György Markos et les graphiques par isotypes


Source : György Markos and His Pictorial Information Graphics (Nightingale, 10 juin 2021)

Dans cet article de Nightingale (revue consacrée au monde des data visualisations), Attila Bátorfy présente l'oeuvre graphique du géographe et économiste hongrois György Markos (1902-1976). Celui-ci n'a pas été le premier à présenter au public hongrois des graphiques par isotypes, mais il est le seul à laisser un corpus cohérent de travaux statistiques picturaux alors que peu d'auteurs utilisaient cette méthode à l'époque.


En 1948, György Markos est nommé directeur du département de géographie économique de l'Université Karl Marx de Budapest, il devient l'attaché de presse du Bureau de planification et il a la responsabilité principale de la soviétisation de la géographie hongroise. Ce qui lui vaut d'être surnommé « l'organisateur et le propagandiste de l'économie socialiste planifiée » (Tatai 1984).

Mais dans l'entre-deux-guerres, Markos est encore un autodidacte. Il se tourne vers la publicité et le graphisme politique lors de son émigration à Berlin. Il dessine des affiches pour le Parti communiste allemand, puis il poursuit son travail d'agitation politique à Paris. Il associe le graphisme aux statistiques économiques et travaille pour des journaux et des magazines comme L'Humanité, Le Monde et Regards.

Sa première œuvre graphique importante est, selon lui, Les Trusts contre La France. Dans l'épilogue de sa brochure hongroise, 50 Familles et leurs serviteurs de 1947, il écrit : « cet ouvrage est basé sur mon travail d'avant-guerre en France sur le rôle des deux cents familles françaises ».

"Maîtres et valet... "Contre les 200 familles, vive l'Union du Front populaire" (source : Gallica)

Pour compléter 

Les deux cents familles constituent un mythe politique selon lequel un petit nombre de familles tiendrait en main la majorité des leviers économiques de la France, contrôlant ainsi les destinées politiques du pays. Dans le contexte de la Grande Dépression économique des années 1930, le slogan des « 200 familles » est très largement repris (source : Wikipédia)

Les cartes de propagande communistes et anti-communistes par Nicolas Lambert (Néocarto).

Liens ajoutés le 7 octobre 2021

The Missing Legacy of Marie Neurath :
http://medium.com/nightingale/the-missing-legacy-of-marie-neurath-f9800733d1fc

L’argument visuel et le bonheur : l’Isotype d’Otto Neurath :
http://visionscarto.net/argument-visuel-et-bonheur

Otto Neurath – Isotype :
http://indexgrafik.fr/otto-neurath-isotype/


Lien ajouté le 20 mars 2025

« Exploration des graphiques de données hongrois avec Attila Bátorfy » (Nightingale). 

Attila Bátorfy est un expert en visualisation de données et spécialiste des médias basé à Budapest. Depuis des années, il partage ses découvertes en matière de graphiques hongrois spectaculaires. RJ. Andrews a pu le rencontrer pour discuter de certains de ses coups de cœur dans cette interview. 

"Si l'on considère l'historiographie statistique de Michael Friendly sur la représentation graphique des données, force est de constater que la Hongrie n'a pas contribué à l'âge d'or de la seconde moitié du XIXe siècle [...] Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle que l'aversion pour la méthode graphique s'est estompée, mais le verdict restait qu'elle était indigne des esprits élevés, bien qu'utile pour informer les personnes sans instruction et illettrées. Après le tournant du siècle, cependant, la production graphique a augmenté et, à partir des années 1920, des graphiques plus simples ont commencé à apparaître dans certains quotidiens. [...] Si nous nous en tenons au concept de l’âge d’or, je pense que l’âge d’or des graphiques de données hongrois se situe entre 1920 et 1945 – en plein dans ce que Michael Friendly appelle l’âge sombre ! [...] Le point culminant absolu de cette période est constitué par les trois albums statistiques de Budapest de Lajos Illyefalvi. Ses contemporains le pensaient aussi, ils en reconnaissaient la valeur et réalisaient même que ces albums coûteux pouvaient presque servir de marque à un pays ou à une ville. Cette époque s'achève avec l'Atlas de l'Europe centrale, moins connu mais magnifique, du cartographe András Rónai , en 1945. La prise de pouvoir communiste après la Seconde Guerre mondiale marqua une césure. La quantité et la qualité de la production graphique déclinèrent considérablement, tandis que les usines, les expositions et les actualités télévisées se couvrirent de « graphiques en croissance », ces simples et absurdes graphiques en lignes ou en barres sur la productivité que le Parti communiste avait ordonné de produire. Seule la fin des années 1960 allait apporter quelques améliorations, notamment en cartographie, où la possibilité d'une propagande bon marché et stupide allait disparaître."

