Étude des mobilités étudiantes à partir des données INSEE et Parcoursup


Source : « En 2022, 58 % des nouveaux bacheliers quittent leur zone d’emploi en entrant dans l’enseignement supérieur » (Insee Première, n° 2031, janvier 2025).

L'INSEE a publié début janvier 2025 une étude intéressante sur les mobilités étudiantes à partir des données Parcoursup. L'analyse est conduite à partir des données de 2022 et à l'échelle des 306 zones d'emploi en France (une échelle d’analyse géographique de la mobilité plus fine que les académies). Elle concerne aussi bien l'hexagone que les départements d'outre mer.

En 2022, 58 % des nouveaux bacheliers quittent leur zone d’emploi en entrant dans l’enseignement supérieur. Peu de zones d’emploi sont dépourvues d’établissement d’enseignement supérieur, mais l’offre de formation postbac est plus concentrée dans les grandes agglomérations que la population des lycéens. En 2022, parmi un demi-million de néo-bacheliers résidant en France, 58 % quittent la zone d’emploi de leur domicile au moment du baccalauréat pour rejoindre la formation qu’ils ont acceptée, et 17 % changent de région du fait de cette inadéquation.

Les néo-bacheliers sont plus mobiles quand ils viennent d’une zone d’emploi peu pourvue en formations, sont d’origine sociale favorisée au regard des chances de réussite scolaire, ou obtiennent un baccalauréat général ou une mention Très bien. Ils se déplacent aussi plus souvent pour rejoindre les filières les plus concentrées sur le territoire comme les écoles d’ingénieurs et de commerce. Ces facteurs de mobilité se retrouvent à la fois dans les vœux confirmés sur Parcoursup et dans les vœux acceptés.

Part de néo-bacheliers ayant quitté leur zone d’emploi d’origine à leur entrée dans l’enseignement supérieur (source : Insee)

Parmi les néo-bacheliers mobiles, ceux d’origine sociale très favorisée, provenant de lycées privés ou rejoignant une école de commerce, une école d’ingénieurs ou une classe préparatoire aux grandes écoles sont aussi ceux qui se déplacent le plus loin de leur domicile au moment du baccalauréat. À l’inverse, les néo-bacheliers qui changent le moins souvent de région pour leurs études se destinent à un PASS (5 %), à un BTS ou à une licence accès santé (LAS). Les zones d’emploi dont l’offre est inférieure de plus de 20 % au nombre de néo-bacheliers ont 7 fois moins d’entrants que de sortants. C’est le cas des zones d’emploi résidentielles, ou spécialisées dans les secteurs de l’industrie, du tourisme ou de l’agriculture : plus de 80 % des néo-bacheliers les quittent à l’entrée dans l’enseignement supérieur.

L'un des principaux intérêts de cette étude est de montrer que les mobilités étudiantes ne dépendent pas uniquement de l'offre de formation. Elles sont liées également à l'origine sociale, au sexe, au niveau et au profil des étudiants. Les données disponibles en téléchargement permettent de conduire des analyses plus détaillées et de produire ses propres cartes. Une série d'études à l'échelle régionale permet aussi d'approfondir l'analyse :

  • « Orientation post-bac : les bacheliers préfèrent la filière à la proximité. Enseignement supérieur en Auvergne-Rhône-Alpes » (Insee Analyse Auvergne-Rhône-Alpes).

  • « Plus d’entrées en BTS qu’ailleurs, peu de départs vers l’Hexagone. Orientations et mobilités post-bac à La Réunion » (Insee Analyse Réunion).

Nombre d’élèves non mobiles et flux d’élèves mobiles en 2022 à La Réunion (source : Insee)

Lien ajouté le 28 mars 2025

Dans son 7e rapport, le Comité éthique et scientifique Parcoursup et Mon Master reconnaît que la distance aux formations influe sur le choix des candidats et leur admission (cf "effet territoire" étudié à l'échelle de la Nouvelle Aquitaine) www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/remise-du...

