« Plus de 40 experts alertent, dans la revue Nature, sur le franchissement de 7 des 8 lignes rouges planétaires. Ces seuils fatidiques concernent principalement le climat, la biodiversité, l’eau douce, ainsi que les cycles de l’azote et du phosphore. Cette publication s’inscrit dans la longue lignée d’articles scientifiques dédiés aux « limites planétaires ». Théorisée en 2009, la notion englobe neuf paramètres écologiques indispensables à l’équilibre du « système Terre » et, par extension, se rapporte aux seuils limites de perturbation que ces derniers peuvent endurer sans mettre en danger, de manière irréversible, les fondamentaux naturels de la planète » (« Des chercheurs expliquent dans Nature pourquoi la Terre menace de devenir inhabitable », Libération).
Disponibilité du code et des données
Le codes et les données utilisés pour produire les couches d'information et les figures sont disponibles dans l'article. Les chercheurs se sont appuyés sur plusieurs ensembles de données déjà publiés dans la revue Nature, en ce qui concerne notamment les limites pour le climat, les limites pour l'azote (voir les fichiers modèles), le phosphore (voir les ventilations des scénarios), et un résumé des indicateurs de durabilité agricole, les excédents actuels pour l'azote (voir le référentiel) avec la limite critique de surplus d'azote soustraite, et la concentration sous-globale estimée de phosphate dans le ruissellement sur la base de sa charge estimée dans l'eau douce et des données locales de ruissellement.
L'intégrité fonctionnelle actuelle est calculée à partir de la carte d'occupation du sol WorldCover à résolution de 10 mètres de l'Agence spatiale européenne. La limite de sécurité et l'état actuel des eaux souterraines sont dérivés de l'expérience Gravity Recovery And Climate Experiment et du Global Land Data Assimilation System.
Pour compléter
La 6e limite planétaire est franchie : le cycle de l’eau douce (Bon pote). Après la 5e limite officiellement passée en janvier 2022, une équipe internationale a publié une nouvelle étude qui démontre que la 6e limite planétaire, celle du cycle de l’eau douce, a été officiellement franchie. Cette fois-ci, les chercheurs du Potsdam Institute se sont associés au Stockholm Resilience Center et sont arrivés à cette conclusion après avoir inclus pour la première fois “l’eau verte” – l’eau disponible pour les plantes – dans l’évaluation de la limite planétaire.
Lien ajouté le 30 août 2023
Belle data visualisation interactive et en 3D du Berliner MorgenPost sur les lieux qui risquent de devenir inhabitables d'ici 2100 en raison de la crise climatique. Approche par risques.
— Sylvain Genevois (@mirbole01) April 13, 2022
Climate crisis : Mapping where the earth will become uninhabitable. https://t.co/z1A1fEYkyp pic.twitter.com/cRH0YqnLlh
[Nouveau dans la rubrique Environnement, Nature, Paysage]
— Cybergeo (@RevueCybergeo) June 28, 2024
▶️ "Cartographier les pressions qui s’exercent sur la #biodiversité : éléments de réflexion autour des pratiques utilisées"
🖊️ Paul Rouveyrol
🔗 https://t.co/9axaWlygYC pic.twitter.com/txhlqWSKSH
Lien ajouté le 25 septembre 2024
Une septième limite planétaire est sur le point d’être dépassée : l'acidification croissante des océans
— Sylvain Genevois (@mirbole01) September 25, 2024
Source : rapport du Postdam Institute for climate impact research (PIK) - 24septembre 2024https://t.co/Cbxp0OnCTo
« La 7e limite planétaire est officiellement dépassée : l’acidification des océans » (BonPote).
Sofie te Wierik, Fabrice DeClerck, Arthur Beusen & al. (2025). Identifying the safe operating space for food systems [Identification de l'espace de fonctionnement sûr pour les systèmes alimentaires]. Nature Food, https://www.nature.com/articles/s43016-025-01252-6 (article en accès ouvert).
Lien ajouté le 31 août 2026
« Sommes‑nous entrés dans le « photographique » ? Pour une écologie du regard à l'heure de la sixième extinction » (Mappingignorance.org).
