Source de l'étude
Schwaab, J., Meier, R., Bürgi, C., Mussetti, G., Seneviratne, S. I. & Davin, E. L. The Role of Urban Trees in Reducing Land Surface Temperatures in European Cities. Nature Communications, 2021.
Résumé
Les arbres urbains influencent les températures dans les villes. Cependant, leur efficacité à atténuer la chaleur urbaine dans différents contextes climatiques et par rapport aux espaces verts urbains sans arbres n'a pas encore été suffisamment explorée. Ici, nous utilisons les températures de surface terrestre (LST) par satellite à haute résolution et les données d'occupation du sol de 293 villes européennes pour déduire le potentiel des arbres urbains à réduire les LST. Nous montrons que les arbres urbains présentent des températures plus basses que le tissu urbain dans la plupart des villes européennes en été et pendant les périodes de canicule. Par rapport au tissu urbain continu, les LST observées pour les arbres urbains sont en moyenne inférieurs de 0 à 4° C dans les régions d'Europe du Sud et de 8 à 12° C en Europe centrale. Les espaces verts urbains sans arbres sont globalement moins efficaces pour réduire les LST, leur effet de refroidissement est environ 2 à 4 fois inférieur au refroidissement induit par les arbres urbains.
Pistes d'analyse et accès aux données
La chaleur extrême est un problème croissant pour les villes d'Europe. Les arbres peuvent refroidir la température de surface du sol de 12°C. Une analyse des données satellitaires de 293 villes d'Europe montre que les arbres ont un effet rafraîchissant contrairement aux autres espaces verts. Jonas Schwaab de l'ETH Zurich (Suisse) et ses collègues ont utilisé les données de T° de surface collectées par satellites pour comparer les différences de température entre les zones couvertes d'arbres, les espaces verts sans arbres, tels que les parcs, et le tissu urbain. Les résultats montrent que les arbres peuvent avoir un impact important sur les villes, mais comme l'ampleur de leurs effets varie, les stratégies d'atténuation de la chaleur doivent être adaptées à chaque région.
Variation régionale des écarts de température lors des extrêmes chauds entre les zones couvertes à 100% par les arbres urbains et les zones couvertes à 100 % par le tissu urbain continu (source : Schwaab et al., 2021)
Données téléchargeables pour 293 villes européennes : différences de températures de surface entre tissu urbain, arbres urbains et espaces verts urbains pour chaque ville + estimations d'albédo du tissu urbain et des forêts urbaines.
Les données permettent de conduire des comparaisons entre villes européennes (albédo, évapotranspiration des arbres, différences entre zones avec arbres et tissu urbain...).
Pour compléter
Mapping Heat Vulnerability from Satellite Data (
GISLounge)
Lorenzo Mentaschia, Grégory Duveiller, Grazia Zulian, Christina Corbane, Martino Pesaresi, Joachim Maes, Alessandro Stocchino, Luc Feyen,
Global long-term mapping of surface temperature shows intensified intra-city urban heat island extremes, Global Environmental Change, Volume 72, January 2022.
La cartographie mondiale à long terme des températures de surface (LST) montre une intensification des extrêmes d'îlots de chaleur urbains intra-urbains. Les températures de surface sont généralement plus élevées dans les villes qu'en milieu rural. Ce phénomène, connu sous le nom d'îlot de chaleur urbain de surface (SUHI), augmente le risque de maladies humaines et de mortalité liées à la chaleur. Des études mondiales ont analysé ce phénomène agrégé à l'échelle de la ville ou sur des périodes saisonnières et annuelles, tandis que les impacts humains dépendent fortement du stress thermique à plus court terme subi localement. Dans cet article, les auteurs développent un ensemble de données mondiales à haute résolution à long terme sur le SUHI diurne, offrant un aperçu de la variabilité spatio-temporelle des différences de température urbaines-rurales qui est sans précédent à l'échelle mondiale.