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— Sylvain Genevois (@mirbole01.bsky.social) 28 mars 2025 à 19:12

Lien ajouté le 30 avril 2025

Accessibilité à l'enseignement supérieur (données Parcoursup 2023)

Dans la série Cartes du mois, Olivier Olga Boulga propose une carte de l’accessibilité à l’offre de formation de 1ère année de l’enseignement supérieur, à l'échelle de la France hexagonale, à partir de l'exploitation des données Parcoursup 2023 (ensemble des formations hors apprentissage). Un travail de classification des communes dotées de formations a conduit à distinguer 3 niveaux de pôles d’enseignement supérieur : les pôles majeurs, les pôles intermédiaires, les pôles locaux. Sont ensuite mesuré, pour toutes les communes, les temps d’accès par la route en heure creuse aux pôles les plus proches pour chacun des 3 niveaux.  Au niveau de la France hexagonale, l’offre de formation en termes de places disponibles se concentre à 77 % dans les pôles majeurs, 14 % dans les pôles intermédiaires et 9 % dans les pôles locaux. Comparée à l’hexagone, l’offre néo-aquitaine est plus importante dans les pôles intermédiaires et locaux que dans les pôles majeurs : elle est concentrée à 71 % dans les pôles majeurs, 16 % dans les pôles intermédiaires et 12 % dans les pôles locaux. En Nouvelle-Aquitaine, si le temps d’accès moyen au pôle majeur le plus proche est de 55 minutes, il est supérieur à 71 minutes pour 25 % des communes de la région. 

Lien ajouté le 13 janvier 2026

Sylvain Genevois, Loup Wolff. Rester sur son île ou « sauter la mer » pour faire ses études ? Vers une approche multi-échelle des mobilités étudiantes à La Réunion. 59e colloque l'Association de Science Régionale de Langue Française (ASRDLF), Jun 2023, La Réunion. https://hal.science/hal-04147824v1

L’étude des territoires de mobilité invite à prendre en compte la question des distances et des proximités (Drevon, Kaufman, 2022), particulièrement dans les territoires ultramarins où l’insularité, l’éloignement et l’isolement prennent une dimension plus forte qu’en métropole. L’étude géographique des mobilités porte assez souvent sur les déplacements quotidiens domicile-travail et sur les mobilités résidentielles qui s’inscrivent davantage dans le temps. Les mobilités étudiantes sont plus spécifiques dans la mesure où elles peuvent être temporaires ou définitives, avec ou sans changement de lieu de résidence. La décision de faire ses études sur place, donc de rester sur son île ou au contraire de « sot la mer » (expression créole pour désigner le fait d’aller en métropole ou dans d’autres pays) relève de multiples facteurs individuels ou collectifs. Entre mobilité choisie et mobilité subie, la mobilité géographique des étudiants et des étudiantes de La Réunion s’inscrit dans des dynamiques complexes et à plusieurs échelles (Célestine, Vitale, Bertile & al. 2012 ; Leroux, Ihaddadene, 2017). Comme le montre une étude de l’INSEE conduite en 2019, La Réunion est l’un des Départements et régions d’outre-mer (DROM) où les étudiants sont le moins mobiles en dehors de leur académie d’origine. Les néo-bacheliers réunionnais sont en revanche très mobiles à l’échelle de l’île qui dispose d’un grand pôle universitaire et d’un pôle secondaire ainsi que de différents instituts publics ou privés de formation répartis au sein du territoire (Fabre, Pawlowski, 2019). Cette situation de faible mobilité externe n’est pas liée seulement à l’éloignement de la métropole. Elle ne peut pas non plus être découplée des mobilités internes qui restent compliquées pour beaucoup de jeunes en raison des difficultés de déplacement et des logiques de choix de filières. Il en résulte d’importants déséquilibres territoriaux ainsi qu’une assez forte fragmentation, débouchant sur des formes de périphéricité à l’intérieur même d’un territoire dit « ultra périphérique ». A partir d’une méthodologie quantitative, la présente communication vise d’une part à interroger l’hypothèse selon laquelle les étudiants réunionnais seraient de plus en plus mobiles et, d’autre part, à montrer l’intérêt d’une approche multi-échelles pour décrire et analyser leur mobilité géographique. Le corpus mobilisé concerne les données de déplacements domicile-études produites par l’INSEE sur la période 2007-2019 ainsi que les données Parcoursup permettant de recouper ces données avec les choix d’orientation des étudiants. L’objectif est de croiser différentes sources statistiques disponibles en open data et de mettre en visibilité, par des cartes et des graphiques, les déterminants de la mobilité étudiante. L’étude s’inscrit dans le projet de recherche Géorun conduit au sein du laboratoire ICARE (Université de la Réunion) et vient alimenter la production d’un Atlas numérique des territoires éducatifs à La Réunion (Genevois, 2023).

Articles connexes



Publication des données Parcoursup en open data sur le site Data.gouv.fr

Que vaut la data map qui géolocalise les voeux des candidats sur Parcoursup ?