Élections régionales 2026 en Allemagne : montée de l'extrême-droite, mais la gauche l'emporte à Berlin


L'Allemagne traverse une période de bouleversements politiques majeurs suite aux élections régionales de septembre 2026, marquées par des percées historiques de l'extrême droite et de la gauche radicale :

  • Saxe-Anhalt : l'AfD a provoqué un véritable séisme politique en enregistrant son meilleur résultat historique avec environ 44 % des voix.
  • Mecklembourg-Poméranie-Occidentale : l'AfD (extrême droite) est arrivée en tête du scrutin avec un score historique de 38,2 % des voix.
  • Berlin : la gauche radicale (Die Linke) a remporté les élections dans la capitale. L'AfD y réalise également une progression en obtenant plus de 16 % des suffrages.

Pour rappel, le paysage politique national s'est dessiné lors des élections législatives anticipées du 23 février 2025, qui ont conduit à la formation d'une "grande coalition" entre les conservateurs et les sociaux-démocrates derrière le chancelier Friedrich Merz.

1) Cartes et graphiques publiés par les médias

Le parti de gauche a axé sa campagne électorale principalement sur la question du logement, ce qui a probablement joué un rôle majeur dans sa victoire décisive sur la CDU. L'âge moyen de la population berlinoise est très jeune comparé à celui des autres Länder allemands – et pour la première fois, les jeunes de 16 et 17 ans étaient également autorisés à voter aux élections régionales. Le parti de gauche doit son succès électoral, qui a doublé son score, à ces jeunes électeurs. Par rapport à 2023, il a progressé dans toutes les tranches d'âge, mais de façon particulièrement significative chez les moins de 35 ans. 

Élections régionales 2026 à Berlin par circonscription électorale (source : Wikipedia)

« Ce que 30 ans de résultats électoraux révèlent sur le Berlin à nouveau divisé : Le Ring est le nouveau Mur » (Tageschau.de). L'ancien clivage Est-Ouest reste perceptible dans l'électorat de certains partis (voir l'AfD), mais il est bien moins marqué qu'auparavant. Dans les années 1990, la gauche était près de 40 points plus forte à Berlin-Est qu'à Berlin-Ouest. Aujourd'hui, l'écart n'est plus que d'environ 3 points. à Charlottenburg/Spandau et à Berlin-Est, le parti Die Linke a également ravi des sièges à la CDU. Cela laisse penser qu'il marque des points sur des sujets comme la flambée des prix du logement, même en périphérie de la ville. Les Verts ont conservé leurs sièges dans le sud-ouest, plus bourgeois, et ont même conquis une circonscription de la CDU à Steglitz. 

Si on compare les résultats des élections régionales en 1990 (les premières après la réunification) et des élections de 2026, les trois résultats les plus marquants sont : l’effondrement des sociaux-démocrates (2e en 1990, mais 5e en 2026), la montée de la gauche (1ère en 2026), la relative faiblesse de l’AfD (du moins par rapport aux autres régions de l’ex-Allemagne de l’Est). 

Comparaison des résultats des élections de 1990 et de 2026 à Berlin



Vers la fin de la frontière fantôme sur le plan électoral entre Berlin-ouest et Berlin-est ? Une carte animée, proposée par TagesSpiegel, permet de voir l'évolution des résultats à Berlin depuis 1995. Une limite pointillée délimite la zone centrale de la ville, souvent associée au tracé du grand anneau ferroviaire (le S-Bahn-Ring), qui marque une frontière sociologique et politique majeure à Berlin entre le centre-ville (plutôt ancré à gauche / écologiste) et la périphérie (historiquement plus conservatrice).




« Quelles régions d'Europe sont plus riches et plus pauvres que l'Allemagne de l'Est ? » (Brilliant Maps). Berlin est bien plus riche que le reste des régions de l'Allemagne de l'Est.
L' AfD manque de peu la majorité absolue. Toutefois, avec 43,8 % des voix, elle devient le parti le plus important. La CDU subit des pertes importantes et obtient moins de 18 % des voix. Viennent ensuite le SPD avec 9,3 %, les Verts (8,9 %) et le Parti de gauche (8,6 %). Le  BSW  entre de justesse au parlement de l'État avec 5,3 % des voix. Les premières projections du ZDF indiquaient qu'il n'y parviendrait pas . Le FDP  n'a pas franchi la barre des 5 %. Forte participation : 77,8 % des électeurs inscrits ont voté. En 2021, seuls 60,3 % avaient finalement voté.