Cet article paru dans la revue Nature invite à nuancer la relation entre végétation urbaine et qualité de l’air qui est plus complexe qu’on ne le pensait auparavant. Bien que le verdissement urbain puisse avoir des effets positifs sur la santé des résidents, l'étude suggère qu’il ne s’agit peut-être pas d’une mesure efficace de réduction de la pollution atmosphérique. "Bien que nous ayons constaté des effets mineurs d’amélioration de la végétation à l’échelle de l’arrondissement et de la ville, la végétation au niveau des rues peut exacerber la pollution de l’air. La réduction des émissions anthropiques plutôt que le verdissement urbain devrait être la priorité principale de l’amélioration de la qualité de l’air."
Lien ajouté le 30 novembre 2024
Amélie Deschamps, « La végétalisation de Paris vue au travers d’une carte : une capitale verte ? », Mappemonde [En ligne], 137 | 2024, http://journals.openedition.org/mappemonde/9238
Cet article s’intéresse à un dispositif cartographique en ligne proposant de visualiser les projets de végétalisation urbaine entrant dans la politique municipale parisienne. Avec une approche de cartographie critique, nous montrons comment la construction de la carte, et en particulier le choix des figurés et la récolte des données, participe à donner à la capitale française une image de ville verte. Le mélange de données institutionnelles et de données contributives composant la carte du site web Végétalisons Paris traduit l’ambiguïté de la politique de végétalisation parisienne, entre participation citoyenne et instrumentalisation politique.
Lien ajouté le 15 janvier 2026
« L'Inde montre comment les forêts urbaines peuvent contribuer à rafraîchir les villes, à condition que les urbanistes comprennent les besoins de la nature et des populations. Avec l'accélération de l'urbanisation en Inde, l'importance des forêts urbaines devient de plus en plus cruciale
» (
The Conversation).
Dhanapal Govindarajulu (University of Manchester) analyse le rôle des forêts urbaines dans le rafraîchissement des villes indiennes. À partir du cas de l'exemple de Chennai, il montre que les effets dépendent des milieux, des usages sociaux et du climat local. Les normes internationales fixent des seuils ambitieux. L’Organisation mondiale de la santé recommande 9 m² d’arbres par habitant et les guides d’urbanisme visent 30% de couvert arboré. La plupart des villes indiennes restent nettement en dessous de ces repères. L’auteur nuance l’idée d’un effet automatique des arbres. Dans les villes chaudes et sèches comme Chennai, certaines essences peuvent limiter l’évaporation et accentuer la chaleur. Le rôle climatique dépend donc de l’eau disponible, des espèces choisies et de leur interaction avec le bâti. Les enjeux écologiques sont majeurs. Des travaux menés à Bengaluru montrent que les arbres non indigènes apportent peu à la biodiversité. À l’inverse, prairies urbaines et zones humides régulent les crues et accueillent une faune riche, souvent sous-estimée par l’aménagement. Les dimensions sociales pèsent lourd. Les terres communes urbaines servent au pâturage ou à la collecte de bois. Des programmes de reboisement mal conçus peuvent exclure les populations modestes, transformant une politique verte en facteur d’inégalités territoriales. L’article mobilise le principe de “design with nature” formulé par Ian McHarg. En croisant sols, pentes et cours d’eau avec les SIG et l’imagerie satellite, les urbanistes peuvent créer des corridors écologiques reliant les espaces verts. Les forêts urbaines efficaces reposent sur une conception paysagère adaptée aux climats, aux écosystèmes et aux sociétés. En Inde, passer du simple comptage d’arbres à des paysages connectés renforce à la fois rafraîchissement urbain et équité sociale.
Lien ajouté le 14 mai 2026
« La méthode de reboisement Miyawaki, pourtant populaire, manque de preuves, selon une étude
» (
Mongabay News).
