Historiquement, les moustiques se sont toujours déplacés au gré des migrations humaines, de leurs habitats d'origine en Afrique et en Asie au reste du monde. Au cours des prochaines années, le changement climatique leur permettra de se déplacer encore davantage, y compris dans des zones qu'ils n'avaient pas encore colonisées. C’est ce qui ressort d’une étude de Nature Microbiology parue en 2019, dans laquelle une équipe internationale de chercheurs a montré comment le réchauffement climatique allait devenir le principal moteur de l’expansion des moustiques Aedes.
Ces chercheurs ont spécifiquement étudié la propagation du moustique Aedes aegypti et du moustique tigre asiatique (ou Aedes albopictus), deux espèces tropicales devenues les principaux transmetteurs de maladies comme le chikungunya, la dengue ou zika. Ils ont intégré dans leur étude 17 scénarios de changement climatique. Leur modèle prédictif combine plus de 33 000 points de données sur les endroits où les moustiques ont été détectés à travers le monde, ainsi que des données historiques sur leur propagation en Europe et aux États-Unis à partir des années 1970 et 80, ainsi que des projections sur les changements climatiques, les migrations humaines et les zones de croissance urbaine.
Pour compléter, on peut se référer à une autre étude parue dans PLOS (avec des cartes et des données intéressantes) :
Dans un contexte de changement climatique et de mondialisation des échanges, les maladies vectorielles ont tendance à apparaître dans des secteurs géographiques épargnés jusqu’alors. Le commerce des pneus usagés, qui comptent parmi les principaux gîtes larvaires artificiels, a joué un rôle important. Ajoutons que le moustique tigre est essentiellement urbain. Son caractère anthropophile (qui aime les lieux habités par l’homme) explique qu’une fois installé dans une commune ou un département, il est pratiquement impossible de s’en débarrasser.
Le moustique tigre (
Aedes albopictus) a été repéré dans le sud de la France à partir de 2004. En 2021, il concerne pas moins de 64 départements selon la
Direction générale de la santé. Il est également présent à La Réunion et à Mayotte. Dans les départements français d’Amérique (Guadeloupe, Martinique, Guyane), le vecteur à l’origine des principales épidémies de dengue, de fièvre jaune, de chikungunya et, depuis fin 2015, de Zika est le moustique
Aedes aegypti.
Les cartes indiquant les départements en rouge sur la
période 2004-2020 sont des cartes de vigilance et ne signifient pas que l'ensemble des communes soient touchées. Le moustique tigre ne s'arrête d'ailleurs pas à la limite des départements qui représentent, rappelons-le, les territoires administratifs à l'échelle desquels sont recueillis les signalements.
C'est dans la France du sud que la situation est la plus préoccupante avec 10 départements où l'on compte plus de 40% de communes concernées. Le moustique tigre est désormais classé parmi les 100 premières espèces envahissantes selon le
Groupe de spécialistes des espèces envahissantes (ISSG).
Dans chaque département l’implantation du moustique
Aedes albopictus n’est pas homogène, les citoyens contribuent à la connaissance de l’implantation de ce moustique vecteur en signalant sa présence sur le site Internet :
http://www.signalement-moustique.fr/.
En 2019, en France métropolitaine, 674 cas importés de dengue, 57 cas importés de chikungunya et 6 cas de Zika ont été déclarés. En outre, ont été recensés 12 cas autochtones, 9 cas de dengue et 3 cas de Zika. Depuis 2018, La Réunion connaît une importante épidémie de dengue, particulièrement virulente lors de l’été austral 2019-2020. La dernière épidémie majeure de chikungunya remonte à 2005-2006 où 165 000 Réunionnais avaient été infectés (environ 1/5e de la population).
En juillet 2021, un
rapport parlementaire s'alarme de la propagation de plusieurs espèces du moustique tigre sur l'ensemble du territoire métropolitain et plus seulement ultramarin. Cette progression est présentée comme un « risque sanitaire majeur » pour la France. La lutte chimique fait l’objet d’oppositions de la part des populations, souvent sensibles à l’impact environnemental et sanitaire des produits pulvérisés. Des lâchers massifs de
moustiques stérilisés ont débuté à La Réunion. Porté par l'Institut pour la recherche et le développement (IRD), le projet vise à réduire les populations d'insectes pour limiter la circulation des maladies qu'ils propagent, dont la dengue. Les autorités sanitaires de l’île de La Réunion s’appuient également sur un outil de modélisation spatiale,
AlboRun, pour essayer de limiter l’épidémie de dengue et de mieux combattre les moustiques tigres.
