Source : « Marine flyways are the missing map we can use to boost seabird conservation » [Les voies de migration marines sont la carte manquante qui va permettre de renforcer la conservation des oiseaux marins] (
Mongabay)
En 2026, la COP15 de la Convention sur les espèces migratrices reconnaît enfin les "routes marines" des oiseaux migrateurs. Cette cartographie globale transforme la conservation des océans. Les recherches de BirdLife International identifient 6 grandes routes marines reliant 54 pays et plus de 150 espèces. Ces corridors structurent l’espace océanique. La sterne arctique, par exemple, parcourt près de 100.000 km par an entre Arctique et Antarctique. Ces trajectoires révèlent des zones clés comme les upwellings, les zones d’alimentation et les sites de reproduction. Les oiseaux marins deviennent des indicateurs visibles de la santé des océans. Leur présence localise les espaces majeurs de biodiversité mondiale. La vulnérabilité est forte puisque 42% des espèces sont menacées et plus de la moitié déclinent. Pêche industrielle, espèces invasives sur les îles, pollution et réchauffement modifient la disponibilité alimentaire et perturbent les cycles de reproduction. Les scientifiques insistent sur l’échelle de conservation pertinente. Les oiseaux franchissent les frontières, la réponse doit être transnationale. Les routes marines offrent un cadre pour coordonner aires protégées, pratiques de pêche et financements à l’échelle des bassins océaniques. Les solutions existent et sont déjà testées comme par exemple l'éradication des espèces invasives, la sécurisation des pêcheries, la restauration des habitats. Le sommet mondial des voies de migration marines en 2026 doit accélérer la coopération.
Six voies de migration marines identifiées grâce aux données de suivi des oiseaux marins.
Infographie réalisée par © Hannah Whitman pour BirdLife International

Les voies de migration marines sont utilisées dans les deux sens et tout au long de l'année. Au sein de chaque voie, certains individus suivent l'intégralité du trajet, comme l'Albatros à tête grise (Thalassarche chrysostoma) dans la voie de migration de l'océan Austral. D'autres migrent par tronçons, comme l'Albatros des Antipodes (Diomedea antipodensis) qui se déplace vers l'est au sud du 25e parallèle sud, depuis ses colonies au large des côtes d'Aotearoa Nouvelle-Zélande jusqu'au courant de Humboldt. Certains individus empruntent plusieurs voies de migration, comme la Sterne arctique (Sterna paradiasea), qui peut migrer par la voie de migration de l'océan Atlantique, puis par celle de l'océan Indien oriental, avant de rejoindre la voie de migration de l'océan Austral. Dans certains cas, une même population utilise différentes voies de migration, comme le Labbe antarctique (Catharacta maccormicki) qui se reproduit sur l'île du Roi-George, en Antarctique : certains individus migrent le long de la voie de migration de l'océan Pacifique, et d'autres le long de celle de l'océan Atlantique. Les voies de migration marines mettent en évidence la connectivité migratoire à l'échelle des bassins océaniques et incitent à des efforts coordonnés et collaboratifs de conservation des oiseaux marins.
Ces itinéraires de migration complètent les voies de migration terrestres et côtières. Elles peuvent s'appuyer sur les succès obtenus grâce à l'application du concept de voies de migration à la conservation des oiseaux terrestres et aquatiques. Le cadre des voies de migration peut servir à : (1) identifier et protéger un réseau mondial de zones importantes ; (2) identifier et atténuer les menaces émergentes sur des sites clés et à plus grande échelle ; (3) faciliter l'identification des partenariats intergouvernementaux et des collaborations entre les parties prenantes ; et (4) identifier les besoins et les opportunités de recherche. Les voies de migration marines sont particulièrement pertinentes pour les accords multilatéraux sur l'environnement, notamment la Convention sur la conservation des espèces migratrices (CMS).
Référence scientifique :
Morten, JM, Carneiro, APB, Beal, M., Bonnet-Lebrun, A.-S., Dias, MP
et al. (2025). « Global Marine Flyways Identified for Long-Distance Migrating Seabirds From Tracking Data [Identification des voies de migration marines mondiales pour les oiseaux marins migrateurs de longue distance à partir de données de suivi].
Global Ecology and Biogeography, 34 (2),
https://doi.org/10.1111/geb.70004
Base de données de suivi des oiseaux marins :
Pour compléter
« Six voies de migration marines ont été identifiées à partir de données de suivi des oiseaux marins » (BirdLife International).
Le concept de voies de migration s'est révélé un cadre utile pour faciliter la collaboration internationale en matière de conservation des oiseaux terrestres et aquatiques migrateurs. Cependant, les routes migratoires océaniques de nombreux oiseaux marins n'avaient jusqu'à présent pas été prises en compte dans ce contexte. Afin de combler cette lacune, les données de 48 espèces de migrateurs pélagiques au long cours ont été analysées, révélant ainsi six voies de migration marines. Celles-ci comprennent deux voies en forme de huit dans les océans Pacifique et Atlantique, traversant les deux hémisphères, et un anneau circumpolaire autour de l'Antarctique. Ces voies de migration marines offrent un cadre propice à une collaboration efficace pour la conservation des oiseaux marins.
