré. Par exemple, les chaînes réservées au gouvernement et/ou journalistes risquent de lourdes peines de prison ou d'être tués (1 point).
- Médias sociaux (3 points)
Une certaine censure a lieu, par exemple des personnes condamnées à des peines de prison pour du contenu publié sur les réseaux sociaux (1 point)
Restreint, par exemple preuve de démantèlement de plateformes lors de manifestations, d'examens scolaires, etc. et/ou surveillance étroite des plateformes (1 point)
Banni (1 point)
- Usage de VPN (2 points)
Restreint (1 point)
Banni (1 point)
- Applications de messagerie/VoIP (1 point)
Restreint. Certaines plateformes sont par exemple interdites (les fournisseurs de télécommunications gouvernementaux ou publics offrent souvent des alternatives) (1 point)
Pistes d'interprétation de la carte
Les pires pays en matière de censure sur Internet sont la Corée du Nord, la Chine et l'Iran (note de 12/12), suivis de l'Irak, la Birmanie, le Pakistan, la Russie et le Turkménistan (11/12), l'Égypte, Oman, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (10/12). Même si les VPN sont techniquement bloqués dans certains pays, certains fonctionnent encore. De même, de nombreux sites web censurés créent des sites miroirs pour permettre l'accès à des personnes résidant dans des pays restreints, mais ceux-ci sont souvent bloqués dès que les autorités en prennent connaissance.
Aucun pays européen ne bloque ou n'interdit les réseaux sociaux, mais trois d'entre eux les restreignent (la Biélorussie, la Turquie et l'Ukraine). Au cours de la période couverte par le rapport, des centaines de citoyens biélorusses ont été emprisonnés et des milliers d'autres ont fait l'objet de sanctions pénales ou administratives pour leurs activités sur Internet. La Turquie et l'Ukraine surveillent également le contenu des réseaux sociaux de leurs citoyens. Ces trois pays, ainsi que l'Allemagne, le Royaume-Uni, la Hongrie, la Lettonie et la France, ont également mis en place un certain niveau de surveillance/censure sur les réseaux sociaux.
Cuba est le seul pays d’Amérique du Nord à restreindre l’utilisation du VPN. Les restrictions imposées aux médias se sont intensifiées en Amérique du Sud, notamment en Équateur, en Colombie et au Paraguay. Dans ces deux pays, les journalistes et les médias sont fréquemment victimes de menaces, d'agressions et d'attaques, parfois même d'assassinats. Le Venezuela continue d'appliquer des restrictions et une censure sur les réseaux sociaux. Des cas de surveillance des réseaux sociaux ont été signalés en Argentine, au Brésil, en Colombie et en Équateur.
Vingt-deux pays asiatiques ont bloqué ou interdit des sites de torrent. Le Qatar et Oman ont multiplié leurs tentatives de blocage de sites web l'année dernière. La majorité des pays asiatiques ont des restrictions sur la pornographie en ligne (42 sur les 49 couverts), 31 d'entre eux connaissant des interdictions/blocages complets. En Asie, les médias d'information sont soumis à de fortes restrictions et à une censure sévère. Seuls deux pays – Taïwan et le Timor-Leste – n'imposent pas de restrictions importantes. La majorité des autres pays (38 au total) sont soumis à une censure sévère.
Parmi les pays africains étudiés, 38 appliquent des restrictions sur les réseaux sociaux, mais seule l'Érythrée est allée jusqu'à bloquer systématiquement l'accès à ces sites. Cependant, 44 pays appliquent une certaine surveillance/censure de ces plateformes.
Lien ajouté le 15 avril 2026« La mise sous cloche d’Internet, ou comment Vladimir Poutine veut couper la Russie du reste du monde » (
Le Monde).
Le Monde analyse le projet de « RuNet souverain » piloté par le Kremlin. Depuis 2019, la Russie cherche à contrôler et isoler son Internet, transformant le cyberespace en outil stratégique de pouvoir. Ce projet s’inscrit dans une logique de maitrise territoriale. Sur un espace immense, doté de 14 frontières, l’Internet russe s’est construit de façon fragmentée. Cette dispersion compliquait le contrôle, mais elle est progressivement reprise en main par l’État via les grands opérateurs. Depuis 2022, la guerre en Ukraine accélère cette fermeture. Les coupures deviennent fréquentes. À Moscou, la connexion disparaît quartier par quartier. Les perturbations touchent transports, banques et commerces, révélant la dépendance croissante des sociétés au numérique. Le contrôle passe par des dispositifs techniques précis. Les TSPU (Technical Means for Countering Threats), installés dans les data centers, filtrent le trafic en temps réel. Roskomnadzor peut ainsi bloquer sites, réseaux sociaux et VPN, imposant des "listes blanches"d’accès autorisé. Les chiffres illustrent cette montée en puissance. En 2025, plus de 1,2 million de ressources sont bloquées et 439 VPN interdits. La Russie cumule 37.000 heures de coupures affectant 146 millions d’habitants. Début 2026, 4,7 millions de pages supplémentaires disparaissent. Cette stratégie vise aussi à réorienter les usages. Les plateformes occidentales sont évincées au profit d’outils russes comme la messagerie Max, installée par défaut. Sans chiffrement, elle facilite la surveillance des communications par les autorités. Selon Kevin Limonier, spécialiste du cyberespace russophone, ce projet répond à une logique politique. Le Kremlin veut prévenir toute mobilisation interne, comme celles de 2011-2012, rendues possibles par un Internet ouvert et difficile à contrôler. La Russie construit ainsi un "territoire numérique fermé". Ce basculement transforme Internet en frontière politique. Il illustre une fragmentation du cyberespace mondial, où les États cherchent à contrôler les flux d’information comme des ressources stratégiques.
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