Vague bleue en Saxe-Anhalt où l'AfD arrive en tête (source : Wikipedia)



Infographie interactive du MorgenPost montrant la montée en puissance de l'AfD dans les parlements des Länder allemands.



Des tendances similaires s'observent dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Un score plus élevé pour l'AfD est fortement corrélé aux zones rurales et périphériques. Dans les communes connaissant un déclin démographique moindre, un taux d'emploi plus élevé chez les seniors et des recettes fiscales par habitant plus importantes, l'AfD a tendance à obtenir des résultats moins bons.

Le comportement électoral différent du Meclembourg et de la Poméranie (source : MapPorn)

Le Mecklembourg et la Poméranie-Occidentale se distinguent assez nettement par leur comportement électoral. D'où viennent ces différences ? Traditionnellement, la partie occidentale de Mecklenburg vote plutôt social-démocrate, tandis que le Vorpommern, à l’est, penche davantage vers la CDU. Depuis 2016, les bastions de l’AfD se trouvent également principalement en Vorpommern – un schéma qui s’était déjà manifesté auparavant avec le  NPD (voir le fil de discussion de Julius Kölzer sur X)

« Toutes les élections de 1946 à 2026 » (Tagesshau). Quel parti a remporté des succès, quand et où ? À quel moment la popularité de qui a-t-elle grimpé ou chuté auprès des électeurs ? Toutes les élections nationales, fédérales et européennes, par ordre chronologique. A comparer aux élections au Bundestag.

« Elections régionales en Allemagne : nouvelle victoire régionale pour le parti d’extrême droite AfD, la gauche radicale l’emporte à Berlin  » (Le Monde). L’AfD a obtenu près de 38 % des suffrages, lors des élections dans le Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, deux semaines après le séisme politique provoqué par son score historique en Saxe-Anhalt.  

« En Allemagne, nouvelle poussée de l’AfD, la gauche radicale gagne Berlin et le chancelier Friedrich Merz vacille » (Public Sénat). Après sa victoire en Saxe-Anhalt, l’Alternative für Deutschland (AfD) confirme sa progression dans l’est du pays. Arrivée en tête en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, elle signe une nouvelle percée. À Berlin, c’est la gauche radicale Die Linke qui crée la surprise. Pour la CDU du chancelier Friedrich Merz, qui échoue pour la première fois depuis 1945 à entrer dans un Parlement régional, le revers est « historique ».

« Désastre électoral sans précédent pour les conservateurs en Allemagne, Friedrich Merz fragilisé » (Les Echos). Pour la première fois dans l'histoire de la République fédérale, les conservateurs ne parviennent pas à rentrer dans un Parlement régional. Ils ont recueilli moins de 5 % des voix lors des élections en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. La gauche radicale passe devant eux à Berlin.

« "Une crise allemande est une crise européenne" : pourquoi la montée de l'AfD en Allemagne inquiète le reste de l'UE » (France-Info). Les pays européens craignent que les victoires du parti d'extrême droite dans deux Lander n'affaiblissent encore plus le chancelier Friedrich Merz.