Sources des données
Données à l'échelle européenne (European Centre for Disease Prevention and Control) :
Données à l'échelle française (Ministère de la Santé et de la Solidarité)
Pour compléter
- Rapport de la Commission d'enquête chargée d’évaluer les recherches, la prévention et les politiques publiques à mener contre la propagation des moustiques Aedes et des maladies vectorielles (Assemblée nationale, 29 juillet 2021)
- Climat : les moustiques attaquent (Courrier international, 11 septembre 2021)
- Le moustique tigre progresse en France : géographie d’une espèce invasive (Géoconfluences, 2014)
- Géopolitique du moustique. Petit précis de mondialisation. Par Erik Orsena (Editions Fayard, 2017)
- Géopolitique du moustique. Avec Erik Orsenna et Isabelle de Saint Aubin (France Culture, 2017)
- Géopolitique du moustique (Le Dessous des cartes, Arte, 2017)
- Chronique d’une crise sanitaire, économique et sociale. L’île de La Réunion face au chikungunya (François Taglioni, 2006)
- François Taglioni et Jean-Sébastien Dehecq, « L'environnement socio-spatial comme facteur d'émergence des maladies infectieuses », EchoGéo, 9 | 2009.
- Carte de 1943 distribuée par l'armée américaine pour sensibiliser au risque de paludisme. "C'est Ann... il boit ton sang. Son nom complet est Anopheles Mosquito"
Lien ajouté le 20 septembre 2022
Lien ajouté le 17 novembre 2022Annelise Tran, Eric Daudé, Thibault Catry (2022). Télédétection et modélisation spatiale. Applications à la surveillance et au contrôle des maladies liées aux moustiques.
Ouvrage disponible en pdf
Les moustiques sont vecteurs de nombreux agents pathogènes responsables de maladies, telles que le paludisme, la dengue, le chikungunya ou la fièvre jaune. Selon l’Organisation mondiale de la santé, ils provoquent plusieurs centaines de milliers de décès chaque année. Ils sont aussi à l’origine de zoonoses, comme la fièvre de la vallée du Rift et la fièvre du Nil occidental. Dans ce contexte, les besoins en outils opérationnels permettant d’orienter les actions de surveillance et de contrôle sont importants, à la fois dans les pays du Sud — les zones tropicales et subtropicales sont les plus touchées par les maladies causées par les moustiques —, mais également dans les pays du Nord, où l’installation de nouvelles espèces comme le moustique-tigre augmente le risque d’émergence de maladies. Pour répondre à ces besoins, les images d’observation de la Terre présentent un fort intérêt : la distribution dans l’espace et la dynamique temporelle des moustiques sont influencées par des variables climatiques (températures, précipitations, humidité) et environnementales (disponibilité de zones en eau, végétation), dont les indicateurs peuvent être dérivés d’images satellite. De nombreuses études récentes ont permis de développer des méthodes innovantes couplant télédétection et modélisation spatiale pour prédire la dynamique spatiale et temporelle des moustiques vecteurs et des maladies associées. Au-delà de l’étude de faisabilité, certaines de ces méthodes ont abouti à des outils et à des chaînes de traitement aujourd’hui opérationnels, utilisés par les acteurs de santé publique et les opérateurs chargés de la lutte antivectorielle.
Lien ajouté le 12 juillet 2023
Lien ajouté le 29 octobre 2023
Liens ajoutés le 17 mai 2024« Moustique tigre : le nombre de cas de dengue importés en métropole bat un record » (
Destination Santé)
La dengue fait un retour en force en France métropolitaine. Les cas sont en impressionnante recrudescence, principalement importés en métropole depuis les Antilles. Alors que la saison d’activité du moustique tigre et les Jeux olympiques se rapprochent, les autorités sanitaires appellent à la vigilance.
Lien ajouté le 16 mai 2024
Lien ajouté le 17 octobre 2024
« La France menacée d’une épidémie de dengue » (
Le Monde) ?
Selon un rapport de l’Anses, la probabilité d’une épidémie d’arbovirose dans l’Hexagone lors des cinq prochaines années est très élevée, alors qu’un record de 78 cas autochtones de dengue a été enregistré en 2024.
Lien ajouté le 7 octobre 2025
« Maladie liée au virus du Chikungunya - aperçu de la situation en 2025 » (
OMS).