La 15e Conférence des Parties à la Convention sur les espèces migratrices (
CMS COP15) s'est tenue du 23 au 29 mars 2026 à Campo Grande (Brésil). Elle intervient à un moment critique pour la biodiversité mondiale : près de 50 % des espèces migratrices protégées par la CMS sont en déclin, et il reste moins de 5 ans pour atteindre les objectifs 2030 du cadre mondial de la biodiversité (Kunming-Montréal). Les espèces migratrices – oiseaux, mammifères marins, chauves-souris, poissons migrateurs et autres – dépendent d’actions coordonnées entre pays. La CMS constitue donc un levier essentiel pour traduire les engagements globaux en mesures concrètes sur les espèces, les habitats et les corridors écologiques à l’échelle des voies de migration (voir le
rapport 2026 sur l'état des espèces migratrices dans le monde).
« Quarante nouvelles espèces migratrices, comme la loutre géante du Brésil ou la hyène rayée, vont bénéficier d’une protection internationale » (
Le Monde). Cette liste approuvée lors de la dernière séance plénière comprend notamment le harfang des neiges (Bubo scandiacus), la chouette rendue célèbre par la saga Harry Potter, ou la barge hudsionienne (Limosa haemastica), un oiseau au long bec menacé d’extinction qui parcourt 30 000 kilomètres par an le long des Amériques. Le grand requin-marteau (Sphyrna mokarran) y figure également, ainsi que des mammifères terrestres, comme la hyène rayée (Hyaena hyaena) ou aquatiques, comme la loutre géante du Brésil (Pteronura brasiliensis). Parmi les 40 espèces à protéger, deux sont portées par la France : la loutre géante (Pteronura brasiliensis), présente notamment en Guyane française, et le puffin à pieds pâles (Ardenna carneipes) qui séjourne en Nouvelle-Calédonie. Par ailleurs, un
nouveau rapport sur les poissons d’eau douce montre que 81 % des populations migratrices ont disparu depuis 1970, en particulier à cause de barrages et d’aménagements humains qui entravent la circulation des poissons. Autre coup de projecteur cette année, l’exploitation des fonds marins — qui menace la moitié des espèces marines protégées par la convention — a fait l’objet d’
une étude.
« Carte illustrant avec précision les routes migratoires de plusieurs espèces d’oiseaux entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie » (
ESRI Allemagne)
Ces migrations illustrent l’adaptabilité des oiseaux face aux variations climatiques et aux contraintes environnementales. Ces déplacements réguliers jouent un rôle vital, permettant aux espèces de trouver des habitats propices à la reproduction, à l’alimentation et à la survie tout au long de l’année. Cette carte révèle l’ampleur et la complexité de ces phénomènes naturels. Chaque couleur correspond à une espèce spécifique, mettant en évidence leurs itinéraires distincts :
- Cigogne blanche (Ciconia ciconia) : ces oiseaux emblématiques effectuent de longs trajets depuis l’Europe pour hiverner en Afrique, parcourant des milliers de kilomètres chaque année.
- Martinet alpin (Tachymarptis melba) : ces experts du vol prolongé migrent entre l’Europe méridionale et les zones tropicales africaines, démontrant une endurance remarquable.
- Oie rieuse (Anser albifrons) : elles migrent depuis leurs aires de reproduction arctiques vers l’Europe et l’Asie, couvrant de vastes distances en quête de conditions favorables.
- Goéland brun (Larus fuscus) : ces oiseaux côtiers, bien que sédentaires pour certains, parcourent parfois de grandes distances le long des littoraux européens.
- Rapaces : incluant des busards, des faucons et des aigles, ces prédateurs migrent selon des trajectoires variées à travers les continents, témoignant de leur adaptabilité.
Les oiseaux migrateurs sont considérés comme des espèces bio-indicatrices et peuvent être utilisés pour identifier les conséquences environnementales du changement climatique à travers le monde. Copernicus propose un
outil de narration visuelle qui permet l'exploration et la visualisation géospatiales de la progression de la migration des oiseaux au printemps et des changements dans les schémas de migration au cours des 40 dernières années.
Les cartes de migration d'oiseaux à l'échelle continentale peuvent être très esthétiques.
Audubon a créé en 2022 une datavisualisation spectaculaire à partir des schémas migratoires de 450 espèces d'oiseaux en Amérique du Nord. La cartographie est interactive ; elle permet d'identifier des espèces à partir de leurs traces. Le
National Geographic a également produit en 2018 de belles animations cartographiques concernant les grandes migrations d'oiseaux dans les Amériques.
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