S'initier à la cartographie électorale à travers l'exemple des élections présidentielles de novembre 2020 aux Etats-Unis



1) Le renouveau de la cartographie électorale à l'heure d'Internet et des réseaux sociaux

La demande médiatique pour l’image étant croissante, il est désormais autorisé d’afficher des cartes “en temps réel” le soir des élections, des analyses cartographiques précises dans la presse dès le lendemain, voire des traitements plus raffinés (anamorphoses, carroyage, calculs de gradient, webmapping…) dans les jours qui suivent.
Michel Bussi, "La carte électorale, miroir de la démocratie", Echogéo, 2012

 
Les cartes de résultats électoraux ont toujours suscité un vif intérêt, a fortiori lorsqu'il s'agit d'élire le président des Etats-Unis. Les élections américaines de novembre 2020 ont donné lieu à un véritable suspens politique et médiatique, les résultats restant très indécis au lendemain du scrutin du mardi 3 novembre. Pendant plusieurs jours, commentateurs et analystes ont cherché à sonder les cartes et les données pour parvenir à analyser les résultats qui parvenaient très lentement (cf nombreux votes par correspondance dépouillés de manière différée et selon des méthodes propres à chaque état des Etats-Unis).

Au delà des pronostics, ces cartes ont largement alimenté les débats sur Internet et sur les réseaux sociaux. Elles ont participé d'une véritable mise en scène de l'information (voir par exemple le succès du présentateur John King commentant des cartes en temps réel sur CNN). Elles ont pu constituer également des instruments de communication politique dans les deux camps. D'où l'importance de décrypter le sens et les discours qui peuvent se cacher derrière ces cartes électorales.

2) Analyser et discuter les choix cartographiques

3) Choisir son niveau d'analyse

4) Croiser les résultats avec d'autres données

5) Interroger les nouvelles formes de représentation cartographique

  • Cartes en mode points
    Une carte de plus de 158 millions de points correspondant à chaque électeur (par Kenneth Field qui avait réalisé le même type de carte pour les élections de 2016). Les points n'indiquent pas les emplacements réels des électeurs, mais sont randomisés en fonction des zones peuplées. Cette carte dasymétrique distribue les données électorales sous forme de points de couleur dans les zones où les gens vivent réellement. Le résultat est une carte à points qui reflète plus fidèlement le nombre de personnes vivant dans les zones rurales ou urbaines de chaque comté.
    Un point équivaut à 150 électeurs pour Trump (en rouge) ou pour Biden (en bleu)
    Un point équivaut à 1 seul grand électeur (PBS New Hour)
    Un point équivaut à 250 000 électeurs pour essayer de montrer où sont localisés réellement les électeurs.

  • La carte du vote américain révèle deux mondes que tout sépare et qui se trouvent, plus encore qu’en 2016, face à face (carte par anamorphose du laboratoire Choros). Les aires urbaines de plus de 2 millions d'habitants ont voté Joe Biden. A comparer avec cette autre anamorphose proposée par Benjamin Hennig.

  • Une carte très originale des "vents politiques" proposée par le Washington Post permet de voir comment les tendances politiques ont pu changer (ou non) entre 2016 et 2020. Il ne s'agit plus de voir « qui a gagné » mais quels sont les déplacements de voix d'une élection à l'autre. Un léger déplacement de voix peut suffire à faire basculer un Etat, ce que montre très bien cette carte des changements dans les votes démocrates et républicains entre 2016 et 2020.

  • Hexamaps ou cartogrammes ? Les cartes en hexagones (voir par exemple celle d'ABC.net ou celle du Wall Street Journal) permettent de représenter géométriquement les Etats en fonction par exemple du nombre de grands électeurs (voir le modèle vierge fourni par Mapchart). Les cartogrammes (dont font partie les anamorphoses) déforment les Etats en fonction d'une variable (par exemple la densité).

  • Afin de montrer à quel point les résultats des élections US dépendent du découpage des circonscriptions par Etat, Kevin Wilson met à disposition l'application en ligne Redraw the states qui permet de faire du gerrymandering. On peut jouer à déplacer les comtés d'un Etat à l'autre pour voir les déplacements de voix que cela entraîne (lire ce thread sur l'intérêt et les limites de ce jeu de simulation). Neil Freeman avait également créé en 2016 un générateur d'états aléatoires pour comprendre comment les résultats pouvaient changer en fonction des limites d'États. Il a mis à jour son application avec les résultats des élections de 2020.

  • L'élection américaine expliquée en cartes et en graphiques (Radio-Canada)

  • La représentativité du Collège des grands électeurs en fonction de la population par état aux élections de 2016 (Washington Post)

  • Mode d'emploi pour visualiser les sondages et les résultats des élections américaines avec Datawrapper.

  • Une carte originale des résultats électoraux réalisée avec du bois et des vis par Kenneth Field.

Pour aller plus loin 

Recension de cartes et de caricatures produites lors des élections américaines de novembre 2020 (fil Twitter de @mirbole01)

Quelles cartes fonctionnent, quelles cartes ne fonctionnent pas ? (fil Twitter de César A. Hidalgo, en anglais)

A quoi ressemblerait une présidentielle américaine appliquée à la France (en transposant le système fédéral et les grands électeurs) ?

Michel Bussi, La carte électorale, miroir de la démocratie ? EchoGéo, 20, 2012.

Nicolas Martin-Breteau, La vulnérabilité du système démocratique états-unien. Libération (9 novembre 2020)

Aux États-Unis, les médias complices malgré eux de la désinformation ? (La revue des médias, INA)

 

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