En 2025, une résurgence du virus chikungunya (CHIKV) a été constatée dans plusieurs pays, dont certains n'avaient pas signalé de nombre important de cas ces dernières années. Entre le 1er janvier et le 30 septembre 2025, un total de 445 271 cas suspects et confirmés de CHIKV et 155 décès ont été signalés dans le monde à travers 40 pays, y compris des cas autochtones et des cas importés lors de voyages. Certaines régions enregistrent une augmentation significative du nombre de cas par rapport à 2024, tandis que d'autres signalent actuellement un nombre de cas inférieur. Cette répartition inégale des cas entre les régions rend difficile de qualifier la situation d'augmentation mondiale. Cependant, compte tenu des flambées épidémiques en cours signalées dans le monde en 2025, le potentiel de propagation reste important. Le CHIKV peut être introduit dans de nouvelles zones par des voyageurs infectés et une transmission locale peut s'établir en présence de moustiques Aedes et d'une population sensible. Le risque est accru par l'immunité limitée des populations dans les zones auparavant épargnées, les conditions environnementales favorables à la reproduction des vecteurs, les lacunes en matière de surveillance et de diagnostic, ainsi que l'augmentation de la mobilité humaine et des échanges commerciaux. Le renforcement de la surveillance des maladies, l'amélioration de la surveillance et de la lutte antivectorielles, et l'amélioration de la préparation en matière de santé publique sont essentiels pour atténuer le risque de transmission ultérieure. Près de 60 000 cas (locaux ou importés) et 40 décès en Europe, près de 300 000 cas et plus de 150 décès dans le monde. Le moustique-tigre se répand, en raison notamment du changement climatique.
Lien ajouté le 29 janvier 2026
Des chercheurs analysent les effets du changement climatique sur le paludisme en Afrique en croisant climat, dynamiques sanitaires, contextes socio-économiques et événements extrêmes. Ils montrent comment ces facteurs combinés modifient les risques du paludisme. L’analyse repose sur 25 ans de données climatiques, sanitaires et socio-économiques, modélisées à 5×5 km jusqu’en 2050. Le scénario SSP2-4.5, intermédiaire, sert de base pour mesurer l’impact futur du climat sur les territoires déjà touchés par le paludisme. Le résultat majeur est quantifié. Entre 2024 et 2050, le changement climatique pourrait provoquer 123 millions de cas supplémentaires de paludisme et 532.000 décès en Afrique, à politiques de santé constantes, malgré les progrès réalisés depuis les années 2000. Contrairement aux idées reçues, l’extension géographique du paludisme reste marginale. Plus de 99% des nouveaux cas apparaissent dans des régions déjà endémiques. Le risque augmente surtout par intensification locale plutôt que par conquête de nouveaux espaces. Les événements climatiques extrêmes deviennent le facteur dominant. Inondations et cyclones expliquent 79% des cas supplémentaires et 93% des décès. Ils détruisent habitats, infrastructures de santé et dispositifs de prévention, perturbant durablement les systèmes locaux. Les zones les plus touchées combinent forte densité humaine et vulnérabilité climatique. Sud du Nigeria, région des Grands Lacs, Angola ou Zambie cumulent chaleur, inondations et fragilité des services de santé, renforçant les inégalités spatiales face au risque sanitaire. Les mécanismes écologiques seuls jouent un rôle secondaire. Le réchauffement favorise parfois les moustiques en altitude, mais peut aussi dépasser leurs seuils de tolérance ailleurs. Les effets sociaux et territoriaux du climat pèsent davantage que la biologie. Le paludisme apparaît comme un révélateur des liens entre climat, santé et territoires. Sans systèmes de soins résilients et adaptés aux chocs climatiques, le changement climatique compromet les trajectoires de réduction de la maladie en Afrique.
Impacts perturbateurs et écologiques projetés du changement climatique sur la transmission du paludisme dans les années 2040 (source :
Symons et al, 2026)
Lien ajouté le 4 février 2026« Visualiser la négligence » (
The End Fund).
Les maladies tropicales négligées (MTN) menacent environ 1,5 milliard de personnes dans le monde, dont près d'un milliard d'enfants. Elles bouleversent des vies, causant des dommages physiques, cognitifs et émotionnels, et certaines peuvent même être mortelles. Les MTN ont souvent des répercussions sur la santé mentale et sociale. Collectivement, elles entravent la réussite scolaire et freinent la croissance économique des communautés. Malgré les obstacles, une coalition internationale de gouvernements nationaux et locaux, de donateurs philanthropiques, de responsables communautaires et de partenaires du secteur privé a réalisé des progrès considérables dans la lutte contre ces maladies. La feuille de route de l'OMS pour l'élimination des MTN fixait l'objectif ambitieux que 100 pays éliminent au moins une MTN d'ici 2030 ; début 2026, 58 pays avaient officiellement éliminé au moins une MTN. Les visualisations proposées par The End Fund retracent l'histoire de la lutte contre la maladie, marquée par des négligences et des succès. Elles illustrent le fardeau de six maladies tropicales négligées par pays, le nombre de personnes nécessitant et recevant un traitement, ainsi que les tendances observées au fil du temps. Les données proviennent de l'OMS (ESPEN), des Nations Unies et du Fonds END (données sur la leishmaniose viscérale).
Articles annexes