Le Sahel en flammes par The New Humanitarian (31 mai 2019).
Le journal The New Humanitarian fait état d’une recrudescence des violences en Afrique de l’Ouest :
- Augmentation de 7 000% des décès de civils au Burkina Faso, de 500% au Niger et de 300% au Mali entre 2018 et 2019 ;
- 440 000 personnes déplacées par le conflit, soit cinq fois plus que l'année précédente
- 1,8 million de personnes confrontées à l'insécurité alimentaire ;
- 5,1 millions de personnes ont besoin d'aide humanitaire;
- 157 hommes, femmes et enfants tués en mars 2019 lors d'un attentat au Mali.
Au cours des derniers mois, l'intensification de la violence au Mali, au Burkina Faso et au Niger - trois pays sahéliens aux frontières communes - a entraîné le déplacement de plus de 440 000 personnes et causé 5 000 morts dont des militants ayant des liens avec Al-Qaïda et l'Etat islamique.
Au fur et à mesure qu'ils gagnent du terrain, les djihadistes utilisent les conflits entre groupes ethniques, mettant en question tout le tissu social de la région. Les cycles de violence intercommunautaire font maintenant plus de victimes et déracinent plus de personnes que les attaques djihadistes directes. Cette expansion rapide des djihadistes a surpris de nombreux experts, responsables de l'ONU ou des Etats. Des centaines de milliers de personnes vivent maintenant avec l'aide de ONU, tandis que 1,8 million de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire grave. Au total, 5,1 millions de personnes ont besoin d'aide humanitaire.
La crise humanitaire au Sahel en trois cartes et une chronologie interactive (2012-2019) :
http://www.thenewhumanitarian.org/in-depth/sahel-flames-Burkina-Faso-Mali-Niger-militancy-conflict
Excellent et effrayant travail de @bbcafrique. Des milliers de morts en 2019. Plus de 3300 écoles fermées. Près de 650 000 enfants déscolarisés à cause des conflits. Nous savons mais avons-nous réellement conscience de ce qui se passe ? @SWAC_OECD https://t.co/6XgizRcR6v pic.twitter.com/Zq09ky3Bsf— Laurent Bossard (@laurent_bossard) January 13, 2020
Lien ajouté le 19 mai 2026
« Au Sahel, la difficile équation entre la terre, l’eau et les populations » (The Conversation). Pour analyser les conflits dans le Sahel, il faut commencer par une arithmétique simple : il y a de plus en plus de monde, et de moins en moins d’eau sur des terres qui se réduisent.
Christian Bouquet (Sciences-Po Bordeaux) rappelle que les conflits sahéliens se lisent d’abord dans une équation spatiale simple. Il y a plus d’habitants, moins d’eau et des terres disponibles qui reculent. Le puits devient alors un lieu de rencontre, de survie, de négociation et parfois de violence. Le 25 avril 2026, un conflit autour d’un puits a tué 42 personnes dans le Wadi Fira, à l’est du Tchad. Deux familles s’opposaient, l’une issue d’éleveurs transhumants, l’autre de cultivateurs sédentaires. L’eau révèle ici une frontière sociale fragile et disputée. Dans tout le Sahel, les tensions agro-pastorales se multiplient quand troupeaux, champs et puits se superposent. International Crisis Group estime que ces conflits ont causé plus de 1.000 morts et près de 2.000 blessés entre 2021 et 2024, signe d’une crise diffuse. Le Sahel est le rivage du désert. Capot-Rey le définissait par l’isohyète 200 mm et le cram-cram, graminée des marges arides. Sous 250 mm de pluie bien répartie, même le mil devient difficile. La limite agricole est donc une limite écologique, sociale et vécue. Depuis 1970, la baisse des pluies resserre l’espace disponible. Selon Monique Mainguet, l’isohyète 200 mm a glissé de 250 km vers le sud depuis 1900. Sur près de 6.500 km de Sahel, au moins 1,5 million de km² ont été retirés aux usages pastoraux et agricoles. Dans cet espace rétréci, la population a presque quadruplé en cinquante ans. Elle passe de moins de 40 millions dans les années 1970 à 135 millions en 2020, et pourrait atteindre 330 millions en 2050. La pression sur l’eau, les terres et les itinéraires augmente. Les migrations climatiques s’ajoutent aux déplacements forcés par les conflits. Les éleveurs descendent chercher l’herbe, les cultivateurs attendent une pluie plus incertaine, et les zones méridionales n’ont pas été préparées à recevoir ces populations fragilisées. Des pistes existent, comme l’irrigation, les nappes, le fourrage ou une stabulation partielle. Dans les polders du lac Tchad, on faisait trois récoltes par an, 7 à 8 coupes de Pennisetum et 90 kg d’embouche en six mois.