2) Analyses politiques

« La victoire de l’AFD est un choc pour beaucoup d’Allemands », selon l’historienne Hélène Miard-Delacroix (Public Sénat). Le parti d’extrême droite allemand AFD a remporté une victoire historique lors des élections régionales avec 44% des voix. Même si une percée de cette formation était attendue, un tel score est vu comme une déflagration en Allemagne, selon Hélène Miard-Delacroix, professeure d’histoire et de civilisation de l’Allemagne contemporaine à Sorbonne Université. L'AfD propose de mettre fin à l’école obligatoire pour favoriser l’école à domicile et protéger les enfants d’une soi-disante mauvaise influence des professeurs jugés trop à gauche. Ils prônent également la séparation des publics scolaires, c’est-à-dire placer dans des classes séparées les enfants en situation de handicap mais aussi les enfants d’immigrés à qui on n’apprendra pas l’allemand, car selon l’AFD leurs familles n’ont pas vocation à rester sur le territoire. Ce parti souhaite aussi réécrire les manuels scolaires qu’il juge trop centrés sur la culpabilité de l’Allemagne nazie. Il y a risque de négationnisme. L’AFD rejette l’aide à l’Ukraine, minimise l’agression de la Russie et reprend les éléments de langage du Kremlin autour d’une guerre justifiée par des intérêts patriotiques et par l’histoire.

« Victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt : le fédéralisme allemand à l’épreuve » (Le club des juristes). L’arrivée en tête de l’AfD aux élections régionales en Saxe-Anhalt ouvre une séquence politique inédite en Allemagne. Au-delà du résultat électoral, elle invite à examiner les pouvoirs dont dispose un Land et leur articulation avec les institutions fédérales.

« Hartmut Rosa et le retour de l’extrême droite allemande : “À l’Est, on a le sentiment que l’Ouest ressemble à la RDA honnie” » (Courrier international). Comment expliquer la popularité de l’extrême droite dans l’est de l’Allemagne ? Stigmatisation, contrôle étatique, politique de l’émotion et pensée unique… Dans un entretien fleuve avec le quotidien de gauche “Süddeutsche Zeitung”, le célèbre sociologue Hartmut Rosa réagit à la victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt, analyse les évolutions politiques du laboratoire qu’est la République fédérale et en tire des conséquences pour toute l’Europe.

Steffen Mau, sociologue : « En Allemagne, ce qui a été conçu pour protéger la démocratie alimente aujourd’hui l’extrémisme » (Le Monde). Le chercheur à l’Institut Max-Planck des sciences politiques et sociales, en Allemagne, évoque, dans un entretien au « Monde », la résonance de la question de la mémoire et de l’identité est-allemande dans la progression de l’extrême droite en Allemagne. On observe que le parti tente continuellement de relativiser les crimes du passé. Il y a d’ailleurs cette célèbre citation d’Alexander Gauland, l’un des fondateurs de l’AfD : « Les douze années de règne du parti nazi ne sont qu’une fiente d’oiseau dans l’histoire allemande. » Ulrich Siegmund, le candidat de l’AfD en Saxe-Anhalt, a lui aussi dit à plusieurs reprises que cette période occupait à ses yeux trop d’importance et que nous devrions avoir une vision plus large de l’histoire. 

Pour Andrés Rodríguez-Pose (London School of Economics and Political Science), l'exemple de la Saxe-Anhalt et du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale sont typiques du "piège de développement régional" : incapables de conserver leur dynamisme économique tout en restant en retard par rapport à leurs pairs nationaux et européens, ces régions de l'ex-Allemagne de l'Est offrent peu d'opportunités. C’est ainsi que la confiance dans le système s’épuise. La participation a fortement augmenté. Ce n’est pas de l’apathie. C’est un rejet du système à grande échelle. Le mécontentement est la principale menace pour l'Europe.

« Le plan de la Nouvelle Droite pour conquérir l’Allemagne  » (Le Grand Continent). Pour comprendre l’explosion de l’AfD, il faut s’intéresser à une guerre culturelle et à son stratège de longue date : Götz Kubitschek.

Rodríguez-Pose, A., Dijkstra, L., et Poelman, H. (2024). « The Geography of EU Discontent and the Regional Development Trap » [La géographie du mécontentement de l'UE et le piège du développement régional]. Economic Geography, 100 (3), 213–245. 

Votes pour des partis eurosceptiques radicaux et modérés lors des dernières élections parlementaires, 2018-2022 (source : Rodríguez-Pose et al., 2024)

Articles connexes

Cartes et données sur les élections législatives en Allemagne (23 février 2025)

Résultats des élections au Bundestag en Allemagne (26 septembre 2021)

Cartes et données sur les communes allemandes à partir du recensement de 2022 (Wahlatlas.net)