Romain Garrouste (ISYEB du Muséum national d’histoire naturelle) analyse le "photographocène". Nous percevons largement la crise écologique par les images. Elles révèlent les mutations des milieux, mais sélectionnent aussi ce que nous voyons du vivant. Ana Peraica nomme en 2020 "photographocène" ce monde où glaciers, mégafeux, mines, marées noires ou villes éclairées vues de l’espace deviennent les paysages emblématiques de l’Anthropocène. La photographie ne montre donc pas seulement la crise : elle construit notre manière de l’imaginer. Les images rendent tangibles des transformations parfois lentes. Au Spitzberg, dans l’archipel norvégien du Svalbard, un front glaciaire haut de 80 m photographié en 2011 a aujourd’hui reculé et disparu. Ce type de preuve visuelle donne une forme concrète au changement global. Mais cette géographie visuelle est sélective. Glaciers, littoraux artificialisés, ours polaires ou baleines occupent l’écran, tandis qu’insectes, champignons, microfaune du sol ou plantes ordinaires restent presque invisibles, malgré leur rôle essentiel dans les écosystèmes. Bénédicte Ramade montre que la photographie environnementale oscille entre alerte et esthétisation du désastre. À force de répéter incendies, icebergs ou animaux menacés, l’image spectaculaire peut provoquer lassitude et distance, plutôt qu’une meilleure compréhension des territoires en crise. Le point de vue compte aussi. Drones, avions, satellites et time-lapse révèlent des changements invisibles à hauteur d’homme, mais placent le spectateur en surplomb. Ana Peraica parle d’"images totales". Elles donnent l’illusion de voir la planète entière, malgré un cadrage choisi. D’autres pratiques cherchent à reconnecter image, science et territoire. Depuis plus de dix ans, Laurent Ballesta mène les expéditions Gombessa : cœlacanthes observés à 120 m, 70 requins à Fakarava la nuit. Vincent Munier, lui, privilégie le temps long et les milieux froids, jusqu’au Tibet. L’enjeu est de bâtir une "écologie du regard" : montrer aussi les milieux ordinaires, les espèces discrètes et les relations entre humains et vivant. Changer ce que nous regardons et d’où nous le regardons peut renouveler notre manière d’habiter la Terre.
Lien ajouté le 15 septembre 2026
« Prospective stratégique et limites planétaires : construire une nouvelle grammaire de futurs possibles » (Responsabilité & Environnement).
Pierre-Baptiste Goutagny (IF Initiative chez Carbone 4) montre que la prospective d’entreprise doit désormais intégrer la finitude physique du monde. Son étude propose une nouvelle grammaire des futurs, compatible avec les limites planétaires. Six des neuf limites planétaires sont aujourd’hui franchies. Ce basculement reconfigure déjà l’activité des entreprises en fragilisant la production, les chaînes de valeur et l’accès aux ressources. Les outils stratégiques conçus pour un monde plus stable montrent désormais leurs limites. Les scénarios de l’AIE, du GIEC, du NGFS ou de l’IPBES restent utiles, mais Goutagny souligne qu’ils répondent d’abord aux besoins des politiques publiques. Pour les entreprises, ils manquent souvent de transparence, de finesse territoriale et de prise sur les contraintes physiques réelles. Première limite : nombre de modèles fonctionnent comme des "boîtes noires". Leurs hypothèses sur la croissance, les modes de vie ou certaines technologies restent difficiles à discuter. En verrouillant ces choix en amont, ils réduisent artificiellement l’éventail des futurs envisageables. Deuxième limite : la granularité géographique et sectorielle demeure trop faible. Une stratégie concrète exige pourtant de connaître les m² construits, les tonnes transportées ou les surfaces agricoles mobilisées. Sans cette matérialité, les décisions d’investissement restent mal éclairées. Troisième faiblesse : beaucoup de scénarios privilégient l’énergie et le climat sans relier métaux critiques, biomasse, sols ou biodiversité. Or ces contraintes sont interdépendantes : décarboner peut accroître la demande en minerais ou en terres et déplacer les pressions environnementales. Pour dépasser ces limites, Carbone 4 a lancé IF Initiative en 2022 avec une vingtaine d’entreprises et des équipes de l’UGA-CNRS, du CIRAD, de l’AFD, d’emlyon et de Strate. À 30-40 ans, la démarche vise à explorer les transformations profondes des activités économiques et de leurs milieux. Le modèle repose sur une comptabilité biophysique: flux d’énergie et de matières, stocks de bâtiments ou de véhicules, surfaces, émissions et pollutions sont décrits en m², tonnes ou kWh. Aucun prix ne remplace ces réalités : les scénarios doivent respecter masse, énergie et ressources. Les scénarios combinent "chiffres et lettres" : indicateurs physiques et récits. Ils varient selon les modes de vie, les technologies, la pression sur les limites planétaires et les configurations géopolitiques, afin d’intégrer les écarts régionaux d’accès aux ressources et aux capacités. La méthode fonctionne par boucles : projeter les usages, calculer leur empreinte, la comparer aux objectifs de soutenabilité, puis corriger les dépassements par la technique ou les usages. L’objectif n’est pas de prédire l’avenir, mais d’écarter les trajectoires physiquement impossibles. L'article souligne les poids des interdépendances. Toute entreprise dépend de territoires, de ressources, de réseaux et d’autres secteurs. Dans un monde fini, les contraintes déplacent les chaînes de valeur, créent des concurrences d’usage et imposent des coopérations. La prospective doit transformer la vision des décideurs et favoriser des coalitions entre organisations. Dans l’Anthropocène, la stratégie ne peut plus se penser à l’échelle de la firme. Elle doit composer avec les milieux, les limites et les interdépendances.