Liens ajoutés le 26 mai 2026
« La région du Sahel est plus instable que jamais : les forces étrangères ne font qu'alimenter le cycle de violence » (The Conversation).
« La région du Sahel est plus instable que jamais : les forces étrangères ne font qu'alimenter le cycle de violence » (The Conversation).
Nina Wilén (Lund University) analyse les interventions étrangères au Sahel. Ses recherches montrent qu’après plus de dix ans de lutte antijihadiste, la région est plus fragmentée, militarisée et violente qu’avant. En avril 2026, plusieurs grandes villes maliennes subissent des attaques coordonnées d’une coalition jihadiste et séparatiste. À Kidal, dans le nord du Mali, des soldats russes sont escortés hors de la ville après négociation, image forte d’un ordre sécuritaire fragile. Le Sahel a changé de partenaires sans sortir de la violence. Au Mali, la Russie remplace Barkhane et Takuba dès 2022. La France avait engagé 5.000 soldats de 2014 à 2022, et les forces spéciales européennes 1.000 hommes entre 2020 et 2022. Le réalignement gagne la région. Au Burkina Faso, après deux coups d’État en 2022, les troupes françaises partent début 2023 et 200 Russes arrivent. Au Mali, la mission de paix de l’ONU, forte de 13.000 personnes, est expulsée après dix ans de présence. Nina Wilén montre que la sécurité devient une ressource politique. Les juntes invoquent la menace jihadiste pour durer au pouvoir et réprimer. La Russie y trouve une vitrine antioccidentale en Afrique, tandis que les Occidentaux justifient leur retour par l’instabilité. Les interventions ont renforcé les armées comme acteurs politiques. En faisant des crises du Sahel un problème surtout militaire, les budgets, le statut et le pouvoir des forces nationales ont grandi, alors même que l’insécurité progressait dans les campagnes et les villes. L’action de Wagner a aggravé les fractures locales. Entre décembre 2021 et juillet 2022, 71% de son implication dans la violence politique au Mali vise des civils. Ces attaques nourrissent les griefs et facilitent le recrutement des groupes jihadistes. Le Sahel apparaît comme un espace de survie des régimes, d’expansion jihadiste et de rivalité entre Russie et démocraties occidentales. Si les juntes négocient demain avec les groupes armés, de nouveaux pouvoirs hybrides pourraient émerger.
« Comment la violence endémique a fait du Nigéria un foyer d'insécurité au Sahel – cartographie ». Les données révèlent l'ampleur et la répartition géographique des attaques dans le pays le plus peuplé d'Afrique (The Guardian).
Le journal The Guardian consacre un long format cartographique qui donne à voir et analyse le Nigéria comme un foyer sahélien de conflictualités. Les cartes font voir l’étalement des violences, du nord désertique aux campagnes disputées. Le Sahel apparaît comme une zone de transition fragile, entre Sahara et savanes soudaniennes. Son cœur reçoit 150 à 850 mm de pluie par an. Crise climatique, croissance démographique, crises alimentaires et instabilité politique y épaississent les tensions territoriales, déjà très vives. Le Global Terrorism Index 2026 décrit un déplacement du centre mondial du terrorisme. En 2007, le Sahel pesait moins de 1% des morts. Depuis trois ans, il en concentre environ la moitié. La violence se déplace vers des marges rurales où les États contrôlent mal l’espace. Les données d’Acled rendent visible l’accélération régionale. Les violences d’acteurs non étatiques passent d’environ 5.800 incidents en 2020 à plus de 15.000 en 2024, puis 14.473 en 2025. La carte dessine un Sahel fragmenté par des foyers armés qui débordent les frontières. Dans cet ensemble, le Nigeria ressort avec une intensité singulière. En 2025, il compte le plus grand nombre de groupes armés impliqués dans la violence politique parmi les États sahéliens. Les civils vivent entre opérations militaires, bandits, milices et groupes djihadistes. Au nord-ouest, les bandits enlèvent, pillent et imposent des taxes aux villages. Plus au sud, sur six États jusqu’à la frontière du Bénin, les conflits opposent éleveurs peuls et agriculteurs autochtones pour la terre, l’eau, les pâturages et les routes de transhumance. Le nord-est reste marqué par Boko Haram et l’ISWAP, engagés depuis près de vingt ans dans l’insurrection djihadiste. Mais l’ouest inquiète aussi. L’attaque de Woro et Nuku, au moins 160 morts en février, signale une diffusion vers le sud de violences longtemps plus septentrionales. Les experts soulignent surtout le vide de gouvernance. Le Nigeria compte 36 États, 774 collectivités, 230.000 militaires et 370.000 policiers, soit 1 agent pour 600 habitants. Dans ces marges peu administrées, l’espace devient armé et disputé.
Frontières et conflits en Afrique du Nord et de l’Ouest
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