Des chercheurs interrogent la méthode du botaniste Miyawaki, très populaire pour créer vite des mini-forêts urbaines. Les chercheurs montrent, à partir de 51 textes, que ses promesses écologiques reposent sur des preuves encore fragiles. Imaginée dans les années 1970 par le botaniste japonais Akira #Miyawaki, la méthode plante très densément des essences natives. Ses promoteurs promettent croissance rapide, biodiversité accrue, carbone stocké et forêt mature en 20 à 30 ans. La revue publiée dans le
Journal of Applied Ecology examine 51 textes scientifiques. Seuls 41% proposent des mesures quantitatives, 33% utilisent un site témoin et 14% répliquent l’expérience, alors que ces critères fondent une preuve écologique solide. La promesse d’une croissance jusqu’à dix fois plus rapide n’est que partiellement soutenue. Celle d’une maturité forestière en 20 à 30 ans ne repose sur aucune preuve empirique, ce qui fragilise un récit très séduisant pour les villes en quête de verdure. Les bénéfices climatiques sont également peu établis. Huit textes affirment que les mini-forêts stockent plus de carbone, mais deux seulement estiment réellement les stocks, sans différence statistiquement significative sur le temps long avec d’autres méthodes. Karen D. Holl, spécialiste de la restauration à l’Université de Californie à Santa Cruz, juge la méthode coûteuse et difficile à appliquer à grande échelle. Elle rappelle que toute plantation devrait être comparée à un témoin ou à d’autres approches. Le succès du modèle tient aussi aux imaginaires urbains. Les habitants veulent des espaces verts vite visibles, mais Morales et Fernández alertent sur l’usage d’argent public pour des projets peu prouvés, surtout dans les quartiers déjà pauvres en végétation. La méthode du botaniste Miyawaki n’est pas rejetée, mais replacée dans ses milieux. Dans les climats méditerranéens, les plantes coopèrent souvent plus qu’elles ne rivalisent. Restaurer suppose donc d’adapter les pratiques aux écosystèmes locaux. Un article complémentaire ("
Derrière les micro-forêts Miyawaki") relève ces difficultés mais semble plus équilibré. Ce n'est pas qu'une question de chiffres.
Lien ajouté le 19 mai 2026
« Végétalisation urbaine : améliorer notre santé aujourd'hui, habiter une ville plus résiliente demain
» (
The Conversation). La surface allouée aux voitures en ville est encore considérable. Végétaliser une partie de cet espace permettrait non seulement d’améliorer la santé, mais aussi de bâtir des zones urbaines plus résilientes.
Léo Moutet (CNAM), Kévin Jean (ENS-PSL) et Laura Temime (CNAM), évaluent les effets sanitaires d’une végétalisation de Paris prise sur l’espace automobile. Leur étude relie santé, climat et partage de la rue. À Paris, la voiture occupait encore en 2016 près de la moitié de l’espace public. Chaussées et stationnements forment donc une réserve spatiale décisive pour renaturer la ville, réduire les nuisances routières et rendre les quartiers plus respirables. Les espaces verts ne sont pas de simples décors urbains. Ils rafraîchissent l’air, réduisent bruit et pollution, favorisent l’activité physique et renforcent la santé mentale. En Europe, les solutions fondées sur la nature peuvent abaisser l’été local de 1,3°C. Les auteurs utilisent le NDVI, indice satellitaire du couvert végétal, pour mesurer l’exposition des habitants aux espaces verts. Une méta-analyse de 2019 associe une hausse de 0,1 de cet indice à une baisse de 4% du risque de mortalité toutes causes confondues. Trois scénarios sont comparés. Le premier végétalise les places de stationnement excédentaires. Le deuxième transforme 20% de la chaussée de chaque quartier. Le troisième vise 15% de couvert végétal partout, niveau des 10% de quartiers parisiens les plus verts. Les gains sanitaires deviennent mesurables. Les scénarios 1 et 2 végétaliseraient 0,7% et 2,6% de Paris, évitant 29 et 315 décès par an chez les plus de 20 ans. Le scénario 3 couvrirait 8,7% de la ville et éviterait 312 décès, soit 2,6% de la mortalité annuelle. Les bénéfices seraient assez bien répartis selon les niveaux de défaveur sociale. La végétalisation ne creuserait pas les inégalités environnementales à Paris, mais les auteurs alertent sur la "gentrification verte" si les loyers montent après renaturation. Une ville végétalisée n’est pas seulement plus agréable. Elle peut être plus saine, plus fraîche, plus résiliente et économiquement rentable, si l’on pense qualité écologique, pollens, logements accessibles et usages locaux.
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