Liens ajoutés le 25 septembre 2026
« Les « limites planétaires » nécessaires à l'épanouissement de la vie ont été massivement franchies, avertissent les scientifiques » (The Guardian).
Une coalition de 60 scientifiques sous l’égide du Potsdam Institute for Climate Impact Research, dresse le bilan de santé de la Terre. Sur 9 "limites planétaires" essentielles au fonctionnement du système terrestre, 7 ont désormais franchi leur espace de sécurité. Les limites dépassées concernent le climat, la biodiversité, l’usage des sols, l’eau douce, les cycles biogéochimiques, les polluants nouveaux et l’acidification des océans. Seuls l’ozone stratosphérique et les aérosols atmosphériques se sont améliorés depuis 10 ans. Boris Sakschewski, auteur principal, observe que la pression augmente sur toutes les limites déjà dépassées. Plus l’humanité s’éloigne de "l’espace de sécurité", plus grandit le risque de transformations durables, massives et parfois irréversibles du système terrestre. Depuis 10.000 ans les sociétés humaines se sont développées dans un climat relativement stable, grâce à des ressources naturelles favorables. Mais énergies fossiles, plastiques, agriculture et urbanisation bouleversent désormais les milieux, fragmentent les habitats et érodent la biodiversité. Les milieux naturels amortissent une partie des dérèglements, mais leur capacité s’affaiblit. Forêts et océans absorbent une grande quantité du CO₂ émis. Le rapport alerte notamment sur l’Amazonie, qui pourrait franchir un seuil de basculement et évoluer vers un paysage de savane. Les crises se combinent à l’échelle mondiale. Inondations au Pakistan, records de chaleur et incendies en Europe, été le plus chaud jamais observé aux USA, catastrophe au Népal et au Tibet, records de température des océans illustrent un système terrestre de plus en plus déséquilibré. Pour Hindou Oumarou Ibrahim (Planetary Guardians), ces événements ne sont pas des urgences séparées. Sécheresses vécues par les éleveurs, montée des eaux sur les littoraux ou chaleurs extrêmes expriment différentes dimensions d’un même dérèglement global, observé dans les territoires. Rockström rappelle que l’humanité possède encore les connaissances et les moyens d’agir. L’enjeu est de ramener les 7 limites dépassées vers un espace sûr. Climat, eau, sols, océans et biodiversité forment un système lié. Les protéger revient à préserver l’habitabilité de la Terre.
« L’effondrement (collapse), cette théorie aux contours flous ravivée par le réchauffement climatique » (Le Monde). Après les catastrophes écologiques de l’été 2026 et leurs effets sur nos vies, l’idée selon laquelle notre civilisation pourrait s’effondrer connaît un regain d’intérêt.