Lien ajouté le 31 mars 2026

« Comment avons-nous abordé la visualisation des données ? Quelques leçons tirées de 150 ans de littérature hongroise » (Cabinet of Infographic Curiosities). 

Comment, au cours des 150 dernières années, les statisticiens, économistes, ingénieurs, médecins, journalistes, graphistes et hommes politiques hongrois ont envisagé la représentation graphique des données, ce qu'ils ont écrit à ce sujet, les aspects qu'ils ont mis en avant et ce qu'ils considéraient comme ses avantages et ses inconvénients. Attila Bátorfy s'intéresse s'intéresse aux connaissances des chercheurs et experts hongrois qui ont travaillé sur la représentation graphique des données. Quelles étaient leurs lectures, leurs connaissances, leurs sources d'inspiration et leurs exemples ? Comment ont-ils transmis ce savoir ?

Lien ajouté le 31 mars 2026

« Cartocubisme néerlandais. Une tentative oubliée de simplification des cartes de l'entre-deux-guerres » (Cabinet of Infographic Curiosities).

Attila Bátorfy présente De wereld in rechte lijnen (« Le monde en lignes droites »), un mini-atlas scolaire de D.E. Zuidhof, publié à Haarlem en 1931. L'éditeur était la prestigieuse maison d'édition Joh. Enschede, réputée pour la qualité de ses impressions. Au début du XXe siècle, la cartographie, et plus particulièrement son application dans l'enseignement primaire et secondaire, se caractérisait par une adhésion rigide et largement incontestée au réalisme topographique. L'objectif premier et primordial de l'atlas scolaire était la reproduction exacte et mimétique du monde physique. Cartographes et éditeurs scolaires privilégiaient la délimitation précise des contours côtiers, le tracé complexe et sinueux des réseaux fluviaux, et la description exhaustive des frontières politiques complexes. Dans ce contexte fortement positiviste, la publication de l'atlas De wereld in rechte lijnen en 1931 représente une rupture radicale et minoritaire, par rapport à la cartographie établie. La proposition de Zuidhof pour une représentation simplifiée ? Simplifier les frontières, les caractéristiques géographiques et les éléments topographiques d’une carte à un point tel qu’ils puissent être dessinés uniquement à l’aide de lignes droites. Zuidhof était non seulement un fervent défenseur de la méthode, mais il a également parcouru les Pays-Bas pour donner des conférences à ce sujet. Un compte rendu de son travail de promotion lors d'une conférence, utilisant huit grandes cartes scolaires, a paru dans le journal Nieuwe Leidsche Courant le 12 août 1932. Si l'on examine les influences stylistiques de l'atlas, on y perçoit aisément l'influence du cubisme, ainsi que celle du groupe néerlandais De Stijl (Theo van Doesburg, Piet Mondrian, etc.). Parallèlement, comme le mentionne également Zeeman, des tentatives de simplification des cartes et de réduction à des formes géométriques élémentaires avaient déjà été entreprises. On peut citer, par exemple, le cartogramme d'Émile Levasseur présenté au Congrès statistique de Budapest de 1876.

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