Le géographe Jared Diamond a popularisé l'idée que des sociétés peuvent disparaître en dégradant leurs ressources. Ravivée par les crises climatiques, la notion d'"effondrement" alerte sur nos vulnérabilités, mais reste scientifiquement discutée et difficile à définir. L'idée est ancienne. En 1972, le rapport du MIT "Les limites à la croissance" modélisait un système mondial où croissance exponentielle, pression sur les ressources puis dépassement des limites pouvaient conduire à une chute brutale. La collapsologie des années 2010 reprend ce schéma. Les catastrophes de l'été 2026 rendent cette question très concrète. Canicules, sécheresses et incendies ont perturbé écoles, centrales nucléaires, réseaux électriques et ferroviaires, navigation fluviale et agriculture, tout en provoquant le déplacement de centaines de milliers de personnes. Que signifie "effondrement" ? Jean-Pierre Dupuy dénonce un "flou conceptuel". Servigne, Stevens et Chapelle parlent d'un processus à la fois lent et rapide, graduel et brutal, déjà commencé sans avoir atteint sa phase critique. Cette définition très large complique sa validation scientifique. L'historien Jean-Baptiste Fressoz critique aussi un récit trop centré sur la "fin de la civilisation". Il rappelle que la crise actuelle frappe d'abord le vivant non humain. Selon les données qu'il cite, humains et bétail représentent déjà 97% de la biomasse des vertébrés terrestres. Les prévisions d'effondrement se heurtent aussi à l'incertitude. Marion King Hubbert avait annoncé un pic mondial du pétrole pour 1970, puis pour les années 2010. Or la production a continué à croître, notamment grâce aux techniques permettant d'extraire davantage de pétrole non conventionnel. L'article distingue ainsi alerte et prédiction. Les perturbations écologiques peuvent fragiliser à la fois énergie, transports, agriculture ou institutions, sans prouver l'imminence d'un effondrement global. Leur interaction révèle cependant la vulnérabilité des sociétés contemporaines. L'enjeu réside dans les interdépendances. Un aléa climatique peut se propager des milieux aux réseaux, aux économies et aux sociétés. En 2020 65% des Français pensaient déjà que notre civilisation allait s'effondrer. Le concept reste débattu, mais il nourrit les inquiétudes.
Liens ajoutés le 19 octobre 2026
« Certains points de basculement climatique sont bien plus étudiés que d'autres – nouvelles recherches » (The Conversation).
Asaf Tzachor (Université de Cambridge) et ses collègues analysent 20.736 publications sur 14 points de bascule climatiques (2000-2025). Ainsi, les études sont inégalement réparties, sans privilégier les systèmes susceptibles de basculer à de faibles niveaux de réchauffement. Un point de bascule correspond au risque qu’un système terrestre change brutalement au-delà d’un seuil critique. Calottes glaciaires, forêts, récifs coralliens ou courants océaniques peuvent alors entrer dans un nouvel état, parfois durable, même si le réchauffement ralentit. La calotte glaciaire du Groenland concentre 4.141 publications, soit 20% du corpus. À l’inverse, le dégel brutal du pergélisol boréal n’en compte que 139 (0,7%). La circulation océanique subpolaire de l’Atlantique Nord apparaît dans 649 travaux (3,1%). Ce contraste ne suit pas simplement le niveau de risque estimé. Les seuils centraux de bascule seraient proches de 1,5°C pour le Groenland et le pergélisol boréal, contre 1,8°C pour le gyre subpolaire nord-atlantique. Pourtant, leur visibilité scientifique diffère fortement. Les auteurs soulignent une autre lacune. Seules 8,1% des publications étudient explicitement ce qui fait la singularité d’une bascule, comme la rapidité du changement, son auto-entretien ou son irréversibilité. Beaucoup décrivent les systèmes sans analyser ces dynamiques critiques. Les lacunes touchent plusieurs milieux comme le pergélisol des forêts boréales, les récifs coralliens tropicaux ou le gyre subpolaire nord-atlantique. Pour ce dernier, seules 53 études abordent explicitement les mécanismes de bascule. La connaissance des risques reste donc inégale. Certains milieux sont observés depuis plus longtemps, mieux équipés ou étudiés par de grandes équipes. Les financements orientent aussi les priorités. Attention : le nombre de publications ne mesure ni la gravité d’un risque climatique ni la solidité des connaissances disponibles. L’étude invite à combler les angles morts de la recherche sans délaisser les systèmes déjà suivis. Mieux observer les milieux peu étudiés et leurs possibles bascules éclairerait les décisions. Un seuil de réchauffement estimé n’annonce toutefois ni une date ni une certitude.
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